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GALBACCIO (FORMEVILLE) Le Manoir de la Salamandre (1834)


La porte d'entrée du Manoir de la Salamandre 
(dessinée par Julien Champagne)


Nous sommes ici en présence du fameux «Manoir de la Salamandre» de Lisieux en Normandie, décrit par Fulcanelli dans le tome I de ses "Demeures Philosophales".

Construite à Lisieux, cette maison médiévale datant du XIVeme siècle selon certaines personnalités contemporaines, ou du XVIème siècle selon Fulcanelli, a été en partie copiée - pour ce qui concerne ses éléments symboliques de façade tout au moins, qui se retrouveront en 1912 sur... une autre copie, celle de la maison Plantefor de Lisieux, elle-même détruite en 1899. Toutes ces copies se trouvent actuellement à Etretat, au 4 du boulevard René Coty, sous le nom de "Manoir de la Salamandre". Le vrai manoir, quant à lui, également connu sous le nom de "Maison de François Ier", disparaît dans les bombardements alliés de juin 1944, après avoir été le siège du Musée du Vieux Lisieux.

Je présente ci-après la notice historique qu’en fit Galbaccio en 1834, agrémentée des lithographies de Challamel, ainsi qu’à leur suite, une série de photos contemporaines détaillant divers lieux de ce monument.

L.A.T.




*


Etudes d'une maison du XVI e. siècle à Lisieux
dessinées d'après nature et lithographiées par Jules-Robert Challamel
avec une notice historique par Bruno Galbaccio (Henri de Formeville)
 *
M.H. (Bruno Galbaccio)
Membre de l'Institut historique de France,
de la Société des Antiquaires de Normandie,
etc.
A Paris : chez Janet, rue St Jacques, 59
1834

