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MALBEC Abrégé de la Théorie et des Principes de l'Art appelé Chimie (1671)

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ABREGE DE LA THÉORIE, ET DES PRINCIPES DE L'ART APPELLE
CHIMIE
La troisième partie ou colonne de la vraie médecine Hermétique.
Dédié à Monsieur VALOT, Conseiller du Roi, & premier Médecin de sa Majesté.
Par I. MALBEC DE TRESFEL
Philosophe & Artiste
A PARIS
Chez l’Auteur, rue Mazarin derrière le collège des quatre Nation.
1671
A MONSIEUR VALOT CONSEILLER DU ROI,
& premier Médecin de a Majesté.

Monsieur,
Il n’y à rien de si saint ni de si véritable qui ne soit exposé à la censure & à la calomnie des envieux, des ignorants, & des méchants ; C'est pourquoi voulant rétablir la véritable Chimie en sa pureté selon la Doctrine & les Principes des anciens Philosophes & Médecins, j'ai cru MON­SIEUR vous devoir dédier ce petit abrégé de la nature, & de l'art, cela vous est dû plus légitimement qu'à per­sonne puisque vous êtes le seul capable d'en juger sainement, & par conséquent de lui donner vôtre protection aussi bien qu'a l'Auteur, qui est avec toute sorte de respect,
MONSIEUR,
Votre très humble & très ­obéissant serviteur
I. MALBEC DE TRESFEL.
ABREGE DE LA THEORIE OU PRINCIPE DE L'ART APPELLE
Chimie, la troisième partie, ou Colonne de la vraie Méde­cine Hermétique.
LA terre & l'eau Eléments grossiers & visibles mères matri­ces de tous les êtres corporels sensibles inférieurs, reçoivent cette semence universelle, qui est la vie de toutes les créatures, que les uns appellent Esprit universel, les autres Ame du monde, & divers autres noms comme il plaît à cha­cun, qui n’est autre chose qu'une quintessence éma­née des influences des Astres, aidée de la vertu combinaire des Éléments supérieurs, & de leurs opérations laquelle par un mouvement & une circu­lation perpétuelle descend du Ciel dans la terre, & re­monte de la terreau Ciel, & par ce mouvement con­tinuel qui ne repose jamais engrossit les matrices de ces Éléments inférieurs ou elle se corporifie & se détermine selon les accidents des matrices qui la reçoi­vent dans les trois familles de la Nature, ou elle se diergol, se cuit & produit tous les mixtes que nous voyons en ce bas monde qui sont divisés en trois ­règnes, Animaux, Végé­taux,.Minéraux.
Dans la famille des Animaux : qui a vie sensitive, & qui a, sang, chair & os, soit dans la terre, dessus la terre & dans les eaux, soient im­parfaits à l'égard du genre ou parfaits à l'égard de l'espèce comme ceux qui naissent de simple putréfaction. Mais les parfaits à l'égard du genre & de l'espèce, sont ceux qui naissent, de la conjonction du mâle, & de la femelle.
Dons la famille des Végétaux ; On comprend tout ce qu'il y à d'insensible qui croit & qui végète, prove­nant des semences végé­tales jetées sur la terre on dans l'eau.
Dans le règne Minéral : est compris tout ce qu'il y a de compacte & de solide dedans & dessus la terre, & dont la semence & la ma­trice sont contenues en la moindre partie que les Philosophes ont appelé per minima. Comme les sept Métaux tous les Minéraux, les Vitriols, les Aluns, les Soufres, les Arsenics, Orpiments, les Sels naturels, les Attraments, les Bitumes, les Cachimies, les Pierres Précieuses, & toutes les autres.
Or il faut encore savoir que chaque individu parti­culier de ces trois genres, règnes ou familles de la Nature, est composé de cinq substances distinctes & différentes en couleur, en goût, en odeur, en qualité & en consistance.
Deux quine font qu'ac­cidentelles & qui viennent des impuretés de la terre, que nous appelions flegme & terre damnée.
Les trois autres qui sont nécessaires à la composition essentielle de chaque mixte que les vrais Philosophes ont appelés principes, que nous connaissons sous les noms de Sel, Soufre & Mercure.
Le Mercure : Est l'esprit la semence du sujet, l'Élément de l'eau froid & humide.
Le Soufre : est l'âme de la chose qui est l'Élément de l'air chaud & humide.
