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DUPUITS Lettre sur la figure de Flamel

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LETTRE DE MONSIEUR DUPUITS SUR L’EXPLICATION DE LA FIGURE DE FLAMEL

Première moitié du XVII° siècle

Fonds Caprara
Bibliothèque Universitaire de Bologne
Cote : Lat. 270 (457), vol. XXIV, 4, ff 21r-24v.

Monsieur, 
Véritablement l’antiquité qui se voit en la quatrième arche du cimetière des Innocents à Paris est une des plus rares choses du monde et le livre de Nicolas Flamel qui l’a faite dresser et qui l’expose est aussi fidèlement imprimé qu’il y en puisse avoir autre. Et si vous vous en voulez fier en mon jugement, croyez qu’il ne contient rien que la pure vérité et n’en cherchez point d’autres exemplaires plus fidèles. Aussi n’en ai je point et ne vis jamais Abraham le Juif non plus que vous. Que si je l’ai cité en quelque part de mes écrits ce a été après ce qui s’en lit dedans ledit Flamel qui en décrit naïvement les figures sous lesquelles il a caché les matières et le premier agent. Ainsi je satisfais à votre désir, puisque l’imprimé est fidèlement fait sur l’original, et que je vous en assure. Quand à ce que vous demandez, que je m’étende en l’exposition, je vous dirai franchement que je ne puis rien refuser à monsieur Brunel, mon intime ami, qui m’en prie ; et c’est afin que si vous trouvez rien de bon en ce mien écrit, vous soyez occasionné à l’aimer de tant plus et que vous persistiez en votre promesse de me donner part en vos grâces. Voici ce que le sujet permet d’en coucher sur le papier. Flamel même vous avertit qu’il. n’a point fait son livre pour ceux qui sont ignorants des premiers fondements et qui n’entendent rien en la nature métallique. Car on ne trouvera rien en icelui des agents et des matières. Vous me pouvez donc justement demander qu’est ce qu’il enseigne. Je réponds, ce qu’il promet, à savoir la voie linéaire de l’œuvre. C’est le régime des matières disposées, que les philosophes appellent factum operis. Lequel régime Calid a enseigné à son disciple Musa, disant que n’ayant peu ledit Musa trouver ce secret dans les livres, il a composé son livre pour lui, laissant les autres secrets desquels les philosophes parlent assez fréquemment et clairement, et écrivant celui-ci en sa faveur. Lequel il met au chap. 15, ayant dit au chap. I : Defuit multum in libris philosophorum de operatione lapidis. Ego vero in hoc meo libro dicam ipsam atque eius factum. Ce qu’il fait aussi chap. 15, comme vous pourrez voir en le lisant. C’est cela même qu’enseigne Lulle en sa Clavicule, car il l’appelle Clavicule d’autant que c’est ceste clé sans laquelle on ne peut entrer en cet art. C’est ce que Geber a brièvement compris au chap. 85 de sa Somme, duquel le filtre est De medecina lunari tercii ordinis. Et pour n’entre long à citer les auteurs, c’est ce que Trévisan enseigne au docte traité que vous m’avez envoyé, duquel le titre est De la parole délaissée. C’est, dis-je cela que ledit Flamel enseigne principalement, à savoir combien il y a de doses et de quel poids, combien d’imbibitions ou solutions, putréfactions, sublimations, cuites et mondifications. Car c’est tout un du commencement jusqu’à la fin pour rendre la matière de dure molle, de solide liquide, de morte vive, de vile excellente, de crue cuite et de sale nette, de volatile fixe. Car puisque c’est un art, il faut qu’il ait ses règles de procéder du commencement à la fin.
