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ROUILLAC La Pratique du Grand Oeuvre des Philosophes





LA PRATIQUE DU GRAND OEUVRE DES PHILOSOPHES
Par Rouillac Piémontois
1608


CHAPITRE I

Avertissement de l'auteur
A mon précédent livre d'alchimie, j'ai déclaré assez amplement ce que c'est que la pierre des philosophes ; quelle est la matière de laquelle elle composée, quelle est sa nature en qualité & de quelle substance elle doit être tirée.
Et en passant, je n'ai omis de rogner les faus­ses opinions de ceux qui la cherchent en des choses étrangères et aussi des imposteurs en cet art qui tâchent de congeler le mercure vulgaire avec des herbes et sels, comme aussi de ceux qui essaient de fixer la lune sans sa solution & ce en vain, pareillement de ceux qui s'exposent de faire augmentation de soleil & de lune, tous desquels d'autant qu'ils ne peuvent entendre ce que c'est que les vrais philosophes ont caché sous des noms : chélidoine, lunaire, vin, eau de vie, tartre, œuf etc., et si ne comprennent ce qu'est coaguler, fixer et multiplier se persuadant que ce n'est autre chose que d'ôter la fluxibilité et humidité superflue & augmenter le poids & la couleur demeurant.

Commentaire sur le chapitre I

Je n'ai point ce précédent livre, mais puis dire que cet auteur a été grand & excellent, et qu'il a beaucoup vu et expérimenté, et n'ai point vu encore d'auteur qui traite plus véritablement et ouvertement de cet œuvre.
Il reprend ceux qui errent en cet art la cher­chant en des choses étrangères qui ne sont de nature des métaux et qui jamais ne se peuvent unir ni fixer avec eux ; il reprend aussi ceux qui veulent coaguler le mercure avec herbes et sels, ce qu'il fait avec raison, car le congeler c'est l'épaissir et l'épaississement est fait en séparant de lui l'humide plus délié et rare ; & parce qu'il est d'une substance homogène et semblable en ces parties, cette inspissation ne peut être faite sinon par le moyen de quelque chose qui s'unisse en son centre avec lui qui soit fixe et le retienne en la violence du feu, jusqu'à ce que ladite humidité, rare et superflue soit séparée et la plus épaisse demeure, et que par ce moyen devienne dure et métal.
Il reprend encore ceux qui veulent fixer l'argent sans sa solution, pourquoi savoir il faut connaître la nature du soleil qui est sa matière, est vif argent très pur qui est fixé de soufre très pur et rouge qui leur baille sa couleur citrine mais il est en bien petite quantité au respect du mercure. Quand je dis sa première matière, j'entends en la mine de la terre en ce qui res­semble au vif-argent et soufre comme en matière de tous les métaux est semblable, encore qu'elle soit différente en pureté et mixtion dont résulte la diversité de leurs formes ; la cause donc pour­quoi l'argent et les autres métaux prennent la forme de sol ne peut être autre sinon qu'il faut qu'il soient réduits par artifice à semblable vif-argent & semblable soufre que celui qui est en soleil. Il faut donc réduire ledit vif-argent en mercure volatil et fluant et puis le joindre avec sol préparé en chaux et, par coction, le soufre qui est en sol réduit le vif-argent en sol car ledit vif-argent (d'argent) est semblable à celui de sol : et ne lui reste que la décoction. Voilà comme voie particulière le semblable est fait par le lapis qui est universel. La particulière est faite par longue décoction, & l'universelle en son moment, par la vertu du lapis.
Toutefois, sauf correction de l'auteur, j'ai expérimenté plusieurs fois que l'argent par voie particulière est transformé sans cette mutation d'argent en mercure, car de mercure sublimé aucunement fixe et rendu en huile est faite teinture qui a vertu de le transformer en grains d'or. Et par la même raison car cette huile de sublimé est de nature de soufre et qu'il est en l'or, il sépare avec l'aide de feu l'impureté de l'argent, le teint en citrin, s'unit avec lui et sont faites les dites grains d'or autour desquels est une impureté terrestre, en laquelle sont semés les dits grains d'or transmués et comme la preuve si le lapis est parfait ou non est sur la lamine d'argent rougie au feu. Ainsi en est-il de cette huile sublime car s'il pénètre & perce d'autre en autre & colore en couleur citrine, est parfaite.

CHAPITRE II

Quelle est la matière de laquelle le lapis philosophal est fait
  Les ages affirment qu'elle est faite d'une seule chose & ne mentent point, car ces deux choses, lesquelles imitant nature ils prennent pour la confection, sont composés de soufre & de mercure. Toutefois ce sont deux choses parce quelles ont diverses formes à cause de leurs qualités accidentelles, l'une est intérieurement chaude et sèche agent masculine & donne la forme à la matière, et partant ils l'ont appelée âme, soufre & ferment & il n'en faut qu'une petite quantité pour parfaire l'oeuvre. L'autre au contraire est froide, humide, passive, féminine, apaisante et désirant son ferment pour être jointe en un, avec lui à la perfection, la féminine est appelée de tous les philosophes la matière de la pierre, car sans elle, la masculine ne peut être déliée et dissoute & c'est ce que les philosophes appellent leur mercure, lequel ils tirent par grande industrie d'une seule chose où nature le cache assez, il vous déclare et explique toute la mesure & moyen duquel j'ai usé en faisant cet œuvre admirable.

CHAPITRE III

Premièrement ce qu'il faut faire pour le mercure des philosophes &t la matière d'où il doit être extrait & qu 'icelle soit cohobée c 'est-à-dire souvent amalgamée
Prends donc, au nom de Dieu, une livre de P qui soit pur et franc, et qui n'ait jamais été mis en œuvre. Limez-le très subtilement, le plus que vous pourrez et le mettez chauffer en un creuset sur cendres chaudes.
Derechef et d'autre part, mettez chauffer en un autre creuset de terre quatre livres de  m. En cem , jetterez P et tenez le tout sur cen­dres chaudes par vingt-quatre heures, lesquelles passées, versez le tout en son alambic de verre & y appliquerez sa chape ayant son nez, c'est-à-dire bec, y adaptez son récipient et distillez le tout ce que vous connaîtrez par le poids car de quatre livres de     vous n'en aurez perdu que deux onces.

Lors laissez mourir le feu et refroidir la matière dedans les cendres, puis la tirez de l'alambic & sent comme cendres ; tri­ture-les en un marbre fort subtilement & les met­tez en un pot de terre luté d'autre terre, lequel mettrez au réverbère & lui baillerez le feu dans et par degrés, en augmentant
pour crainte qu'il ne fonde & ce par vingt-quatre heures, puis lais­sez mourir le feu & refroidir le vaisseau au four­neau ; puis triturez votre matière sur le marbre & réitérez la cohobation id est amalgame, coction et extraction susdites par sept fois pour le moins & plus de fois la réitérez, plus facilement se réduira en mercure & éléments que si la cohobez vingt fois. Puis la triturez & la mettez en lieu froid et humide, elle se dissoudra d'elle-même en mercure.
Retiens bien cette cohobation de P, & la met­tez en votre entendement, car par semblable moyen, il vous faudra cohober R et X au blanc et au rouge, auparavant que de les conjoindre en mariage au mercure, que je vous enseignerai ci-après. Mais ce n'est rien que la calcination de P s'il n'est réduit en mercure sans laquelle réduction icelui P serait inutile à notre œuvre.
Donc mettez la chaux de P sur cendres chau­des et l'imbibez de son huile de tartre des phi­losophes ; et l'imbibant petit à petit, faites qu'il retienne quatre fois plus qu'il ne pèse, puis cela étant bien trituré sur le marbre, mettez-le en une fiole de verre en son lieu humide par six jours ou jusqu'à ce que vous voyez que ledit P sera réduit en mercure, en remuant et en secouant quatre ou six fois le jour la matière, finalement vous trouverez quatre onces de mercure de cha­cune livre de P, alors, vous aurez le vrai lapis des philosophes extrait selon leur intention.

Commentaire sur le chapitre III

Ici commence la pratique de faire le lapis des philosophes autant facilement et ouvertement exprimée, quelle ne l'a jamais été en aucun auteur quel qu'il soit et puis il parle par expé­rience.
D'autant qu'il dit qu'il faut premièrement, que la matière dudit lapis soit réduite en mercure fluant et qu'il est certain que cette matière de laquelle ce mercure est extrait, est que de métal. Il est dit que ce métal doit être cohobé, c'est-à-dire que plusieurs fois, il doit être fait amal­game de mercure vif vulgaire avec ledit métal ; puis extraire ledit mercure vulgaire et réitérez cela par tant de fois que ledit métal tourne en mer­cure fluant.
Cet auteur a tout dit et exprimé, sauf le métal duquel ce mercure est extrait, et l'a seulement nommé par la lettre P, ce qu'il a fait avec bonne raison, encore en a-t-il bien trop dit du corps. Par les paroles ensuite de l'auteur, il est facile de recueillir de quel métal il veut parler, car sans doute c'est de lui qu'il a voulu désigner par la lettre P car le mercure de ce métal est autant parfait que celui de l'or et de l'argent et a autant d'effet & de vertu. Il veut qu'il soit neuf & n'est jamais été mis en œuvre, car il est bien souvent mêlé d'autre métal.
Le reste est facile à entendre par la laveure de qu'il a voulu cacher le vif-argent vulgaire lavé & préparé avec le vinaigre comme il est facile ; car par ledit mercure vulgaire, sans doute tous les métaux sont transmués & réduits en mercure ni plus ni moins que par plusieurs eaux qui sont le véhicule, les liqueurs des mixtes sont extraites et séparées de la siccité terrestre. Ainsi le mercure étant avec ledit P amalgamé par vingt-quatre heures, commence à le délier de son soufre & siccité terrestre, ce qui est à cause de la similitude que ledit mercure a avec le mercure du métal. Et est ledit P plus facile à délier de sa siccité terrestre que pas un des autres métaux,  parce qu'il est de parties hétérogènes dissembla­bles et mal liées, ce qui se connaît facilement par ses effets. Il faut, dit-il, faire amalgame et commixtion de P avec le mercure vif vulgaire et les faut tenir par vingt-quatre heures sur cendres chaudes au dit creuset couvert d'un autre creuset sans entrer, & que le feu ne soit si violent qu'il fasse exhaler le mercure ; ainsi seulement sur cendres chaudes il est nécessaire de ce temps, afin de détremper & de délier plus facilement ledit mercure de la siccité & terrestréité de P ; après, il faut séparer ledit mercure de P par distillation et retournera vif dedans ledit réceptoire.
Il me semble qu'il serait meilleur de le mettre dedans un matras de verre et en faire sortir le mercure vulgaire, car il ne sort qu'à feu assez violent et sitôt qu'il sent le lieu froid il retombe d'où il est, comme il pouvait faire en son fond de l'alambic, ce qu'il ne peut faire en son matras ainsi couché, car il ne pouvait monter pas haut et sera contraint de sortir par le col dudit matras. Le signe certain quand il sera tout sorti est s'il ne distille plus rien étant dans son matras qui sera couché de travers. Cette amalgamation, coction et extraction de mercure vif tend afin que P tourné en chaux et cendres, soit réduit en poudre plus déliée, mais cette calcination n'est pas pour le rendre plus sec ; au contraire la chaux est rendue plus humide à cause du mer­cure vif qui par son humidité et frigidité a humecté davantage ces parties intérieures, néan­moins cette calcination est faite pour le rendre plus apte à séparer son mercure fluant.
Puis après, partant cette calcination par vingt-quatre heures au réverbère est nécessaire, afin que le corps de P se mette en parties plus petites et déliées et afin que, après en la réitération de l'amalgame, coction & distillation du mercure vif le corps de P humecté davantage, il faut prendre garde que le feu ne soit pas si violent qu'il fasse refondre P. Car si il refondait, il reprendrait sa première nature et vous n'auriez rien et serait à recommencer.
Il dit aussi, que si on réitérait par vingt fois ces opérations, il se réduirait de lui-même tout en mercure étant mis en lieu humide mais parce que cela serait trop ennuyeux, il ne veut que quatre fois pour le moins et après, avec l'aide de l'huile de tartre, il se réduit en mercure.
Par la lettre R, il entend l'argent et par la lettre X, il entend l'or. Toutes ces amalgamations, coctions, extractions de mercure, calcinations, & réitérations d'icelles, & leurs pratiques, sont la clef de l'œuvre. Sans icelles, rien ne Se peut faire et comme on travaille P il faut travailler de même R et X .
L'huile de tartre est facile à faire en le calci­nant, étant bon jusqu'à ce qu'il soit blanc et puis le laissant triturer sur le marbre en lieu froid, jusqu'à ce qu'il se résolve tout en huile et liqueur. Puis, il le faut distiller par filtre. Il a une merveilleuse vertu de séparer le mercure-vif des métaux de leur siccité terrestre, après qu'ils sont préparés à cette séparation. Car il est de nature fort chaude, laquelle est fort propre pour séparer les choses hétérogènes et dissemblables et assembler les semblables et homogènes, et cela se voit au mercure vulgaire sublimé ou pré­cipité ou mêlé avec quelques métal, car ladite huile de soufre le dissoudra, séparera et devien­dra vif. Il dit le poids de l'huile de tartre et que d'icelui, l'imbibition doit être faite plusieurs fois petit à petit en desséchant à chacune fois à petit feu ladite imbibition, afin qu'elle soit mieux mêlée avec la chaux de P & jusqu'à ce que lui ait bu dudit huile quatre fois autant que lui pèse et puis le mettant en lieu froid, l'huile de tartre viendra à se résoudre derechef et achèvera de délier le mercure dudit P.
Et sera vu ledit mercure en petits grains, qu'étant facilement séparés de l'huile, viendront à s'assembler au mercure coulant car l'huile résout en soi ce qui est mercure fluant.