Le Sel : Est le Corps, & la matrice qui reçoit la semence de l’Élément de la terre froide & sèche, qui est le lien qui tient l'âme & l'esprit joints ensemble, qui est le soutien de tous les corps sans lequel il ni aurait rien de fixe de dur ni de solide.
Le feu quatrième Elément invisible : Se vient mêler comme un accident en cet­te composition, qui par l'action de l'Archée ou feu central du monde inférieur, pour la production ou première génération de toutes les créatures. Ou par celle du feu matériel ou ar­tificiel pour la recomposition ou régénération des mixtes, étant excité par ce mouvement & combat des qualités contraires, cause la chaleur, d'où vient l'alté­ration, la corruption, & enfin la régénération, qui est arrivée par tous ces mou­vements & degrés de l'art & de la Nature, que les Phi­losophes ont appelés con­versions des Eléments absolument nécessaires à la production du nouveau composé beaucoup plus excellent que n'était le premier, parce que la Nature ne nous donne aucun être en sa perfection n'ayant point de mains pour séparer les impuretés de la ter­re : C’est pourquoi l'hom­me par le vouloir de Dieu a trouvé le moyen d'inventer l'art pour achever les ou­vrages de la Nature, & ainsi nous voyons que le feu in­terne & externe est l'agent universel & l'instrument de la Nature & de l'Art pour la destruction & production de toutes choses.
I. PRINCIPE.
LE Mercure premier principe des Mixtes est la substance la plus sub­tile, légère ou volatile qui s'exalte facilement & se réduit par l'action du feu en fumée, ou en eau, ou esprit, ou le flegme est mêlé.
II. PRINCIPE.
LE Soufre ou l'âme dans les Animaux Végétaux, est une substance moyenne & combustible que l'on appelle Huile, Baume, Graisse, Gomme, Résine, & autres semblables, comme nous voyons quand le bois brûle que toute son humidité s'en va en fumée qui est cet esprit, ou le Mercure mêlé de son fleg­me, qui se réduirait en eau par la distillation, & ce qui se brûle tant que le bois est allumé, est le Soufre qui se réduirait en huile à feu plus violent, comme étant plus fixe : plus attaché à la matière terrestre. Et lors qu'il est tout consommé par le feu le reste de la matière ne souffre plus d’ignition & ne reste que la cendre ou réside le Sel essentiel ou, le corps. Troisième Princi­pe, qui étant séparé ne laisse que cette dernière impureté de la terre, & cinquième substance qui est inutile, attendu qu'elle n'est point de la composi­tion naturelle de la chose.
Mais il faut remarquer que les Soufres essentiels des Métaux sont fort diffé­rents de ceux des Végé­taux, & des Animaux, parce que les Soufres des Végétaux & des animaux, sont combustibles, & cor­ruptibles, & ceux des Métaux & des Minéraux ne se brûlent point & ne se cor­rompent jamais.
C’est pourquoi les vrais Artistes & Physiciens ayant connu les principes, des choses dont chacune ne peut engendrer que son semblable ont trouvé le moyen par la vraie Chi­mie (& non par la vulgaire des souffleurs ignorants) de rétrograder les corps en leur première matière, en séparer les Eléments & les principes qui les composent, les purifier & les réduire à leur simplicité na­turelle, les réunir selon le poids de nature & les régénérer, qui est la seule & unique voie de laquelle ils se sont servis pour composer leurs grands Magistères pour la conservation de la santé, pour la guérison des plus grandes maladies chroniques, & compliquées pour la prolongation de la vie, quoi qu'en puissent dire tous les ignorants en­vieux ennemis de la vérité & de la science, & les Sophistes des Ecoles.
PRATIQUE.
Pour venir à cette per­fection, le Philosophe Artiste a été obligé de chercher les moyens de se rendre maître absolu des actions & des mouvements du feu suivant son inten­tion, pour le donner plus ou moins, par régimes, par degrés, & par différences, pour être proportionnés à ­la qualité & à la nature fixe ou volatile , combustible, ou incombustible, molle ou dure des matières de son ­travail. C’est pourquoi, le vrai Artiste ne mérite pas seulement cette qualité, mais encore celle de Philosophe ou Physicien qui sont deux des parties ou colonne de la vraie Méde­cine & du bon Médecin, auxquelles il ne reste plus que celles de l'Astrologie & de la vertu ; car d'être simplement Artiste n'est pas être Médecin, puisque la Chimie vulgaire n'est que la mécanique de la vraie Chimie & de la Médecine.
