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VALOIS La Clef du Secret des Secrets




LES CINQ LIVRES 

OU 

LA CLEF DU SECRET DES SECRETS


Nicolas Le Valois d'Escoville



LIVRE PREMIER

THEORIQUE

Les premiers ElémentsB. 
Vapeurs d’iceux, qui se condensent en Eau pondéreuse : E. 
Vapeur : C. 
Mercure coulant : D. ou Eau. 
Chaos Calcaduc : E. 
Mercure philosophique : F. 
Soufre sec : G. 
Métaux : H.

Les premiers Principes sont deux, à savoir D. et H., desquels par sublimation philosophique est engendré F., c’est à dire que le Mercure philosophique est disposition moyenne, ayant puissance de convertir l’Eau en Vapeur. Or tout se trouve aux Eléments premiers, car iceux Eléments se réduisent en Vapeur, ou Eau pondéreuse, de laquelle on doit extraire Mercure au lieu d’Eau vive, et ledit Mercure descendu dudit Métal en Elément premier, est changé par transmutation de forme en Soufre sec ; mais premièrement les Eléments premiers descendus en Vapeur d’iceux Eléments. Le Calcaduc blanc ou rouge comme l’entier acheminement à la dernière fin de tout l’œuvre, entend qu’est considéré le ferment et dernière injonction de Nature.

Explication brève selon le sens commun et vulgaire.

Dieu est Eternel et tout puissant, qui a engendré son Fils, desquels procède le Saint Esprit, un seul Dieu en Trinité, qui a fait le Ciel et la Terre, et tout ce qui y habite. Il a aussi fait le Soleil, la Lune et les Etoiles, lesquelles jettent leurs influences dans le ventre du vent, comme dans le premier vaisseau de nature, c’est cette triple semence qui se convertit en la substance de toutes les choses qui sont au Monde, c’est-à-dire à chaque règne séparément, sans qu’aucun puisse aller de l’un à l’autre, mais multiplient en eux par leur propre vertu leur semblable, sans rétrogradation d’iceux, que par la réduction en leur première Matière universelle, qui est le Limbe et le Chaos de la Nature. 

Au nom de Dieu tout puissant, sachez, mon fils bien aimé, l’intention de Nature par les Enseignements ci après déclarés. Quand aux derniers jours de ma vie, mon Corps prêt d’abandonner mon Ame, ne faisait plus qu’attendre l’heure du Seigneur et du dernier soupir, désir me prit de te laisser comme un Testament et dernière volonté, ces Paroles, par lesquelles te sera enseigné plusieurs belles choses touchant la très digne Transmutation métallique, c’est à dire Pierre des Philosophes, aujourd’hui tant vilipendée du vulgaire ignorant, et tant cachée par les Sages, qu’à peine ceux qui sont au vrai chemin peuvent le croire, jusqu’à ce qu’ils aient vu par expérience la vérité de la chose. 
C’est pourquoi je t’ai fait enseigner les principes de la Philosophie naturelle, afin de te rendre plus capable de cette sainte Science ; mais d’autant que je te laisse dans un âge où la discrétion n’est pas encore en toi, telle que je l’y aurais pu imprimer si le bon Dieu m’avait laissé vivre davantage, je ne parle qu’avec crainte et peine que j’ai, que ton cœur, ainsi qu’aux Rois de Juda, ne dévie des qualités de son Père, ainsi que prévoyait Salomon, père des Sciences, que les richesses ne corrompent le cœur bénin, que ta naissance et mon exemple avoient commencé d’imprimer en ton cœur ; le plus souvent les enfants des Pères pervers sont enclins à bien ; mais aussi des Anges peuvent enfanter des Démons, tant les inclinations diffèrent de celles de leurs Pères. 
Or pour éviter ce malheur, qui troublerait le repos de mon âme, autant de fois que tu abuserais de ce divin secret, pour l’employer à choses impures et mauvaises, je veux que tu saches, comme le bon Dieu me le donna, par mes prières et bonnes intentions, que j’avais d’en bien user. Et comme par Elle j’ai acquis tous les biens que je laisse entre tes mains et de tes frères, lesquels périront dès lors que les possesseurs d’iceux se corrompront en leurs mœurs ; car c’est un secret réservé du bon Dieu pour ses Elus qui font ses divins commandements ; lesquels sont par lui choisis selon la pureté de leur cœur. 
Car il sait pénétrer le secret de nos Consciences et prévoit les débordements qu’apportent ordinairement les autorités et richesses des hommes mondains, aussi ne la donne-t-il qu’à ceux qui sont dignes d’un si grand Trésor ; c’est à savoir aux humbles de cœur, patients et charitables. Ainsi ces Vertus te conduiront à ce haut secret, pourvu que tu saches les Principes métalliques et les opérations de Nature ; car par icelle Nature tu seras illuminé, pourvu que tu sois en grâce. Mais j’omettrai encore quelque chose à dire, qui sera la vérité de la Pratique, laquelle tu trouveras assez dans les anciens auteurs, pourvu que tu saches découvrir leurs intentions, qui sont cachées sous une confusion de vaines paroles, et te faut comme en un Jeu de cartes mêlé, savoir ranger chaque chose selon sa valeur. Je te  conduirai  à  cette  connaissance  mieux qu’homme du monde saurait faire, quant à la Théorie et connaissance des premiers Principes qui sont les clefs de la Maison de Nature, dans laquelle tu dois travailler. Mais quant à la Pratique, ne t’arrête pas à moi, que tu n’aies recouru aux auteurs, qui disent choses bonnes et mauvaises : mais voici le Secret. 
Sache que tous parlent d’une même façon en deux façons, dont l’une est vraie et l’autre est fausse ; la vraie est telle qu’elle ne peut être entendue que des Illuminés seulement, qui marchent droitement et selon nature, laquelle est pourtant couverte de comparaisons et exemples, sous noms et équivoques, qui n’appartiennent point à la Science, mais sont significatives d’icelle, car en icelle n’est besoin que d’une seule chose, et d’un seul moyen d’opérer, par une voie simple et naturelle, sans se perdre dans la pluralité des choses contraires à notre unique levain. 
La fausse est cette confusion de régimes et drogues méchantes, car encore que le tout soit significatif de quelque chose qui appartienne à la Science ; toutefois il n’y faut point avoir d’égard quant à la qualité, parce que Nature est simple et qu’elle n’opère que simplement. 
Commençons toutes choses par un premier Principe, qui est dit général, et finissant par l’espèce que la Nature désire produire, et non pas qu’elle usurpe de l’un pour le mettre à l’autre, parce qu’elle est impuissante de toute nouvelle génération, sinon que chaque chose après son temps retombe dans son premier Limbe. Voilà la première Clef de Nature ; car si tu sais bien observer ce précepte, tu éviteras ce précipice d’erreurs, auquel chacun se plonge avant que d’arriver à la vraie connaissance. 
Il faut être homme très simple ; mais aussi il faut être constant après que l’on a ce rayon de lumière, car autant que l’obstination d’une opinion erronée est nuisible, la Persévérance dans la vraie est profitable, dont je te donnerai cet Exemple suivant. 
Quand premièrement je me laissai malheureusement séduire aux méchants et trompeurs Alchimistes qui par leurs damnables pratiques détruisent et consomment les hommes de corps et de biens, nous étions seulement Trois errants par le Monde avec toutes les incommodités possibles, qui assujettis à toutes nouvelles opinions, avons eu toutes les peines qui se peuvent imaginer, tantôt sous la domination des Grands, et quelques fois esclaves des plus petits, pour essayer de parvenir à quelque nouvelle connaissance. Mais après tant de Matières par nous éprouvées, et tant de sophistications qui ne nous donnèrent enfin que le regret de notre temps et de nos biens, jusqu’à nous voir par notre pauvreté le sujet de toute moquerie ; comme désespérés, nous nous retirâmes de ces erreurs, épluchant curieusement entre nous les signes plus démonstratifs des intentions des Philosophes. Nous vîmes bientôt notre aveuglement et reconnaissant nos erreurs passées, qui nous causèrent un nouveau regret de tant de personnes que nous savions qui se consument dans ces recherches vaines et ruineuses, comme nous. Car véritablement ceci peut être dit un labeur sans frais ; et les Sophistes méchants vident la bourse auparavant que leurs divers vaisseaux puissent être accommodés et leurs fours dressés. 
Ainsi ayant revu diligemment les bons Livres, comme Arnaud, Raymond Lulle et le Code de toute Vérité, nous fîmes une résolution, sur laquelle nous sommes par la grâce de Dieu arrivés à notre fin, après tant de travaux passés à ce grand Secret. Mais un de nous, tellement porté aux particuliers sophistiques pour voir tous les jours nouvelles choses, qui lui éblouissaient les yeux, ne les voulut quitter. Or j’avais bien 45 ans quand cela arriva en l’an 1420, et au bout de 20 mois l0 nous vîmes ce grand Roy assis en son Trône royal, faisant au premier projection sur le blanc, puis sur le rouge. 
Ce que tu feras comme moi si tu veux prendre peine et être tel qu’il faut être, et surtout craignant Dieu, et ne faut point tant de dépense, de temps, ni de frais ; car contant le temps que j’étais en chemin, que je laisse par écrit, jusqu’à la perfection de l’Œuvre. Il ne faut que 18 mois, auquel temps ledit Œuvre fut accompli, encore qu’il fût failli une fois. C’est le moins, et pour cela il faut être deux, afin que si l’un manque, l’autre supplée à son défaut, tant au travail qu’au conseil. Ce que tu dois bien remarquer pour t’assurer d’un fidèle Compagnon, doué des mêmes Vertus que je t’ai recommandées, lequel ne t’abandonne jamais, lui confiant tout comme à un autre toi-même ; et sans être opiniâtre suis quelque fois son conseil comme il fera le tien, n’épousant aucune opinion particulière que par un mutuel consentement des deux, et où le sens fera défaut en votre connaissance, à qui recourir ? 
A, la Tourbe, ou au Codicile de Lulle et à son Testament, auquel tout est enseigné depuis le commencement jusqu’à la fin. Mais quelque fois énigmatiquement, le grand Rosaire, la fleur des fleurs, l’Elucidation du Testament, l’Appertoire et autres, où la Science est complète, déguisant les deux matières toutefois et les cachant aux peu entendus. Mais je te les donnerai en vue, si Dieu t’en fait la grâce. Tu trouveras aussi un petit Traité composé par l’un de nous, si tu veux prendre peine de le chercher, dans lequel tu trouveras partie de ce que j’omets, mais un peu obscurément, si tu n’as cette vive lumière, et la connaissance des deux matières. Car en l’Œuvre, il n’entre rien autre chose, qui n’est qu’une même chose, mais en voici un Exemple. Devant une ville assiégée, il n’y a qu’un seul homme, comme une Eau divisée en plusieurs gouttes ne sont qu’une Eau, lesquelles rejointes ne font qu’un Corps ; ainsi ces hommes sont bien séparés, pour incommoder la ville ; mais quand la brèche est faite, tous dans un Corps donnent à l’assaut, chacun tendant au pillage. Ainsi est-il dans l’Ouvrage.


PREMIÈRE PRATIQUE Selon les Philosophes

Il est une Pierre de grande vertu, et est dite Pierre et n’est pas Pierre, et est Minérale, Végétale, et Animale, qui est trouvée en tous lieux et en tous temps, et chez toutes personnes, laquelle il faut putréfier au fumier neuf jours, puis en distiller les Eléments ; de laquelle naîtra un sperme multiplicatif de toux Métaux, c’est à dire une semence minérale qui se perpétuant de soi-même, atteindra la perfection d’une génération infinie. 

Prends 8 onces de ce que les Philosophes te commandent, que tu broieras sur le marbre, puis l’imbiberas avec 12 onces d’huile commune des Philosophes, tant qu’elle soit comme pâte, laquelle tu mettras sur le feu et la dissoudras. Et quand tu verras l’écume rouge monter, ôte-la du feu, puis la remets sur le feu, et tant réitère que tout soit fait épois comme Cire fondue. De laquelle il faut extraire ton Lait virginal par voie de philosophie; puis sépareras les Eléments et les conjoindras ensemble, projetant sur l’Argent vif, tu le remettras en autant de fine Lime ; puis continuant ton Magistère sera aussi fait Pierre rouge qui aura même Vertu sur le rouge que sur le blanc. 
Mais garde-toi de l’obscurité d’aucuns, lesquels trompent plus qu’ils n’enseignent, principalement aux préparations te commandant d’user de ce dont Nature ne sait rien, et t’enseignent matières non requises à notre Œuvre ; mais ils parlent aux entendus, et non aux ignorants ; car sous ces énigmes tout est compris ; mais il faut rassembler le bon grain du mauvais, et ne te décourage si tu entends parler de cette sorte.