CHAPITRE IV

De la commixtion du mercure philosophai avec le ferment et de quelle matière ledit vif ferment est extrait et de sa séparation
A) quand vous aurez ainsi extrait votre mer­cure, il le faudra manier avec son ferment ou levain ; R est la lune, X le sol.
B) Mais il faut entendre que ce ferment ou levain ne peuvent être tiré que de R et X pour le blanc et rouge, selon le degré de décoction que vous lui donnerez.
C) Mais avant le mariage, il faut que lesdits R et X soient ainsi préparés.
D) Premièrement, que chacun d'eux soit purgé par son examen ou épreuve royale afin que tout ce qui est étranger en soit séparé.
H) Puis après, qu'ils soient calcinés comme P et réitérez lesdites calcinations quatre fois pour le moins;
F) Lorsque vous aurez la chaux des philoso­phes appareillée selon leur intention mais d'autant que X est son ferment idoine et disposé tant au blanc qu'au rouge et que X et R doivent être gouvernés et décuits par même moyen je traiterai seulement de X.
G) Donc, faites rougir un creuset au feu et l'ayant ôté avec des pincettes de fer, mettez-y une once de chaux de X, & faites comme dit est. Quand vous verrez qu'elle aura été échauffée par le creuset et rouge, jetez dedans iceux qua­rante onces de mercure de P qui aura passé par le cuir, et l'agitez et secouez par si longtemps que le mercure soit bien amalgamé et qu'il ait résolu toute cette chaux. Après jetez le tout dans une petite écuelle de bois, en laquelle il y aura de l'eau et le lavez par tant de fois qu'il ne demeure aucune impureté, c'est-à-dire que l'eau en sorte claire sans aucune noirceur. Puis des­séchez cet amalgame et le nettoie avec une petite éponge chaude ou un linge blanc jusqu'à ce qu'il n'ait plus aucune eau ou humidité.
H) Alors est consommé le mariage du mâle et de la femelle.
J) Le poids de laquelle femelle, c'est-à-dire mercure de P, ne doit pas excéder le poids de quatre ou cinq onces de chaux de X une once.
K) Mais d'autant que quand cet amalgame & ce mariage se fait, il s'envole quelque chose du mercure. Ajoutez-y ce qui dissous desdites qua­tre onces et si le tout pesait plus de huit onces, ôtez ce qui sera de plus de cinq onces, et le passez par le cuir car si à une once de chaux du ferment est joint à plus de quatre onces de mercure, la solution physique se ferait plus tôt, mais sa coagulation sera plus tardive. Donc vous garderez cette proportion afin que vous parache­viez l'œuvre dans le temps précisé des philoso­phes.
L) Ici je vous veux bien enseigner en passant, que quelques philosophes ne se peinent pas tant en la préparation de la chaux R ou X, d'autant qu'ils les amalgament et qu'ils les joignent avec le mercure philosophai tant seulement ils les purgent par l'examen royal ; & étant limés, ils les amalgament avec le mercure philosophai comme j'ai dit. Il est vrai que cette voie est plus brève, mais la solution qui se fera par après par le mercure est si tardive, & l'œuvre est si fort retardé, que quelquefois l'ouvrier laisse tout. La cause de ce est que la limature est crue rude et compacte, mais la chaux est tenue rare échauffée et altérée, par quoi plus facilement elle boit son mercure & plus soudainement sa compaction massive est rompue et atténuée ; si donc le ferment étant cohobé, comme dit est, vous le mariez avec le mercure de P, plutôt vous en aurez la fin. Suivez donc cette voie.

Commentaire sur le chapitre IV

La façon et mode de procéder en cet œuvre sont naturels, encore que ce soit par art, parce que plusieurs choses sont obscures telles qu'elles sont. Et les voit-on en nature & comme dit Aristote au « premier livre des Météores » que les minéraux & animaux de toutes espèces naturelles des choses mixtes sont en première génération, comme une chose humide ; lequel humide est comme la semence propre ayant vertu de parvenir à forme & espèce, auquel est enclos une chaleur naturelle qui est la cause effective qui conduit à cette forme. Cet humide n'est pas comme de l'eau mais il est mêlé de sec, toutefois, ayant plus d'humide que de sec et qui est indigeste et crû et par coction parvient finalement à maturation. Ainsi le mercure de P et la chaux de X et de R mêlés et amalgamés ensemble, est le sujet de l'humide sur lequel la chaleur doit faire son effet. Mais il a sa chaleur naturelle enclose en l'esprit de soufre qui est en l'air, et cette chaleur naturelle aidée de l'étran­gère du feu réduit l'œuvre en sa perfection. X seul ne pourrait être cet humide. Il est parvenu à maturité & à son dernier but, et le mercure vif est trop froid et humide ; donc, il les faut joindre ensemble et lors ils sont la vraie semence du lapis.
B) le ferment ou levain ne peut être que X ou R; X pour le rouge et R pour le blanc. Mais ce ferment n'est pas fixe pour être pris de lui, mais quelque portion seulement par séparation, car il ne s'en fait aucune s'il est pris tout entier, & il n'y a point d'autre levain.
C) Tout ainsi que le mercure vif tiré de P doit être préparé et disposé pour être conjoint avec R ; il faut aussi que R ou X soient préparés pour être conjoints avec ledit mercure.
D) C'est la première préparation qui est que R soit bien fort affiné par une coupelle attendrie, et puis bien fondu et soufflé dessus, qu'il soit pur et quand à X, qu'il soit aimanté ou passé par l'antimoine.
E) C'est la seconde préparation telle qu'elle a été dite au P. Toutefois, il n'est pas besoin de tourner X ou R en mercure fluant, ainsi seule­ment les mettre en chaux par réitérations d'amalgamation avec le mercure vulgaire ; coctions et calcinations pour les rendre plus dispo­sés.
G) Tout ce qui est dit en cette lettre n'est autre chose qu'amalgame de la chaux de X avec le mercure de P que les orfèvres appellent « mondure » ; car X est moult, & sans qu'il soit besoin en décrire la pratique, on l'aura plus tôt apprise, si on ne la sait, de la voir faire auprès des doreurs lorsqu'ils veulent dorer ; car cela est facile et toutefois il me semble que pour bien les amalgamer, il faudrait plus grande quantité dudit mercure, car il faut que la moulure soit comme pâte fort ténue et, subtile; s'il y en a trop, il est facile d'en ôter et le passer par le cuir.
K) Notez que votre amalgame doit être comme pâte assez ferme, et n'est pas en mercure fluant.
L) Cet avertissement est bon et nécessaire, plusieurs y ayant été trompés, et partant il sem­ble que non seulement quatre fois mais plu­sieurs fois l'or X doit être amalgamé et calciné, afin qu'il soit de soi mol comme pâte et, comme dit Paracelse, qu'il fonde comme cire, ce qui doit advenir par fréquentes et réitérés amalga­mes et extractions de mercure et calcinations.
M) II faut donc nécessairement faire chaux d'or par mercure vulgaire avant que de le joindre avec le mercure philosophal.

CHAPITRE V

Du mercure nécessaire pour multiplier en quantité le lapis après qu 'il est fait, & de sa nature et de quelle chose il est extrait
A) Lorsque vous aurez ainsi marié cette une once de chaux avec les quatre onces de mercure de P, gardez diligemment en son vaisseau de verre net, afin que vous cuisiez comme je vous enseignerai après que vous aurez le secret de la multiplication du lapis en quantité, après sa per­fection par le moyen du mercure philosophal, et quel mercure est requis pour ladite multiplica­tion et comme il doit être animé.
B) Car combien que les philosophes aient dit beaucoup de choses de cette multiplication, tou­tefois ils n'en ont point voulu révéler la façon, ce que je veux faire donc en premier lieu.
C) Sachez que toute multiplication en quan­tité doit être faite de mercure très chaud intérieurement, et très cuit, et qu'il soit exempt et privé de toute froideur.
D) Tels sont les deux mercures, l'un pour le blanc qui par l'aide de G doit être tiré de R, l'autre pour le rouge qui doit être tiré de X, et le mercure de ces deux, tirés de cette façon faits tous parfaits pour être joints au lapis, sans y faire autre chose.
E) Prenez garde quand vous désirez multi­plier, que vous ne multipliez pas la pierre au rouge par le mercure de R, ni la blanche par le mercure de X, car vous corromprez tout.
F) Mais il y a un autre mercure de vil prix, égal aux plus vifs, & qui est bon pour le blanc et le rouge selon qu'il sera préparé, que les phi­losophes ont tous caché fort curieusement, et qui m'a été révélé par celui qui m'a enseigné cet œuvre.
G) Celui qui se tire de P à savoir en le pré­parant comme j'ai dit, et outre ce l'animant et lui échauffant sa froideur même, par la coction que je vous dirai ci-après.
H) Mais avant que le décrire, il le faut animer comme s'ensuit toutefois. Sachez que j'expliquerai le mode au rouge, lequel si vous suivez vous ne pourrez faillir en l'opération au blanc. Si vous amalgamez avec R donc vous ferez ainsi : prenez deux livres de mercure de P et en huit petits vaisseaux de verre mettez en chacun d'iceux quatre onces dudit mercure extrait de P. Animez chacune desdites quatre onces, c'est-à-dire lesdites quatre onces ensemblement avec un scrupule et demi de chaux de X.
J) Et après que vous l'aurez lavé et desséché avec une éponge, et passé par le cuir par tant de fois que la chaux soit tellement dissoute et atténuée, que toute elle passe avec ledit mercure par le cuir ; lorsque vous aurez le mercure avec le beau rouge des philosophes, idoine et disposé pour la multiplication de la quantité de l'œuvre rouge, ou blanc si vous changez le ferment ces choses achevées, gardez les matières ainsi mêlées, lesdits huit restant savoir pour en arroser jusqu'à ce que vous les décuisiez, ainsi que je vous enseignerai.