Pour venir donc en l’exposition que je vous en puis donner, premièrement Flamel peint deux dragons, le mâle sans ailes, la femelle ayant ailes. Le mâle c’est le soleil, la femelle c’est la lune. Car Hermès vous dit : Le soleil est le père, et par conséquent mâle, et la lune blanche est la mère et par conséquent la femelle. Flamel dit en l’exposition qu’ils sont de source mercurielle et origine sulfureuse, car combien que tous deux soient composez de mercure et soufre métallique, la lune, qui est plus
crue et blanchâtre, est plus mercurielle, et sol, qui est plus cuit et roux, est plus sec et sulfureux. Or pourquoi sont-ils figurés en dragons ? Pour ce que sans un venin puissant qui pénètre leurs moelles, il serait impossible qu’ils mourussent pour passer à nouvelle génération ; et comme le venin est de la nature du dragon, ainsi ce venin est de la nature de ces deux corps et entre dans les atomes de leur tempérament pour les rendre dissolubles et miscibles. Geber dit parlant du sol au chap. 9 de la 2 part de sa Somme Attentaverunt (parlant des ignorants) quod sit fortis compositionis, sed quam fortis compositionis sit non attentaverunt. Car il y a une grande difficulté d’en arracher les esprits en dissolvant les corps. Celui donc qui ne saura ce venin, il aura de la porte sur le nez et n’aura jamais part en ce secret occulte. Cela monstre donc que le commencement de l’œuvre  gît en l’ouverture et empoisonnement de ces deux corps.
En second lieu, ledit Flamel peint un homme et une femme en son plan à part et chacun ayant son rouleau. Ce ne sont autre chose que ces deux dragons mis chacun avec son dissolvant, duquel le poids est contenu en chacun rouleau. On trouvera que ces deux dissolvants sont de même poids et proportion si on considère de près les mots. Le rouleau de l’homme dit : Homo veniet ad judicium Dei. Et la femme dit : Vere illa dies terribilis erii. Il faut donc garder ceste proportion des dissolvants et faut noter que Flamel n’enseigne point ni la matière ni la mixtion ni la cuite ou régime pour le faire. Mais il donne seulement cet avisement au chap. 5, que les imbibitions de la blancheur demandent un lait plus blanc que celles de l’auréité ou rougeur. Or il peint le dragon mâle en homme et la femelle en femme, car ils sont réduits avec leur susdit lait en semence d’homme et femme capable de recevoir l’un l’autre pour pouvoir engendrer comme l’homme et la femme ; et leur dissolvant [en] lait, car il est tiré de la nature des corps qui sont nourris, et leur est amiable comme le lait à l’enfant qui ne pourrait vivre d’autre nourriture au commencement de sa naissance. Il dit que la première préparation des matières dont il se fait est la chose la plus difficile du monde, et dit quelques mots de ses qualités et vertus par-ci par-là, voire il n’en taise pas du tout les matières, mais il en parle si obscurément que l’ignorant n’y comprend rien du tout et l’homme savant avec grand peine. Il dit notamment qu’il eût en fin test agent après long travail, l’ayant reconnu à la senteur. Il dit que le serpent piton fut transpercé d’une lance contre un chêne creux. Note, dit-il, ce chêne. C’est ce chêne duquel il est parlé par le Trévisan disant que la fontaine était enclose en un chêne creux et Abraham le Juif avait peint en ses hiéroglyphiques au milieu d’un jardin un beau rosier fleuri échelant contre un chêne creux, aux pieds desquels bouillonnait une belle fontaine d’eau très blanche pesante. Il dit aussi que les couleurs obscures, noires, bleues et flavastres qui paraissent en la dissolution et putréfaction viennent de l’ignéité pontique et vertu aiguë et admirable de notre mercure (chap. 3). Sachez donc premièrement que les poids dudit dissolvant son égaux. Mais leur qualité est autre pour nourrir chacune semence selon son tempérament. Car le lait de la lune est plus blanc, plus cru, plus humide selon la nature de la lune, et celui du soleil plus rouge, plus cuit, plus sec, approchant du naturel tempérament dudit soleil. Le premier tient plus du mercure et le second du soufre. Ce dissolvant donc s’appelle notre lait, notre menstrue, pour même raison, notre eau fétide, à la senteur forte, notre eau forte et ignée, notre eau vitriolée nitreuse et alumineuse, notre eau métallique, notre eau de sel armoniac, notre eau amère, notre eau d’urine de petits enfants, notre eau minérale, notre eau de sel commun, notre vinaigre radical, notre eau douce, notre eau mercurielle. Elle se fait comme l’eau seconde par sept putréfactions après qu’on a particulièrement préparé tous les