A cette cause le Philosophe a été obligé d'inventer plusieurs fourneaux, ou un seul qui puisse faire toutes ses opérations & conduire tous les différents régimes de feu, qui sont deux. Sa­voir le feu chaud & humide, & le feu chaud & sec, chacun desquels à ses qualités degrés proportionnez aux quatre Éléments.
Le feu chaud & humide, de digestion circulation, putréfaction & généra­tion, est triple, qui sont, le ventre de cheval, le bain, la lampe.
Le bain a pour les quatre degrés la vapeur, le tiède, le chaud, & le bouillant.
La Lampe a pour ses degrés l'augmentation des mèches, quoique le vrai Feu des Philosophes ne cherche pas les degrés par l’augmentation ou diminution des mèches, mais dans la matière même.
Le Feu chaud & sec est aussi triple, savoir les cendres, le sable & le feu im­médiat, c'est-à-dire qui tou­che le vaisseau, desquels ici quatre degrés sont aug­mentés ou diminués selon que les registres sont fermés ou ouverts.
A ces derniers feux on fait toutes les distillations, sublimations, & calcinations douces & violentes, comme les réverbérations & les fontes des Métaux, & des Minéraux.
Je ne m'arrêterai pas ici a faire le rapport ni le dénombrement des instru­ments n'y des vaisseaux nécessaires à cette science, étant une chose commu­ne & assez connue, & dont nous ferons les démonstrations en notre Cours, c’est pourquoi nous passerons aux opérations & à leurs divisions & subdivisions.
Donc les opérations sont quatre principales, dont toutes les autres découlent comme de leur source. Savoir,
DiSSOLUTION.
DISTILLATION.
SUBLIMATION.
CALCINATION.
Ces quatre opérations principales sont doubles. Savoir, Artificielles, & Physiques ou Naturelles.
Les Artificielles fervent aux Souffleurs & aux Sophistes dans leurs folies, fau­sse Spagyrie & Pharma­cie, aussi bien quelle fait aux véritables Artistes enfants de la science pour la décomposition des Mix­tes, séparation, purifica­tion réunion de leurs principes.
Mais les quatre opérations Physiques & Naturel­les portent le même nom qui se font seules par l'a­ction du feu interne & archétique de la matière qui est enfermée dans le vaisseau qui étant excité par l'activité du feu externe ou matériel cause le bouleversement & la conversion, ou révolution des Éléments par le combat des qualités contraires, d'où vient le mouvement, la chaleur, l’altération, la corruption, & enfin la génération qui sont les quatre opérations que les Philosophes ont entendues, lorsqu'ils ont dit : Natura & non Artista ibi operat.
De la dissolution.
IL y a deux espèces de dissolution, qui sont la naturelle & l'artificiel­le.
La Naturelle est celle qui se fait naturellement dans le vaisseau de génération par l'action du feu interne excité par le feu externe qui est la conversion de la matière en eau par sa propre humidité.
L'Artificielle est double.
Savoir, la violente & la radicale.
La violente se fait avec des agents corrosifs & des menstrues ou dissolvants qui agissent violemment, & par ébullition qui réduit le dissolu en eau, & qui est plutôt une espèce de cal­cination que de dissolution , & qui souvent corrompu & gâte la nature du sujet en consommant le germe & l'humide radi­cal.
La dissolution radicale est celle dont l'agent est homogène & de la même nature du dissolu, qui se fait sans la violence ni ébullition, & en sorte que les deux se joignent & s'u­nissent comme la semence & la matrice si parfaite­ment que l'art n'a plus de voie pour les séparer, mais­ demeurent éternellement ensemble.
Sous le mot de dissolu­tion est aussi compris ce­lui de résolution ; Mais il faut savoir que la dissolution se fait avec un agent par la chaleur & la résolu­tion se fait d'une matière salique seule par le froid.
L
De la Calcination.
LA Calcination est réduire en cendre un mixte par l'action du feu plus ou moins violente selon la qualité de la matière.
Sous cette calcination est compris le mot de Cinération qui n’est qu'une mê­me chose, & qui se fait en deux manières, l'une par l'action violente du feu, que l'on appelle sèche, & l'autre humide qui se fait comme nous avons dit par les dissol­vants violents & corrosifs qui étant retirés par di­stillation, ou par évapo­ration, ou par précipita­tion la matière reste en poudre ou en chaux par coagulation.