Commentaire sur le chapitre V

A) II ne poursuit pas la coction du sujet du lapis jusqu'à ce qu'il ait enseigné la matière de laquelle il doit être multiplié en quantité. Ce qu'il fait avec raison parce que cette matière qui multiplie doit être cuite pour sa préparation au même degré de chaleur & au même vaisseau de cendres que la matière dudit lapis & ne coûte rien de plus, la coction en fixe de l'un plus que de l'autre c'est pourquoi on pourra la décuire tant et tant la semence dudit lapis au même four­neau.
B) L'auteur, en cette multiplication en quan­tité, entend parler de cette augmentation par le lapis déjà fait, est seulement augmenté en quan­tité sans déperdition de sa forme, ni augmenta­tion de sa force et vertu mais ci après, il en traitera.
C) II décrit ici la nature et qualité de la matière de laquelle ladite multiplication en quantité doit être faite, et non sans cause car toute matière, qui se tourne en la nature et accroissement de la chose augmentée, n'est pas indifféremment convenable mais il faut que lesdits aient de la similitude du rapport, et plus cette ressemblance est grande tant mieux se fait l'union.
D) Quand il dit qu'il le faut tirer par le moyen de  et par de fréquentes reitérations d'amal­games et de mercure vif et des dits or et argent, et par coctions et extractions de mercure vulgaire, et par triturations et imbibitions d'huile de tartre, et généralement tout ainsi que mercure est extrait de P, et à ce dit mercure il ne faut autre préparation, mais sont lors disposés pour la mul­tiplication.

CHAPITRE VI

Des vaisseaux propres pour mettre le sujet du lapis et du mercure pour le multiplier en quantité, & comment ils doivent être mis dans lesdits vaisseaux
Nous retournerons donc au traité des vais­seaux, lesquels la principale matière doit être mise pour être décuite, et le mercure animé comme la multiplication en doit être faite ; nous avons fait digression pour enseigner le mode d'animer le mercure de P pour la multiplication du lapis en quantité.
A) Donc, quand vous aurez composé cette première matière de quatre onces de mercure de P et une once de chaux de X, & les amalgamant ensemble philosophiquement.
B) Vous les aurez mariés ensemblement, vous la mettrez en une matrice de verre fermée et solide et qui sera faite de verre composé de cendres de fougères et sable, tellement qu'il puisse endurer le feu un an entier.
C) Le fond de ce vaisseau doit être sphérique & rond, le col d'une paume et large afin que la matière échauffée puisse facilement monter & trouver lieu de refroidissement.
D) L'amplitude de globe sera capable que la seizième partie d'icelui occupera les 5/16e .Vous laverez ladite 1/16e partie dudit globe, cette dite matière s'enflera et s'élèvera & le lieu sera trop étroit et la matière s'échauffant et enflant, si elle n'a espace pour se promener et tourner et repo­ser en corps, le vaisseau se romprait.
Or ce que j'ai dit, que le verre doit être luté jusqu'à l'endroit que la superficie de la matière est élevée, et à cette fin que le sec défende le fond contre la violence du feu. Et ne faut que les deux autres parties du dessus dudit vase soient lutées, afin que vous puissiez connaître et regarder les couleurs de ladite matière ; & lors­que vous les connaîtrez et entendrez, si vous gouvernez le feu modérément selon l'intention des philosophes, vous luterez aussi la bouche de la matrice de sel d'Hermès, afin que rien ne puisse s'exhaler et encore le luterez du lut des sages, afin que rien ne puisse ni sortir. Car si la fleur de la matière s'échauffant & s'élevant, sor­tait & s'envolait, tout l'œuvre périrait. Quand donc vous aurez ainsi ajouté ces choses, vous les garderez jusqu'à ce que vous mettiez la matière à décuire à son fourneau, tel que je vous le décrirai ici bas. Or, tout ainsi que vous aurez enclos la première matière au vaisseau de verre, ainsi vous devez enclore en chacune desdites huit matrices de verre susdites, quatre onces de mercure animé susdit pour la multiplication ; toutefois les verres seront un peu moindre que celui qui contient la première matière. Leur col ainsi un peu plus court, car leur col ne doit pas outrepasser le fourneau comme le col du vais­seau auquel est ladite première matière. Les cho­ses ainsi adaptées et munies de lut, vous les garderez jusqu'à ce que vous voudrez cuire.

Commentaire sur le chapitre VI

Ce chapitre est fort facile à interpréter. Le vaisseau doit être comme un œuf sans qu'il doit avoir son col peu long, aussi est-il appelé œuf Philosophal.
La coction de la semence ou sujet du lapis a beaucoup de rapport à la coction naturelle et même aux minéraux, car nature cuit les semences minérales dedans la terre en lieu enfermé et élevé afin que les vapeurs montant en haut et ne trouvant point d'issues, soient contraintes de retourner en bas ou de se congeler en pierres, et là se condenser à cause de la fri­gidité du lieu que l'épaississement de la matière.
Ainsi en est-il de notre œuf philosophal dans lequel est la semence du lapis, le lieu haut et toujours plus froid et moins chaud que celui d'en bas, et la froideur est cause que la vapeur se condense et serre et qu'il retombe au fond sans , se perdre comme il en serait si la chaleur était égale tout partout, c'est pourquoi, la figure doit être ronde et élevée.
Le sceau d'Hermès est fait diversement comme de cires, gommes de verre broyées, de farines! de fleurs d'icelles détrempées bien subtilement ; mais il est impossible de faire un meilleur lut que de serrer avec des ciseaux la bouche du vaisseau tout chaud, comme font facilement les verriers, lesquels mettent un bouchon de verre « feriaçon » au devant du pertuis par lequel ils prennent le verre fondu de leurs pots, & font à ce « feriaçon » un petit pertuis de la grosseur de l'orifice du col du verre & mettent en icelui ledit orifice et l'attrempent par les menus, jusqu'à ce qu'il soit chaud & commence à se fondre, & puis l'ôtent & le coupent avec des ciseaux & lorsqu'il est parfaitement bouché.

CHAPITRE VII

De la construction du fourneau philosophal pour cuire la matière de la pierre & comment les vaisseaux y doivent être agencés
Or, le fourneau des philosophes auquel il faut cuire le lapis qui proprement est dit athanor de digestion, n'est pas tel que plusieurs s'imagi­nent, accommodant cet athanor à son fourneau qu'ils construisent de deux ou trois fours, en l'un desquels la matière est posée et scibuée. Mais la chaleur y entre par degrés selon qu'ils veulent, & ce fourneau n'est bon que pour leur sophistiquerie et inutile pour notre affaire.
Pour donc faire décoction de notre lapis, vous construirez le fourneau de terre de potier mêlée de fiente de cheval et de poix, pour plus grande fermeté et solidité. La hauteur de ce fourneau sera pour le moins d'une coudée, l'épaisseur des murailles de trois ou quatre doigts, le diamètre, de la paume d'une main. Au milieu de ce fourneau sera une lamine de fer de cette forme, alen­tour de laquelle sera un peu moindre que l'alentour du fourneau. Par dedans cette lamine, donc aura quatre doigts au bout de fer, par lesquels étant fichée en parois du fourneau elle sera rete­nue. Voilà la figure :




Et sera percée de plusieurs pertuis, afin que par iceux la chaleur du feu qui sera mis dessous puisse plus facilement passer et atteindre la matière.
Au bas du fourneau y aura une petite porte pour mettre la lampe, laquelle porte jointe bien tout alentour afin qu'elle puisse être ouverte et fermée facilement sitôt que le feu y aura été allumé. Vis à vis de la matière qui sera au vais­seau philosophai, sera une petite fenêtre de verre carrée afin que par icelle on puisse voir les cou­leurs que la matière prendra et augmentant le feu quand besoin sera. Cette pièce de verre car­rée en façon d'une petite fenêtre sera bouchée par dehors le fourneau d'une petite pièce de terre qui sera égale à ladite petite fenêtre de verre et joindre bien la petite pièce ou porte de terre, vous ouvrirez quand vous désirerez voir la matière par dessus le verre.
Le couvercle de ce fourneau sera tout d'une pièce et superficie continue, toute d'une venue de la même matière que le fourneau, & de la même épaisseur, & qui sera haute d'une paume et aura deux anses afin que par icelles vous la puissiez prendre quand vous la voudrez ôter des­sus le couvercle. Le fourneau sera fermé juste­ment afin que la chaleur ne puisse sortir, sinon par un permis, qui sera au sommet du couvercle, par lequel permis, le col du verre contenant la philosophale matière passera peu par dessus & haut, & alentour dudit couvercle seront quatre pertuis de la grosseur à y fourrer le tuyau d'une plume à écrire, afin que par iceux le feu puisse prendre air, autrement il étoufferait et serait moins vif.
Donc le fourneau étant ainsi fait et desséché, vous y mettrez la matière comme s'en suit :Ayez un plat ou pot de terre qui soit de bonne terre rond et qui puisse durer un an tout entier & endurer le feu. Ce pot vous remplirez de cen­dres bien déliées et passées, lesquelles presserez fort et au milieu d'icelles la matière de verre tiendra la matière philosophale, en telle sorte que la superficie de la cendre soit égale & juste à la superficie de la matière, & soit en même plaine ou platitude. Puis après, pressez fort les cendres afin que mieux elles retiennent la cha­leur et les côtés dudit vaisseau contenant le mer­cure animé, & n'est besoin de les ensevelir en cendres mais suffira qu'ils demeurent en la superficie.
Cela fait, mettez sur la platine de fer pertuisée un trépied de fer haut de trois doigts ayant deux diamètres au travers qui fendront droit aux angles des pieds dudit trépied par dessus, afin que par le moyen d'iceux, le froid du vaisseau soit contrecarré et ne soit offensé par la continue action du feu et pesanteur des matières. Mettez sur ce trépied ledit pot issant contenant les divers sceaux de verre et bouchez le fourneau de son couvercle en cette façon que le col du vaisseau philosophai outrepasse le permis qui est au sommet du couvercle, les jointures bien fer­mées exceptée la petite porte d'en bas et y met­tez le feu que je vous dirai à présent.