ingrédients. C’est pourquoi ladite eau première et seconde de laquelle nous parlerons incontinent après est donnée et confondue par les philosophes sous même tradition et régime, et est aussi enseignée sous le nom d’eau forte commune, car elle se fait par les mêmes proportions des ingrédients de l’eau forte commune. Mais sachez que notre vitriol, notre salpêtre et sel armoniac sont métalliques. C’est l’eau et l’unique dissolvant au monde qui dissout le corps sans destruction de l’esprit en quoi gît la conservation de l’espèce ; et comme il est dit au 20. paragraphe du Petit Rosaire : Eius laudes inveniuntur interminabiles et est véritablement ce qui commence à donner vie à nos deux corps jusqu’à ce qu’ils soient pleinement vivifiés par l’eau seconde et troisième, l’eau de vie. Car toute autre eau forte et corrosive est eau de mort et ne vaut rien, détruisant corps et esprit et corrompant les principes de génération. Mais / [f. 22v] c’est notre unique dissolvant qui réduit nos deux dragons en semence et en la double gomme huileuse de Marie la prophétesse après que la partie aqueuse est évaporée et que la matière est venue fondante à doux feu comme cire. Ceste matière venimeuse donc s’appelle notre double semence mâle et femelle, notre double gomme, notre double élixir blanc et rouge, notre arsenic blanc et notre soufre jaune et notre double ferment, et l’eau qui le dissout et prépare est en partie ceste parole délaissée du traité du Trévisan.
Passons à la troisième figure de Flamel. C’est un ange blanc avec ailes dorées. Un homme vêtu de trois couleurs, blanc, noir et rouge, et la figure grande de saint Paul vêtu de blanc avec son glaive reluisant, ayant une ceinture noire qui l’environne de sept tours. Le premier et le dernier sont demi tours ; les cinq du milieu sont entiers. Flamel expose que ces sept tours sont sept imbibitions ou putréfactions de la matière qui est remise par sept fois sur le feu pour la putréfier, cuire et dépurer tant qu’elle soit rendue nette et reluisante comme un glaive desgainé4 et bien fourbi. Car il est certain que toute décoction digestive écume la matière, joint l’homogénée et sépare l’étrange et l’excrément. C’est ici le commencement de la composition de sol et lune ci devant préparés avec le mercure qui est peint avec les ailes pour montrer sa volatilité. Ses ailes sont dorées pour signifier qu’entrant en ceste composition il reçoit dedans soi un petit du ferment rouge qui a été rendu spirituel et volatil par la préparation précédente. L’écrit de son rouleau commence par six disant : O Rex sempiterne. Le grand corps de saint Paul est le ferment blanc qui se joint avec l’homme du milieu qui est proprement le compost où trois se joignent en un. C’est pourquoi il a trois couleurs. Car le mercure cru et commun ou vulgal est blanc. Le corps corrompu et venimeux de la lune se rend noir ayant été pénétré de son venin, duquel il a été parlé devant, et le corps du soleil envenimé se rend rouge et touche rouge d’où vient que les philosophes le nomment leur laiton, disant : blanchissez notre laiton rouge. Ces trois couleurs donc montrent que tous trois se joignent en un en ce premier compost, et ce que la figure de saint Paul est jointe avec celle de cent homme et que tous deux n’ont qu’un rouleau qui contient le poids de sept, disant : Dele mala quae feci, monstre qu’il y a un double septième. Mais la grandeur de la figure de saint Paul enseigne que ce poids de la lune est grand et à l’équipollent des six poids du mercure. Or entendez la raison de ceste différence. Il faut approcher les natures aux natures, disent les philosophes, et se faut garder de joindre tout à coup les contraires. Car le feu et l’eau s’entre-détruisent. Il faut donc les conjoindre par l’air qui est le médiateur de leur paix. Ainsi le mercure commun est humide et froid comme l’eau, le ferment du sol est chaud et sec comme le feu ; la lune donc est comme l’air, humide comme le mercure et chaude comme le sol. C’est donc elle qui doit faire l’accord entre les contraires, comme tenant le milieu entre les deux extrémités. Car notre intention est de convertir les natures, de changer le cru en cuit, l’eau en feu, le volatil en fixe. Ce sont des extrémités. Il faut donc nécessairement passer d’une extrémité en l’autre par le milieu. Ainsi le mercure vulgal, reçoit facilement le corps de la lune, et étant échauffé par elle, il reçoit après peu à peu plus facilement celui du soleil. Car la lune le convertit en nature d’air et puis ceste nature d’air s’unit facilement à la nature de feu.
