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ANONYME L'Or Potable des Anciens



Recueil des traités de médecine de Gérard de Crémone, 1250-1260



L'OR POTABLE DES ANCIENS


OU


STANCES, AVEC UNE PETITE INTERPRETATION
SUR CHAQUE QUATRAIN



Au lecteur

J'ai bien voulu avertir ici les curieux de l'art hermétique qu'ils aient pour recommandé la connaissance de la Nature avant que de passer outre aux quintessences des sels et extraction de celle du soleil et teinture de quelque manière que ce soit. Car celui-li perdra son temps et souffrira perte et dommage en faisant autrement. C'est pourquoi je vous ai adresse ce petit traité, lequel enseigne toute méthode et pratique qu'il faut tenir pour connaître la Nature et com­ment les éléments se font et engendrent journellement choses diverses par leurs mouvements que les anciens ont nomme circulation, de laquelle avec le temps est engendrée la rosée philosophique dont est composée la matière qu'il faut pren­dre pour faire leur or potable, vraie médecine et poudre physique des anciens.

Prenez-la donc, et la décuisez, et travaillez ainsi que ver­rez ci-après tant que l'ayez mené à perfection, de laquelle pourrez acquérir biens, santé et honneurs. l'estima lente, hâte-toi lentement.

Si la Thrace (Thrace, pays de Mars où le mystère des Cabires était en vogue et où les Phé­niciens 1'avaient introduit et Xamolxis rendu célèbre après Orphée) a eu son party
Riche de l'or et de l'Orphée
Encore est ici le trophée
D'un nouveau fleuve réparty

Au centre plus caché de la mère Nature
Voyant de deux vapeurs (Ces vapeurs viennent l'une après l'autre ; L'une est blanche et 1'autre jaune ; Nature vous conduira) les sujets se former
Je quitte avec plaisir des auteurs 1'ecriture
Et ne veux plus du tout que d'elle m'informer.

Annotation :

Ces deux vapeurs sont deux esprits contenant les quatre éléments, lesquels il faut bien et profondément considérer comme étant la source et origine de toute la Nature parce que celui qui n'en aura la vraie connaissance ni N'en saura les vraies qualités et vertus demeurera toujours ignorant des oeuvres naturelles et de toutes substances qui sont au monde, et le Philosophe dit : « Ils errent, ils ont erré, ils erreront parce que les Philosophes n'ont pas mis le propre agent, le plus aise et le plus court chemin est donc de quitter tous les livres sophistiques et s'attacher l'esprit à considérer les effets de Nature.

Je commence et je vois du centre de la terre Par l'ardente chaleur du soleil radieux
Sortir ces deux esprits, et se faisant la guerre Produisent les éclairs et la foudre à mes yeux.

Annotation :

Il y a grande correspondance et sympathie entre le soleil sphérique et le soleil central, et c'est ce que dit Hermès au commencement de sa Table d'Emeraude, car ce qui est en haut est comme ce qui est en bas pour perpétrer les miracles d'une seule chose ; car nous voyons que le soleil de sa nature tire à soi les vapeurs et humidités de la terre, comme fumées épaisses ou rosées et brouillards, et les conduit en haut tant qu'elles aient rencontre leur lieu naturel qui est l'air, et lors ces vapeurs se forment en nuages et ces nuages en eau laquelle, pesante et visqueuse, est contrainte de tomber et retourner en son centre qui est la terre de laquelle elle ouvre ici pores et cause par ce moyen une vapeur ou exha­laison chaude laquelle tires par 1'ardeur du soleil en une région froide de l'air cause 1'éclair et le tonnerre.

Puis d'accord mutuel redoublant leur carriers Plus parfaits en vigueur vers les terrestres lieux Soit rosée et frimas, par diverses manières
Ils vont tous deux ensemble et font tout pour le mieux.

Annotation :

Les Philosophes ont considéré ce mouvement ascendant et descendant et Pont appelé sublimation parce qu'en cette action les choses subtiles sont faites épaisses et les massives et corporelles sont faites légères et subtiles ; ainsi donc ces esprit différent en naturel et après s'être fait longtemps la guerre l'un à 1'autre, s'accordent avec le temps et se font amis, se joignant intimement ensemble, volant en l'air et puis descendant ensemble en terre par laquelle descente s'engendre le ~ ou rosée philosophique laquelle nourrit notre terre et la fait germer et porter double fruit, d'où s'ensuit

La terre en est nourrie et tout ce qu'elle enserre, végétaux, animaux, marcassites, métaux,
Et 1'homme même aussi, qui toujours est en guerre, Quoique ne souverain de tous les animaux.