CHAPITRE VIII

La description en général du feu propre pour cuire le lapis & mercure animé
J'atteste, devant Dieu tout puissant, que je vous veux ouvrir le secret du feu des philoso­phes. Ce n'est rien de connaître la matière & sa préparation, si on ne sait le feu pour le décuire.
Ce n'est donc pas la fiente de cheval, ni le marc de grappes de raisin, ni le bain-marié ni tous les autres feux de charbon de bois etc., mais c'est un feu ayant humidité et siccité continuelle, c'est notre feu de lampe bien gouverné ; car, si vous l'avancez trop, que la dissolution de la matière vienne avant le temps, l'œuvre périra. Si vous retardez aucunement à cause de la fai­blesse de la chaleur, l'œuvre en deviendra plus parfait, toutefois s'il était trop languissant, il empêchera la perfection de l'oeuvre. Car comme le trop grand feu détruit & corrompt la chose composée, ainsi le froid endort & éteint les esprits, mais le feu tempère & doit nourrir & contre garder son composé.

CHAPITRE IX

De la dissolution, et derechef dedans quel temps elle doit être faite et par quel degré de feu, et des signes d'icelle
La dissolution est de quarante jours pour le plus tôt, ou de cinquante jours pour le plus tard. Car si la dissolution est faite avant les quarante jours, l'oeuvre périra ; et si après cinquante jours, le feu est trop doux. Donc, vous disposerez les forces et les degrés de feu tellement que la solu­tion soit faite en temps du feu, ce qui adviendra si vous donnez le feu comme s'ensuit: la matière étant mise au fourneau, mettez dessous une lampe (1) avec une mèche qui sera simple et d'un seul fil de coton et allumez.
Puis fermez la petite porte par laquelle vous aurez mis la lampe, afin qu'il n'y entre point d'air sinon par les quatre permis du couvercle duquel le fourneau est bouché. Continuez le feu par quarante jours jusqu'à ce que la solution soit faite, ce qui vous sera connu par la noirceur que les philosophes appellent bec du corbeau, ainsi comme vous pourrez voir par la petite fenêtre de verre. Mais si vous voyez votre matière infec­tée de rougeur et en sa superficie une humeur rouge oléagineuse nageant par-dessus, c'est signe que vous travaillez en vain. Car il faut que la matière soit noire, ce que vous verrez après les quarante jours si vous avez bien fait et par autres quarante jours cette noirceur durera, & tout le temps de noirceur vous n'augmenterez point ce degré de feu mais cheminerez par même degré jusqu'à ce que la matière blanchisse.

Commentaire du Chapitre IX

(1)        II sera bon d'user une mèche de tissu imprégnée d'alun de plume, car elle ne brûlera pas et sera la chaleur la plus égale.

CHAPITRE X

Continuation des effect de putréfaction, dissolution, ablution & que ce n'est que une même chose & qu'ils se font par un même feu & ensemblement.
Le premier degré de chaleur demeurant la matière se putréfie et se dissout, ce que les phi­losophes divisent en deux quand ils disent : Met­tez votre matière en putréfaction puis la dissol­vez et font cela afin de rendre l'art plus obscur ; car toutes les deux se font en même temps par le même degré de feu et en son même vaisseau, car la matière, se putréfiant, est réduite en la première matière puis les matières étant forte­ment dissoutes s'embrassent mutuellement et se mêlent par petites et menues particules. Alors la partie chaude et sèche qui est masculine suce et est mise incontinente dans l'humeur de la -femelle patiente et engendrent un enfant plus noble qu'eux. Quand la matière se dessèche, quarante jours se passent avant qu'elle perde toute sa noirceur &lors les philosophes crient : Quand vous verrez la noirceur, lavez souvent votre matière jusqu'à ce que l'eau ou le vinaigre en sorte blanc et la matière soit blanche, et ils appellent cette opération par trois mois putré­faction, solution, ablution ou modification afin d'obscurcir les esprits. Il faut noter de ne jamais ôter votre matière du fourneau quand vous l'y aurez mise une fois, ni le feu interrompre jusqu'à la fin, autrement tout périrait. Aussi, le premier degré de feu doit durer trois mois entier, savoir la moitié avant qu'elle blanchisse, laquelle blancheur commencera de naître sur la fin du troisième mois.

CHAPITRE XI

Du commencement de digestion qui est causée par le second degré de chaleur & achevée par le troisième degré
Donc pour le second degré de feu, l'augmen­terez de la moitié et y mettrez deux fils de coton, & par ce degré de feu vous gouvernerez l'œuvre par trois mois. La matière s'unira & embrassera tellement l'une avec l'autre & la femelle sera imprégnée et engrossée du mâle pour porter son fruit admirable ; & par ce moyen, se fera coa­gulation de la dissolution et ce qui était aupara­vant esprit prendra corps. Mais par les autres trois mois après suivants, se fera consolidation et assemblement des deux matières de diverses qualités et des quatre éléments. Ainsi par ce troisième degré de feu, & après avoir vu votre matière blanchir, mettez trois fils de coton dedans la lampe & cheminerez ainsi par trois mois dedans lesquels votre dite matière se fera si blanche qu'elle surmontera la neige en blancheur, perdra toute son humidité, sera fixe & soutiendra toutes les épreuves de l'argent. Alors ce sera une médecine, une partie de laquelle tombera sur cent parties des corps imparfaits, pourvu qu'auparavant vous la dissolviez en l'eau des philosophes & derechef vous la décuisiez. Il n'y a que cette première dissolution et coagula­tion, cette autre marque ne se trouve pas encore mais il sera besoin de dissoudre & congeler derechef ce lapis avec notre eau de mercure de  P et menstrual, comme la première fois et lors  il transmuera les métaux imparfaits. Et il ne faut  point que vous vous émerveillez comme il se puisse faire que le mercure fermenté avec X puisse servir pour le blanc, car tous les philo­sophes disent d'une commune voix que jamais ne s'engendre aucun X que premièrement il n'ait été R. Ce qu'ils ont caché sous cette énigme quand ils ont dit : Fait que celui qui sait telle­ment dissoudre X qu'il ne soit plus X mais R qu'il sait faire, puis cet R plus que parfait.

CHAPITRE XII

De la chaleur du quatrième & dernier degré et de ses effets
II est certain que si le feu est augmenté d'un degré qui est le quatrième, & qu'il soit continué par quelques autres mois par le feu de charbon, la matière demeurera rouge comme un escarboucle. Car la blancheur étant passée par la chaleur du quatrième degré des charbons, agissant en la matière onctueuse minérale, oléagineuse, pure et incombustible, en desséchant son humidité, des couleurs fait sortir en avant, toutes les couleurs moyennes entre la blancheur & la rougeur ; fina­lement toute l'humidité étant desséchée, lesdites couleurs demeurent rouges.
Donc afin que vous parveniez là, les neuf mois étant passés par coction à feu de lampe, votre matière deviendra si blanche qu'elle ne pourra être plus blanche, à cause des trois mèches que vous y avez mises depuis les six mois jusqu'au neuvième. Car dedans ces trois derniers mois (de ces neuf mois), la fixation des esprits & matière tant masculine que féminine sera parachevée et mêlée par parties mineures. Après, baillez-lui le quatrième degré (1) en ce dernier degré de feu de charbon, et continuez-le par trois mois et quand la matière se desséchera, elle se fera verte irisée en couleur arc-en-ciel et finalement rouge qui est le signe de privation d'humidité. Alors la matière endurera si grande altération, quelle sera quasi morte ; mais Dieu lui rendra son âme, laquelle est cachée dans son humide radical fixe, incombustible & permanent du feu tant violent que voudrez, après son entière décoction par les degrés ci-dessus pres­crits. Car si avant les trois derniers mois de doux elle avait trop grand feu, elle pourrait brûler, et si cela advenait ce serait fait de l'œuvre.
Il faut donc continuer ce dernier degré de feu de charbons, c'est-à-dire de bois sec, & ce par trois mois en gardant pour chacun mois un degré, à savoir le premier mois assez véhément, le second mois plus et le troisième très véhé­ment. Ainsi après l'un passé, vous aurez une matière fixe immortelle, inviolable, endurant toute épreuve, rouge comme escarboucle.

Commentaire sur le chapitre XII

(1) Sur ce dernier degré de feu, il n'y a plus de péril & il me semblerait changer de fourneau. Le feu de lampe n'est plus ici propre, ni assez chaud. Il faudrait le mettre en ces arches de verriers où ils mettent leurs ouvrages.

CHAPITRE XIII

Du vrai signe de la perfection du lapis
Vous expérimenterez en une lamine de cuivre si la matière est fixe ou non, car lorsqu'elle se fondra sur ladite lamine rouge au feu, elle rend fumée & si elle ne passe d'outre en outre elle n'est pas encore assez cuite. Donc derechef, il la faut remettre au feu pour la cuire jusqu'à ce que l'on voit cet effet. Alors vous aurez le lapis au rouge prêt à multiplier en quantité et vertu, et à faire projection sur la lune seulement. Par le mot seulement, ce veut dire que le lapis au rouge parfait pour la première fois a seule­ment puissance et vertu de transformer l'argent en or, non les autres métaux ni leur mercure et moins encore le vulgaire.

CHAPITRE  XIV

De l'incération du lapis en cas qu'il ne fût fluant et pénétrant
Que si le feu du dernier degré par sa véhé­mence avait si fort adhéré le lapis qu'il ne se fondit point après avoir été mis sur une lamine rougie, il lui faudra donner le nôtre comme il s'ensuit ; l'incération est le remède de la méde­cine qui a défaut d'entrée, car si elle n'a point d'entrée elle est inutile ; c'est à savoir, si elle ne peut pénétrer les métaux imparfaits et être mêlée avec leurs parties mercuriales pour les purger de leurs superfluités et pour parfaire leurs parties pures et nettes. Quelques-uns ont bien poursuivi leur œuvre et coction mais ils s'en sont peu servi pour n'avoir su réduire ledit lapis fusible et fondant.
Prenez donc votre matière & la triturez bien sur le marbre en poudre impalpable, en lavant et abreuvant de l'eau physique & en faites amal­game avec les laveures (1) de mercure. Puis desséchez-le à feu de lampe gradué, en l'aug­mentant tant comme il vous semblera être bon de faire et sur la fin vous le pousserez avec feu de charbons.
Derechef triturez cette matière et l'imbibez, & cuisez comme la première fois et répétez cela jusqu'à ce que sur une lamine rougie, elle coule comme cire et pénètre, entre & teigne en teinture au centre & intérieurement. Lorsque vous aurez le lapis des philosophes, la vertu duquel sera telle qu'un poids d'icelui transmuera quarante poids de pur argent en vrai or endurant tout genre d'épreuve.