Ce sont les raisons pourquoi ceste première dose de la lune est grande en ceste première imbibition, et ceste imbibition s’appelle petite. Car plus le corps qui est à dissoudre est grand, plus le dissolvant est petit en comparaison d’icelui, et par conséquent l’imbibition petite ; et au contraire plus le corps à dissoudre est petit et en petite quantité, plus la quantité du dissolvant à son égard est grande et l’imbibition grande. Voila pourquoi ceste première imbibition petite de la grande quantité du corps de la lune est figurée par le demi-tour de la ceinture noire, comme Flamel l’expose. Ainsi donc trois commencent de s’unir en un, et le mercure vulgal et froid commence de s’échauffer.
La figure du Sauveur vient après, qui a la teste dorée et tout le corps et toute la robe blanche avec les bords dorés, tenant le monde en sa main comme seigneur de tout le monde. C’est notre mercure qui est vraiment seigneur de tout le monde philosophique, qui fait tout et sans lui ne se fait rien. Rendu blanc et net de toute impureté et souillure et soufre impur métallique, ayant dedans soi le feu de nos deux soufres purs allumé ; et sa mixtion est représentée par la teste dorée et les bords de la robe. Il a acquis ces vertus par six imbibitions, l’une petite qui a été déclarée ci-devant, les autres cinq grandes qui sont représentées par les cinq tours entiers de la ceinture noire et par les cinq petits anges dorés : trois qui sont sur sa teste et deux sous ses pieds, qui sont les cinq petites doses de notre ferment rouge. L’ange du conté droit marque aussi ces doses en son rouleau disant : O Jesu bone. L’autre ange du côté gauche a dans son rouleau : O pater omnipotents, qui marque sept poids ou doses en deux sortes. Premièrement les cinq petites doses de ces cinq imbibitions grandes, quatre de sol et trois de lune. Les quatre de sol sont figurées par trois anges petits et la teste dorée qui font quatre poids petits. Et les trois ressuscitant qui sont peints en blanc et qui sont dessous les pieds du Sauveur, nommés le corps, l’esprit et l’aine, ce sont trois petits poids de la lune qui font sept avec les quatre du sol précédent. Ainsi il si trouve cinq fois sept en ces cinq doses ou imbibitions grandes. Secondement ce rouleau marque les sept imbibitions entières. Mettez la précédente imbibition petite de la lune avec ces cinq grandes, seront six doses. Ajoutez-y celle qui suit après de la grande figure dorée de saint Pierre qui est la dernière petite imbibition de l’autre demi-tour de la ceinture et vous aurez les sept imbibitions achevées. Mais devant que passer du tout aux figures suivantes, achevons la considération de ces cinq grandes imbibitions et de ces cinq petites doses de nos deux corps. Pourquoi réitère-t-on ces petites imbibitions si souvent ? C’est pour nourrir et échauffer peu à peu notre mercure de lune et par ces réitérées cuites le mondifier de tant plus en ces putréfactions. C’est remette l’enfant au ventre de sa mère qu’elle avait enfanté auparavant. Notre mercure donc se rend plus essentiel, de froid chaud, d’humide sec, d’eau air tendant à la nature de feu, d’impur net, de noir blanc, de ville noble, de mort et inepte à génération vivant et végétal et apte à recevoir par la dernière et septième imbibition et composition le dernier ferment du soleil qui le dessèche et le fixe du tout en nature de feu et en poudre de la pierre très noble, capable de cuire et fixer la crudité des imparfaits qui les tient impurs et qui les rend au feu volatiles, dissipables et consumptibles.
Je mettrai ici une figure par laquelle je rendrai ceci plus clair et facile à entendre en un clin d’œil. Mais ne sachant point si ce livre tombera fidèlement entre vos mains, je m’en déporte craignant de découvrir ce secret à tel qui possible ne le mériterait pas et ne m’en saurait point de gré. Mais quand, si le sort le permet6, vous me verrés et je vous verrai, ou que monsieur Brunel me rendra ce livre et je le pourrai remettre entre ses mains pour le vous faire tenir assurément, j’y ajouterai la susdite facile démonstration.