SECONDE PRATIQUE

Prenez deux parties de Saturne, s’il est besoin, au Soleil ou à la Lune de Jupiter, et trois parties de Mercure pour faire amalgame, qui devient Pierre frangible, laquelle broieras plusieurs fois sur le marbre, et imbibée de vinaigre très aigre et Eau de sel commun bien préparé, imbibant et séchant souvent jusqu’à ce qu’il contienne en soi une très grande substance des Cieux. Alors imbibe derechef cette Eau d’Alun, jusqu’à ce qu’elle soit pâte mole, et la mets dissoudre, puis la congèle, et tu auras une poudre qui convertira Jupiter en Lune. 

Mais pour le Soleil, prends Vitriol de pierre et calciné rouge, et le dissous en l’urine des enfants, et distille tout, et le faits tant de fois jusqu’à ce que l’Eau soit bien rouge. Alors conjoints cette Eau avec la susdite Eau, avant qu’il soit congelé et mets ces deux Eaux sur le fumier par quelques jours, afin qu’il soit mieux incorporé. Et distille ensemble ces Eaux et congèle tout, tu auras une pierre rouge comme une Hyacinthe, de laquelle tu projetteras une partie sur sept de Mercure ou Saturne purgé, et sera Soleil rouge. Lulle et autres enseignent tout ce qui est requis au surplus ; mais comme j’ai dit sous Figures et Allégories, car saches que toutes les matières par eux déclarées, ne sont pas les matières en leur Essence, mais figuratives des effets que produisent ces deux et uniques matières en l’Œuvre des Philosophes.


DU PREMIER AGENT OU PRINCIPE

La Pierre des Philosophes n’est rien que l’Or très parfait, c’est à dire amené à tel degré de perfection qu’il puisse parfaire tous les Corps imparfaits. L’or est donc cette Pierre, mais non le vulgaire, car il est mort, et le nôtre est vif. C’est celui là qu’il faut prendre, mais sache quel est cet Or vif. Quand les fruits sont mûrs ils apportent semence, par laquelle ils peuvent être multipliés jusqu’à l’infini ; ainsi l’Or est un fruit qui n’a jamais acquis cette maturité dans les minières, et par conséquent est dit mort ; car sa semence est la chose qui le peut faire vivre et végéter comme les deux autres règnes. Mais nous lui pouvons imaginer cette semence, laquelle est déjà en lui potentiellement, car il est créé pour multiplier, ainsi que ses deux autres frères, autrement, il pourrait être dit l’impuissant de la Nature. Il a vraiment cette semence imaginée, que Nature a tâché par tous moyens de lui faire mettre à effet ; mais ses forces n’ont pas été assez grandes et demandent le secours de l’Artiste. C’est pourquoi il est dit : Aide moi et je t’aiderai. Tiens donc pour très certain que l’Or est le commencement de notre grand Œuvre. Mais non pas en l’état qu’il est, parce qu’il est dur, solide et très uni en toutes ses parties ; mais il le faut rompre, puis après faire opérer Nature. Aussi est dit, qu’il faut le réduire en sa première matière, qui n’est autre chose que Vif argent, duquel ledit Or a été premièrement créé et engendré ; mais d’autant que pour le réduire à cette première matière, il est nécessaire d’un aide et d’une chose liquide, ainsi que le Safran jette sa teinture. Car quelle chose peut rendre liquide un Corps qui de soi est dur et sec, si ce n’est une matière liquide, comme on voit que la fange est faite d’Eau et de Terre. Il faut donc une Eau tiède dans laquelle ledit Corps se convertira, et au lieu qu’il est épois, il se tiendra boueux et fangeux. Et cela se fait pour deux raisons, la première pour nettoyer ledit Corps, et le purger d’aucune impureté qui par nature sont demeurées en lui, et ne peut être nettoyé, qu’en lui étant sa dureté, d’autant qu’en l’état où il est, ni même quand il est fondu, rien n’en peut être séparé, à cause qu’il est si bien uni, qu’une partie suit toujours l’autre. Mais lorsqu’il est ainsi amolli par la solution de la chose qu’il désire, les évacuations se font d’elles-mêmes, et les impuretés se séparent des choses pures. 

Les Philosophes ont du tout celé cette réduction, n’en parlant que de façon voilée, comme dire, convertir les Eléments l’un dans l’autre ; ce que les ignorants expliquent par un mauvais sens, entendant les séparer. Cette séparation donc, est conversion d’iceux, qui est dite Sublimation, Calcination et Dissolution, et tels noms ne leur sont donnés que pour mettre les ignorants en chemin d’erreur. 
Le Corps donc premier agent des Philosophes est l’Or, qu’il faut passer par les Ciments, et c’est pour le nettoyer des mélanges qui pourraient être enclos en son Corps, puis le mettre en tables menues ou en poudre subtile, qu’il faut disjoindre dans une Eau, et redissoudre tant de fois que tout le Corps soit dissout, en sorte qu’il n’y ait et qu’il n’y paroisse rien qu’Eau, et tout cela se fera dans plusieurs Eaux, qui ne sont toutefois qu’une même Eau. Puis le tout étant dissout, il faut en faire passer les Eaux, et tirer l’Ame dudit Corps de dedans icelles Eaux, puis après l’huile ou baume, qui seront après rejointes avec le Corps imparfait. 
Tout ce travail n’est qu’imiter la Nature, en ses dépurations, distillations et congélations philosophiques. Ainsi est-il dit, regarde comme Nature travaille, et l’imite au plus près qu’il te sera possible. Car tu n’as besoin que d’amollir ce Corps sur lequel tu travailles, puisque je te dis assurément qu’il est ledit Corps, avec de l’Eau que je t’enseignerai ; mais tiens ce secret caché et ne le révèle à personne.


DE L'ESPRIT EAU OU SECOND PRINCIPE

Plusieurs ont estimé que l’Eau, premier Principe des Philosophes, était la simple Eau élémentaire, ou de pluie, ou de mer, d’autres la rosée du Ciel ; d’autres l’ont cherchée dans les simples, herbes et animaux, et telles choses hétérogènes, interprétant à tort le dire des Philosophes, et s’attachant à leurs paroles au lieu de prendre leurs intentions. Comme quand ils ont parlé d’Eau de Vie, de Vin rouge et blanc, de vinaigre, huile de tartre et telles semblables choses, ainsi que l’Eau de notre mer. Car il faut que tu saches qu’ils parlent en plusieurs façons, comme quand ils disent : Prends l’eau de notre mer ; en un autre lieu disent : Mercure, ou notre Vif argent, parce que ce mot de Notre emporte un autre sens ; car s’ils disaient Eau de mer, on pourrait être déçu en cet endroit, mais l’Eau de notre mer, qui est la mer des Philosophes, est une autre chose. Ils entendent par leur mer, la généralité de ladite Eau, parce qu’elle est par tout, en tout lieu. Elle est dans le Ciel, puisque le Ciel l’engendre, dans l’Air, puisque ce n’est qu’Air, et dans la Terre pour y produire toutes choses. Secondement ils nomment leur Mer l’Œuvre entier, et dès que le Corps est réduit en Eau, de laquelle il fut premièrement composé, cette Eau est dite Eau de Mer, parce que c’est vraiment une mer, dans laquelle plusieurs Sages Nautonniers ont fait naufrage, n’ayant pas cet Astre pour guide, qui ne manquera jamais à ceux qui l’ont une fois connu. C’est cette Etoile qui conduisait les Sages à l’enfantement du Fils de Dieu, et cette même qui nous fait voir la naissance de ce jeune Roy. 

