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VON MEYER La Table d'Emeraude.


Johann Friedrich von Meyer (1772-1849)


LA  TABLE   D'EMERAUDE

ou

Abrégé du Grand Œuvre


Copie littérale de la Kabbale, un manuscrit du noble L. S.

Ensemble de la doctrine de mon vénérable Maître .....


Johann Friedrich von Meyer

1801


La matière grise et sombre est bonne aussi.

   
Opérations :

1 – Calcination.                                     
2 – Elixivation.                                      
3 – Distillation.                                      
4 – Exposition.                                       
5 – Distillation.                                    
6 – Cohobation par puissance divine.
7 – Séparation.
8 – Purification.
9 – Composition.
10 – Multiplication.


Les philosophes n'ont pas suivi une seule et unique voie. Certains n'ont pas exclu qu'on pouvait obtenir la matière de l'Oeuvre par la voie la plus courte, la calcination; c'est pourquoi il leur a fallu effectuer plus de dissolutions par la voie humide. Nous n'avons absolument aucun besoin de cette calcination-là si nous avons, au moyen de la calcination véritable, préparé et disposé la matière brute de telle façon qu'elle se dissolve en baignant dans ses propres liens naturels et qu'elle puisse produire la Terre sacrée, et avec elle successivement le Mercure et le Soufre incombustible. Si vous étiez chez moi, vous pourriez constater ceci de vos propres yeux et vous en persuader complètement.

Pour vous servir de guide dans cette lecture, il faut que vous ayez constamment présentes à l'esprit les lois générales des philosophes. C'est pourquoi il ne faut jamais vous laisser tromper par le sens confus des mots; qu'à tel endroit il y ait les mots Calcination, Putréfaction, Sublimation, Rectification, ou tout autre vocable, cela doit vous être égal; d'après le contexte, ou d'après les lois générales et les opérations dont j'ai indiqué l'ordre, il vous faut reconnaître, et savoir, de quelle opération il s'agit et quel terme devrait être, à la vérité, employé là.

Le fameux Caput mortuum a de nombreuses acceptions. Tantôt on appelle ainsi la matière calcinée, tantôt la terre purifiée par lavage, et même la Terre sacrée. A vrai dire, cette désignation ne peut être appliquée qu'au résidu qui subsiste après la distillation, lorsque la Terre sacrée a été fécondée par l'Esprit que l'on sait et qu'on ne peut plus la rendre volatile. Car bien que certains disent que Vénus s'y trouve prisonnière tel un Vitriol vert dans une terre martialisée et même si certains l'appellent Sel fixe de la sagesse, ils ne le font que dans le but de dérouter les opérateurs indignes afin que l'Art reste caché. Aussi les plus sincères ajoutent-ils que ce Sel ou Corps de Vitriol, ne concerne plus la matière de notre Œuvre et que beaucoup n'ont pas su obtenir le Sel des sages parce qu'ils n'ont pas reconnu les qualités spécifiques de Mars et de Vénus et qu'ils les ont pris l'un pour l'autre.

Le terme de Sagesse employé ici est un avertissement très pertinent à ne pas se laisser tromper. Je n'ai pas le Clauder sous la main pour expliquer le passage qui s'y réfère. Mais il faut sans aucun doute y voir la preuve qu'une seule distillation ne suffit pas pour dissoudre toute la Terre sacrée et en recueillir tout le Soufre et tout le Mercure qui s'y trouvent. Tous deux doivent finalement passer à l'état de vapeur blanche et rouge; là-dessus, une fois l'un et l'autre spécialement purifiés et rectifiés au maximum, il convient de les réunir dans le fourneau philosophique pour qu'ils se putréfient.

Si vous pouvez obtenir un Lixivium aux belles couleurs à partir de la matière calcinée, vous pouvez être sûr d'avoir fait convenablement ce premier pas que les philosophes décrivent d'une manière très voilée ou passent même complètement sous silence, et dont cependant tout le reste dépend.

Je vais ici vous indiquer un procédé qui est indispensable à la première opération; en le suivant, vous aurez la conviction qu'il n'y a pas au monde d'autre voie possible, et que celle que je dévoile ici est la seule.

1) Prenez 6 à 8 onces de notre matière, telle qu'on peut la trouver dans la terre, fraîche et humide, sans que la pluie y ait séjourné. Réduisez-la en poudre et extrayez-en l'Humidité radicale. Gardez précieusement celle-ci; elle a une odeur de soufre brûlé aux essences toniques.

2) La terre doit rester dans la cornue une ou deux heures au feu même s'il ne s'en échappe plus aucune goutte. Une fois refroidie, on la retire. Mais avant le refroidissement total, il faut enlever, la partie antérieure du vase et bien boucher celui-ci, afin que la terre magnétique n'attire à elle ni son humidité radicale ni l'humidité de l'air.