Sachez devant que passer plus avant qu’il y a trois eaux desquelles nous nous servons. La première qui dissout nos dragons [et] qui se divise en deux, l’une propre au blanc, l’autre au rouge, de laquelle nous avons ci devant dit les qualités et les noms et l’usage. La seconde est ce mercure commun. Mais pour ce que nous le prenons tel que nature l’a fait, en le purgeant seulement le mieux que nous pouvons sans corrompre son essence visqueuse et mercurielle, nous n’avons pas accoutumé d’appeler celui-ci notre eau ni notre mercure. Car c’est la nature qui l’a fait et le nous a mis en main, et non pas nous ni notre art. On peut dire donc que nous usons de trois eaux. Mais quand nous parlons proprement de nos eaux, nous entendons des deux que nous faisons, à savoir de notre menstrual premier et eau mercurielle et de ce notre mercure qui est notre eau seconde. Lesquelles aussi, comme nous avons noté ci-dessus en passant sont aucunement conformes aux régimes de leurs décoctions. Or celle-ci s’appelle donc, quand elle est parvenue jusqu’à la sixième imbibition devant qui mettre le dernier ferment, notre mercure, le mercure des mercures, notre eau seconde, notre mercure composé, notre mercure chaud et sec, notre eau divine, notre moyenne nature entre mercure et métal, notre vrai azot blanchissant le laiton, notre mercure végétal et vivant (mais à cette heure, dit Flamel, il est par le dieu vivant doué d’une âme végétative), notre premier degré de l’œuvre et finalement ce grand secret et parole cachée ou verbum demissum du traité du Trévisan, le labyrinthe où on se perd, qui affole les sages et rend les sages entendus, la clef première ou principale de philosophie, secret sur tous les secrets du monde désirable.
Nous n’avons pas à discourir beaucoup sur les figures suivantes. Considérez deux figures opposites. Car de ce côté et à ceste main il y a autant de figures comme au conté gauche. Mais au lieu que l’ange volant est blanc et la figure de saint Paul à main droite, l’ange et la figure de saint Pierre sont vêtus de robe jaune et dorée. La femme qui est au milieu est vêtue de trois couleurs. Ceste femme c’est notre mercure échauffé qui ne demande, étant rendu lascif comme la femme en sa vigueur qui abonde en semence, que la dernière dose du sperme masculin et la conjonction de son mâle. Car elle a perdu à cette heure son tempérament froid et flegmatique qui eût mortifié et détruit la semence du mâle, s’étant rendue apte à concevoir. Elle a trois couleurs car elle contient en soi trois matières dont nous avons devant parlé. Et derechef elle a les trois principales couleurs de la dernière cuite ou dose. Car elle se fait noire et puis blanche et puis rouge sans jamais la bouger de son lieu ni de son vaisseau. Son rouleau est : Christe precor esto pius, et l’ange dit au sien : Salve Domine angelorum. Ce n’est pas que ce soient diverses opérations des deux autres carreaux de dessus. Au premier il y a deux anges dorés ou couverts de robe dorée. Au dernier un homme vertu de rouge avec un lion de même couleur. Leur rouleau qui est étendu au milieu des anges et passé en la gueule du lion embrassant les deux carreaux et conjoignant l’un et l’autre dit ainsi : Surgite mortui venue ad judicium Domini mei. Il faut donc entendre que toutes ces opérations se font en une seule décoction du dernier ferment. Et quant à ce que les deux rouleaux de la femme et de l’ange contiennent huit et neuf poids, cela n’est que pour montrer qu’il y ait plus de sept imbibitions. Mais c’est pour montrer comment par les imbibitions grandes qui sont entre la première et dernière petites on monte depuis le six et sept poids des figures blanches du côté gauche jusque huit et neuf poids accomplis de notre mercure par petites doses de sol et de lune. Et enfin on clôt la petite imbibition dernière du ferment rouge en ajoutant un à neuf. Ainsi vous faites le poids de dix et neuf comme porte le rouleau dernier. Où notez qu’on ne met pas au commencement lune sans sol, car la lune donne ingrès au sol