Il y a encore une autre Eau de notre Mer qui est celle Eau dont parle Augurel en ces mots : L’Eau que j’entends est extérieurement d’une poudre à l’espèce proprement, qui est le grand Elixir, lequel en poudre impalpable blanche ou rouge, fait des merveilles sur toutes sortes de Corps imparfaits et malades, laquelle n’est que la première Eau, mais sublimée sept fois et quelquefois dix. Ceux aussi qui la nomment Eau de Vie, Vin rouge, Vinaigre, et le reste, disent vrai : car c’est une Eau vivifiante qui fait croître et végéter toutes choses. C’est un Vinaigre puissant et fort ; et pour le dire en un mot, c’est une Eau forte qui a puissance, sans aucune aide que d’elle-même, de convertir touts les Corps en leur première matière : car c’est elle qui tue tout. Elle est dans les matrices des Mères pour y procréer des Enfants. Elle est aussi dans les Tombeaux pour les consommer et rendre à leur premier néant. Et combien que quelques-uns uns aient défendu les Eaux fortes, desquelles les affronteurs et charlatans se servent pour corrompre et briser les Corps des Métaux, ils entendent ces Eaux fortes, faites de plusieurs compositions et choses contraires à la substance et à la qualité de notre seul et unique sujet ; car notre Eau se tire d’une seule et unique chose, qui contient en elle toutes les choses du monde, et dans icelle s’il y avait quelque chose d’étranger, elle ne pourrait jamais venir à son effet, que ladite chose n’en fût séparée. 
C’est pourquoi il nous la faut préparer avant toutes choses, ainsi que le Corps, de peur que quelque mélange et chose contraire ne s’oppose à la conjonction des deux. C’est donc une Eau forte, car si elle n’avait une grande et admirable force, comment pourrait-elle rendre le Corps parfait en sa première matière. L’Esprit de sel commun dissout bien l’Or, mais il ne se mêle pas avec lui inséparablement. Mais notre Sel le dissout d’une dissolution admirable, et telle qu’il n’y a aucune différence entre l’Or et l’Eau, et est faite une même chose. 
Or ce qui en est cause, je te le dirai. L’Or en son premier commencement fut fait de Terre et d’Eau qui sont entendus Soufre et Mercure, lesquels étant assemblés l’un avec l’autre par le mélange de l’ingénieuse Nature, furent par longueur de temps cuits et endurcis dans la Montagne où les-dites matières se rencontrèrent. Mais en icelle cuisson la Terre se sépara peu à peu, à mesure que la disposition et la digestion s’avançait, après toutefois qu’elles ont commencé la corporification et congélation dudit Corps, et c’est ce qui le rend d’autant plus parfait que les autres Métaux, qu’en iceux le Soufre y est demeuré, et n’ont pas été purgés comme l’Or ; à cause ou de la Matrice qui n’avait pas un feu assez puissant, ou de l’impureté du Soufre, qui n’a pu être disposé à cette séparation. Ainsi ce n’est qu’Eau épaissie dans les minières, par certain degré de digestion et décoction ; et était la même Eau qu’il lui fallait donner à boire pour l’enfler et pourrir, comme un grain de froment. 
Mais quoi que Nature l’ait digéré et cuit tant que sa chaleur a été grande, sachez pourtant qu’il n’est point encore tant parfait, qu’il n’ait en lui quelque imperfection et humidité, laquelle est de lui inséparable, quelque peine qu’on y puisse apporter. S’il n’avait cette humidité, il ne serait pas fusible, laquelle humidité donne entrée à notre Eau et convertit tout le Corps en Elle, comme le Levain convertit toute la masse en sa substance, puis peu à peu, ainsi que l’Eau a fait le Corps Eau, ladite Eau soit faite Corps, par la vertu dudit Levain. Mais premier se fait un combat entre eux, en sorte que l’un et l’autre se dévorent par une putréfaction âpre et violente. 
C’est cette Eau prisonnière, qui crie sans cesse, Aide-moi et je t’aiderai. C’est à dire Elargis-moi de ma prison, et si une fois tu m’en peux faire sortir, je te rendrai Maître de la forteresse où je suis. L’Eau donc, qui est dans ce Corps enfermée est la même nature d’Eau que celle que nous lui donnons à boire, qui est appelée Mercure Trismégiste, dont entend parler Parménide, quand il dit : Nature s’esjouit en Nature, Nature surmonte Nature, et Nature contient Nature. Car cette Eau enfermée se réjouit avec son Compagnon qui la vient délivrer de ses fers, se mêle avec icelui, et enfin convertissant ladite prison en eux, rejetant ce qui leur est contraire, qui est la préparation, sont convertis en Eau mercurielle et permanente. Nature surmonte Nature, parce que la quantité d’Eau que nous lui donnons par les réitérations d’icelle, force ledit Corps à se dissoudre, et l’assujettissant à Elle, par l’entrée que l’Eau lui donne, ladite prisonnière force ledit Corps à dissolution, qui est une voie surnaturelle, de défaire par l’Air l’œuvre de Nature, sans destruction du Corps. 
Nature contient Nature, c’est à dire le Corps contient l’Esprit, et l’Esprit contient le Corps, parce qu’après la dissolution se fait la congélation, comme qui dirait : Aide-moi à dissoudre, et je t’aiderai à congeler. C’est donc à bon droit que notre Eau divine est appelée la Clef, Lumière, Diane qui éclaire dans l’épaisseur de la nuit. Car c’est l’entrée de tout l’Œuvre, et celle qui illumine tout homme. C’est l’oiseau d’Hermès, qui n’a repos ni jour ni nuit, ne tâchant qu’à se corporifier en tous les lieux de la Terre ; car tout son centre est plein de cet Esprit, qui est comme un point, auquel un nombre infini de rayons, partant de la superficie, se vont rendre. Or je te dirai la manière de connaître ladite Eau. Mais si l’amour que je te porte me fait ici commettre un péché, prie Dieu qu’il me pardonne, et garde de m’obliger à quelque peine, par ton imprudence. Il faut premièrement que tu saches, que aucuns l’ont cherchée en plusieurs drogues, comme Antimoine, Sels, Aluns, Vitriols, Attramants; mais jamais ils n’y ont rien trouvé de ce qu’ils cherchaient, et n’y trouveront. Car quiconque ne sait ce qu’il cherche, ne sait ce qu’il doit trouver ; il faut premièrement connaître par l’augmentation que de croire y venir hasardeusement, et sans premier l’avoir bien éprouvé dans l’entendement, c’est une folie. 
Si pour exemple, comment parmi un nombre infini d’hommes tu trouveras quelqu’un à qui nous avons affaire, si nous ne le connaissons tous bien, ou si nous ne sommes bien instruits de quelques remarques particulières qu’il ait, soit dans ses habits, soit dans sa personne. Or, cette Eau est dans un Corps, et dans tous les Corps qui sont au Monde, qui l’ont en leur intérieur. Et ce qui fait chercher la notre dans l’Antimoine, Vitriols et autres, qui sont tels et semblables noms, que les Philosophes lui ont donné, et donnent exprès. Tant pour décevoir les ignorants, que pour quelque autre raison, parce que rien n’est dit inutilement. 
Et puis notre Magistère peut être comparé à toutes les choses qui sont au Monde. L’un dit qu’il faut prendre du Sel de Pierre simple, l’autre du Sel Armoniac, Vitriol et ainsi de toutes sortes de drogues, et disent vrai. Car notre Matière est Sel de Pierre (notez bien), Sel Armoniac, et vrai Vitriol ; Quelques-uns uns Antimoine, mais toutes ces choses sont particulières, et non universelles. Et au contraire, notre Sel Armoniac et végétable, est universel, lequel n’a repos, qu’il ne soit corporifié en une Terre vierge ; puis de Corps est fait Esprit, et ainsi à l’infini, ou jusqu’à ce qu’il soit allé à la production de quelque chose, comme une espèce ou forme comprise dans quelque règne, et puis après de lui-même détruit son composé, pour retourner dans son premier Limbe. 
Car rien au Monde ne se perd, ni ne se fait rien ; mais tout demeure en son entier. Tout change seulement de forme et de lieu, comme l’Eau élevée en vapeur, retourne après en Eau. Car toute chose finit par où elle a commencé, et retourne au lieu d’où elle était issue. Mais voici la différence qu’il y a entre ces méchantes drogues, et notre vrai Sel Armoniac. Elles sont toutes formées sous Terre et en de certaines contrées, ou composées industrieusement par les hommes, qui ont pourtant en eux quelque substance forte, lesquelles peuvent bien corrompre et disjoindre quelque métal. Ce qui a fait penser aux ignorants que toutes ces Eaux peuvent être notre Argent vif, puisqu’elles ont la force de dissoudre, et que notre Vif argent doit être un dissolvant. 
Cette erreur est véritablement fondée sur quelque apparence légère ; mais n’a aucune raison, parce qu’ils ne considèrent tous les dires des Philosophes, qui est qu’il y a trois règnes, qui possèdent chacun en son particulier son royaume, sans usurper ni pouvoir jamais entreprendre l’un sur l’autre. Et ces trois règnes subsistent chacun pour eux, sans se rien emprunter, sinon l’Animal, duquel relèvent les deux autres ; mais non pas qu’aucun d’iceux aie ce pouvoir, car ils sont obligés à l’Animal, et non pas l’Animal à eux, ni eux seulement l’un à l’autre. Ainsi ceux qui ont travaillé sur les Animaux pour y croire trouver quelque chose de métallique, ont été extrêmement aveuglés, aussi bien que ceux qui ont travaillé sur les Végétaux. L’Animal ne peut engendrer que l’Animal, car chaque chose produit son semblable. Et combien que les Opérateurs d’ordinaire par leurs calcinations, dissolutions, sublimations et le reste, croient convertir et changer une espèce en l’autre, si est ce qu’ils sont grandement abusés, parce qu’on ne peut changer les matières des choses ; cela appartient seulement au facteur qui est la Nature même ; et ainsi telles gens sont ordinairement du Diable. D’autres plus subtils considérant ces choses, quittent ces deux règnes et vont au Minéral, demeurant dans la Maxime que chaque chose engendre son semblable ; mais ils ne les suivent pas, parce qu’il y a autant de péril quelque fois, à prendre le Minéral pour produire une semence animale, que le Végétal ou l’Animal. Or la raison est que nulle matière métallique, quelle qu’elle soit, n’a vraiment de semence en elle, d’autant qu’il n’y a métal si pur qui n’ait des impuretés, et nulle impureté ne peut porter semence, parce que la semence est une Quintessence fort noble, qui ne peut sortir que du Corps très parfait. Or Nature n’a pu jamais conduire les Métaux à cette perfection, et c’est le labeur de l’Artiste. Pourquoi il convient chercher une chose qui ait le pouvoir d’ouvrir le plus noble Corps, d’en séparer les choses superflues et mettre en celle là, la semence d’icelui. Cette chose est une Eau pleine de feu, laquelle pour sa qualité humide ramollie les Corps ; et c’est pourquoi elle est appelée Eau forte engendrée du Soleil et de la Lune, qui a en elle la puissance de détruire et de vivifier. 