En présentant la description de cette maison au public, on ne peut se dissimuler que ce sujet n'est pas de nature à intéresser un grand nombre de lecteurs, car combien peu s'en trouvera-t-il qui soient disposés à rechercher quelques impressions fugitives à travers d'informes débris ; à prendre intérêt à ce qu'ont fait les hommes des temps passés ; en un mot, à se sentir animés à l'aspect d'un objet d'art qui ne saisit la pensée par aucun souvenir ou événement important.
Beaumarchais, inquiet pour son Figaro, désirait qu'avant de lire sa pièce, on se plaçât dans une disposition d'esprit tout à fait analogue à son sujet. C'est-à-dire que l'on fut homme amusable et lecteur indulgent. Et pourtant, pourquoi cette défiance ? Figaro n'est-il pas assez spirituel, plaisant et original, pour être du goût de tout le monde ?
Aussi, l'on doit concevoir tout notre embarras, à nous qui n'avons à décrire qu'une simple maison de bois dont les sculptures, sans motif historique, n'ont rien qui puisse éveiller l'imagination ; qu'une maison dont l'unique mérite consiste dans la jolie ordonnance de ses parties et dans la bizarrerie ou la singularité de son architecture (voir la planche 1re). On le concevra surtout en voyant que l'artiste sans prétention qui l'a fait revivre, n'a pris pour cela ni palette ni pinceaux, mais un simple crayon, dirigé, il est vrai, avec le mérite peu commun d'une touche ferme, de l'exactitude la plus scrupuleuse dans les détails, et d'une parfaite intelligence de son modèle.
Lors donc qu'on se propose de visiter la maison de la rue aux Fèvres, il faut le faire avec quelque bon-vouloir, avec ce goût et cet esprit d'observation qui font rechercher jusque dans les restes des vieux monuments, quelque trace, non encore entièrement effacée, de l'histoire de l'art ou de la vie de l'homme, à certaines époques de la civilisation.
Si l'on vient en effet, avec un esprit froid et prédisposé à la prévention ou à la critique, se demander quel intérêt peut avoir une maison de trois siècles, couverte de toiles d'araignées (parure antique mais peu soignée), située dans une rue étroite, enfumée, tortueuse et montante, sans pourtant avoir l'inconvénient d'être de tous côtés au soleil exposée, parce qu'elle est au contraire obscure, humide et sale ; si l'on se plaît à remarquer combien cette rue bruyante, encore habitée par les descendants de ces honnêtes et utiles artisans qui lui ont donné son nom, et que nous appelons chaudronniers, ferblantiers, couteliers, et autres, est peu romantique et peu favorable aux méditations de certains hommes de goût... alors je le conçois, on s'exposera à être trompé de la même manière que le furent ceux qui visitèrent, sur les bords du Lignon, le village où l'ingénieux Durfé (auteur du roman de l'Astrée) avait placé ses heureux bergers.
Tous ces inconvénients seront, je n'en doute point, aussi vivement sentis par le jeune romantique à imagination rêveuse, que par l'homme habitué aux douceurs du monde, et qui poursuit avec anxiété les avantages matériels d'une vie réelle plus ou moins confortable.
Aucun de ces hommes, il est vrai, n'aura seulement pensé à regarder notre maison, et si on lui en parle quelquefois, il tournera dédaigneusement les talons : car telle est sa nature !
Mais l'artiste enthousiaste, quoique vrai, ne s'aperçoit point de tous ces inconvénients ni des embarras du présent : son regard scrutateur s'enfonce dans le passé, et ne soupçonnant même pas qu'une poutre vermoulue et à moitié détachée menace son innocente simplicité, il ne songe qu'à se saisir, à l'aide de la pensée, des ruines qui l'entourent, et à les faire revivre sur un fragile papier, avant le dernier coup que leur portera le temps ou la main de l'homme.
Il se plaira donc à remarquer, dans cette rue, les teintes bistrées, et le vernis du temps, que répandent, sur ces vieux bois, les premiers rayons du jour ; ou bien, quand fatigué de ses travaux de la journée, et prédisposé à d'autres impressions, à l'approche du soir, il cherchera à saisir les demi-teintes, et les clair-obscurs que le soleil couchant prodigue et y laisse tomber comme pour en former des vues d'optique, alors il se dira : Ici tout n'est donc pas encore perdu pour moi. Et, quant à ce ruisseau limpide qui descend rapidement la rue, n'est-il pas une de ces conquêtes utiles de ce moyen-âge, qui gratifia la ville d'une multitude de fontaines publiques en remplacement des eaux fangeuses que du temps de Philippe-Auguste les habitants se disputaient avec les Batraciens (1) ?
Avez-vous vu quelquefois ces jolis croquis de rues de nos dessinateurs modernes ? Eh bien, il en est plus d'un auquel pourrait ressembler notre rue aux Fèvres. Sans doute elle est toujours consacrée aux arts utiles, mais c'est en même temps la rue pittoresque telle qu'elle était au seizième siècle. Un froid alignement la menace ; et il repose comme un arrêt de mort dans le magnifique plan de la ville dont la municipalité conserve le dépôt ; aussi entend-on répéter de toutes parts qu'il faut sauver de l'oubli ces intéressants débris avant que leur décrépitude impuissante à les défendre, les ait laissés à la merci du niveau et de l'équerre du dix-neuvième siècle. Sachons gré à M. Challamel de n'avoir point été sourd à cette voix ; car nous y voyons encore d'antiques masures, qui datent pour ainsi dire de l'enfance de l'art ; mais si elle se pressent comme pour servir de rempart à notre maison seigneuriale, c'est peut-être pour peu de temps, pour des instants comptés ; non loin de là sont des constructions plus soignées, du quatorzième et du quinzième siècle, quelques restes de couvertures en tuiles vernissées de diverses couleurs, des entre-deux de colombages remplis de briques posées obliquement, vernissées sur la tranche extérieure, et liées avec du plâtre, des panonceaux de toute espèce et des ameublements dans le goût du temps. Là vivaient des hommes fort peu semblables à nous sous le rapport des mœurs et des usages, dans une petite ville flanquée de tours et entourée de murailles, tout à la fois épiscopale et militaire, sans luxe de civilisation, et uniquement composée de maisons de bois, parce que la pierre, d'ailleurs fort rare, était réservée pour les églises. Décrire ces maisons pour y retrouver les traces de la vie domestique de nos ancêtres, et de leur état de civilisation, ce ne serait pas une tâche indigne de l'historien, mais elle ne peut qu'être indiquée dans une notice.