Annotation :

Voici donc véritablement ce que nous produit cette rosée ou liqueur ; or comme nous reconnaissons que notre mère la Nature avec ses ouvrières & entre autres, que son serviteur 1'Archse prend tant de peine à nous enseigner & découvrir la route et voie qu'elle tient en tous ses ouvrages et opérations, & comme sans artifice elle travaille par une même façon une seule et unique matière en un même vaisseau, et cependant engendre & produit diverses choses provenantes d'une unique matière que les Philosophes ont nommé chaos engendré des­dites deux vapeurs ou esprits premiers dont une des qualités est active et 1'autre passive,

Alors plus curieux et rempli d'allégresse,
Rebuts des travaux par moi jadis soufferts
J'approche de plus près Nature ma maîtresse
Lui demandant les dons qu'elle m'avait offert.

Annotation :

L'artiste après avoir reconnu ses fautes passées par 1'ignorance qui 1'aveuglait, se réjouit de ce qu'il entre en lumière et connaissance de la Nature, la prie de lui montrer le fondement de cette médecine et le sujet qui cause et engendre la naissance de cette médecine tant admirable & désires en la composition et opération de laquelle il a tant de fois erré, ce qu'elle lui accorde comme il dit :

Elle tout aussitôt écoutant ma prière
Me dessille les yeux que rien m'avait ouvert
Et m'ouvrant de ses lieux (Ses opérations dont la première est la putréfaction) la porte coutumière
Tiens, voila mes trésors, dit-elle, découverts.

Annotation :

O Nature, combien tu te montres douce, bénigne et prompte à secourir les fils de science en les tirant de 1'abime et des cavernes obscures de 1'ignorance où ils étaient enga­gés, et comme mère naturelle tu daignes ouvrir ton sein et entrouvrir ta poitrine pour nous faire voir ce que tu as de plus cher et précieux, puis de ta main libérale tu nous don­nes plus que nous ne méritons parce que tu nous dessilles les yeux, nous découvrant la vraie matière mâle et femelle qui produit et engendre notre médecine, laquelle une fois recon­nue nous pouvons sûrement travailler.

Je sais de ces esprits 1' origine première,
J'en reconnais 1'effet, la force et le pouvoir,
Et quoique esprits pourtant, Nature à ma prière,
De forme dépouillée me permet de les voir.

Annotation :

C'est ici le but et passage périlleux où tant d'opérateurs doctes et indoctes, lesquels se sont fourvoyés et égarés en cette affaire prennent des matières étranges, le mâle pour la femelle, l'agent pour le patient, le sec pour 1'humide, l'eau pour le feu : d'autant que ces esprits étant encore vêtus de leur robe terrestre et obscure, il est presque impossible à 1'homme de les pouvoir connaître et discerner, mais étant une fois lavés et dépouillés de leurs impuretés et taches origi­nelles et superflues, 1'on peut les connaître incontinent (par l'esprit qui dissout) & prendre d'eux ce qui est nécessaire pour accomplir et compo­ser le magistère.

Je les prends, je les joins en égale mesure
Dedans l'œuf d'un cristal massif, clair et luisant
Ensuite de mon art secondant la Nature
Aux rayons du soleil (central ou soufre, Arnauld entend aussi par le soleil, le feu de l'athanor) je vas le tout cuisant.

Annotation :

Cette conjonction est nécessaire parce que c'est la première façon et composition de notre eau dissolvante appelée mercurielle et d'où elle s'engendre, car elle est celle qui fait la séparation et dissolution des parties adjacentes et est nommée pour cet effet mercure du mercure, et comme dit le sage :

"c'est en effet une eau simple minérale qui vient arro­ser la terre afin qu'elle germe et porte du fruit en son temps".

" nam est aqua roris maii, ipsa abluit corpora tanquam pluvia­lis, et dealbat et facit corpus novum ex duobus corporibus" [c'est une rosée de printemps de mai (ou plutôt de maie) qui lave les corps autant qu'elle les pénètre, et blanchit et des deux corps en fait un nouveau.]