Or pour mieux m’exprimer, je te dirai ce que j’en ai pu comprendre, depuis le temps que je vogue comme les autres, sur cette mer estrangère. Sache donc que notre Eau, qui est nommée Mercure cru et imparfait, est une Eau forte ressemblant aux autres Eaux fortes quant à son Corps, et ayant les mêmes effets ; mais pourtant bien dissemblable, parce que les autres sont propres et particulières pour la dissolution de quelques Corps, mais la notre est générale qui dissout tout ce qui est au Monde. Celles là sont en quelque part de la Terre ; mais celle-ci est en tout lieu ; même devant nos yeux, et n’y a rien qui n’en soit rempli. 
Et combien qu’elle soit partout, elle a pourtant un Corps qui nous la rend visible, lequel n’est qu’un vrai et pur Sel : car c’est une terre blanche et vierge, laquelle n’a encore jamais produit, et si elle avait produit quelque chose, elle nous serait inutile. C’est un vrai Sel Armoniac ; mais voici la différence. Le Sel Armoniac vulgaire dissout l’Or, mais non parfaitement, mais le nôtre le fait, et l’Argent aussi, et se mêle intimement avec eux, et inséparablement, d’autant que le vulgaire à son commencement, après corporification, est une Terre impure, laquelle Terre n’est point de la nature des Métaux parfaits, comme nous voyons que la Terre a ses propriétés particulières, et produit chaque chose selon la disposition des lieux et qualités de ladite Terre. 
Ainsi les terres qui se sont converties en une drogue étant terres impures et de méchantes qualités, ont corrompu le Mercure qui est en eux, et rendu obligé à la Nature de leur Elément. Et ainsi ayant contracté une telle alliance entre eux, nous ne pouvons avec notre Eau les séparer. De sorte qu’en vain nous prétendons joindre icelles à celle qui est contenue dans l’Or, parce que l’impureté de ces Terres grossières y répugne, car elles sont hétérogènes. Mais notre Matière ou Terre qui n’a point encore pris de forme particulière, c’est à dire en laquelle elle puisse demeurer, comme le Vitriol en la caverne vitriolique ne peut jamais être autre chose que Vitriol et non le Nôtre. Car est une Terre universelle, Père et Mère, qui est appelée Vierge d’autant qu’elle n’a encore rien produit. 
C’est cette Pucelle Beïa, laquelle n’a point encore été corrompue ni perdue sa liberté, pour se marier à des Corps infirmes et mal nets, comme sont les captives, lesquelles ne peuvent jamais sortir de leurs infectes prisons sans le secours des hommes. Ainsi conservant la liberté avec son intégrité, nous voyons d’une façon philosophique cet Astre lumineux faire des tours à circulation infinie, jusqu’à ce qu’il soit venu dans quelque règne ; auparavant de quoi, il nous le faut surprendre sûrement et non pas attendre qu’aucun desdits règnes soit. De quoi je donnerai l’exemple suivant. L’Eau commune nous sert à tous et est appliquée à toutes choses, parce que c’est un Corps, qui peut être rempli de toutes les choses que nous lui adjoignons ; elle est propre à recevoir les goûts, couleurs et substances qu’on lui veut donner, pourvu qu’on la prenne en sa pureté naturelle ; car si auparavant on y avait mêlé de l’Absinthe, du Sel, ou même quelques poisons, alors elle prendrait la substance des choses qui lui seraient mêlées. Et s’unissant inséparablement à icelles, elle nous serait inutile et vénéneuse, ainsi que l’Eau de mer ne pouvant être employée aux nécessités de la vie humaine, à cause de sa ponticité. Car les Matelots sont contraints de se pourvoir d’Eau douce, pour leur servir pendant le temps de leur voyage. 
Ainsi le Mercure qui est contenu en toutes sortes d’espèces, est bien notre Mercure universel. Mais tel qu’il nous est inutile en cet Œuvre, parce qu’il a contracté une telle affinité avec la chose qui le contient, qu’il n’en peut être séparé, sans recevoir la qualité et la substance de la chose avec laquelle il a fait telle alliance. Car ladite chose qui est son Soufre et son Corps, soit Animal ou Végétal, l’a si étroitement lié à toutes ses conditions et humeurs, qu’il ne peut pas produire autres espèces que par leur Soufre, ou d’icelui en partie, comme deux germes n’empêcheront pas l’effet l’un de l’autre, mais ne produisent toujours que des monstres. 
Or donc, le meilleur advis que je te donnerai maintenant mon cher Fils, est que si ton Compagnon te dit : Notre Mercure universel est dans l’Antimoine, l’Alun, ou le Vitriol, parce que ce sont matières pures et nettes, qui contiennent un Esprit pénétrant et fort, tel que celui que nous recherchons, lesquels sont même du règne Minéral ou Métallique, ou bien les Philosophes disent que notre matière est un pur Sel, le Sel est partout, l’Esprit de Sel dissout l’Or, donc notre Mercrure est le Sel commun. Tu lui répondras : Les Philosophes disent véritablement que notre première Matière est un Sel. Mais leur parole reçoit plusieurs explications. Et combien qu’en l’Œuvre, il y a plusieurs Sels, j’entends plusieurs régimes, je trouve pourtant que notre premier sujet est un pur Sel, qui est universellement par toute la Terre. Mais voici la différence. J’ai déjà dit que toutes et telles drogues, ci-dessus déclarées, sont Matières impures, formées en une certaine terre particulière, et alliées avec un Esprit issu de la Fontaine Vive, lesquelles sont dites Métalliques parce qu’ils sont dans le règne des Minéraux, mais que leurs Esprits ont été corrompus et gâtés par les contraires qualités de leur Soufre impur. Je dis maintenant que le Sel commun est aussi peu la Pierre ; parce qu’il n’est point universel, et que c’est un Corps formé par la Nature, ainsi que les autres Corps, lequel ne peut jamais changer de soi, ni se convertir, ou pour mieux dire aller à la production d’aucune chose, comme fait notre Sel naturel et végétable, qui procrée toutes choses : parce que c’est l’Esprit de l’Univers, et d’icelui est tiré semence de Nature. 
Pour bien dire qui il est, c’est un Feu enclos dans une Eau, qui se forme en Corps terrestre, d’une matière non obligée ni affectée à chose quelconque, mais capable de se convertir en tout Corps à cause de sa pureté : lequel est un pur Sel blanc, Terre feuillée et vierge, qui n’a encore rien produit. Ce sel s’engendre lui-même et va à tel point qu’il lui plait, sans aide d’aucun homme. Et pour montrer que le Sel commun, ou autre, qui ont été trouvés en certaines régions dans les Abymes de leurs cavernes vitrioliques, ne sont point notre Matière, qui est-ce qui a jamais vu ni entendu, que pas une de ces matières se soient converties, ni en grains, ni en fleurs, ni en fruits ; ainsi que fait tous les jours notre Sel végétable, que je te montre si au clair, que quand je te dirais son propre nom, tu ne me croirais pas, si tu ne le comprends pas par mes paroles ; et je ne sais comme j’ai la hardiesse de te parler si avant, tant je croirais mériter punition si l’amour naturel du Père au Fils ne servait d’excuse à l’offense commise. 
C’est pourquoi je n’ose point suivre le reste de l’Œuvre, pour ce que je crains de faillir, parce que j’en dis trop, et les autres trop peu. Et c’est en ce point où tout le monde a erré, parce que c’est l’entrée du Jardin que les Philosophes ont tant celée et couverte d’énigmes et trompeuses apparences. C’est la Clef de tout l’Œuvre, et quoi que tu trouves dans mes Livres et dans ceux de tous les autres, choses difficiles à entendre ; saches néanmoins que tu peux comprendre tout facilement en brèves paroles, et que cette Eau est le commencement, le milieu, et la fin de tout le Magistère ; car nous n’avons que faire d’autre chose que d’icelle, qui dissout, congèle, et rend enfin le Corps à la perfection totale de la noble Pierre, qui est dite Minérale, Végétable, et Animale ; parce qu’elle a pour fondement matériel le Corps le plus parfait de Nature, qui est le Soleil flamboyant, père et première cause de cette nouvelle création végétable ; parce qu’elle a semblablement pour mère et première matière lunaire, ce Corps imparfait qui est matrice, Eau végétable, parce que c’est la Fontaine universelle de toutes les choses qui tendent à végétation. 
Et est dite Animale, parce que le Corps étant mort reprend vie en icelle Eau, se nourrit d’elle, comme du lait des blanches mamelles de sa première nourrice. Lequel dans peu acquiert dans icelle une forme et puissance admirable. Voilà quelle est cette Eau mystique si industrieusement cachée jusqu’à maintenant, que je te fais toucher au doigt, si tu es tel que tu dois être, et qu’il plaise à Dieu te départir ses grâces, qu’il m’a concédées, non par aucun mien mérite, mais par une bonne volonté qu’il a envers ses Enfants, qui sont humbles et charitables. Je te parle comme Père et non comme Philosophe, aussi ne le suis-je point, et en te déclarant peu de chose en apparence, crois que j’en dis beaucoup, voire plus que jamais homme n’a dit ; car ce que j’omets à dire, assez d’autres l’enseignent, et jamais nul ne t’avait révélé ce que je viens de te dire. 
Et puis il est raisonnable de laisser quelque chose à ton labeur, car un peu de peine que tu auras, te feras estimer, ce que, peut être, tu mépriserais à cause d’une si grande facilité. Considère seulement l’intention des bons auteurs que je t’ai enseignés ; en eux, ce que j’omets te sera révélé. Et afin que tu ne dises pas que je t’en nomme une grande quantité : que c’est te mettre dans une grande confusion, sache que le moindre d’iceux t’enseigne tout l’Œuvre. Et tels y en a qui la répètent par plusieurs fois ; mais je te dis ceux auxquels tu dois avoir plus de confiance, et si tu les peux voir tous, tant mieux sera, pourvu que tu prennes garde à leurs ambages, et que tu saches discerner leurs intentions dans leurs paroles ; car l’un peut plus éclaircir que l’autre une chose, chacun ayant son style différend, et ses paroles plus ou moins intelligibles, selon les lieux où ils se veulent manifester plus ou moins clairement. A Dieu, mon cher Enfant, prie pour mon Ame, et conserve ce présent Traité autant fidèlement et secrètement qu’il appartient, et qu’il ne tombe en de méchantes mains.