Il est a remarquer que la congélation & la coagu­lation sont presque même chose fors que la congéla­tion ou cristallisation se fait par le froid, & la coa­gulation par la chaleur.
La Calcination Physique se fait dans le vaisseau com­me la dissolution, lorsque que toutes les actions des Éléments ont travaillé chacune à leur tour, & que la matière est réduite en cendre par l'Elément du feu qui prend la domina­tion, qui est la conversion de l'eau en terre, qui contient le feu en puissance, & qui se réduit en acte par l'Art.
La Distillation est séparer par un vaisseau propre, (par le moyen des feux dont nous avons parlé) toute la substance humide d'un corps mol ou dur, tant l'homogène que l'hété­rogène.
En la Distillation Physique est lors que l'air, la vapeur, ou fumée se re­condense & retombe au fonds du vaisseau qui est la conversion, de l'air en eau.
Dans la distillation est comprise la rectification qui n’est qu'une distillation, réitérée d'une même liqueur.
La Cohobation est une réitération de plusieurs di­stillations d'une même li­queur sur une même matière.
De la Sublimation.
LA Sublimation est chasser ou faire monter une seule matière ou plusieurs ensemble du bas d'un. vaisseau dans le haut par la force & les degrés du feu pour la purifier ou­ en séparer les parties pu­res, spirituelles & volati­les d'avec les fixes, terre­stres & impures.
Mais la Sublimation Physique, est exalter une matière vile & imparfaite en une très noble & ex­cellente, & la conversion de l'eau en air dans le vaisseau de génération.
Or il faut remarquer que dans la décomposition des végétaux & des animaux, ces quatre opérations se pratiquent d'une autre manière que dans celle des Métaux & des Minéraux, parce que dans celle des végétaux & des animaux on commence toujours par la distillation & putréfaction douce du bain, & l'on finit par la calcination & extraction du sel fixe.
Et au contraire en celle des Métaux & Minéraux, on commence par la calcination ou par la dissolution & l'extraction de leurs vitriols, & l'on continue par la putréfaction qui dispose la matière, à la sépa­ration des parties qui la composent , puis parla di­stillation, séparation, & purification & enfin à la réunion.
On voit donc par ici que la vraie Médecine con­siste à la connaissance de Dieu, de la nature, & de l'Art, de l'Astrologie, de la Physique, & de la Chi­mie.
L'Astrologie comprend la lumière, & l'harmonie des corps supérieurs avec les inférieurs & de toutes les parties nécessaires à la Médecine qui en dépendent.
La Physique a la connaissance de la nature, & de tous les mixtes, de leurs vertus & qualités essentielles & formelles.
Et la Chimie a la connaissance des Éléments in­férieurs, du sel, du soufre, & du mercure, dont on ne peut savoir la com­position sans en avoir su premièrement la décomposition.
C’est pourquoi il est im­possible de passer à la Physique véritable ou à la con­naissance de la nature que par l'Art qui est la vraie Chimie , non plus qu'à la connaissance de Dieu, que par la lumière de la natu­re, puisque fort existence est manifeste en toutes ses créatures ; c’est pourquoi le Philosophe Artiste, pour atteindre cette per­fection a besoin dans son travail de matières, de fourneaux, de feux, d'instruments, de vaisseaux dont il n’est pas nécessaire d'ennuyer le Lecteur, puisque nous les enseignerons en notre pratique, par la­quelle nous tacherons de satisfaire tout le monde, tant les Ecoliers par les opérations nécessaires pour leur enseigner le vérita­ble moyen de travail­ler toutes sortes d'ouvra­ges & de remèdes, que les savants & les curieux des belles choses, & des mystères de la nature & de l'Art , qui désireront apprendre la composition de ces grands & admirables remèdes qui conser­vent la santé, rétablissent les forces perdues, guérissent toutes les maladies, & prolongent la vie, qui con­sistent aux Arcanes, aux Elixirs, aux quintessen­ces, & aux Magistères des Métaux, des Minéraux, des Perles & des Coraux, dont nous mettrons ici seule­ment le nombre & le titre, car pour les opérations vul­gaires & publiques, & le moyen de les faire se trou­veront dans la seconde par­tie, & les rares & secrèt­es s'enseigneront en particulier, ou je ferai tous mes efforts pour réparer la faute que cet ignorant & imposteur de Jean Charles de Marsigny a faite l'an passé tant chez moi que par tout ailleurs, auquel je m'étais confié sur un nombre infini de propositions rares & extraordinaires qu'il faisait, & desquelles il n'a pu exécuter aucune. C’est pourquoi je supplie très­ humblement les savants & les curieux de croire que je ne tiens rien de cet affronteur, & que les lumières que Dieu m'a données ne viennent que de mon travail, de mon étude, de mon expérience dont je donnerai les marques & les preuves si assurées que je puis dire hardiment que chacun en sera satisfait en général & en particulier.