Prenons donc telle qu'elle est, et sans réflexions, cette maison de la rue aux Fèvres, si riche, si précieuse et si admirée alors ; si chargée encore aujourd'hui d'intéressants détails, avec une partie de ses portes et de ses fenêtres en ogive, ses vitraux peints, et ses panonceaux ouvragés (voir la planche 6), monument de sa juridiction seigneuriale. Les bois les plus communs alors dans la contrée, le châtaignier et le chêne blanc, ont été employés à sa construction. Cave et cellier souterrain, vaste chambre ménagère, destinée à tous les usages du ménage et de la famille, avec cheminée en pierre de taille large de 8 pieds, haute de 6, et dont le manteau en arcade surbaissée s'appuie de chaque côté sur une colonne à chapiteau, sans oublier le petit escalier de bois, étroit, à paliers, et à montée droite, placé dans un des angles intérieurs de la maison : tel est l'ensemble de l'habitation.
A l'aide des dessins ci-joints, le système de construction est facile à saisir. Le rez-de-chaussée fait retrait d'environ 2 pieds sous le premier étage, et le dessous de cette saillie est orné de têtes sculptées, encadrées dans des médaillons et dans divers ornements. Le pan de muraille s'élève ensuite à plomb jusqu'au toit. Toutes les pièces de bois qui composent cette façade, aussi bien que celle du côté de la cour, sont sculptées de figures et d'ornements en relief, depuis les portes d'entrées, que décorent un chien et un pourceau (voir la planche 7) debout, faisant un duo d'instruments à vent, jusqu'à la dernière poutre du grenier.
A gauche de la porte de l'escalier, au rez-de-chaussée (voir la planche 2) un guerrier est debout portant un écusson armorié sur la poitrine et une couronne seigneuriale sur la tête... Dans l'ogive de cette porte, deux singes couchés pressent leurs figures contre un autre qu'elles embrassent. Au milieu de cette partie de l'édifice, un singe cueille des fruits à un oranger ; à l'autre extrémité, un guerrier est à cheval sur un griffon.
Au premier étage (voir la planche 3), trois figures principales se présentent dans diverses attitudes ; et au deuxième (voir la planche 4), trois personnages occupant des places correspondantes à celles-ci jouent de divers instruments.
Indépendamment de ces figures principales, on remarque encore des extrémités de poutres sculptées en mascarons plus ou moins hideux, grimaçant progressivement le sourire, des chimères avalant des poutres (voir la planche 9) en les serrant entre leurs dents ; des salamandres (2) descendant de tous côtés, des colombages taillés en petites colonnes terminées en pointe, et chargées de têtes, d'écussons, et de petits ornements disposés avec esprit.
Dans l'intérieur, quelques boiseries servant de refent, sont formées depuis le haut jusqu'à hauteur d'appui, par la réunion de médaillons semblables à ceux de la planche 5 (voir la planche 5), et partout les poutres sont ornées de figures, d'animaux fantastiques, d'oiseaux, de têtes supportées par des ailes, des chimères, et de divers dessins en damier, en cannelures, etc...
Mais ce qui prouve jusqu'à quel point le goût de la sculpture avait été porté dans cette maison, c'est que les contrevents eux-mêmes (voir la planche 8) et les volets intérieurs étaient sculptés des deux côtés en forme de médaillon, portant dans leurs encadrements des têtes d'hommes et de femmes, plus ou moins gracieuses ou grotesques, et que de semblables médaillons étaient incrustés dans les boiseries au-dessus des portes d'armoires ou de cabinets (voir la planche 6) dans la majeure partie des appartements, ce qui, avec les refends dont nous venons de parler, aurait pu être pris pour une vraie collection de grotesque ou de portraits de famille. Quant aux ferrures, elles n'y avaient point été négligées, et les jolis verrous que l'on a retrouvés, en font foi. La petite-maîtresse de notre temps n'en a pas de plus élégants pour s'enfermer dans son boudoir quand elle veut y être seule, ou bien le soir dans sa chambre à coucher. La coulisse, fort longue, en est finement découpée à jour, et une tête de femme, du plus gracieux modèle, en forme le bouton.
Sans doute aussi les demi-jours ne manquaient point aux beautés de ce siècle, à travers les vitraux peints de leurs croisées, et au moyen des volets que l'on pouvait entre ouvrir à son gré.
Mais les guichets de ces croisées s'ouvrant perpendiculairement de bas en haut dans des coulisses où souvent ils étaient mal arrêtés, ne devaient pas être sans inconvénient pour les regardants, témoin ce que raconte à cet égard un écrivain original, dans la vie de Tristram Schandy. Il paraît que cet usage était également établi, et qu'il se perpétua jusque dans le dix-huitième siècle en Angleterre (3)
Était-ce par principe de discrétion, ou pour les usages ordinaires de la vie, que les portes et quelques croisées du rez-de-chaussée s'ouvraient en divers compartiments, l'un dans l'autre, depuis le grand battant principal, jusqu'au petit guichet protégé en dehors par une espèce de grille de parloir ? Je le laisse à expliquer, ainsi que beaucoup d'autres choses, à ceux qui se sont occupés de la recherche des habitudes domestiques du moyen-âge.
Maintenant nous ne doutons pas que les Lexoviens ne voulussent bien revendiquer, comme appartenant à leur ville, les hommes de talent, qui, souvent avec esprit, et toujours avec abus de leur facilité originale, ont construit cette maison très remarquable, le manoir tout semblable qui y est attenant, et quelques cariatides de portes, ou autres parties de maisons qui se font remarquer dans cette petite ville. Mais il est difficile de croire que des ouvriers du pays aient exécuté, sans autres maîtres, ces précieux ouvrages ; surtout quand on fait la comparaison de toutes les autres maisons de la même époque sur lesquelles on ne retrouve plus le même luxe de sculpture, mais seulement des chimères avalant des poutres et quelques colombages couverts de simples ornements.