LAUS DEO

LIVRE SECOND

Mon cher Enfant, quoi que je doutasse trop de divulguer la Sainte Science et Philosophie, pour laquelle crainte je me serais arrêté aux deux Principes précédens, si es ce que mu de bonne volonté, et me confiant en ta prudence, je n’ai fait difficulté de te donner encore ce petit Sommaire, par lequel tu pourras être plus amplement éclairé sur les principes, et spécialement de la première Eau mystique des Philosophes, qui est la Mère de tous les Métaux, et de toutes les choses qui sont au Monde, laquelle je te dis n’être autre chose qu’une Eau ardente, dans laquelle tout Corps doit être rompu et mis en pièces, pour après être conduit par les degrés de la digestion, jusqu’à une sublimation parfaite. Cette Eau est donc vraiment une Eau de Vie, laquelle il faut subtilement extraire d’une pure et vierge Terre, puis la revivifier, tant qu’en elle ne reste ni terre, ni Eau étrangère ; mais soit claire comme pur Argent, de laquelle il en faut avoir une bonne quantité. 

Or si par mes Chapitres précédens, je ne te l’ai donnée à entendre assez clairement, n’accuses point mon Livre, mais toi-même, car tu n’es point en grâce, t’ayant au vrai déclaré la vérité de la chose ; et afin de te donner toute occasion et moyen de venir à ce point qui ouvre les yeux et les cœurs des hommes, je te veux encore réitérer les mêmes mots, pourvu que tu sois secret et que l’avarice ni la convoitise ne te fasse rechercher richesse ; car c’est l’Œuvre de Dieu, et cette lumière tant celée des Anciens, c’est le Sceau des Sceaux, lequel ouvre et ferme le Livre de Vie, auquel sont écrits les noms des Elus, et de ceux qui aiment Dieu et leur prochain. 
Saches donc, Fils de Doctrine, et le plus cher de mes Enfants, que le Soleil, la Lune et les Etoiles jettent perpétuellement leurs influences dans le centre de la Terre, pour auquel parvenir, il faut premièrement passer par les moyennes régions de l’Air, dans lesquelles sont assemblées lesdites influences ; lesquelles mêlées et jointes l’une à l’autre, sont puis après distillées dans les pores de la Terre, jusqu’au centre d’icelle, se dépurant de sable en sable, jusqu’à la dernière goûte de leur humidité aérienne ; l’Air est donc tout plein de ces influences, la Terre en est aussi toute fourmillante, et il n’y a rien dans le Monde qui n’en soit rempli ; parce que c’est le centre de toutes choses, et l’Ame universelle de tous les Corps ; mais cette semence est grandement abondante en deux qualités, savoir chaleur et humidité, desquelles on voit sortir toutes choses qui sont au Monde, par rapprochement toutefois du premier Mâle qui est le ferment qui se joint à ladite semence, lequel attire et convertit icelle à sa Nature ; divisant ainsi les espèces et les ordonnant suivant la volonté et première ordonnance du Tout Puissant, afin que rien ne soit confondu, et que chaque chose produise des fruits de sa Nature. 
La chaleur de ladite semence est cachée en son centre, et partant est invisible. Mais ladite humidité est le Corps ou le Sperme d’icelle, lequel s’engrossissant dans l’Air, requiert une séparation et purgation physique, qui est la préparation des extrêmes; laquelle doit être considérée mûrement sur l’opération de Nature en cette manière. Ladite semence appelée par Hermès, Mercure Trismégiste, à cause de sa triple Vertu, passant de lieu en autre dans les traces et veines de la Terre, purge et nettoyé les lieux d’icelle par une réitération infinie ; parce que ces humidités s’entresuivent comme les vagues de la mer, jusqu’à ce qu’elles soient à leur fin ou terme, qui est le foyer ou centre de la Terre. 
Car en ce lieu étant parvenue, l’Eau élémentaire, ou l’Eau de l’Air grossie, a quitté l’Air pur, qui est par ledit Feu centrique élevée jusqu’à la superficie en forme de vapeur, comme elle était descendue en humidité aqueuse, jusqu’à ce qu’elle ait fait rencontre d’une terre purifiée, par les évacuations précédentes, pour s’attacher et joindre à icelle, qui selon la pureté ou impureté, produit l’Or, l’Argent et autres Métaux. Mais quand ladite Vapeur ne trouve point cette Terre, ou qu’icelle Terre n’est pas enfermée entre d’autres terres, comme sont les lieux où se font les minières, mais est de toutes parts poreuse, ladite Vapeur ne se peut cuire, mais s’élève toujours vers la circonférence, où elle produit par l’attraction du Soleil céleste, Herbes, Arbres et toutes autres choses, ou bien est congelée par l’Air en un certain Corps blanc, quelque fois mêlé parmi la graisse de la Terre, quelque fois aussi visible aux lieux où il y a de quoi adhérer, puis étant rencontré par la pluie ou autre humidité, est redissoute et emportée en bas par une circulation qui n’a jamais de fin. 
Ainsi rumine en ton Esprit quelle peut être cette Matière, car si tu ne la connais pas de ce coup, ne t’informe davantage, car tu n’y viendras jamais. Or ceux qui ont besoin de cette Vapeur, qui serait toujours imperceptible à notre vue, sans le Corps qu’elle emprunte de la plus pure partie de la Terre, savent bien prendre leur temps, et n’attendent pas que cet Oiseau ait repris son vol, mais d’une main industrieuse et subtile, la séparent d’icelui Corps, et doublant voire triplant leur labeur, la nettoient tout à fait de son aquosité et terrestriéité grossière et élémentaire ; car il ne faut pas qu’il y demeure rien d’étrange, d’autant que cela mettrait empêchement à l’Œuvre, l’humidité diminuant la force de l’Esprit, et la terrestréité épaississant le Corps au lieu de le rendre diaphane : car notre principale intention n’est autre que de prendre icelui Corps sur les termes que la Nature l’a laissé imparfait et de le parfaire par l’Art ; c’est à dire que Nature avait dessein de rendre ledit Corps dans sa minière tout à fait purgé de ladite Terre, puis cuire icelui jusqu’à parfaite maturité, qui serait la même chose que l’Elixir parfait, mais le retardement est venu de l’Air, qui transperçant les parois du four de Nature, a refroidi les matières, encore que Nature aie fait tous ses efforts pour passer outre. 
Mais je dirai comme rassemblement des principes se fait. Premièrement, il est à remarquer que lesdits principes des Métaux sont seulement Soufre et Mercure : c’est à savoir la chaleur et pureté de la Terre pour Soufre, et cette vapeur humide pour Mercure, laquelle est celle même qui a nettoyé et purifié ledit Soufre de ses reculantes terrestréité, le réduisant à force de distillations, en une matière grasse en divers et particuliers lieux de la Terre, quelque fois enfermée dans un lieu où la chaleur provenant du centre est retenue par une certaine voûte naturelle qui la fait réverbérer sur icelle matière. Quelque fois aussi en un lieu vague et environné de pores, par où ladite chaleur se dilate ; et en ces lieux là, jamais ne se produit de Métal. 
Mais à celui qui est environné de chaleur, où cette graisse s’est amassée par longueur de temps et de distillations naturelles, à l’arrivée de cette vapeur, ladite vapeur se joint à cette graisse qui se putréfient ensemble, parce que l’un résiste à l’autre ; mais la vapeur surmontant tous les jours le Soufre digère icelui, de manière qu’il se consume dans ledit Mercure, qui augmente à mesure que son ennemi diminue, et enfin l’Or ne serait que Mercure cuit par la vertu et ferment dudit Soufre, lequel ainsi séparé dudit Mercure, nous aurait laissé un Corps aussi lucide que le Soleil ; mais comme j’ai dit, l’Air est intervenu qui a empêché la séparation totale, et par conséquent la maturité ; c’est pourquoi l’Or ne porte point de semence, car il ne pourrait être mûri qu’après le Soufre bien digéré ou séparé. Aussi l’Or vulgaire n’est point diaphane à cause du Soufre terrestre qui remplit son Corps, et les autres Métaux le sont encore moins, chacun à son degré parce qu’ils abondent davantage en mauvais Soufre. 
Il faut donc commencer notre Œuvre par la séparation d’icelui Soufre, lequel ne se peut jamais extraire, sans réduire le Corps en sa première matière, c’est à dire, en l’état qu’il était dans la minière quand l’Air cru est venu le congeler, qui n’est pas un labeur bien pesant à qui l’entend, et sait cette première matière ; car c’est elle qui fait tout. Mais ceux qui n’y sont jamais arrivés, ou qui n’ont point cette lumière, croient cela impossible, se fondant sur la merveille de la chose, ou sur l’obscurité de ceux qui en ont écrit ; desquels la plus part ont plutôt eu dessein de cacher la Science, que de l’enseigner, croyant faire assez d’assurer la Science véritable, sans en montrer le chemin, au contraire l’ont cachée, car cette recherche n’est point subtile, mais simplement naturelle. 
Et celui qui premier l’a trouvée n’avait aucun Livre ; mais suivant Nature, regardant comment et avec quoi elle travaille ; car qui y veut parvenir, il faut être premièrement homme craignant Dieu ; puis regarder comme toutes choses se produisent, et à l’exemple des choses naturelles faire de bonnes et fortes Résolutions. Car ne t’enquête des expériences humaines, parce que le travail est abusif, encore que le tout ne consiste qu’en expériences ; mais c’est après de bonnes et de fortes résolutions philosophiques : car par exemple que servirait de mettre deux matières ensemble dans un four pour en attendre les Couleurs, si ce ne sont les véritables matières de la Pierre. Et puis quand ce seraient les véritables matières de la Pierre, que servirait tout cela, si elles n’étaient bien préparées : car sans la préparation elles ne se pourraient bien mêler ensemble par un vrai mariage, ni ne se ferait conjonction à cause des impuretés contenues aux dites matières. Ainsi il faut premier connaître les matières à leurs substances, non aux opinions mal fondées, mais avec un bon et ferme jugement. Comme quand l’on dira que les Philosophes ont un Or qui est vif, et que l’Or vulgaire est mort, qui sera l’ignorant qui osera maintenir qu’il y ait au Monde autre Or que l’Or vulgaire, lequel encore qu’il soit dit mort est pourtant la plus pure chose de toute la Terre, et le dernier effet de la Nature, et par conséquent la matière sur laquelle nous devons commencer notre Œuvre, et devons entendre cette différence devant ou après la préparation, par laquelle, au lieu qu’il était enseveli dans un sépulcre, il est ressuscité et mis au chemin de végétation : comme aussi ceux qui penseraient que l’Eau commune, ou Eau de mer, ou bien encore d’autres eaux sans nombre, serait notre Esprit universel, après avoir déclaré tant de belles choses et rares d’icelui, qui ne sont point en icelles Eaux, non plus qu’au Mercure vulgaire, sur lequel tant de personnes se sont abusées. 
Un Philosophe comme Raimond Lulle, dira qu’il faut tant en préparation qu’en l’Œuvre, tant de vaisseaux et de manières d’opérer, que c’est mettre les disciples en confusion, s’ils ne savent séparer le bon du mauvais, afin de ne point semer l’ivraie avec le bon grain. Comme aussi un autre dira, tant de feux et de fourneaux, auxquels on ajoute foi, sans considérer que le four de Nature et son feu est unique, qui n’est autre chose qu’une Montagne ronde, dans laquelle une chaleur continuelle montant du centre vers la circonférence et passant à travers des Terres minérales, va s’enfermer et offusquer dans icelles Montagnes, où par laps de temps, elle cuit la matière par divers degrés toutefois. Mais les degrés peuvent être imaginés par un bon Esprit. 
Car qui serait si ignorant qui ne jugerait pas, qu’après avoir mis deux matières ensemble, dont l’une est fixe et l’autre est volatile, lesquelles on veut faire prendre comme un fromage, si on fait un feu trop fort le volatil s’élèvera, et le fixe demeurera seul ; ainsi ne se fera point de conjonction. Car celui là serait bien ignorant, qui ne jugerait pas qu’il faut retenir doucement le fugitif par une chaleur tempérée, jusqu’à ce qu’il soit pris avec le fixe ; car alors ils s’embrasseront, et l’un ne pourra plus quitter l’autre ; et je t’assure que tu verras bien au signe dont tu es averti par tant de bons auteurs, quand il sera temps que les petits Corbeaux quittent leur Nid ; car sache que ton travail te sera un Enseignement, pourvu que tu travailles sur matière due, car ton Esprit trouvera nouvelles choses, et ne fera plus d’estime de ceux qui par leurs écrits, détournent plus qu’ils ne profitent. 
Je te donnerai encore un exemple pour le deviner. Tu trouveras dans leurs Ecrits, que la Projection se fait un poids sur dix, l’autre sur quinze ; mais n’est-ce pas abuser, puisque dans toutes les pratiques qui se sont jamais faites, il y a eu toujours quelque différence, soit à la première composition des matières, soit à l’avancement ou retardement de l’Œuvre, ou soit à l’avoir plus ou moins concoctionné ; nul ne peut assurer le poids de la projection, parce que tous ne sont enseignés d’un même Maistre. Et par conséquent on travaille toujours différemment. Ainsi les Projections diffèrent : mais qui sera l’ignorant qui ne jugerait qu’il faut toujours projeter jusqu’à ce que la matière ne soit plus frangible, mais demeure ferme sous le Marteau ; c’est la raison et le jugement qui nous fait tout connaître, pourvu qu’icelle grande lumière ne nous défaille point. Crains Dieu, dit le Sage, et sois constant, le reste est facile, et ayant ces choses, on peut aisément venir à l’Œuvre, de laquelle je ferai encore un peu mention à la fin de ce Sommaire. Prends de tes deux Matières, tant que ce soit assez, et la prépare comme il t’est enseigné, à l’exemple des deux dépurations et distillations naturelles. Car ton Esprit dissoudra ton Corps, et ouvrant icelui, se mêleront ensemble les deux Esprits, savoir le libre et le prisonnier, qui sont appelés par aucuns l’Aigle et le Lion, puis l’Ame suivra l’Esprit abandonnant le Corps, lequel de son côté retournera au limon terrestre et sulfureux, avec lequel il avait si longtemps langui, puis après sera redonné audit Corps l’Esprit susdit sien, qui en attirera à soi plusieurs autres, qui partageront entre eux l’Ame susdite qui s’augmentera par une chaleur lente et étouffée, et avec ingénieux artifice administré. 
Car c’est ici le labeur qu’on dit être surnaturel, étant le lien de la conjonction qui se fait comme j’ai dit par une décoction admirable et surnaturelle. La Patience est l’échelle des Philosophes, et l’Humilité est la porte de leur Jardin. Car quiconque persévérera, sans orgueil et sans envie, Dieu lui fera miséricorde. Et d’un, par un, qui n’est qu’un, sont faits trois, les trois sont faits deux ; et les deux non sans un long combat, qui doit être terminé par la prudence de l’ouvrier, sera fait un, clair, beau, transparent, lequel suppléra à tous les défauts de ses frères estropiés. Je ne t’en dirai pas davantage, car il suffit, et ce que je ne dis point, assez d’autres le disent, combien que ce soit en paroles obscures. Mais travaille un peu et Dieu te fera la grâce, car il ne la refuser jamais à ses serviteurs, quand ils l’en requièrent avec un ferme propos d’en bien user. Ainsi je suivrai en t’exhortant tant qu’il m’est possible de te gouverner comme un homme de bien, et de tenir celé ce que je te donne, comme la plus précieuse chose qui soit au monde. Dieu nous fasse à tous miséricorde, auquel soit honneur et gloire par tous les siècles des siècles.

Au nom de la Sainte Trinité de Paradis, soit menée l’Œuvre a fin, trois fois très grand, Père, Fils, et S. Esprit

TROISIEME LIVRE

CHAPITRE I

Nicolas Valois à ses enfants Salut

Mon cher Fils, quand d’abord, volonté me prit de te  donner lumière, pas ne croyait l’Amour d’un Père si fort envers son Enfant, que force me fût de te déclarer plus outre ; mais comme croyant ton naturel bénin et mu de bonne volonté, je veux déposer sur ta conscience les Secrets occultes de mon cœur, pour être moult conservés dans le tien, sans qu’aucun puisse iceux usurper au péril de ta conscience, sur laquelle je te les laisse, afin qu’après cette vie, aucune nuisance jà ne m’advienne, et crois que plus grand Trésor à toi ne peut être donné, car nul autre ne peut être comparé à icelui. 