Des grands Remèdes secrets de la Médecine Hermétique.
J’ai cru qu'il était à propos de commencer par l'Antimoine, comme étant le plus parfait de tous les mixtes des trois règnes de la nature, puisqu'il contient en lui seul autant de vertus, de propriétés, & de qualités pour la Médecine que tout le reste des créatures ensemble, n'y ayant aucun être corporel en ce bas monde duquel on puisse tirer les cinq qualités nécessaires à toutes les altérations du corps hu­main que de l'Antimoine par la différence de ses préparations, qui sont :
L'EMETIQUE.
LA CATARTIQUE.
LA DIURETIQUE.
LA DIAPHORETIQUE 
ET LA PANACETIQ!E.
Ou Elixitaire, qui agit par insensible transpiration.
Mais comme il se peut faire autant de préparations différentes de l'Anti­moine comme le bon Ar­tiste a d'idées différentes sur cette matière, je me con­tenterai de parler de quelques-unes des plus rares & des plus excellentes qui sont venues à ma connaissance.
Il s'en fait un magistère par la réunion de ses princi­pes purifiés, que Basile Valentin a appelé pierre de feu, qui est une Médecine universelle pour toutes les maladies.
On en fait une quintessence qui dissout l'or radi­calement, & qui se pétrifie par la coction, qui n'a pas moins de vertu que la précédente.
On spiritualise l'or avec son régule par la vertu de certains agents, dont on fait une poudre de laquelle un seul grain fait des choses surprenantes.
Il s'en tire encore une teinture fixe qui est le vrai spécifique de la Lèpre blan­che & rouge.
Nous ne parlerons pas ici dru Stomachique de Poté­rius, parce qu'il est trop commun, non plus que de celui de Basile Valentin, que le vulgaire appelle Diaphorétique, qui véritable­ment fait, de grands effets pour les maladies, mais il y a une opération difficile secrète &peu connue qui est cause que peu de gens en sont venus à bout.
Je ne parle point non plus de l'Emétique Solaire & Lunaire, qui font des effets surprenants & admirables en plusieurs maladies, lorsque l'application en est faite à propos, car il faut rejeter tous les Emétiques vulgaires, tirés du Crocus metallorum, du verre d'Antimoine de son beurre Algaroth, Mercure de vie, ou plutôt Mercure de mort, & qui ne réussit que par hasard, tant à cause de sa qualité vénéneuse que du défaut de la science pour en faire la juste application.
O admirable créature de Dieu, tu ne te contente pas de produire tant de mer­veilles, n’est encore toi qui a la puissance de lier, unir, & homogéner ces sept Astres inférieurs corporel­lement & spirituellement pour en faire ce grand Eli­xir, que le Docte Paracelse a nommé la teinture de Lys qui rétablit en un moment toutes les parties nobles en leur premier état naturel par le rapport & l'harmo­nie que ces sept Métaux ont avec les sept Astres ou corps supérieurs, aussi bien qu'avec les sept membres Minéraux, ou sept parties nobles de l'homme qui gouvernent toute la ma­chine du Microcosme, qui est le moyen unissant de ces deux extrémités, & qui reçoivent le caractère & impression des causes & des effets du supérieur & de l’inférieur.
DU VITRIOL.
LE Vitriol est d'une na­ture admirable, chau­de & humide en toutes ses parties, & par conséquent ami du principe de la vie, qui ne consiste qu'en cha­leur & en humidité. Mais
comme sa vraie prépara­tion n’est autre que son Ma­gistère dont les anciens
Philosophes se sont servis pour la prolongation de la vie, étant un ouvrage qui
comprend toute la science
de la Physique résolutive fort long & difficile, & néanmoins fort simple, je le passerai sous silence.