Qui ne sait d'ailleurs que, durant toute la période du moyen-âge, la propagande religieuse se répandit dans toute l'Europe avec ses monuments pour en perpétuer le souvenir. Déjà des ouvriers bâtisseurs de ponts avaient marché en troupes à la solde des papes, qui pour cela, dit-on, furent appelés souverains pontifes. D'autres populations d'ouvriers nomades se répandaient partout sous le nom de francs-maçons, bâtissant des églises ; et l'on dit même que c'est de là qu'a pris naissance cette franc-maçonnerie intellectuelle qui, pour affermir dans le cœur de l'homme l'idée religieuse déjà immobilisée par ces monuments visibles, s'occupa de reconstruire le temple du grand Hiram, temple qui n'était autre alors que celui de la morale et de la vertu.
Qui ne sait encore que, durant la première moitié du seizième siècle, des élèves des grands maîtres italiens, peut-être de Michel-Ange lui-même, excités par les encouragements que le luxe de François Ier donnait aux arts, vinrent en France et pénétrèrent jusqu'à Caen, où ils construisirent divers monuments, bâtirent et sculptèrent avec la perfection de l'art, en l'année 1538, l'hôtel du seigneur d'Escoville qui fut converti dans le dix-huitième siècle en hôtel de ville, et qui sert actuellement de bourse de commerce.
Ne pense-t-on pas également que les ouvriers, occupés aux grandes constructions du seizième siècle à Rouen, ont été employés à y bâtir des maisons particulières, ainsi que dans les villes voisines. La similitude de style dans les divers ouvrages de ce temps est tellement indicative de la même main des architectes, que l'on reconnaît parfaitement dans plusieurs maisons de Rouen le goût de décoration des artistes flamands qui y vinrent à la fin du seizième siècle, ou au commencement du dix-septième.
Tout porte donc à croire que l'architecture de transition de la maison de Lisieux, du quinzième siècle au beau temps de la Renaissance, est l'ouvrage de quelques-uns des sculpteurs ambulants du genre de ceux dont nous venons de parler.
On pourrait peut-être en dire autant des deux maisons de la rue Saint-Pierre à Caen. Quoique dépourvues de l'originalité de dessin de celle de Lisieux, elles paraissent néanmoins appartenir à la même époque. La présence de la salamandre empêche de les reporter aux deux siècles antérieurs.
Déjà sans doute on s'est demandé si les deux maisons de Lisieux, connues sous le nom de manoir du Grand-Turc et de manoir Fresnel, n'ont point été habitées originairement par quelques puissants seigneurs et leurs belles châtelaines ; et si dans ce temps de féodale mémoire les habitants du voisinage ne se sont pas plus d'une fois empressés sur leurs pas lorsqu'elles sortaient accompagnées de leurs camaristes, et précédées de leurs lévriers. Quelques traditions ne disent-elles pas encore les hommages dont elles étaient entourées quand elles mettaient le pied sur ces pierres montoires, que l'on voyait encore naguère à la porte de leurs manoirs ; et lorsque, portées par leurs élégants palefrois, elles allaient au-devant de leurs maris dont la renommée leur avait appris les exploits, lorsqu'à la tête des légionnaires de Lisieux, ils avaient combattu sous les yeux de François Ier en Italie ? (4) Ce sont des conjectures auxquelles il sera peut-être un jour plus aisé de répondre ; mais jusque là, les temps passés conserveront seuls le secret des noms des braves Lexoviens qui prirent alors une part si brillante à la gloire de nos armes, et qui peut-être furent témoins de la déconvenue, et pourtant de la vaillance surhumaine de leur roi-chevalier à Pavie.
Mais laissons cette lacune de l'histoire : elle n'est pas plus aisée à combler que beaucoup d'autres plus importantes.
On nous parle de vieux parchemins poudreux où se trouve, dit-on, l'histoire des onze barons de la fondation de la cathédrale de Lisieux à la fin du onzième siècle. Il paraît que par ces vieux pécheurs furent établis onze prébendes ou bénéfices, dont les revenus furent affectés à perpétuité à autant de chanoines, ainsi gagés, pour prendre le soin de louer Dieu : et il paraît encore qu'indépendamment de ces prébendes, il en fut créé depuis plusieurs autres, au nombre desquelles était celle de Fains, au village de ce nom, maintenant appelé le Chien, à peu de distance de l'un des faubourgs de Lisieux (5).
Or, de cette prébende de Fains dépendait le manoir du Grand-Turc, dans lequel le chanoine, seigneur dudit lieu, faisait habituellement sa résidence de ville lorsqu'il était de service à la cathédrale. Or, au nombre de ses droits seigneuriaux et de haute justice, se trouvait un privilège assez peu canonique, appelé dans le langage honnête droit de regard de mariage, et vulgairement droit de jambage, ou autre... Or l'appartement destiné à l'exercice de cette prérogative d'un assez haut intérêt pour le temps, était spécifié dans les titres par ses tenants et aboutissants (et cet appartement existe encore aujourd'hui au village du Chien, mais sans doute avec un us et coutumes plus légitimes) ; et lorsque, vénérable et discrète personne, maître le chanoine venait honorer les habitants de sa visite, et se procurer tout simplement les douceurs de la vie champêtre, il avait droit au meilleur cheval de l'écurie, et au meilleur lit de la maison !... car ainsi le voulait le titre primitif, ainsi le disent encore les titres qui l'ont suivi...
Que nous est-il permis de conclure de ce rapprochement historique ? Non pas sans doute, que la maison de Lisieux ait jamais servi à ce droit corrupteur de la morale publique ; ni que les habitants du village de Fains aient le moindre désaveu à passer au sujet de leur filiation ; ni qu'aucun chanoine de Lisieux ait pu songer une seule fois à réclamer son droit, soit avec les procédés voulus en pareille circonstance, soit en justice, ainsi que les annales rapportent que certains de cette qualité l'ont fait parfois au temps passé, en invoquant leur ancienne possession (6) tout cela ne nous regarde pas, mais nous pouvons en conclure que le manoir du Grand-Turc a été assez anciennement une maison canoniale ; et que les portes grillées qu'on y voit encore, protestent en faveur de la régularité de ceux qui ont été les derniers possesseurs.
Toujours est-il, que ce manoir ayant fait partie du domaine des évêques de Lisieux, ceux-ci recevaient depuis long-temps les aveux de foi et hommage, qui en étaient une redevance, lorsque les lois de la révolution vinrent mettre fin à l'acquit de ces devoirs de vassalité en détruisant le régime féodal.