Je t’ai déjà donné les primordiaux Principes par mes précédens Chapitres, et suivant mon propos, à chef viendras de ton entreprise, si le Créateur de toutes choses le permet. Sinon je te commande sur peine d’anathématisation, toi ou tel autre qui les voudra ensuivre, de les mincer et mettre en cendres, afin que profanement n’en soit fait et échec n’en advienne, car mes propos sont simples ; mais Vérité y est mise, tant que connaissance m’en a été donnée. Car par autre manière ne pouvons pas pratiquer icelle, en sorte que les Anciens ont eu autre manière d’ouvrer, toujours leur besogne n’est qu’une et ne va qu’à une même fin, et tout enfant simple et de bonne vie ne peut errer, comme dit est, ayant les susdits Principes, et sachant ce qu’il cherche, quoi qu’il puisse prendre un chemin pour l’autre et errer quelque fois, comme j’ai fait. 
Mais nul n’est au monde vivant, qu’au plus simple besoin ne se fourvoyé, si par aucun Maître n’est introduit, et pour cela n’en doit retirer sa main ; car cet Art qui passe tous les autres, est bien de plus grand prix que patience ne doive accompagner tous ceux qui icelui cherchent ; et quand ce Traité ne te serait baillé qu’au prix de tous les biens que je te laisse, pourvu que tu boutes taon soin, assez auras de chance ; ayant, comme dit est, icelles vertus et sachant quelle chose tu cherches. Car la Pierre n’est pas ce que tant d’imposteurs assurent, expliquant plus subtilement le dire des autres, que la chose ne le requiert. Et sans appeller tant de fatras, où tant de personnes se sont abusées, crois seulement que l’homme engendre l’homme, et le métal le métal, car l’Or, combien qu’il soit dit mort, a pourtant en lui sa semence, par laquelle il peut être multiplié à l’infini, et est ledit Or composé de trois choses, dont deux sont superficielles, et une essentielle. Car l’Or et l’Argent ne sont que terre rouge et blanche, par icelle essentialité animés, sans laquelle iceux métaux seraient de peu d’estime. 
Les deux superficiels sont la Terre qui nous apparaît en vie, et l’Eau qui jointe a été à icelle, laquelle ne se voit que quand le métal est en fusibilité ; mais ladite essentialité est l’Ame ou Feu d’icelui métal, qui lui donne moult de Vertu, pourvu qu’il soit dépouillé d’icelle Terre c’est à dire qu’elle soit purgée ; car sans le Corps l’Esprit ne peut agir, et sans l’Esprit, en vain le Corps désirera l’Ame. Avise donc ce que tu cherches, et tu trouveras que ce n’est que séparation de ces trois, afin de les disposer mieux qu’ils n’étaient auparavant, parce que Nature n’avait du temps suffisant pour les concoctionner ; mais par notre Art nous les perfectionnons, et pour y parvenir, nécessité nous est de tirer en première instance le lien des deux autres, qui est l’Esprit moult condensé, lequel parti, nulle accordance ne peut demeurer en iceux ; mais l’Ame désirera de suivre l’Esprit, et ainsi dépouillé le Corps sera moult blanchi comme tel par calcination convenable, auquel par après sera baillé l’Esprit petit à petit, tant qu’il soit fondant comme Cire, et icelui Esprit sera alors dit Menstrue végétable, parce qu’il revivifiera la Pierre, et aidera à icelle putréfier, afin qu’il soit fermenté de son âme. 
Car note que toutes les choses du Monde sont composées de cinq choses, dont la première est flegmatique, qui est une humidité superflue ; la seconde est mercurielle, qui est substance d’icelle ; la troisième est oléagineuse, qui est l’Ame vivifiante ; la quatrième terrestre, qui est le Corps ; et la cinquième, la superfluité de la Terre, qui est convertie aux individus, qui est clamée teste noire ; mais notre Composition n’est pas flegmatique, mais chargée de cette Terre damnée, laquelle est la prison de notre Pierre. Et par ainsi icelle Terre maligne séparée avec ingéniosité de l’autre Terre pure, sera notre dit Composé, la matière de la Pierre sans retardation et empêchement. Ainsi plus clairement ne peux-tu être enseigné. Car d’autres régimes ne t’en faille, sinon de dissoudre ton Métal petit à petit, ainsi que Nature opère et non hâtivement ; puis ce Corps étant dissous, fait séparation d’icelui Corps dans les Eaux, et le subtil étant bien séparé, lave la fondrière, tant que blancheur y arrive ; puis boute l’Esprit sur le Corps et pourris iceux, et lors apparaîtront plusieurs couleurs. Car ces deux Matières appelèrent nouvelles formes et le Dragon non encore séparé, et le Feu et l’Eau combatteront ; puis ténèbres viennent sur la Terre ; puis la lumière apparaîtra et sera fait un baume, que nécessité sera de multiplier à volonté. 
Car autant en un mot qu’en un mil, l’Or est notre Corps, lequel il faut moult subtiliser et pourrir dans l’Eau, et de cette putréfaction naîtra la Salamandre persévérante au Feu. Et en mon Dieu, j’admire la diversité des Labourants et la conduite d’iceux, car ils condamnent sans voir, et nul n’est vivant, que s’il avait acquis ce pourrissement, soit par une manière, soit par une autre, pourvu qu’à icelle pût parvenir, ne trouvât chose miraculeuse ; car il est dit maintes choses de ce pourrissement, dont Livres sont faits, qui semblent aux fols signifier autre chose ; sur quoi ils perdent leur temps et leurs biens. 
Car note que le Feu et l’Azoth te suffisent; c’est à dire, la Matière préparée comme dit est, et le Feu administré par l’Engin et subtilité du fourneau, a cette fin de mener cette matière à pourrissement. Car étant une fois pourrie, il est impossible qu’il n’en arrive plus parfaite chose. Mais note que tout Agent requiert le Patient, qui sont jà déclarés en une seule matière, par l’aide de la chose médiante. Et bien que les uns parlent plus clairement que les autres, voire si au vrai que tout est dit ; on ne croit pourtant vérité en icelles paroles, parce que les poids, le temps, ni les matières (si comme besoin leur était), n’y sont déjà littéralement déduits, ainsi significativement, et les naïfs ennemis de Philosophie, qui ne recherchent que recettes courtes et faciles de telle Philosophie n’ont cure ; mais éprouvent tout ce qu’ils trouvent écrit, sans considérer que la Science est bien écrite ; mais non pas enseignée entièrement, et que par raisons et signifiances, comme dans Rasés, Archélaus, et plusieurs autres, desquels les pratiques sont autant différentes, qu’elles sont de fois répétées ; n’ayant ressemblance n’y conformité de paroles, mais d’intention, qui n’est point que dissoudre, et congeler après les matières jà préparées, ainsi que les Anciens veulent signifier, quand après avoir dit tant de régimes sophistiques, ils enseignent qu’encore qu’iceux régimes soient faux, ils sont néanmoins exemples de Vérité. 
Et quand les autres croiraient que cette Science ne pourrait être entendue que mot après mot, toutes choses moult déduites, il s’ensuivrait que jamais nul n’y arriverait par Livre, contre le dire de Cyrus en la Tourbe. Elle est si noble qu’elle se peut comprendre en une heure, savoir la Science simplement et non pas toutes les dépendances d’icelle ; car nul vivant n’a encore eu toutes ces connaissances, qui s’étendent sur toutes les choses du Monde, car le seul Elixir par différents accomodements est médecine sur tout, ce que Hermès n’a pu expérimenter pour avoir eu trop courte vie. Mais quant à la simple Pierre, elle peut en peu de paroles être entendue par un homme de bonne foy. Comme qui dirait la Pierre est l’Or que la Nature a laissé dans la minière imparfait, lequel l’Artiste doit parfaire jusqu’au dernier degré de perfection ; et ne faut seulement que le cuire, et ne se peut cuire sans digestion et séparation, tant qu’enfin cet Or soit devenu Elixir, si la chaleur de la minière eût été moult suffisante. 
Notre finale intention n’est donc autre que de prendre cet Or, le nettoyer par l’Antimoine, ou Cément; puis de l’ouvrir dans notre Eau et faire séparation du Corps, de l’Esprit et de l’Ame, qu’il faut moult laver et blanchir le Corps, afin que l’Ame soit mieux glorifiée en icelui, pour après cette conjonction extraire le Mercure des Philosophes et leur première Matière, sur laquelle tu travailleras, comme Nature désire ; savoir par seule décoction dans un seul vaisseau, auquel tant de belles choses apparaîtront à la vue, que tu en seras réjoui. Ainsi ne cherche rien que mes Enseignements, qu’il faut suivre sans autres régimes que ceux qui te sont ci-après déclarés : car en bon Engin assez comprend sur les choses qui apparaissent en icelle Œuvre sans se fourvoyer en sa besogne, non plus que tant d’autres qui n’ont jamais eu de Maistre. Mais d’autant que le seul amour naturel du Père au Fils m’a vaincu ce coup, et fait surpasser les bornes que Dieu ordonne, pour te dire ce que nul autre n’avait osé penser ; ne t’étonne pas si je t’ai fait plusieurs Chapitres, et si en iceux brièveté est mise ; car je ne dis mot qui ne vaille être noté et mûrement pesé, sans qu’en iceux tu doives croire tromperie, mais Vérité simple sans aucune malignité, comme un Père peut dire à son Fils, qui tendrement l’aime. Car la difficulté de l’Art est au clair mise, et la facilité rurale renvoyée aux différentielles pratiques des Chymiques opérations qui t’enseignent le reste, comme cémentations, distillations et autres opérations communes, qui feraient nuisance à la brièveté que je veux garder en mon Traité.


CHAPITRE II

Du Fourneau.

Auparavant que d’aucune chose traiter, nécessité est de dire du Fourneau, lequel doit ressembler Nature en son Feu égal et proportionné digérant la matière, telle qu’à la minière tu l’auras aperçu, dont encore sont de tels plusieurs en divers lieux de France, comme Paris, où tout l’Œuvre a été achevé. Mais le mien sera fait en globe rond et entier ayant diamétralement un pied ou environ, ou comme la quantité de ta matière apparaît, fait d’une bonne Terre résistante au Feu, et faire ce globe de quatre doigts d’épaisseur. Au milieu sera un petit cercle de fer rond attenant aux côtés des parois, dans lequel sera suspendu un vaisseau de bon bois de chêne vieil, sec et nullement poreux, tranché par le milieu rond en deux hémisphères, dont à celui du haut sera pendu un fil de laiton, qui passera par la souveraine partie du fourneau, pour lever ces hémisphères quand besoin sera de voir le vaisseau de verre semblablement suspendu au centre dudit vaisseau de bois ; puis sera ledit premier globe au fourneau aussi suspendu entre forte et épaisse muraille étoupée dessus et dessous et de tous côtés, hormis à la souveraine partie, en laquelle il y aura une fenêtre ronde de la grandeur dudit vaisseau de bois pour le passer, et aussi la matière, laquelle sera étoupée bien justement, et aux deux côtés opposés deux autres fenêtres, la première de quatre pouces, tant pour voir les couleurs que pour passer la main expérimentant la chaleur dudit fourneau ; l’autre opposé sera de deux pouces seulement, pour donner jour à icelles couleurs à paraître, laquelle sera bien vitrée et toutes deux bien étoupées de deux tampons, auxquels il y aura comme à celui d’en haut de petites anses pour les tirer quand on voudra : au-dessous dudit globe sera un étrier fort et épais, où il y aura quatre fenêtres aux quatre coins, où seront quatre ventailles ou layettes de fer ou de terre, dont les queues passeront lesdites murailles pour ouvrir et étouper icelles fenêtres quand on voudra. Au-dessous d’icelui étrier, il en faut encore un plus épais et plus fort, séparés l’un de l’autre de quatre pouces, au milieu du quel sera une fenêtre quarrée droit sur le Feu, par où passera la chaleur pour aller aux quatre le dessus, puis après circuler autour du grand globe qui par le moyen de cette chaleur s’échauffant, causera une chaleur étouffée à la matière, laquelle chaleur sera si lente que voudras, étoupant icelles fenêtres, comme dit est, puis au-dessous d’iceux deux étriers sera le foyer, tant grand que besoin sera, autour duquel seront les registres pour donner ou ôter l’Air, où au-dessous de ce foyer sera le Cendrier, le tout bien étoupé justement, sinon quand tu ôteras la cendre ou mettras du charbon, qui sera de 24 heures en 24 heures. Et doit être tout le charbon fait d’une même façon, et de menu bois. 

Autre manière est audit fourneau ; c’est une Tour d’Athanor de mise au côté dudit fourneau, de laquelle la chaleur sortant par le pied entrera dans ledit fourneau au-dessous d’iceux étriers et ira passer par la fenêtre, et au passage de l’Athanor tu pourras mettre encore une layette.




FIGURE I 

(fourneau philosophique)


A. Capon du haut. B. Capon du globe. C. Capon du fenestrage de quatre pouces. D. Capon du fenestrage, où sera la verrière. E. Vaisseau de bois, dans lequel est le matras. F. Globe contenant quatre pouces d’épaisseur. G. Fenestrage de dessus le foyer des deux Atres, comme ceux de C. K. Second étrier. L. Foyer. M. Porte du foyer. N. Cendrier. O. Porte du cendrier.

Le Fourneau ci-dessus te suffira pour achever ton ouvrage ; considère le bien pour en comprendre l’Usage.

CHAPITRE III
Préparation de l’Eau

T’ayant déjà enseigné la Matière qui contient l’Eau, dont tu as besoin, tu la sépareras de cette manière. Dissous icelle en eau commune distillée, et étant dissoute, purge icelle par la filtration du papier gris, puis la cuis en vaisseau de terre, en l’écumant souvent ; avant qu’il se congèle broyé le sur le marbre, et mets dessus trois parties de menus sablons, moult lavés et desséchés dans un fort vaisseau de verre de pierre, bien lutté, avec un grand récipient lequel sera assis dans de l’Eau, pour par icelle humidité condenser l’Esprit au fonds, puis mets le feu par degrés 10 ou 12 heures, et tu auras d’une livre de matière 12 onces d’Esprit, lequel faudra bien déflegmer et rectifier icelui, puis étouper le vaisseau finement que les Esprits ne sortent, et ainsi continueras tant que tu aies desdits Esprits à suffisance.

CHAPITRE IV
Préparation de l’Œuvre

Or mon Fils, d’autant que mon principal dessein n’a pas été de te déduire par le menu toutes les choses nécessaires à l’œuvre, qui apporteraient confusion et rompement de cervelle, mais te déclarer simplement quelle est ladite Œuvre, de quelle manière elle se commence, par quelle voie elle se parfait. 