On fait encore du Vitriol un esprit, & une essence douce qui est le Véhicule spécifique des Antepileptiques.
DU SOUFRE.
JE ne m'étendrai pas sur la nature & les qualités du Soufre, ni de toutes les préparations vulgaires & inutiles en toutes choses. Je dirai seulement qu'il s'en fait par un certain moyen une huile par la cor­nue, qui est rouge fixe & pesante qui a quelques ver­tus.
Mais on en fait une quintessence tirée du Soufre fixe & rendu incombustible en la totalité de sa sub­stance, qui est le véritable spécifique des Etiques & des Pulmoniques, & qui cicatrise en peu de temps les poumons ulcérés.
DU SALPETRE.
ON fait diverses opérations du Salpêtre, mais comme sa nature est extraordinairement froide, il gâte l'estomac & éteint la chaleur naturelle de tous ceux qui en usent, comme du Chistal Minéral & au­tres préparations vulgai­res.
Il est vrai que lors que sa qualité ignée interne est manifestée à l'extérieur, que sa froide est vaincue on en fait une arcane qui est un fébrifuge & un diurétique admirable.
Des Perles, &des Coraux.
JE parle de ces deux matières en un même lieu, parce que leurs prépara­tions & leurs vertus ont beaucoup de rapport, tant pour la purification du sang que pour leurs ver­tus cardiaques & céphali­ques.
Mais elles ne se préparent que par des agents propres & particuliers qui les réduisent ou en teintures ou en sels, ou en essences : car de s'en servir à la manière accoutumée en les broyant simplement sur le marbre, qu'ils ap­pellent préparer. Elles n'ont non plus de vertu dans le corps humain, que du sable, de la cendre, où du grès pilé, & en vérité n’est ce moquer de la Médecine, & des malades de leur en donner.
Mais il se fait une quintessence des Perles par la vertu d'un agent particu­lier qui tire & détache de leurs corps terrestre leur soufre ou partie oriental­e, qui est le grand & admirable cosmétique pour les Dames, & que les so­phistes & ignorants ont crû être l'huile de Talc que les Philosophes ont appelle ainsi par allusion, & qui n’est que la dissolution blanche de leur pierre Physique.
Mais cette quintessence orientale des Perles fait mêmes effets, & dure six mois sur la peau, & dont il ne faut mettre que trois ou quatre fois en sa vie, parce qu'elle pénètre les pores de la peau, & s'étend comme de l'huile sur le drap, & y laisse sa couleur pour jamais.
Du Bézoard, & de Lambre gris.
LE Bézoard & L’ambre gris ont des vertus cardiaques admirables, & qui ont beaucoup de rapport avec le princi­,pe de la vie, & conser­vent l'humide radical, lorsqu'ils ont passés par la for­ce & la vertu de certains agents particuliers qui les rendent capables de com­muniquer leurs qualités admirables à la chaleur na­turelle.
Du Tartre & du vin.
JE ne m'arrêterai point à parler des opérations vulgaires du vin & de son Tartre, parce que cela est trop commun, & ne fait rien d'extraordinaire en la Médecine.
Je dirai seulement que l'on en fait un arcane particulier, dont on peut faire un remède presque général, & de plus on peut facilement rendre le sel de Tartre spirituel, volatil sans adition, doux & odoriférant qui est un puissant apéritif & diurétique.
DES SEPT METAUX.
DU SATURNE
JE ne parlerai pas beau­coup du Saturne, parce que sa nature est tellement froide & sèche quelle est ennemie mortelle de la chaleur naturelle, c’est pourquoi on ne peut s'en servir utilement à la Médecine interne étant plu­tôt un poison qu'un remède.
Mais il est vrai que quand le bon Artiste par son travail a supprimé ces deux qualités du froid & du sec, & qu'en leur place il a fait prédominer la chaleur & l'humidité, & qu'il a composé un véritable Magistère, il peut hardiment assurer qu'il a converti ce venin en une Médecine excellente & admirable au-delà de laquelle on ne peut plus rien souhaiter : Hoc opus hic labor est.
On tire encore un esprit ardant du Saturne qui est le vrai remède contre tou­tes inflammations , érésipèles, gangrènes, & mor­tifications qui sépare promptement le mort d'a­vec le vif.