O combien est précieuse et magnifique cette eau ; elle est nommée des Philosophes l'eau et l'âme des corps dissous, sans laquelle notre médecine et œuvre ne peut réussir et avoir perfection, et ainsi :

Tout d'abord le compost se dissout en claire onde
Etale son pouvoir et sa riche verdeur
Et de ces deux il naît la puissance du monde
J'en admire l'effet et la rouge couleur.

Annotation :

Véritablement cette eau a une vertu et une puissance mer­veilleuse sur ce qui est de sa nature (car elle le fait pourrir par degrés), montrant tout sou­dain son action sur les matières qui lui sont agréables, et comme par miracle & chef-d'œuvre, elle dissout & liquéfie les corps solides et parfaits en les rendant en huile incom­bustible et teinture permanente et pénétrante, ce qu'a fort bien allègue le Philosophe, disant :

"aqua ergo nostra inconti­nenter solvit aurum et argentum & facit oleum incombusti­bile quod tunc potest commiscendi aliis corporibus imperfec­tis ". [par conséquent notre eau dissout sur-le-champ l'or et l'argent et fait 1'huile incombustible, qui peut alors être mêlée aux autres corps imparfaits].

Ces corps donc ainsi dissous sont appelés argent vif et menstruel lequel n'est point sans son soufre ou sel accompagné des luminaires que nous appelons d'ordinaire soleil et lune qui sont les principaux moyens par lesquels Nature passe pour parfaire et accomplir la génération & finir 1'oeuvre,

Et pour fin de labeur, tout comble de liesse
J'en rends grâces à Dieu, je demeure joyeux,
Je chasse loin de moi le soin et la tristesse
Et ne demande plus que d'être dans les cieux.

Annotation :

Le Philosophe ayant fini la médecine à perfection ne désire plus que le repos, étant très content de Dieu et de la Nature n'avoir une telle récompense : la fin de son labeur, et ne se soucie du monde ni de tout ce qui en dépend, et Hermès dit à son propos : Tu auras la gloire du monde et toute obscurité te sera ôtée de devant les yeux, c'est-à-dire toute ignorance pauvreté et maladie & après avoir reconnu ce qui vient de telle médecine, sa vertu et sa puissance, ne songe plus qu'à jouir de 1'éternelle félicité du ciel au plus tôt, tou­tefois et par compassion il veut instruire ses frères auparavant et les tirer hors d'erreur, et parlant aux ignorants de cet art il leur dit :

Pauvres gens aveuglés, qui poussés d'avarice
Cherchez sans nul repos l'hermétique secret
En voyant cet esprit quitter tout artifice
Rompant tous vos vaisseaux, n'ayez point de regret.

Annotation :

Certainement et avec raison nous pouvons voir combien il se trouve de personnes du tout ignorantes des cabinets (Minéral solaire) et sources (Racines métalliques) de Nature lesquelles sans aucune théorie ni pratique ni connaissances d'icelles travaillent à bride abattue, les yeux bandés pour venir au but et perfection de notre œuvre, et tant louable médecine, lesquels se contentent de lire un livre ou deux pleins de recettes fausses que tels auteurs ont fait et composés pour abuser les non-savants en cet art, les­quels auteurs n'ayant pu, ni su, arriver au but de leurs désirs ont écrit, médit & scandalisé les anciens qui possédaient cette liqueur et poudre tant estimée, et au lieu d'entendre les dits et écrits des anciens ont pris leurs plus communes et familières drogues, talcs, sels communs, aluns, vitriols, arsenics, réalgars, sublimés et autres substances du tout ennemies et étrangères de notre œuvre et de la Nature, puis ensuite aucuns d'eux se sont voulu imaginer qu'avec pareilles dro­gues ils tireront le mercure et que par ce moyen ils pour­raient augmenter le métal parfait ; ils ont fait divers four­neaux de calcination, fusion, réverbération, et brouillant leurs dits ingrédients se sont mis à souffler un an, trois, cinq six et avec grandes dépenses et peine, même au hasard de leur vie ont perdu leur temps et ont réduit le tout à néant, dont la reprise est telle :

Souffler n'est pas le but du Philosophe sage
Sublimer, calciner, dissoudre, congeler
Vos poisons ne sont point le sujet de 1'ouvrage
Quittez tous ces travaux, on ne peut mieux parler.