Je laisserai arrière toutes les autres choses assez connues des vulgaires opérateurs, desquels tu pourras prendre leçon pour lesdites opérations, et non de ces miens Chapitres ; lesquels jamais ne furent écrits, mais sont obscurcis sous allégories et répétitions inutiles ; et parce que en iceux, confier on ne se doit, opère en cette manière. 
Quand tu auras bonne quantité de l’Eau susdite, mets la en deux vaisseaux bien étoupés, ce fait, prendras Or ou Argent bien purgé par le Cément et en poudre impalpable, que laveras et dessécheras, puis mettras en une Cucurbite et verseras dessus de ton Eau tant qu’elle surnage d’un doigt, puis étoupe le vaisseau de l’Alambic sans bec, digère un jour naturel, puis distille à chaleur lente les Esprits plus volatils. Ce fait remettras sur ton Métal autre Esprit comme devant est dit, et distilleras, et ainsi réitéreras tant que ton métal retienne la moitié de son poids des Esprits plus fixes, en ayant chassé tout le flegme dans le bain bouillant ; ce fait, sépare d’avec les Cendres ledit Esprit joint au Métal, puis recommenceras tout de nouveau à remettre sur ledit Métal d’autre Eau, comme devant est dit, jusqu’à ce que ce Métal soit changé de la moitié de son poids des Esprits plus fixes de ladite Eau, et tu tireras tous lesdits Esprits, et demeurera l’Eau simple et sans acrimonie. 
Ce fait, prends toutes ces Eaux, que tu mettras goûte à goûte sur ton Métal, que mettras inhumer tant que ton Eau soit teinte, puis la tireras par la Cendre, et mettras autre Eau comme dessus, et continueras tant que ton Métal soit décoloré. Ce fait, mettras toutes tes Eaux ensemble que tu feras digérer, puis tireras l’Eau de dessus ton huile d’Or. Ce fait, recommenceras tout ton labeur sur ladite huile, avec tes Eaux, comme il a été pratiqué, tant que ladite huile aura toute passé par icelles Eaux. 
Et si après icelles passées, comme dit est, au fond du vaisseau demeure quelque impureté, comme la première Terre, faut icelles Terres mettre ensemble, et ce jusqu’à ce que ladite huile ne fasse plus de terre. Ce fait, tire toutes les Eaux de dessus ladite huile, mets les dans un vaisseau de verre bien étoupé, alors prendras le Marc, ou terre qui est parti de l’huile, et tireras d’elle sa substance, puis la calcineras à Feu fort. 
Ce fait, prends l’autre Eau gardée et recommence ton labeur sur ladite terre, mettant de l’Eau dessus, comme jà a été dit, puis faisant digérer et retirant ton Eau, avec ce qu’elle pourra emporter de substance. Il faut réitérer ce travail, et qu’il se tire de cette Terre ce qu’on en pourra tirer ; et quand rien ne pourra plus passer, il faut la recalciner. Ce qu’étant accompli, la fondrière sera alors nettoyée, puis seront toutes lesdites Eaux mises ensemble, et séparées de leur Terre pour recommencer ce labeur, qui toujours durera tant qu’en icelle Terre sera trouvé d’impureté. Et les labeurs ne sont autre chose que l’extraction de l’Ame et la calcination du Corps, lesquels étant ainsi accomplis ; aies du Mercure animé douze fois le pesant de ladite Terre, et feras digérer jusqu’à semblance de fixation, puis mettras encore une part, et ainsi jusqu’à douze parties, et après mettras à une grande digestion. Mais garde que le Volatil ne s’en aille et que ton Feu soit si naturel, qu’icelui se réjouisse. 
La digestion étant accomplie en 30 jours, laisse refroidir tes vaisseaux et sépare tes matières, et en tire ton Argent vif par la suite du Feu, que tu garderas en lieu tempéré, alors auras la Terre imprégnée, de laquelle besoin sera de séparer l’humidité en claire Eau, que tu tiendras en lieu net ; puis incère goûte à goûte l’huile ou l’Ame ci-devant gardée, tant que son Corps en soit rempli et sera en consistance de Cire fondue, avec laquelle tu mettras la dixième partie de Vif argent que tu en as séparé, lequel servira de Menstrue à la Pierre. 
L’autre manière de procéder est telle. Prends et purge ton Corps comme dessus, puis verse dessus ton Eau, tant qu’elle surnage d’un doigt, digère 29 heures, comme dessus, puis distille par le bain fort et réitère jusqu’à tant que le Corps n’en soit plus teint, puis tire ton huile et la repasse tant de fois qu’il n’y demeure plus de terre ; ce qui ne se peut que par le moyen de nos Eaux ; alors ladite huile bien purifiée doit être lavée par plusieurs lavements, et gardée nettement. Ce fait, de l’autre partie de l’Eau déjà gardée, faut tirer l’Esprit de la Terre, comme dessus est dit, et faire une Terre nouvelle, jetant la vieille qui ne peut plus servir ; puis laver icelle Terre tant de fois qu’aucune impureté n’y demeure, puis que par autre manière que devant cela ne se peut, rejetez les Eaux dorées sur ledit Corps par petites digestions et imbibitions, puis retirez les Eaux à bain doux : et ce, tant de fois réitérez que la Terre reboive son Esprit ; et pour ce faire, il n’est pas nécessaire de séparer ladite Ame d’icelle Eau. 
Mais note que la Terre ne reboira pas son humeur si en icelle il demeure quelque ordure, et étant rejointes ensemble avec raison ; c’est la matière de la Pierre que tu remettras au fourneau, au pourrissement comme sera ci-après déclaré car tu verras une parfaite sublimation, qui séparant le pur de l’impur fera sortir le Mercure clair et resplendissant, qui par une fixation philosophique, te donnera une Pierre parfaite, et te suffise. 
Car si dire je voulais toutes les merveilles qui y sont, pas de confiance tu n’aurais à mes écrits, et croirais mes paroles fourbes. Comme aussi la brièveté que je garde tu pourrais négliger de les mettre à l’expériment (dont Dieu te gardée). Car quand en iceux serait décevance, moult saches bien, que besoin est que tu crois enquérir, et quelle lumière le travail garde aux hommes de bonne foy. Car deux choses font faillir maintes gens en la Théorie et les empêchent de rien entreprendre, savoir peu de foi et de patience. Et en la Pratique, trop d’Eau ou de Feu. 
Car ces choses bien notées font beaucoup savoir, qu’il faut premièrement croire, être baptisé de Feu et d’Eau, et porter patiemment les afflictions de ce Monde, si l’on veut avoir la Vie éternelle. Hé, mon Enfant, la chose n’est pas si difficile que les mécréants de la foi jugent, car en bref tu sauras la Vérité, si patience est avec toi, pourvu que tu aies ces quatre choses en mémoire. Car sans la foi jamais tu ne pourras croire telles merveilles ; sans la patience, mettre rien en imagination, ni sans les mesures du Feu et de l’Eau, mener rien à fin. 
Le peu d’humidité est bien retardation à la Pierre, mais le trop est la ruine d’icelle, et ainsi du Feu . Car en ce, l’Esprit et l’Entendement avancent avec l’aide du fourneau, car en vain tourne-t-on les chevilles de la Harpe, qui ne sait quel ton prendre. Vrai est que l’on peut se remettre a penser à la chose que l’on cherche, soit siccité, frigidité, chaleur ou humidité, car temperation sert où excès est nuisible. Et quand besoin est d’aller d’un extrême à l’autre, comme il arrive en l’Œuvre, ce ne peut être sans de grands changements qui n’arrivent pas tous à la fois, mais peu à peu ; ainsi les plus rudes impositions sont exercées sur les peuples, et les plus fiers Lions sont adoucis, le tout par modération ; car ce qui se fait par saut, court risque de brûlement.
Deux choses sont en notre Matière, qui doivent être notées : la première est la dureté et compactibilité d’icelui Corps, lequel ne peut être amolli que par sa même substance, laquelle lui est rendue ; la seconde est la conservation de son Espèce, où toutes telles paroles ne sont entendues qu’en la Putréfaction, où les deux parties du Corps sont ramassées, et est une femelle, et l’autre d’autre sexe, tant que par son humidité, elle attire la siccité de l’autre à putréfaction, qui est le grand Secret ; car là sont contenus tous les mystères de la Pierre. 
Et en cette partie, pourras considérer le degré de chaleur par la chaleur d’un fumier, ou de quelque autre chose en putréfaction, mais comme une chaleur lente et mortifiée. Et cela considère avec la mesure de l’Eau, qui coutumièrement n’est que de dix contre un ; moult grande mésaventure à tard arrivera ; car si une fois mésaventure arrive, l’autre se réparera, car ne te soucies autre chose enquérir, si à icelle Œuvre veux entendre, faut délier le Corps de son impureté, puis le parfaire selon Nature : et déligature ne se fait qu’en la préparation et putréfaction. 
Et en tout l’Œuvre, il n’y a que deux dissolutions parfaites, savoir ladite putréfaction et la projection, qui ne sont aidées que de même nature. Mes paroles sont claires, et pourtant douteras-tu de leur vérité jusqu’à ce que connaissance t’en soit donnée dès la première expérience que tu en tireras, pourvu que tu sois un peu théoriquant, ainsi qu’apprendre je t’ai fait ; mais que la corruption du Monde ne t’aie ruiné. 
Après, cherche le maniement des vaisseaux, et agencement des matières, car cela convient ; et en suivant ces présents Traités de mot à mot, moult de merveilles paraîtront devant tes yeux. Et par ces mêmes erreurs te feras sage ; ayant, comme dit est, la connaissance de la Théorie, et sachant quelles sont les Matières, et ce qu’en icelles il faut chercher ; car quoique sous brièveté j’ai introduit la Science complète, néanmoins la plus commune séquelle des hommes déjà ne seront plus savants, sans icelle foi, patience et ferme confiance en Dieu, duquel tous nos biens proviennent ; puis étant en icelle grâce, enquérir lors pourras ce que c’est que la Pierre, laquelle Lulle déclare assez en sa Théorie. 
Cela étant connu, avise dans le même Lulle en son Œuvre pratique le moyen d’opérer ; ce que par toi as aperçu. Gardes l’Eau et le Feu ; mais aucun ne te donnera le fourneau si à clair que j’ai fait, car sans icelui à rien ne pourras venir. Et si je t’avertis, que des deux moyens d’opérer, dont l’un est faux et l’autre vrai, et le vrai caché sous le faux. Et aussi ai répété une même chose plusieurs fois ; mais comme je t’ai dit en mes autres Chapitres, de l’homme qui parmi une multitude est trouvé se connaissant parfaitement, je te dirai que tu trouveras une perle parmi un tonneau de grains, où un aveugle n’en viendra pas à bout, en ce qu’en contient la main. 
Ainsi si par mon Enseignement les yeux te sont ouverts, ne doute pas d’icelle pratique étudiée : car tu ne sauras assez démêler ce que l’Œuvre requiert, si plus n’es savant de mes exhortements. Mais garde-toi d’autre Livre enquérir sinon dudit Lulle, ou de quelque autre que tu sauras bien l’avoir fait, comme nos Compagnons, qui ont laissé à leurs Enfants Livres écrits de ladite Science, dans lesquels peut être prise leçon de grand prix. Mais ce qu’ils n’ont osé dire, je le mets ici sur ta conscience, dont je m’assure que mésaventure n’adviendra. Ainsi je mettrai fin à ce Chapitre pour dire l’Œuvre de la Maîtrise ; mais le S. Esprit soit en ma pensée. Amen.


CHAPITRE V
De l’Œuvre

Tout inquisiteur d’aucun Art doit être Théoriquant, avant que de mettre la main à la Pratique ; car qui moult n’entend ce qu’il cherche, à tard peut à chef venir, comme tant de labourants ineptes, qui sont simples sophistiques, perdent leur temps et leur bien, sans rien trouver de ce qu’ils cherchent ; mais au contraire celui qui chemine en quelque lieu qu’il connaît, quoi qu’il puisse s’égarer, il arrive pourtant tôt ou tard au lieu où il désire : et quand connaissance n’aurait de la situation du lieu où il tend, autrement que vers le Levant ou leSeptentrion, toujours viendra-t-il à l’achèvement ; car à force de marcher vers ce climat, trouvera en fin finale quelqu’un qui lui enseignera la Cité, si il en sait le nom. 