Commentaire du chapitre XIV

(1) C'est-à-dire du mercure vif lavé et purgé. Il ne dit point ici la dose, ni la quantité du mercure pour faire l'incération, mais la laisse à l'arbitre de l'ouvrier, parce que le mercure y est ajouté non pour être transformé mais pour don­ner une qualité humide au lapis, laquelle avait été altérée par la calcination et la force du feu.

CHAPITRE XV

De la multiplication des forces & vertus du lapis selon la vertu ainsi en quantité ensemblement
A) Vous pourrez multiplier les forces & ver­tus de ce lapis tellement qu'un poids d'icelui en transformera plusieurs centaines de l'argent et corps imparfait.
B) Triturez le lapis sur le marbre & le résol­vez en eau physique végétable & menstrue ani­mal, & séparez les éléments & les joignez dere­chef, les congelez avec leur eau & les fixez et la vertu du lapis sera augmentée dix fois. Autant cela fait dissolvez derechef votre matière, & derechef coagulez-la comme devant ainsi elle acquérait dix fois plus de force.
C'est-à-dire qu'il faut faire tout ainsi qu'au commencement de la procréation du lapis, et d'autant plus vous réitérez cela, d'autant plus vous acquerrez plus grande force et vertu, ainsi que témoignent les philosophes qui ont usé de cette multiplication. Quant à moi, je ne l'ai pas faite mais si je la voulais faire je procéderais par cette façon.
Les actuelles qualités du lapis s'augmentent par réitérations de dissolution, putréfaction & coagulation, tout ainsi que le grain de froment jeté en terre se multiplie en infinité.
Prenez cette matière fusible & pénétrante et fermentez avec icelle le mercure de P et le gar­dez un an entier aux degrés de feu susdits et le gouvernez comme le premier œuvre. Et après cette seconde année, il tombera sur cent parties de corps imparfaits et pour la troisième fois il tombera sur cinq cents parties de tous les corps imparfaits et sur cent de mercure & à raison de sa trop grande frigidité à la quatrième fois sur mille et ainsi d'an en an, il multipliera jusqu'à un très grand nombre.
Il y a deux secrets à connaître ici. Le premier est que lapis au blanc est gouverné et régi par neuf mois comme dessus, & parfait ne peut pas toutefois muer les corps imparfaits en parfait argent soutenant l'épreuve à la cendrée, parce qu'il n'a pas encore sa parfaite décoction. Le lapis au rouge plus décuit et fixe que le blanc ne peut pas non plus encore après l'an passé, muer les imparfaits. Je confesse par expérience les premiers neuf mois tombent sur dix des corps imparfaits et principalement sur JUPITER, s'ils sont mis au bain de plomb, mais il ne durera pas à la cendrée bien composée. Le lapis rouge après le premier an, tombe tout de même sur dix des imparfaits et fait qu'ils semblent être sol après la fusion et sous le marteau ; mais quand ils sont mis à l'antimoine ou au ciment royal, ils s'évanouissent ; et je n'ai rien trouvé que ma teinture ou projection réduite en plus que par­faite. laquelle surpassait tous les carats des orfè­vres, tellement que si on peut les ajouter à leurs vingt-quatre carats, ils seraient haussés jusqu'à trente. Il faut donc gouverner le lapis au blanc après ses premiers mois comme nous avons dit du rouge, et après l'année il tombera sur cin­quante et sur Jupiter ; la troisième sur cent et la quatrième sur cinq cents & sur le mercure vulgaire et non devant.
Voilà le premier secret. Le second, c'est qu'il faut bien prendre garde d'imiter la nature en cette multiplication des forces du lapis et lui administrer la matière justement et proportion­nellement. Et ainsi que vous puissiez mieux entendre ce secret, souvenez vous des choses qui servent à la composition, nous avons pris seu­lement une once de ferment et quatre onces de mercure de P, et avons rendu raison pourquoi il fallait ce poids. Donc, quand vous voudrez mul­tiplier, il faut considérer sur combien de poids tombe votre matière que vous entendez multi­plier, et combien aura plus de force que le pre­mier ferment de la première composition ; & s'il a deux fois plus de force que le premier ferment, il vous faudra joindre ce second ferment avec deux fois autant de mercure & si dix fois autant de force avec dix fois autant de mercure, autre­ment vous ne ferez rien.

Commentaire sur le chapitre XV

A) Il traite ici de la multiplication qui est en deux façons, l'une en quantité seulement & l'autre en qualité & force, de cette seconde  il raite en ce chapitre, de la première il en traitera au chapitre suivant. La multiplication en quantité & force est quand le même corps est augmenté de plus grande quantité de même corps & de même forme, mais outre ce, avec plus grande force qu'auparavant. Comme par exemple si le lapis qui a été faite la première fois pesait cinq onces & converti pour cette première fois chacune once, en quarante onces d'argent. Si ce même lapis est composé derechef & qu'il se trouve cinq onces dudit lapis & y soit ajouté vingt onces de mercure de P, ce serait vingt cinq onces chacune desquelles transformera cent onces d'argent ou des métaux imparfaits ainsi & la quantité en corps & en force sera augmentée.
L'autre espèce de multiplication est seulement en quantité de corps & non en force & en vertu comme par exemple le lapis étant fait la première fois, il transformera pour chaque once quarante onces d'argent, si aux cinq onces vous y en avez ajouté cinq autres de mercure de X, vous aurez dix onces dudit lapis augmenté mais chacune de ses dix onces ne transformera pas plus que le première lapis c'est-à-dire quarante onces d'argent.
  Cet auteur dit donc que la procréation du lapis se fait d'or & de mercure de P, que la multiplication d'icelle en vertu, en quantité, se fait de mercure de P simple & quant à la multiplication dudit lapis en quantité seulement, qu'elle est faite dudit ,mercure de P animé et cuit premièrement. Que ledit lapis ne convertit aucun métal pour la première fois qu'il a été fait, sauf l'argent en or, et qu'il ne convertit le mercure vulgaire sinon après qu'il a été multiplié en quan­tité et vertu par trois fois, & la raison de cela est parce que le mercure vulgaire et celui des autres métaux est trop froid, & la chaleur natu­relle du soufre du lapis est encore trop déliée pour digérer ; mais le mercure de la lune est bien froid, pourtant il ne résiste pas si fort que les autres mais le mercure vulgaire est encore plus froid et humide que celui des métaux. Donc le lapis ne le peut vaincre sinon après avoir été refait par trois fois.
B) C'est-à-dire qu'il faut faire tout ainsi qu'au commencement de la procréation du lapis, car comme l'or est joint avec le mercure de P et dissous et puis coagulé et fixe et que toutes ces couleurs apparaissent, ainsi le lapis déjà fait une fois doit être joint de nouveau avec le mer­cure de P et dissous & puis coagulé & fixé & passé par les mêmes couleurs que la première fois, parce que le mercure de P fait par sa froi­deur et humidité ladite dissolution et putréfac­tion.
II est aisé à recueillir par les discours de cet auteur qu'il a seulement donné à faire le lapis une fois et l'avoir poursuivi par la multiplication en quantité, de laquelle il parle au chapitre sui­vant, et non de la multiplication en force et vertu.
Dès lors que le lapis commence à transmuer, il faut tenir la règle que l'auteur donne pour augmenter, d'autant que ce premier lapis ne transmue rien sauf la lune. Il n'entend pas parler du premier ferment qui est le sol mais du lapis déjà fait qui a vertu de transmuer, car il dit qu'il faut donc entendre qu'il faut savoir sur combien de parties il tombe, il faut donc entendre qu'il ait la force de transmuer et commencer dès lors à tenir la règle qu'il écrit ; mais auparavant savoir pour la dose qui est du mercure de P avec la chaux d'or, elle a été prescrite savoir quatre onces dudit mercure et une de chaux d'or et après cela et le lapis parfait il faut savoir com­bien il pèse et lui ajouter le quadruple de son poids, comme devant dudit mercure. C'est-à-dire que si à la première fois que le lapis a eu force de transmuer il transmue dix parties de métal, il faudra doubler c'est-à-dire au lieu que le menstrual était de quatre onces contre une, il en faudra mettre huit onces contre une ; si par après il en convertit cent, il en faudra mettre dix fois autant c'est-à-dire quatre-vingts onces contre une, et de plus en plus, la raison de ce, est que le lapis comme il a été dit doit être résolu & putréfié & d'autant plus il est multiplié d'autant plus sa chaleur augmente & partant plus difficile à résoudre et putréfier, parce que cette exubérante chaleur résiste à la putréfaction. Je doute fort que cet auteur ne puisse vraiment assurer de cette chose parce qu'il ne l'a pas expérimenté comme il confesse, aussi il est contraire à Augurel et aux autres, du temps de la réitération dudit lapis parce qu'il dit qu'il faut un an pour la seconde réitération & les autres aussi bien que pour la première fois & le dit Augurel dit qu'il ne faut que deux mois, & que dedans iceux toutes les couleurs apparaîtront qui avaient été vues en trois ans, car en trois ans il fait son lapis.

CHAPITRE XVI

De la multiplication du lapis en quantité seulement
Pour commencer, revoyez en votre mémoire le mercure animé que vous avez mis en petites fioles de verre que vous avez mises à cuire à l'entour du vaisseau principal, car d'icelui il faut multiplier votre lapis car il a perdu au feu toute sa frigidité intérieure et sa légèreté volatile, étant autant fixe que le mercure de sol et de lune. C'est-à-dire qu'étant animé ou fermenté avec X, il est de même qualité & nature que le mercure du sol, autant fixe sur le feu et autant chaud intérieurement, comme ainsi étant animé avec lune ne diffère en rien du mercure lunaire, de là vous tirerez un beau secret caché des philo­sophes, que par défaut du mercure solaire le lapis est multiplié en quantité par le mercure animé desdits sol & lune. Surtout prenez garde dans votre multiplication de pas prendre l'une pour l'autre, la blanche pour la rouge, & la rouge pour la blanche, car vous perdriez tout. Et afin que vous ne faillissiez, je vous enseignerai la pratique du rouge qui vous servira pour le blanc en changeant le ferment et le mercure.
Donc prenez iz de mercure de P animé avec le sol ou bien autant de mercure de sol car ils sont équipollents. Chauffez l'un ou l'autre des dits deux mercures à part, soi chacun dans un creuset. Semblablement, chauffez quatre onces du lapis fusible et pénétrant en un autre creuset à part, & lorsque le mercure animé commen­cera à bouillir et le lapis à rougir, lors jetez le mercure dans ledit lapis et les remuer avec un petit bâton de bois de cornouiller, jusqu'à ce que le mercure n'apparaisse plus. Cela fait, chauffez derechef une once de mercure animé et quand il commencera à bouillir jetez-le sur la matière ou le ferment, lequel ferment je vous commande plus de chauffer et ainsi agitez-le avec ledit bâton de cornouiller jusqu'à ce que ledit mercure n'apparaisse plus (1). En troisième lieu, chauffez encore une once de mer­cure animé & le jeter sur ledit ferment non chaud & faites comme les autres fois. Pour la quatrième fois, vous réitérerez cela en jetant une autre once dudit mercure échauffé sur ledit fer­ment.
  Donc l'amalgame étant fait de quatre onces de mercure animé au lieu du mercure de sol avec quarante onces du lapis, ce seront d'une chacune parties égales. Mettez cette matière qui pèse huit onces, ayant été auparavant bien des­séchée, en une autre matrice de verre et la fer­mez hermétiquement. Cuisez-la par deux jours avec feu de charbons bien doux, et deux jours après plus fort, en l'augmentant ainsi continuel­lement jusqu'à douze jours ; et aux derniers jours, baillez-lui le feu très fort, et au douzième jours laissez mourir le feu sans toucher à la matière, laquelle matière vous trouverez réduite en masse de la même force et vertu que les quatre premières onces jointes ; lesquelles quatre onces vous pourrez multiplier en quantité infinie c'est-à-dire en gardant la même méthode pres­crite, en amalgamant la matière augmentée avec la quatrième partie de son poids de mercure animé ou mercure de sol et répétant l'amalgame jusqu'à ce qu'il y ait autant de mercure que de ferment, puis après cuisant la matière par quel­ques jours à feu gradué, comme avons enseigné de ce secret, vous en pouvez tirer un autre. C'est à savoir que quand vous aurez le lapis à quelque degrés qu'il soit parvenu, il n'est plus besoin de le refaire comme au commencement. Ainsi vous en garderez ioz, pour vous en aurez assez, voire pour tous les hommes du monde en multipliant avec le mercure animé ou de celui des corps parfaits.
(1) il se retournera en poudre par la vertu du lapis.