3) On calcine alors jusqu'à l'incandescence la terre qui reste dans une poêle en fer ou un creuset, tout d'abord à feu modéré, puis plus fort, afin d'éliminer toutes les impuretés sulfureuses combustibles. Aussi longtemps qu'on l'ait portée à incandescence dans la cornue, il subsiste toujours quelque humidité dont il faut la débarrasser complètement. C'est pourquoi, lors de la calcination, il faut augmenter progressivement le feu afin que la matière ne se vitrifie pas en totalité ou en partie. C'est le degré de calcination, comme pour faire le malt, qui importe le plus. On s'en rendra toujours compte par la suite en procédant à plusieurs essais.

4) Ensuite, on réduit la terre en poudre dans un mortier de pierre ou de verre et on lave avec de l'eau de pluie ou tout simplement avec l'eau d'un puits. Ici, on obtient un Lixivium trouble de la couleur de la terre, mais montrant déjà quelque blancheur. Dès qu'on a fait digérer la terre pendant 24 heures à température modérée à l'aide de celui-ci en remuant plusieurs fois, on le met, quand les parties les plus grossières se sont déposées, dans une cornue pour qu'il sèche par filtrage et que l'eau en sorte jusqu'à obtenir un séchage complet.

5) On réduit à nouveau en poudre la terre restante et on la lave derechef à l'eau de pluie. Parfois, on obtient déjà un Lixivium d'un beau jaune clair; si celui-ci ne l'est pas et qu'il apparaisse trouble comme la première fois, on procède à nouveau comme au numéro 4.

6) On réduit à nouveau le produit restant et on le lave encore comme précédemment, ce qui permet d'obtenir ce Lixivium bien clair et d'un beau jaune, notre Vin ou Vinaigre.

7) On retire de la cornue les Lixivia jaune clair et limpides et on les filtre; le restant apparaît alors tantôt blanc-rougeâtre, tantôt blanc, tantôt brunâtre; l'une ou l'autre couleur se valent, pourvu qu'il ait un goût salé.

8) Ce produit restant n'est pas volumineux, mais son action est grande. On l'arrose encore d'Humidité radicale, on le dissout et l'on obtient une solution comparable au plus beau vin de Malaga, quoique plus rougeâtre. C'est notre Vin véritable ou Vinaigre de vin renforcé, mais qu'il faut renforcer encore.

9) Le produit restant, quand on le filtre à nouveau, doit être brun de café et se liquéfier facilement à l'air.

Ici, nous voici au seuil du Grand-Oeuvre et nous avons tous les matériaux en main pour construire ce grand édifice. Notez de votre mieux les lois et principes généraux qu'il faut suivre ici :

a) Notre Oeuvre est facile, un jeu d'enfant, un travail de femme, mais infiniment difficile à découvrir.

b) Il faut suivre la nature et éviter tout excès; elle nous conduit alors elle-même et nous montre la marche à suivre.

c) Tout se fait à partir de l'Unité.

10) Sel, huile, vinaigre et des centaines d'autres dénominations se réduisent à une seule et même chose. Il y a une chose unique qu'il faut constamment dissoudre et coaguler et à laquelle il ne faut rien laisser d'étranger. C'est précisément la voie facile, le travail de femme, le jeu d'enfant.

11) La terre brun-café enfin obtenue doit s'imprégner de l'Esprit céleste et acquérir la Force qui opère tout, qui nous met sous les yeux le Mercure et le Soufre réunis et leur donne la puissance de se séparer enfin l'un de l'autre.

12) Pour attirer l'Esprit, point n'est besoin de l'intervention de l'Artiste, cela se fait de soi-même dans le calme de la nuit ou dans une cave fraîche. Mais il faut éviter soigneusement tout rayon du jour ou du soleil, sinon l'essentiel de l'Esprit, se hâtant de retourner à son origine, s'évaporerait et serait perdu.

13) Pour obtenir enfin, à partir de cette Terre sacrée fécondée, simultanément Soufre et Mercure ou les faire passer d'un état à l'autre, il y a un tour de main caché; c'est là le plus grand secret et rarement quelqu'un l'a révélé, nonobstant le fait que la chose pourrait être connue en partant de la chimie vulgaire. Je dirai plus : celui qui opère avec des mains sales tombera et ne récoltera aucun fruit, quand bien même il connaîtrait sans faille les opérations les plus délicates.

14) Avant tout, il faut constamment penser à tempérer le plus possible le feu externe et à nettoyer très soigneusement ses récipients. Il vaut mieux travailler quelques jours de plus que de voir se perdre en quelques instants la peine de plusieurs semaines.


15) On met cette Terre sacrée fécondée dans une cornue et on attire vers l'embouchure l'Esprit qui est en elle. Il y faut de petits instruments parce que la masse de matière est le plus souvent réduite, quelque quantité qu'on se soit efforcé d'obtenir.