dedans le mercure, ni à la fin on ne met pas sol sans lune, car la lune donne ingrès au mercure dans le sol et en deux doses qui sont grandes. La première et la dernière sont reliées l’une à l’autre par les petites doses de sol et de lune qui sont au milieu, tellement qu’il semble que la grande dose de la lune est attachée par une petite traînée de cinq petites doses à la grande dose dernière du sol, et au contraire la grande dose dernière du sol est attachée par une petite traînée de cinq doses petites de sol à la première grande dose de la lune, la fin allant au rebours vers le commencement. Ainsi dans six on met sept huit neuf et finalement dix reliant toujours les matières selon que nature le veut. Aucuns des philosophes appellent la première grande dose de notre azot corps, à cause de sa grande masse ; les petites doses qui sont entredeux de sol et de lune, esprit, d’autant qu’il est l’entredeux et la liaison du corps et de l’âme ; et la dernière grande dose du ferment rouge, âme, car c’est l’entéléchie et la perfection de tout le composé qui est conjointe à tout le corps par la médiation de l’esprit échauffant et vivifiant et nourrissant, comme l’embryon peu à peu le mercure. Loué soit Dieu qui donne aux hommes ce qu’il lui plaît, aveuglant les clairvoyants et éclairant les aveugles, qui cache les secrets terrestres et célestes aux sages et entendus et les révèle aux simples et aux petits enfants selon son bon plaisir.
Monsieur, je ne vous puis pas connaître puisque ne vous ai point fréquenté, ni juger de votre savoir puisque je n ai entendu vos discours ni n’ai vu vos écrits. Possible- vous savez plus que moi et estes plus entendu en ces secrets misères. Dieu qui m’a révélé ce que j’en sais peut vous avoir donné plus. Je sais que presque tous ceux qui se mêlent de philosopher sont présomptueux, et ordinairement les plus ignorants disciples s’estiment entre les plus grands docteurs. Chacun conçoit telles opinions de ses opinions qu’il méprise les opinions des autres. J’en ai vu qui, sans aucun fondement ni raison ni connaissance de nature métallique, se promettaient d’accomplir leur désir en peu de jours. Auxquels ne pouvant rien gagner par raisons j’ai été contraint d’applaudir, faisant semblant d’approuver leur niaiserie car je voyais que c’était un mal incurable, croyant que l’expérience dommageable et vaine leur ferait un jour revenir le sens. Je veux dire que possible j’en ai aussi peu que les autres et que8 me pourrai bien aussi, étant homme, tromper en mes conceptions. Mais quoi qu’il en soit, je requiers ceci sur toutes choses de votre amitié, que vous ne divulguez point ce mien petit traité. Car s’il ne vaut rien et ne contient que des chimères, pourquoi voudriez vous abuser les autres qui possible n’en jugeraient pas ainsi et prendrait occasion d’y alambiquer vainement leur cerveau ? Et s’il est bon, ne seriez vous point jaloux d’une si précieuse marguerite pour ne la prostituer point ? Je ne me soucie plus guerre des livres. Car j’en sais moi-même tant que j’en veux, ayant routine avec cette matière 23 ans. Que si je n’y sais rien à cette heure, je me défie de jamais y pouvoir rien apprendre. Mon malheur a été jusqu’ici que je n’ai eu quelque homme qui me peut assister de commodités et moi je l’eusse peu assister de savoir. Car si mon jugement ne me trompe, j’eusse fait beaucoup pour lui s’il eut fait ce bon coup pour moi. Or si Dieu m’a donné ce bien, je crois fermement qu’il achèvera. Car Il ne laisse jamais ses oeuvres imparfaites et peut-être qu’il attend que je me fasse meilleur et plus sage pour en pouvoir user. Sa sainte volonté soit faite. Si jamais Il me donne des commodités pour laisser pourvue ma famille et faire mon voyage commodément, ayant débrouillé mes affaires, il faut que je me donne le contentement de voir votre Paris, votre petit monde et ceste rareté surtout qui a fourni sujet à ce livre. Dieu soit avec vous. Faites moi l’honneur de me tenir selon votre promesse, Monsieur, votre très humble serviteur, J. Dupuits.