Commentaire sur le chapitre XVI

II dit qu'après l'amalgame faite, il faut les faire boire et digérer ; ce n'est pas qu'après cette union du lapis & du mercure il ait besoin d'être mis comme le premier lapis au feu de lampe, non il n'a besoin que de cette dernière et parfaite digestion et comme le premier lapis après qu'il est devenu blanc, il est uni et à demi fixe mais il n'est pas du tout fixe et digéré. Partant, lui faut continuer le feu de charbons et de flammes, enfermé dans son vaisseau jusqu'à ce qu'il devienne rouges, qui est le signe de la vraie digestion. Ainsi, faut enfermer ledit lapis et mercure en bouteille de verre à long col, lutée comme a été dit, & lui bailler en un fourneau de sable le feu par degrés par douze jours en augmentant la chaleur de deux jours en deux jours, jusqu'à ce qu'il devienne comme il était auparavant en toute digestion. En dernier le feu doit être plus violent.
En concluant le chapitre, je dirai qu'à l'exemple d'icelui, il est possible de voir sans faire une minière de sol par le sol & le mercure, en obser­vant toutes les règles & considérations lesquelles j'ai remarquées ci-dessus ; c'est à savoir que ce qui sert comme de forme et d'agent soit aucu­nement augmenté en ses qualités idoines qui est chaleur, comme si l'or était réduit en chaux, car elle est chaude et que la matière soit fort dispo­sée à souffrir d'être transformée et c'est le mer­cure coulant non le vulgaire, car il est trop crû et indigeste, mais le mercure extrait des corps & principalement de celui de la lune car il est plus mûr et cuit que pas un des autres, & à telle raison peut être réduit le mercure vulgaire en le sublimant souvent, & par réitération de sublima­tion le fixant qu'il endure le feu d'ignition & puis le réunissant en mercure coulant avec l'huile de tartre, & puis après le joignant avec la chaux d'or et observant en la coction les degrés de feu et toutes les conservations susdites. Je crois qu'il n'y a moyen pour particulier plus vrai et plus assuré qui puisse plus être vérifié par raison, mais la vérité vraie et entière ne peut être connue que par expérience.

CHAPITRE XVII

De la projection du lapis sur les corps imparfaits
Ces choses achevées, reste d'expliquer la pro­jection sur les corps imparfaits que les autres ont passé sous silence. Les ignorants ont estimé quand ils auraient le lapis incéré fusible, qu'ils ne leur restaient autre chose que de le jeter sur les corps fondus ; mais la chose en va bien autre­ment.
Il faut donc prendre la médecine et la jeter sur poids égal duquel elle a été faite, c'est à savoir de X ou R et puis les faut enfermer en un vaisseau de verre fort épais et luté, le mettre au feu de fusion et continuer par trois jours, le premier jour doux le second plus fort et le troi­sième très fort. Lors laissez mourir le feu et la matière se refroidir aux cendres.
Puis faites projection de cette matière un poids de laquelle à semblable force que le même poids de la susdite médecine fusible & en ceci apparaît quelque petite multiplication en quantité.
Au surplus, il faut noter que le creuset suce quelque chose de cette médecine car il est poreux par cette raison, & outre ces choses si vous omettez de faire la projection par la façon et manière que je vous ai dit, vous tomberez en grande erreur.
Donc, quand la médecine sera appareillée, il faut jeter un poids de cette médecine rouge sur quarante de lune pure car à la première année elle ne pourrait transformer les corps imparfaits , la seconde année tombera sur cent des corps imparfaits, toutefois toujours le meilleur sera de faire projection sur la lune pour ce que lors en sera meilleur.
La projection de la médecine blanche sur Jupi­ter est toujours meilleure. Ainsi, sur ledit Jupiter, vous ferez projection de la médecine rouge, si vous ne la savez faire sur la lune, car après la lune, Jupiter est le plus proche de la perfection que tous les autres et est transmué plus facile­ment, ce que l'expérience vous montrera. Son mercure blanc pur et quasi net et quasi fixe le fait bien connaître, il est vrai que son soufre accidentel est fort vilain, mais il peut être faci­lement séparé du bon et du mercure parce qu'ils ne sont pas bien mêlés, ce que vous connaîtrez par sa froideur qui vient de là.

Commentaire sur le chapitre XVII

II dit au commencement de ce chapitre qu'il ne faut pas jeter le lapis après qu'il est fait incontinent sur les métaux. Deux raisons sont à cela. Il en déclare une qui est par crainte que le lapis n'entrant en partie dedans le creuset pour sa trop grande subtilité et ainsi il s'en perdrait quelque peu. Et l'autre est afin que le lapis soit d'autant plus fixe car c'est l'une de ses qualités premières que le lapis soit fort fixe & vu qu'il n'y a rien de plus fixe que le sol & lune & qui ne transpercera point le creuset ni saillissent étant longuement fondus, pourvu qu'ils soient purs, il faut leur ajouter & faire fondre avec eux le lapis afin que ce soit une fixation permanente. Toujours après les conjonctions des deux corps, il faut une fermentation et digestion qui se fait avec certain temps. Ceci a été appelé par les philosophes laveures des trois jours, & en cette coction l'exubérante digestion du lapis par l'aide du feu digéré sol et lune, et sol et lune pour leur grande fixation arrêtent plus fort le lapis & lui baillent plus de corps qu'il n'avait. Leur consis­tance est réduite à une moyenneté, car elle est plus fusible que sol et lune mais non tant que le lapis ; seul le contraire est requis au lapis qui doit être tel sur les mercure, car il doit être rendu encore plus fusible que le lapis comme il sera dit au chapitre suivant.
Il faut ôter le creuset du feu quasi aussitôt que le lapis aura été jeté sur la lune ou sol & le tout deviendra en poudre qu'il faut faire cuire, comme il dit, par trois jours & laisser refroidir le verre afin qu'il ne se casse et se trouvera en masse rompante & fragile comme cinabre. Il faut noter que lapis a vertu de séparer la terrestréité & impureté intérieure des métaux, laquelle en la fusion sur iceux en la superficie & écaille impure, et seulement le lapis s'unit avec les par­ties du mercure qui est au métal ; la projection aux métaux dépend de la quantité grande du mercure et de sa pureté & décoction & d'autant que telle est en lune plus qu'en aucun autre, c'est pourquoi sol qui est fait de lune est tou­jours meilleur.

CHAPITRE XVIII

De la projection du lapis sur les mercures extraits des métaux & sur le vulgaire
Avant que de venir à la projection, il faut savoir que la première année un poids de votre lapis a puissance de fixer en or & lune vingt poids de mercure des corps imparfaits, & en la seconde cent poids & en la troisième cinq cents et ainsi de suite d'an en an en infinité. Mais il n'a aucune force sur le vulgaire sinon en la seconde année, à cause de sa trop grande frigi­dité encore un poids dudit lapis peut seulement fixer dix de mercure vulgaire en or ou en lune en la seconde année ; cinquante en la troisième année ; deux cent cinquante et ainsi de suite. Or, toutes les transmutations desdits mercures se feront si vous résolvez la médecine en eau phi­losophique tellement qu'elle soit fusible comme cire, puis la laissez se putréfier par quinze jours ou par tel temps, qu'elle se résolve en eau claire. Puis en tirez le flegme par le bain-marie, enfin la congelez à feu de lampe gradué puis dissolvez la même matière à la vapeur du bain-marie et derechef la congelez et réitérez ses opérations trois fois de la solution sur la fumée du bain-marie et puis de la coagulation. Alors prenez dudit mercure, en telle quantité que le lapis que vous aurez ainsi préparé pourra fixer, & le met­tez en un creuset sur les charbons ; quand le mercure commencera à mener bruit & à se démener, jetez dessus dudit lapis & le remuez avec son bâton de cornouiller et verrez qu'in­continent le mercure sera réduit en poudre. Vous laisserez ledit mercure en ce degré de feu par une heure, puis l'augmenterez par une autre heure puis encore plus fort par une autre heure. A la quatrième vous le coulerez de grands char­bons embrasés à la cinquième et finalement vous ferez feu très véhément afin que tout fonde et ensevelirez dedans le feu puis le laisserez mourir de soi même.
Puis vous le ferez fondre en y ajoutant du borax et vous aurez sol et lune meilleurs que des minières, pour aider aux pauvres et défendre les droits des pauvres veuves & orphelins, et finalement à toutes les bonnes œuvres, louez Dieu bon et tout puissant qui m'a fait cette grâce de vous découvrir ce secret & de vous l'avoir approuvé par expérience & de vous le bailler.