On en fait encore une huile douce & rouge par la vertu d'un certain agent qui guérit miraculeusement, cicatrise & dessèche toutes les vieilles solu­tions de continuité, procédantes de causes externes, & aussi des internes tra­vaillant à dessécher & détruite la cause.
DU JUPITER.
JE ne parlerai point & Jupiter quoiqu'il contienne beaucoup de vertus, parce qu'elles sont enveloppées sous des accidents de la terre, & de soufres Arsenicaux, qui sont difficiles à vaincre & à détruire, que par des agents Physiques, dont je ne prétend point parler à cause de leur longue & dif­ficile préparation.
Je dirai seulement que je fais du Jupiter une poudre par un certain moyen, qui est le spécifique infaillible pour toutes effusions & hémorragies de sang tant in­ternes qu'externes de quel­ques natures qu'elles soient tant violentes que natu­relles.
DU MARS
LE Mars est un corps chaud & sec duquel toutes les préparations vulgaires sont ridicules & inutiles, comme ces crocus astringents & apéritifs des Apothicaires, les vitriols supposés & autres diverses opérations.
Il n'y a d'utile en lui que son sel fixe purifié & son soufre essentiel séparé de l'accidentel, & bien essencifié qui sont les spécifiques de licteritie.
DE L'OR.
Or est d'une nature si parfaite & si admirable qu'il est incorruptible, parce que les proportions des Eléments y sont si justement observées qu'il n'y a aucun agent dans la nature qui purge séparer les parties qui le composent, & il a une har­monie si parfaite avec le Soleil supérieur, & le cœur de l'homme au centre du­quel réside l'archée & le principe de la vie, que de­ quelque manière qu'on le­ puisse préparer, pourvu qu'il soit bien ouvert & séparé de tout corrosif il fait toujours des effets admirables pour la Médecine, il fait dans le Microcosme ou corps de l'homme les mêmes opérations que le Soleil fait dans le grand monde supérieur, parce que le Soleil paraissant avec sa splendeur sur no­tre horizon, dissipe tous les nuages & les brouil­lards qui se sont élevés des vapeurs de la terre en la moyenne région de l'air, de même l'or préparé Philosophiquement, & réduit par l'Art en une poudre ou essence si subtile, que la chaleur naturelle puisse faire sur lui la même action quelle fait sur les, aliments, c’est à dire qu'el­le le digère, & par consé­quent en distribue la vertu spirituelle à son semblable qui est le cœur qui l'attire à soi comme un Aimant, il ne faut point douter qu'il ne consomme & dissipe promptement toutes les humidités superflues du corps humain qui font la cause radicale presque de toutes les maladies.
Or comme les souffleurs & les sophistes ignorants se sont imaginés un nombre infini de calcinations, de dissolutions, de préparations d'or, je les laisserai toutes & ne parlerai que de quelques-unes des plus excellentes, quand aux préparations faciles.
Comme sont l'or Diaphorétique, l'or sublimé & l'or essensifié par divers moyens, ou seul ou joint avec le Bézoard ou l'Ambre gris, les Perles, ou les Coraux pour en faire les grands Cordia­les qui rétablissent l'altération générale de nos corps.
Je ne m'arrêterai pas à parler en ce lieu de la vraie dissolution radicale de l'or, non plus que du vrai or po­table des Philosophes, qui est fait d'un or vif que la na­ture n'a mis qu'en puissance & quelle n'a point réduit en acte, n'y des autres divisions & subdivisions des ors & argents potables, nous réservons cela dans les conférences particulières que nous aurons avec ceux qui auront dessein d'en être pleinement informés par l'expérience.
DE VENUS.
Vénus est un corps dont on ne peut pas tirer grande utilité pour la Médecine, si ce n’est comme du Mars, par l'extraction de son sel fixe, & de son soufre essentiel pour les maladies vénériennes, & pour rétablir les parties soumi­ses à la région de Vénus, mais comme c'est un ouvrage long & difficile à cause que les parties essen­tielles sont confondues & enveloppées dans son verdet ou soufre combustible, puant & accidentel, & qu'il y a d'autres remèdes plus prompts & plus faciles, nous n'en parlerons pas d'avantage.
DU MERCURE.