Annotation :

Si ceux qui sont inquisiteurs & amateurs de cette noble science comprenaient et entendaient bien l'intention, dire et écrits de Sages anciens qui disent tous unanimement que la matière de cette poudre philosophique est commune et uni­verselle, non connue toutefois que de ceux qui sont de la science & quasi partout, en toute maison, qu'elle tombe entre les mains de toutes gens et se vend à si vil prix que le pauvre en peut avoir autant que le plus riche, & que la pra­tique et le travail d'icelle est si aisé qu'une simple femme la peut mener à perfection, sans se détourner de sa besogne accoutumée ils seraient pleinement satisfaits ; suit le sujet et le nom de la matière :

Un mercure suffit, mais c'est celui du sage
Qui cache en lui la vie et devient accompli
Il est volage tant qu'il a de 1'eau 1'image
Le vaisseau des deux tient, étant vide et rempli.

Annotation :

A la vérité la substance du mercure de quoi notre méde­cine est composée est enclose et prisonnière dans le corps de notre magnésie, mais ceux qui le connaissent savent fort bien 1'extraire en peu de temps et le tirer hors du ventre de notre lion par la force et le moyen de notre dissolvant ou eau ci-devant tant de fois alléguée et laquelle n'est autre chose qu'une fumée blanche, liquide toutefois, ne mouillant pas les mains :

"& fumus ille aluns album ille aurum" [cette fumée blanche est cet or blanc].

C'est donc un esprit corps premier­-né de nature qui contient en soi les quatre é1éments, lequel approchant à la forme de l'eau, les Philosophes l'ont nommé eau pontique, laquelle a telle forme et impression qu'il plait à son artiste lui donner, dont voici la préparation :

L'un de ces deux esprits tiré pur de sa terre
Par feu doux vaporeux se dissout doucement
Et l'autre qui le joint en son ventre l'enserre
Par l'effet amoureux d'un doux embrassement.

Annotation :

Ici est le point et intelligence qu'il faut avoir expressément afin de ne pas s'abuser en la composition de notre vraie médecine, car, comme j'ai dit ci-devant, tout ce qui se multiplie a besoin de conjonction de notre matière mâle et femelle, laquelle est seulement connue de ceux qui sont de L'art ; mais il y en a deux autres qui sont médiateurs des dites matières, contraires néanmoins en qualité, car Tune est extrêmement chaude et seche, que 1'on nomme agent, et 1'autre froide et humide appelée patient, toutefois après leur préparation, conjonction et mariage se désirent, joignent et embrassent si tendrement et si étroitement ensemble et tant qu'ils ne sont faits qu'une substance inséparable, tellement que ce qui était feu s'est fait eau et que qui était eau s'est fait feu, laquelle eau est le mercure philosophique, et le feu est appelé soufre des philosophes :

Le soufre naturel tout autour se sublime
Du mercure arrête, le décuit doucement
Et d'un poison vivant sans cesse l'envenime
Pour servir à tout corps de vrai médicament.

Annotation :

Hermès, père des philosophes a fort bien dit et argu­menté en son peu de discours, et amplement parlé des qualités naturelles de notre médecine, disant : notre œuvre contient en soi les quatre éléments et est de quatre natures dou­bles, savoir mâle et femelle, agent et patient, puis il déclare la composition et nomme ce que c'est, enseignant que le soleil est son père, et la lune sa vraie mère, et que le vent 1'a porté dans son ventre, et que la terre est sa nourrice ; il est assez clair que le vent c'est l'air, et l'air c'est la vie et la vie c'est l'âme qui enfante et nourrit toute notre œuvre :

L'humide se rend sec, le sec devient humide
Le noir de la blancheur se va bientôt parant
Le sage après s'il veut, par le feu qui le guide
Passe du blanc au rouge en 1'oeuvre décourrant.


Annotation :

Les matières connues et dûment préparées ne demandent sinon qu'à venir à l'entière perfection, car vous voyez com­ment notre eau par l'action de notre feu réduit en sa qualité notre matière appelée laiton rouge, et de dur et massif qu'il était il est rendu subtil et liquide et :

"in tali dissolutione fit ignis lenis et continuus, donec in aquam viscosam solventur impalpabilem & tota egreditur tinctura in colore nigredinis primam, quod est signum verae solutionis". [et que dans une telle solution que le feu soit doux et continuel jusqu'à ce qu'ils soient dissous en eau visqueuse impalpable et que toute la teinture sorte premièrement en couleur noire qui est le signe de vraie solution].