Commentaire sur le chapitre XVIII

II est donc nécessaire que la médecine pour la transmutation des mercures des métaux soit extrêmement fusible, et doit être liquide et déliée comme de l'eau, et de fusion facile comme cire. La raison est qu'ils s'en vont soudain en fumée les uns plus, les autres moins & si ils sont mas­sifs, solides et compacts, pesants, et de matière uniforme, & semblables en toutes leurs parties par quoi il faut que lapis soit fondant ou fusible soudainement et pénétrant pour entrer dedans les mercures par la subtilité de leur consistance, afin qu'ils ne s'en aillent avant que le lapis ne soit entré.
Il est fort à douter quelle est cette eau philo­sophique, toutefois il me semble que ce peut être l'eau fort graduée & royale composée de vitriol desséché et cinabre et distillée et réitérée par distillation ; car il dit qu'il faut que la dis­solution de laquelle il parle ici n'est pas celle de laquelle il parle dans la conjonction du menstrue philosophal et de la chaux du sol, parce que cette dissolution de laquelle il parle ici n'est que consistance de matière plus liquide qu'aupara­vant, sans qu'il se fasse aucune division des parties essentielles, et toutefois cette fusibilité est nécessaire par cette eau. Il se pourra faire qu'autres huiles et eaux, que les susdites, aient le même effet de fusibilité soudaine et déliée, mais comme que ce soit la différence des deux espèces de dissolutions sera qu'en ce qui est philosophal, il se fait séparation des parties essentielles, en l'autre non. Or, puisque je suis sur la dissolution par eau je réitérerai ici en bref toute la pratique de Raymond Lulle pour faire son lapis, qui convient en quelque façon avec cet auteur, car tout son but n'est que de rendre le lapis coulant & fondant ainsi soudain que cire et aussi délié que l'eau, et fixe. Raymond prend donc pour son sujet or et lune, aussi bien que cet auteur, mais il ne prend pas le même menstrue et dissolvant. Il use d'eaux et d'huiles dis­tillées qu'il appelle quintessence, et son inten­tion ne tend à autre fin que d'unir et fixer inséparablement ladite quintessence avec lesdits sol ou lune qu'il appelle ferments. Il appelle aussi lesdites eaux, mercures, parce qu'elles sont fluentes comme mercure et pour sa projection il veut qu'elle soit toujours faite sur le mercure son dissolvant, donc d'eaux distillées et de diverses choses et corps dont chaux qu'il nomme le lapis & diversement il l'appelle végé­tal, minéral, animal, parce que si son eau de dissolvant est tirée du vin et herbes, il l'appelle végétal ; s'il est tiré de miel ou sang, il l'appelle animal ; et s'il est tiré des métaux ou minéraux il le nomme minéral. Il dit que le dissolvant le plus excellent de tous est le végétal tiré du vin, lequel il fait d'eau de vie bien rectifiée, qu'il brûle toute, & puis il joint avec cette eau de vie du sel de tartre sublimé par subtil moyen, & fait passer tout ce sel en eau lequel sel pour sa gran­dissime ignité et parce qu'il a corps, baille sa force à l'eau de vie pour faire fondre en liqueur et eau claire sol et lune. Et quant au dissolvant animal, il fait passer le miel, ou l'urine dans l'homme, en eau par distillations comme dessus, et quant au minéral, il dit que l'eau est double car l'une est pour calciner et putréfier sol et lune afin qu'ils soient mieux disposés pour recevoir la seconde eau qui est la teinture. La première eau est tirée des métaux de mercure de cinabre, de Vénus ou mêlée d'aucun d'iceux & ce par le moyen de la première eau tirée des demi métaux. La façon de procéder en son lapis est double, l'une et la plus grande est qu'il dissout sol et lune qu'il appelle le lapis, par l'une de ses trois eaux ou dissolutions en eau claire, & appelle cela calcination. Car de vrai, ce n'est encore qu'une discontinuation des parties essen­tielles, sans qu'elles soient dissoutes essentiel­lement et toutefois c'est le chemin et ouverture pour venir à la dissolution de sol en liqueur, en fient de cheval ou bain-marié par long espace de temps ; puis il distille à feu violent cette liqueur, laquelle distillation le dissolvant emmène avec une partie de la substance de sol ou de lune et ce qui reste au fond il ajoute de nouvelle eau et putréfie comme devant, puis redistille afin de tirer de la substance de sol ou de lune pour le faire passer en liqueur avec le dissolvant ; et continue et réitère de cette façon jusqu'à ce que toute humidité et teinture radicale de sol ou de lune soient passées en liqueur par l'alambic ou cornue, & que la siccité terrestre du métal demeure au fond en cette eau ou liqueur ainsi distillée. Il dit que trois éléments sont contenus, savoir l'eau qui est le dissolvant, l'air ou huile qui est la partie de l'humide radical de sol ou de lune plus gras et plus onctueux, et le feu plus sec et rouge ou colore et séparé des trois éléments par le bain-marié. Car ce fort doux feu de bain passe premièrement le dissolvant comme plus rare et plus léger, puis par le feu de cendres doux passe l'air ou l'huile, et au fond demeure le feu en poudre rouge comme sang si cet or qu'il appelle feu, & quant à qui était demeuré après toute l'extraction de ses trois éléments au fond de l'alambic ou cornue, il l'appelle terre qu'il sublime par le moyen de l'eau, et appelle cette sublimation soufre qu'il dit être tout le fondement de l'œuvre, & que sans icelui il ne peut être rien fait & lui baille une infinité de noms comme aussi aux autre éléments. Puis pour les faire plus excellents, il rectifie chacun des éléments & aussi le soufre à part par plusieurs dissolutions & distillations.
Aussi voilà la dissolution de sol & de lune en éléments & parties essentielles & croyable que cela soit fait avec une grande dextérité, longue expérience, et diurtinité de temps & de labeurs infinis. Après la dissolution desdits éléments, il les rassemblait pour les unir, coaguler et fixer et ce par double fixation. La première par réi­tération de distillations à doux feu tempéré, par si longs temps que tous les éléments demeurent au fond en façon de caillé, et s'il reste quelque eau insipide et sans couleur il le sépare et rejette comme étant le petit lait, qui jamais ne peut être coagulé parce qu'il ne contient pas de parties terrestres pour l'affermir ; et d'autant que cette coagulation est longue & ennuyeuse, il a trouvé moyen de faire ledit assemblement et union des éléments en plus bref temps : à savoir en mettant la moitié de toute la liqueur & éléments en un fond d'alambic, & l'autre moitié en l'autre et puis met à chacun sa chape le bec de chacune desquelles entre dedans le fond l'une de l'autre, et le tout luté, distille à doux feu de cendres le tout par vingt deux jours et nuits continuelle­ment jusqu'à ce qu'au fond, il se fasse comme une pierre ou glaçon de salpêtre. Et s'il se forme de l'eau surnageant, comme dit est, il la sépare d'avec ce qui est pris & caillé ou coagulé, & voilà la première fixation. Et pour la parachever, il prend cette pierre coagulée et sans plus y rien mettre, il la fixe à feu de lampe et puis la dissout de par elle-même en liqueur au bain-marie ou de sa vapeur et réitère ladite coagulation par le feu de lampe et dissolution par le bain-marie jusqu'à ce que ledit lapis ne se veuille plus pren­dre & coaguler par le feu de lampe, mais qu'il demeure comme huile aucunement épaisse.
Voilà quant à la plus haute œuvre & façon de procéder par Lulle, encore il subtilie bien plus fort tous lesdits éléments avant que de les ras­sembler, mais toujours la fixation enfin est semblable mais d'autant que toutes ses dissolutions réelles en éléments sont pénibles et fâcheuses, il enseigne son chemin le plus court qu'il appelle curtation & est le second mode de procéder à la conjonction de son lapis. C'est qu'il se contente de calciner putréfier et dissoudre sol et lune puis après les diviser en éléments par dis­tillations et d'autant que son lapis minéral est fort approchant de la façon de cet auteur en ce chapitre, je dirai comme il y procède. Il dissout comme j'ai dit sol ou lune premièrement amal­gamés en chaux, mis en eau claire par eau de départ ou régale par vingt-cinq jours ou trente jours en fient de cheval ou bain-marie ; et le métal demeure au fond comme poudre humide sur laquelle il use de la seconde eau et la fer­mente en vaisseau clos, pour faire demeurer sa teinture avec le métal ou sa chaux, et puis à fort feu de bain-marie il tire l'eau afin que rien ne sorte de la teinture qu'il appelle esprit, & réitère l'eau insipide, en use de nouvelle sur ce qui est demeuré au fond puis la fermente, tire l'eau insi­pide comme dessus & réitère ses opérations en remettant dix fois de ladite seconde eau, & la dixième fois, ce qui reste au fond est la première fixation pour laquelle achever et mieux unir ladite seconde eau avec le ferment, il la coagule avec le feu de lampe et dissout par le bain-marie ; et réitère ladite coagulation par solution, jusqu'à ce que le lapis ne se veuille plus prendre et demeure comme huile. Et dit que cette huile est fixe et pénétrante & qu'elle a vertu sulfurée par l'union de la teinture desdites eaux à cause de leurs qualités ignées, & qu'elles coagulent le mercure en sol ou lune, & selon la nature du ferment. J'ai bien voulu décrire en bref ce que dessus, pour discerner la différence de procéder par divers auteurs en l'opération du lapis, & combien que j'ai décrit brièvement ce que par Lulle en a été traité si est ce que suivant mon jugement, il sera suffisant pour découvrir et entendre facilement tout ce que Lulle en a dit fort obscurément et par paroles métaphoriques, en plusieurs lieux. Car voilà toute son intention.
Retournons à notre texte, il dit donc qu'il la faut laisser putréfier par quinze jours. Putréfaction en cet endroit est proprement une espèce d'élixation, laquelle est faite par l'humide extérieur qui est ladite eau physique que Lulle appelle la seconde eau minérale avec la chaleur humide et étrangère qui environne & agit & est la cause efficiente, et ladite eau physique la cause matérielle. Cette chaleur environnante humide peut être ou le bain-mari ou le fient de cheval ; & l'effet de cette cause matérielle & efficiente est que ces parties essentielles du lapis déjà fait qui sont terrestres, se subtilisent davan­tage et sont dissoutes en parties aqueuses et aérées, et par conséquent plus fusibles. Cette putréfaction doit durer quinze jours, jusqu'à ce que la conversion de ladite qualité sèche et humide soit entièrement faite et le signe, c'est que la dissolution soit fort claire ; car s'il y a au fond quelques hypostases ou déchets, il la faut rejeter. La clarification signifie que les par­ties terrestres se sont raréfiées et subtilisées en parties aqueuses. Cette putréfaction doit être faite en vaisseau clos comme en une matrice de verre ou fond d'alambic couvert de sa chape sans bec ou nez, & bien luté autour des jointures. Cette putréfaction & dissolution du lapis en eau est aucunement volatile à cause de l'eau dissol­vante, partant il faut tirer l'eau insipide par le bain fort d'où ce qui est l'eau la plus légère et rare et volatile ; et quant à la plus épaisse, elle demeure avec ledit lapis au fond et ledit lapis est comme une eau épaisse et fondue en la cha­leur du bain-marie, mais elle se prend et se coa­gule hors le feu et bain. Encore ce lapis n'est ni fixe ni la teinture de l'eau physique bien unie avec lui, partant, le faut parachever &fixer par le second moyen que Lulle enseigne en la seconde fixation et le même moyen ici décrit, savoir qu'il faut coaguler en vaisseau de verre clos ledit lapis, car le feu sec agissant dessèche l'humidité & la tourne en siccité. Ce feu de lampe doit être gradué et procède par un fil et puis par deux et puis trois, qu'il appelle feu gradué. L'auteur ne dit point ici le temps de cette coagulation, et je crois qu'il ne l'a pas pratiquée et s'est contenté de faire le lapis pour transformer lune et sol si ce n'est qu'il ouvre de grands secrets en cette dissolution & coagula­tion. Or, le temps ne peut être déterminé mais il faut attendre que par ce feu de lampe sec et gradué le tout soit sec, ce qui pourra être fait en huit jours ou dix jours ou douze jours. Il ne faut cette réitération que trois fois mais il me semble que le meilleur, comme dit Lulle, est de réitérer ladite coagulation à feu de lampe et solu­tion en vapeur de bain-marie par tant de fois que le lapis ne se puisse plus coaguler par le feu de lampe, & qu'une petite goutte jetée sur une lamine de lune ou Vénus rougie de feu, pénètre dedans sans fumer. J'omettais de dire que la dissolution en la vapeur dudit bain-marie pourra être de huit jours ou dix jours, comme dit Lulle, mais on ne le peut connaître que par expérience & faut attendre que le tout soit en liqueur et comme huile, et par dessus toutes ces choses, il apparaît que le lapis pour la fixation des mercures par projection est bien plus long à faire que celui pour les métaux.