C'est une chose étonnante de voir qu'encore aujourd’hui les plus beaux esprits avec tout le reste des hommes communs se laissent persuader par des Charlatans ignorants, que les frictions où préparations vulgaires du Mercure, puissent guérir la maladie vénérienne & tous ses accidents, car il faut savoir que tant que le Mercure est encore en état de retourner en vapeur, en fumée où en substance courante par l'action du feu, il fait la même chose par celle de la chaleur naturelle, & ainsi il sert plutôt de poison que de remède, comme l'expérience nous montre tous les jours. Car il pénètre les os & leur moelle, gatte les parties nobles, offense le cerveau, dessèche & re­froidit les nerfs, corrompt le baume de la nature, & infecte toutes les parties du corps, dont nous voyons tous les jours de funestes exemples, & si quelqu'un se trouve guéri par cette mé­thode c’est par hasard, mais il arrive souvent que celui qui traite de quelque acci­dent qu'il a vu rebelle à ses remèdes faibles & inutiles, lui persuade qu'il a cette maladie, & qu'il faut passet par le grand remède, & ainsi s'il en sort sans péril il se trouve guéri d'une maladie qu'il n'a jamais eu dont nous reporterions une infinité d'exemples authentiques si cela se pouvait.
Néanmoins je ne niera pas qu'on peut faire une préparation de Mercure secrète qui a cette vertu assurée, parce qu'il est fixe comme l'or, & sur laquelle feu n'a plus aucune action,
On fait encore du Mercure sans aucune adition, une quintessence douce & ad­mirable, qui a des vertus particulières dont je ne par­lerai pas d'avantage.           
DE LA LUNE.
ON fait un sel de la Lune qui est le spéci­fique de l'épilepsie, Paraly­sie, Hydropisie, & autres maladies Lunaires, aussi bien que son soufre vert ou bleu, lesquels étant séparés de son corps il peut produire une essence cosmétique comme celle des perles.
Voilà donc chers Lecteurs les richesses & les trésors de la vraie Médecine Hermétique, qui semblaient être ensevelis dans l'oubli & dans les ténèbres qui sortent des entrailles de la terre pour venir au-devant des mortels leur offrit le secours nécessaire à toutes les infirmités auxquelles le péché de notre premier Père, nous a assujettis ; Voilà ces Etoiles brillantes du Ciel & de la terre qui de­vraient éclater dans les cabinets des rands Rois, des princes , & des grands Seigneurs. Et voilà enfin ces flam­beaux remplis de lumière qui devraient reluire dans leurs Laboratoires pour éblouir par leur beauté les yeux & les esprits de toute la terre,& on ver­rait les peuples venir de toutes ses parties chercher la santé & le soulagement comme à la source & la fontaine de la vie humaine.
Ce ne sont pas ici ces amas d'herbes de racines & de graines, qui n'ont autre fondement que la pourriture & la corrup­tion, ni aucun rapport avec les parties Astrales de l’homme, & par conséquent aucune ver­tu universelle, générale ni particulier pour détruire le principe & la cause radicale des maladies chroniques & enracinée puisque l'expérience nous donne tous les jours des marques assurées, étant impossible de détruire un principe de corruption qui cause une altération substantielle, par demi substances corruptibles : Qui nemo dat quod non habet,
Toutefois je neveux n'y ne puis nier que les végétaux & les animaux ne contiennent en eux quelques vertus spécifiques pour la guérison des maladies aiguës, mais encore pour en voir l’expérience il serait cessaire de les consteller & préparer dans les heures & les temps propres, comme l'a montré ce docte & savant Caritier, Auteur Allemand, dans son histoire des Plantes, & duquel jamais aucun autre ne pourra approcher, & ne pourra lui servir que d'éclat. Il faudrait même en faire l'appli­cation, comme l'a enseigné le grand Mainte Arnauld de Villeneuve en sa Médecine simple, autrement il n'est pas raisonnable d'être ingénieux à se tromper soi-même, ou vouloir persuader aux autres qu'on puisse tirer, aucun fruit pour la conservation de la santé, pour la guérison des maladies par le moyen des substances végétales & animales.
Je ne doute point que ce petit écrit public n'excite l'envie, l'ignorance, & la malice, mais je n'ai rien à craindre s'il a l'honneur de paraître au jour; sous l'autorité & la science des son protecteur, & au surplus étant la pure vérité toute nu sans fard & sans déguisement,, j'attends celle de Dieu qui en est le père, & de toutes les créatures qui font l'objet de cette science & de ce discours.