Cette eau est si agréable & si amie à ce fruit solaire que sitôt qu'il est mis avec elle il se fond et se dissout douce­ment comme la glace fait dans l'eau chaude, sans bruit, sans violence, sans se détruire, jetant doucement sa semence et teinture dans icelle avec laquelle il se plait et réjouit pour quelque temps, après lequel il vient à germer, fleurir et renaître avec mille fois plus de force, beauté et subtilité qu'il n'avait auparavant. Voila donc la propriété de notre eau dis­solutive non celle des ignorants lesquels usent d'eaux fortes corrosives qu'ils appellent régales, extractions d'herbes, racines et sels qui au lieu de construire ou conserver détruisent, bref ne savent où aller ni s'imaginer pour trouver notre dis­solvant ; ils vont chercher à cent lieues de leur maison 1'eau puante bourbeuse et infecte, et aveugles ils ont à leur porte et devant leurs yeux la source de vie et claire fontaine de qui découlent les sept ruisseaux.

Je n'en dirai pas davantage maintenant, qui a du sens comprenne, mais découvrons en passant ce que peut être le feu philosophal sans lequel notre médecine ne peut venir à perfection. J'ai été curieux de feuilleter et lire les livres des savants philosophes qui traitent du sujet de cette oeuvre, j'en ai fait rechercher et recouvrer le plus qu'il m'a été possible, comme le sermon d'Hermès, le commentaire d'Hortulain, Calid, Rasis, Roger Bacon, Flamel, le Rosaire d'Arnauld de Villeneuve, la Tourbe, Albert le Grand, Margarita Preciosa, Thesaurus Thesaurorum, Sinésius et une infinité d'autres tant en rimes qu'en prose, et n'ai trouvé dans pas un des susnommés ni signe marqué ni passage qui traitassent du feu, mais enfin il me tomba en mains un petit traité intitulé la clef majeure d'Artéfius, lequel un peu de mots dits que :

"ignis vero noster est minerahs, aequalis, continuus, non vaporat nisi nimium excitetur, de sulphure participat, aliunde sumi­tur quam d materia, omnia diruit, solvit, congelat et calcinat". [notre feu est donc minéral, égal, continuel, et ne s'évapore point s'il n'est trop excite, il participe du soufre, est pris d'ailleurs que de la matière, il bouleverse tout, dissout congèle et calcine].

C'est donc un feu minéral, continu, chaud, vaporeux et sec, altérant, pénétrant et digérant qui couve et échauffe le bain ou fontaine où se baigne le roi et la reine lequel avec 1'aide de 1'artiste mène notre médecine à perfec­tion :

L'on peut alors, on peut dans un parfait silence
Les yeux toujours ouverts et loin des vanités
Goûter le fruit sans fin de la belle science
Méprisant le séjour et 1'emploi des cités.

Annotation :

C'est un avertissement qu'il donne à ceux qui possèdent et sont parvenus au but de cette tant désirée et précieuse médecine, parce que par icelle on peut faire des cures admirables par lesquelles on peut grandement profiter, et recon­naissant les effets admirables d'icelle il est permis de se reti­rer en lieu éloigné du monde et du bruit, c'est à dire du commun pour avec plus de loisir considérer les merveilleux et les plus secrets effets de la Nature.

L'on peut riche et gaillard cultiver 1'heritage
Délaissé par les siens, jouir de ses amours ;
On peut se marier pour croître son lignage
Et louer le Seigneur le reste de ses jours.

Annotation :

Bref celui qui a cette médecine et poudre physique a obtenu le remède contre toute nécessité et ce qui était impos­sible à ses yeux sans elle, lui le peut faire et réparer sans crainte d'incommoder : car en un moment il peut parfaire ce qui était imparfait et guérir ce qui est malade, le rendant sain et dispos ainsi qu'il s'ensuit :

Le ladre le goutteux et le paralytique
Peuvent sans faute ici trouver leur guérison
C'est ici la liqueur et la poudre physique
Qui rajeunit jadis le bon vieillard Aeson.

Annotation :

Le Philosophe fait exprès mention de la vertu de cette poudre en la guérison de ces trois accidents de la vie, ladre­rie, paralysie et goutte quoiqu'elle soit générale, mais cette particularité est citée pour donner à entendre que les dites trois maladies ne sont guérissables par voie et médecine vul­gaire, ainsi que dit notre Artephius, et pour conclusion je décrirai en bref la préparation et multiplication d'icelle, tou­tefois en sens rural afin d'ouvrir 1'esprit aux inquisiteurs.

FIN


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