Notes :
(1) Voir le passage du poème de la Philippide de Guillaume-le-Breton, où il est question de la prise de Lisieux par Philippe-Auguste, en 1203.
(2) On sait que la Salamandre était la devise de François Ier, et que la première médaille de cette devise fut frappée en 1504 avec ces mots : Nutrisco et extinguo.
(3) Le lecteur curieux d'anecdotes pourra consulter, dans Sterne, les chapitres de la Tristapédie sur les fenêtres à coulisse, avec diatribe mordante sur la négligence des femmes de chambre. Pauvre Tristram ! à quoi a tenu l'espoir de ta postérité !...
(4) On sait que les légionnaires de Lisieux, ainsi qu'un comte de Montgomery, originaire de ce diocèse, se distinguèrent par de hauts faits à la suite de François Ier, lorsqu'en 1536 ce prince porta ses armes en Italie.
(5) La Prébende de Fains fut originairement créée pour un chanoine.
(6) Afin d'ôter tout prétexte à la malignité, nous nous empressons de rappeler au lecteur qu'il existait autrefois des bénéfices séculiers ; et que, pour devenir chanoine, il n'était pas nécessaire d'être prêtre.



PLANCHES DE CHALLAMEL

PL. 1Façadeplanche 1 - 69 ko
PL. 2Rez-de-chausséePlanche 2 - 89 ko
PL. 31er étagePlanche 3 - 114 ko
PL. 42me étage, grenier et comblePlanche 4 - 101 ko
PL. 5Boiserie d'intérieur, poutrePlanche 5 - 109 ko
PL. 6Pannonceaux médaillons placés au-dessus d'une portePlanche 6 - 149 ko
PL. 7Chambranle d'une porte dans l'alléePlanche 7 - 101 ko
PL. 8Contre-ventPlanche 8 - 103 ko
PL. 9Poutres dans l'escalierPlanche 9 - 105 ko


PHOTOS 






















4, Boulevard René Coty - 76790 Etretat