CHAPITRE XIX

Que le lapis est profitable à la santé du corps humain
La vertu de ce lapis est grande pour la santé des hommes. Il guérit toute sorte de maladie, soit qu'il soit pris en forme de poudre, soit en forme d'huile qui est meilleure parce que prise par la bouche, elle est plus facilement digérée & cuite & convertie en sang. Ainsi, étant prise en huile appliquée sur une plaie ou ulcère, elle pénètre plus facilement et donne secours à la partie que si elle était appliquée en poudre. Sache toutefois que cette médecine doit être conjointe et incor­porée avec les médicaments propres pour la guérison de la maladie que vous voudrez guérir ; elle guérit les gouttes, chasse la fièvre, garde de la peste, guérit de l'épilepsie, la lèpre, le cancre, les ulcères, les plaies anciennes et invétérées par la bouche, rompt le calcul ou la pierre, purge le ventricule, refroidit le foie, ôte la vieillesse, augmente la chaleur naturelle et conserve l'homme en santé pour servir Dieu, et en jeunesse jusqu'au temps préfixé à chacun, auquel il faut prier la Déité et la nature à quoi nous sommes tous sujet.
Pour ces choses, nous rendons grâce à Dieu par son fils notre Seigneur Jésus Christ, ainsi
soit-il.
Le feu de notre fourneau consiste en la mesure & le poids de la digestion des choses volatiles. A cette cause, quand tu fais ton feu, tu dois mettre ta main par le pertuis que tu as fait dessus la lamine, et doit ledit feu être tel que tu puisses tenir ta main sans dommage. S'il est trop grand, diminue-le.
Préparations  Diverses.

L'Auréole de l'œuvre du Stibium

Faites amalgame de iz de sol et iz de mercure de Vénus puis passez par la cornue sept ou huit fois, et le sol passera par le bec de la cornue.
Prenez un vaisseau de verre en cette forme (à fond plat), mettez votre amalgame dedans et le disposez sur cendres chaudes sans être bouché. Vous verrez avec le temps des arbres se lever dans votre vaisseau que remuerez le soir et le matin, par tant de temps que tout se réduise en poudre rouge comme sang. Il importe que le vaisseau ne refroidisse ou que le feu discontinue la nuit. Cette poudre s'appelle auréole qui fait des merveilles pour la santé. Elle sert pour tou­tes les maladies désespérées, elle est sans danger pour la santé. La dose est d'un grain, une seule fois guérit, elle sert encore pour se conserver la santé.

Ce qui suit est pour la métallique

Prenez de cette poudre rouge, mettez-la dans son circulatoire & par dessus de notre huile d'antimoine de notre façon, & ainsi quelle sera décrite ci-après, qu'elle surnage de deux doigts.
  Puis lutez le vaisseau de très bon lut donnant un feu lent que vous continuerez si longtemps, que votre huile rouge soit tournée par une lon­gue circulation en nature de poudre rouge. Après cela, incérez-la derechef avec ladite huile rouge et la circulez jusqu'à ce quelle soit faite fort épaisse sèche et fixe. Faites cela par trois ou quatre fois jusqu'à ce que votre matière ne puisse plus être desséchée et que voyez qu'elle soit fixe, et fonde sur la lamine rouge, & qu'elle la pénètre. Alors, votre matière étant ainsi pré­parée vous en prendrez iz & la jetterez sur dix onces de mercure cru préparé, c'est-à-dire puri­fié, lequel vous mettrez sur cendres chaudes jusqu'à ce qu'il commence de fumer ou de bouillir. Incontinent il se changera en poudre très rouge, sèche, laquelle vous mettrez encore dans son circulatoire et par-dessus versez dere­chef deux doigts de votre huile rouge de Vénus et mettrez sur cendres à feu doux à circuler. Il se fera une huile rouge épaisse ainsi que devant, et ainsi par cette méthode vous la pouvez mul­tiplier à l'infini vous servant de ce levain. Lors­que vous voudrez vous en servir, prenez iz de cette médecine & la jetez sur dix onces de mer­cure cru sur cendres chaudes, & lorsqu'il com­mencera de fumer il se tournera en poudre rouge, de laquelle iz convertit dix onces de mer­cure, de Vénus, de Saturne & de lune en fin sol, ce que j'ai vu de mes propres yeux.

Pour faire l'huile d'antimoine pour servir à l'opération ci-dessus

Prends du stibium qui soit du meilleur, met­tez-le en poudre impalpable puis le broie bien sur le marbre et longtemps, avec le bon vinaigre que vous savez, qui est le bon esprit de vie, puis mettez cela dans un matras & par-dessus, ce bon esprit qui surnage la matière de quatre doigts. Mettez cette matière au bain bouillant par quatre jours, puis ôtez la dissolution par inclination et y mettez de nouveau esprit jusqu'à ce qu'il ne colore plus ; alors portez cette teinture au ventre de cheval et la laissez en putréfaction par qua­rante jours après lequel temps distillez douce­ment au feu de sable votre dissolvant, lequel étant passé vous changerez de récipient, & les jointures étant bien lutées, vous chasserez votre huile, donnant feu dessous, et votre huile dégouttera rouge comme sang.

Description de l’élixir de Saturne, lapis laiton des philosophes

Prenez Saturne quinze ou vingt, que vous laminerez & mettez lesdites lamines en une ter­rasse ou vaisseau ; qu'elle ne bouchent point le fond du vaisseau lequel soit plein de vinaigre, mettez par dessus un autre vaisseau luttant bien les jointures avec de bon lut et mettez à une chaleur de bain-marie par six jours ou sept jours & jusqu'à ce que vos lamines se convertissent en chaux que vous raclerez. Remettant vos lami­nes et réitérant ces opérations jusqu'à ce que vous ayez sept ou huit de ladite chaux, que le vulgaire nomme communément céruse, et cette chaux vous la broierez sur le marbre avec du vinaigre si longuement qu'elle se rende impal­pable et en forme de bouillie. Laquelle chaux ainsi préparée, vous mettrez dans un grand matras de verre versant par le dessus vinaigre qui la surpasse de trois ou quatre doigts et lais­serez le tout par quatorze jours ou quinze jours en un lieu chaud comme bain-marie, & mainte­nez en digestion remuant tous les jours votre matière avec un bâton de bois au milieu duquel vous verserez notre vinaigre, que nous appelons menstrues. Tout demeure dans une grande fiole de verre capable de contenir tous nos vinaigres, dans laquelle il a versé du trouble parce que ledit vinaigre aura dissous et concevra selon sa puissance le sel de ladite chaux de Saturne, sur la résidence il faut y mettre de nouveau vinaigre comme dessus et continuer toujours la même opération avec nouveaux vinaigres jusqu'à ce que toute ladite chaux soit résolue avec le corps dudit vinaigre et à chaque fois que vous ôtez le vinaigre, broyez la résidence de votre chaux sur le marbre afin qu'elle soit plus aisée à dissoudre. Vos vinaigres ainsi animés de la vertu de Saturne, vous mettrez dans un corps d'alambic en terre que vous mettrez sur cendres ou sable en un fourneau d'une douce chaleur, et le ferez évaporer jusqu'à ce qu'il vous reste au fond de l'alambic le sel de votre Saturne en consistance de miel, & vous broierez de nouveau cette matière derechef sur le marbre avec vinaigre que vous mettrez après en vaisseau de verre avec vinaigre comme ci-dessus, réitérant les mêmes opérations & dissolutions de trois jours en trois jours et verserez par inclination ce qui sera clair, y remettant de nouveaux vinaigres continuant cela jusqu'à ce que votre vinaigre ne soit plus et en sorte aussi aigre que quand vous l'y aurez mis : ce que tu connaîtras par ta langue. Vous remettrez tous vos vinaigres à dulcifier dans l'alambic de verre au bain-marie et distillez jusqu'à ce que votre matière soit en consistance de miel, et sur laquelle remettez nouveau vinai­gre et distillez. Réitérez ces infusions et distil­lations si souvent que votre vinaigre ait dissous toute votre matière & qu'il ne demeure au fond nulles fèces ; ce qui sera un signe que le sel de Saturne sera exalté et purifié jusqu'à son suprême degré, ce que vous reconnaîtrez à la dernière distillation.
Il demeure au fond de votre alambic votre sel aussi blanc que neige, fondant comme cire, et plus doux que sucre ; lequel sel a au-dehors la froideur de la lune & au-dedans la chaleur du soleil, et ledit Saturne demeure ainsi blanc parce qu'il est dépuré de toutes ses imperfections et ordures et de sa lèpre, et de cette façon il est médicinal, propre et familier avec nature, offrant un dedans chaud humide et doux et partant ainsi de notre nature laquelle chérit les choses douées, mais poursuivons notre pratique :.
Prenez le sel ou la douceur de votre Saturne prépare, que vous diviserez en deux égales par­ties. Une partie vous la mettrez en un vaisseau de verre, lequel vous boucherez hermétiquement et mettrez en un fourneau de cendres en y faisant petit feu a la façon du soleil d'été, car si tu te fais plus grand, ta matière se fondra en huile coagulée et s'envolerait le soufre qui n'est pas fixe, lequel est encore en la superficie, ce qui est cause d'une si subtile fusion. Et encore qu'il soit pur, il est toutefois volatil, & afin donc qu'il se fixe il faut une chaleur modérée de quarante jours. Après, prends un  peu de ta matière et la jette sur une lame d'argent rougie. Si elle fume, elle n'est pas fixe, remets-la en la même chaleur jusqu'à ce qu'elle ne fume plus et que la poudre soit citrini coloris neque sit « fugilis » et sic signum erit quod sit fixum sulphur. Mettez donc cette poudre en un verre lui donnant un feu plus grand, jusqu'à ce que la matière flammescere incipiat. Alors augmenterez votre feu par degrés juqu'à ce que la matière tandem rubescat « rubini » instar est tota materia fixa sit.
Et pour lui donner la fusion, il faut le faire de la façon suivante qui est double :l'une se fait en mêlant avec la nôtre ci-dessus, que vous aurez mis à part & du sel de tartre et armoniac premièrement sublimés. A savoir, si dans cette moitié que vous avez réser­vée il y en a deux livres, prenez une livre de sel de tartre et une demi-livre d'armoniac, mêlez le tout et mettez en vaisseau avec du vinaigre dessus, digérez en bain-marie par quelques jours, après tirez le vinaigre par distillation, & augmentant le feu, le mercure de Saturne se sublimera avec lequel tu mettras ton soufre fixe ci-dessus, se fixant de la même façon & même poids comme se dira ci-après.
La seconde voie qui me semble la plus cer­taine & facile est donnée en latin vulgaire que nous ne reproduirons pas ici.

FIN