Ainsi est-il de notre Œuvre ; car celui qui ne sait quel chemin prendre, pourra consommer tout son temps sur le Plomb, sur l’Etain, ou quelque autre matière qu’il désirera, par quelque conformité de nom ou de qualité qu’il trouvera écrite ; mais au contraire celui qui s’étudiera sur le plus noble, pourra bien attendre une plus noble issue. Car quand on n’aurait autre avertissement, que chaque chose ne peut donner que ce qu’elle a, n’est-ce pas suffisamment pour nous faire chercher perfection dans la perfection, et non dans l’imperfection ; encore que sans icelles choses imparfaites, la Pierre ne pourrait étendre sa Vertu : car c’est la Terre, où besoin est de jeter notre semence, pour la convertir en icelle semence. 
Ainsi l’Or est donc la Matière, lequel doit être ramené à sa première Matière, savoir en Soufre et Mercure, par la séparation et purgation d’iceux ; c’est à dire de leur Terre impure, qui tient ce Corps enseveli comme dans un sépulcre, qui est la cause pourquoi l’Esprit ne peut agir, comme il fera après qu’il en sera dépouillé, non que besoin soit de séparer toute icelle terre, mais la purifier et la nettoyer, comme dit est ; car elle est le Corps, comme l’Eau est l’Esprit, et le Feu, l’Ame et la splendeur, qui rend illuminé ce Corps. Mais d’autant qu’en mes petits Chapitres, tant de détours ne sont trouvés qu’à cause de Rasés et autres ; n’entre en doutance, que Vérité n’y soit, car obscurité ne sert qu’à desvoyer. Et je te veux au clair mettre. 
Car si en iceux n’est trouvée chose suffisante selon ton opinion, cherche la où je te l’ai enseignée, encore que je t’aie tout dit ; mais quantité d’opinions confortent les résolutions. Et si tu crois que je n’aie dit choses suffisantes, pourtant n’ai-je dit choses inutiles : mais surtout garde silence, et si profit ne t’advient d’icelui mon Traité mince le, comme dit est ; car tel ne sait à profit mettre, ce qu’autres recueillent bien, donc quelque fois arrivent inconscients, et contre opinions d’aucuns investigateurs ruraux, mes dits veuillent être notés puisqu’en iceux est mis le plus grand Trésor de la Terre. 
C’est pourquoi sur tout aies les yeux fichés sur cette noble matière, dans laquelle est ce que nous cherchons ; mais il la faut dépouiller par un régime très lent et doux ; que son humidité radicale n’en reçoive dommage, mais hâte est à fuir, et nécessité est que les Saisons apportent feuilles, fleurs et fruits. Car les plus hauts sapins n’ont été élevés tout d’un coup, mais petit à petit, goûte à goûte ; ainsi faut que le Corps soit mené en sa nature par même manière qu’il a été fait Corps ; savoir par dépurations, car l’Esprit sortira du Corps, et désirera de suivre l’Eau, et l’Ame semblablement. 
Ainsi demeurera la Terre seule, laquelle sera aussi élevée par l’Eau, jusqu’à ce que rien ne monte ; et ce qui restera au fond sera inutile, puis faudra retraire sa terre, c’est à dire la séparer de l’eau. Et recommencer ce dernier labeur tant de fois qu’il n’y demeure plus de fondrière, alors sera la Terre purgée, sur laquelle petit à petit tu rebouteras l’Esprit, et quand iceux seront ainsi assemblés, mets tout le feu dans un rond vaisseau, d’où il ne sortira que tu ne voies ta Matière sortie en Mercure clair, qui s’attachera au côté du vaisseau ; alors amalgameras ce Mercure avec l’Or des Philosophes, qui est l’Ame susdite que mettras dans un matras au fourneau que je t’ai enseigné. 
Et là sera 40 ou 50 jours, avec un feu très doux que tu régleras, boutant souvent la main dans le fourneau, ou jugeant de ton œil à la matière ; qu’elle ne soit point trop vite menée. Car note qu’en icelle matière est un feu enfermé, tant petit qu’en bref temps il peut être suffoqué. Et icelui feu avons besoin de conserver ; car pourvu que mort ne lui arrive, ayant pris à gré notre feu, il se réjouira en icelui, et de lui s’augmentera si fort qu’il dominera l’humidité de la Matière ; alors force sera que putréfaction arrive de toute la Matière pêle-mêle, et sera tournée en la couleur du Vert lézard, qui petit à petit se tournera sur le basané, puis en noir, que tu regarderas souvent par les fenestrages en levant la moitié du vaisseau de bois avec le fil d’archal. Ici est la grande difficulté de l’Art, figurée par tant d’allégories des Philosophes ; c’est aussi leur mer, leur forêt et en un mot tout l’Œuvre ; car par icelle putréfaction, la Nature se convertit et change de forme, et nul changement ni mutation ne se peut faire d’aucune chose qui soit au Monde que par la putréfaction. C’est l’Eau mystique des Philosophes, qui est vile en toutes choses, et sans laquelle rien ne s’engendre. Et si l’on te demandait le moyen de faire la Pierre, comme aussi toute autre chose, tu le pourras enseigner par icelle parole : Putréfie. Car sans icelle putréfaction rien ne se fait, et icelle seule suffit. 
Ainsi ne cherche autre chose, mais qu’à icelle tu puisses parvenir ; car pour garder brièveté, comme dit est, autre long procédé ne te veux faire, ni de Dragons ni de Lions, ni de Chiens, ni autres animaux, ni de séparations d’Eléments, ni toute autre chose; car qui croirait que pour convertir la Terre en Feu, il faut premièrement conversion d’Eléments ; car premier, la Terre se fait Eau, puis l’Eau se fait Air, et l’Air est fait Feu, plus prochain en voisineté de l’Air que la Terre ; mais ce procédé est long et brouille plus qu’il n’enseigne. 
Notre Composé donc étant noirci, il faut qu’il vienne à blanchissement, et blancheur n’y peut venir sans se faire gris, mais le Feu continue son opération jusqu’à blanchissement parfait ; car alors il se doit augmenter doucement, et non tout d’un coup, à mesure que le Corps croît nourrissement lui doit être baillé. Et le lait de notre Pierre est le Feu ; car elle n’est que Feu, laquelle requiert fort Feu, selon la force de la complexion, et icelle fut figurée par le Prophète Elie, qui dévorait les flammes de Feu toutes entières. 
Entre les prédites couleurs, en adviennent moult d’autres, mais icelles ne dois rechercher, comme folles fleurs qui de rien ne servent ; et par ces brèves paroles as toute la Science décrite, qu’aucune chose demeure à dire ; mais le labeur sera à toi enseignement, quand plusieurs choses arriveront contre ta pensée, lesquelles souvenance auras d’avoir leu dans les Livres, dont le nom de Dieu soit béni. Et ce qui me reste encore à recommander est foi, patience, et pureté, sans laquelle avec la proportion et tes agencements retardement serait. Venons donc au reste de l’œuvre.


CHAPITRE VI

De la Multiplication

Fermentation est extraction de la substance ; mais nous n’avons pas besoin d’en faire autrement mémoire que ce que dit a été, et sera parlé après. Mais la Multiplication est nécessaire à savoir, qui n’est par qu’une pure réitération de l’Œuvre ; c’est à savoir aux matériaux et non point à la longueur du temps, car si le premier Œuvre a été accompli en neuf mois, le second le sera en trois, le troisième en trois semaines, et à la fin en bref temps. Car au premier longueur de temps est requise, d’autant que la Nature est morte, pour le peu de vigueur qui est en elle ; laquelle vigueur néanmoins est l’entrée et le levain de la Pierre. 

Car sans icelle en vain travaillerait notre Feu, car rien de lui n’entrerait dans la matière ; mais icelle a Vertu attractive de tirer son nourrissement du Feu des Philosophes, et tant plus sa force et sa vertu croît, et tant plus puissamment il agit sur notre Feu, et en plus bref temps attire son nourrissement de lui ; et enfin se voit fait Feu pur. C’est pourquoi au commencement, il ne vainc pas si tôt car l’ennemi est dix fois plus puissant, et à présent que sa force est augmentée de dix fois, ils sont égaux, et dès lors qu’ils sentent le Feu commun icelle putréfaction arrive. Ainsi ils augmentent en vertu projective, dont je ferai mention à la fin de ce Traité.


CHAPITRE VII

De la Projection

Encore que dans les Livres des Philosophes la Projection y soit, si est-ce que pour ne rien oublier ; afin que force ne te soit d’iceux requérir, je dirai. Que tout assemblage de parties contraires ne se peut faire sans quelque médiateur qui aie de la pénétration aux volontés de l’un et de l’autre pour les savoir unir. Or l’Elixir est si éloigné des Métaux imparfaits, qu’en iceux il ne voudrait se marier, sans l’obligation et engagement de la foi promise. Et pour ce que cet Elixir est venu de l’Or, cet Or a ce pouvoir sur l’Elixir de lui faire promettre liaison et mariage avec soi sans crainte, lequel le tenant fermement le force d’entrer en iceux autres Corps ; non toutefois sans regret qu’il en reçoit, ce qu’il témoigne par la plainte qu’il en fait en sa projection. 

Il faut donc mettre trois ou quatre parts d’Or affiné à fondre dans un creuset ; lequel étant fondu, mettras une partie de ton Elixir dessus, et iceux remueras avec un petit bâton tant qu’ils soient bien mêlés, puis les jetteras en lingot, et sera Médecine pour les Métaux. Et si ton Œuvre est au blanc, mets de l’Argent au lieu d’Or. Mais pour la Médecine des Corps humains, cette Matière requiert plus ample déclaration, que tu trouveras assez dans Lulle. 
Assez est dit de ces choses quant à présent, que de voir tu ne doutes de travailler. Car si par ce m’en petit Traité tu n’y peux venir, ne crois pas que tous ceux de Lulle, ni des autres, te doivent suffire, non que je te les défende, mais je te les recommande ; mais non qu’après expérience en auras fait ; parce que leurs paroles sont par moi déclarées brièvement, et les miennes ne seront trouvées en aucun de leurs Livres, sinon de manière voilée et mêlées parmi des choses fabuleuses. Prie Dieu qu’il t’inspire, car sans sa grâce rien ne peut être fait ; et observe moult mes Enseignements, afin que infortune n’arrive par ce défaut, et qu’après le cours de cette vie, rien ne nous empêche le Royaume céleste, où nous veuille conduire le Père, le Fils, et le Saint Esprit. Amen. 
  
  

LIVRE QUATRIEME


Ceci est mon dernier propos en forme d’Epilogue auquel l'Œuvre est répétée et moult bien enseignée, à qui suivre la voudra de mes Enfants, quoique avec peu d’obscurité, en quelque lieu Vérité y est pourtant mise, et plus grande lumière ne peut être donnée. 

Quand il est question qu’aucun s’adonne à un besoin, où il croie passer sa vie, icelui trop ne saurait bien entendre ; pourquoi en icelui apprentissage n’est jamais le temps inutilement employé, ni le retard déjà à l’ouvrier n’est nuisible ; car en quelque petit Art que ce soit, moult doit-on s’éprouver avant nulle besogne exposer. Ainsi qu’en notre Science, Théorie doit avant marcher, puis doit Pratique suivre. 
Car icelle notre Philosophie, qui onc par nulle autre Science ne se mesura, mérite bien que celui qui la recherche, à icelle tout à fait s’adonne, sans temps ni occasion perdre, ni en ses opinions varier jusqu’à l’expérimentation dernière ; toutefois qu’elle soit fondée sur raison, et non pas cuider que cet Art nous vient sans le quérir, vu que la moindre Science consomme les jeunes ans des Etudiants sans beaucoup savoir ni acquérir profit par leurs études, non plus que les flatteurs de Cour, qui auprès des Grands meurent ruinés. Ces avares marchands et artisans, aussi tous légistes et autres officiers, consomment leurs ans et leurs Corps, premier qu’à grand avoir puissent parvenir, tant sont les choses du monde peu profitables ; mais en icelui noble Art de Philosophie gît le Trésor des Rois, la faveur des Peuples, et la gloire des Cieux ; car moyennant icelui, à l’homme n’est rien impossible. 
Ainsi, mon Enfant, à l’enquérir tout autre chose délaisse, non que je veuille qu’à mes Enseignements seuls tu obtempères ; mais à ceux de tous les bons auteurs qui nous ont précédés, et desquels je ne suis qu’imitateur, comme Lulle, déjà par moi tant recommandé ; car icelui bien entendu ne doute pas d’entrer en labeur ; mais encore que par ci-devant je t’aie baillé l’Œuvre entier en laquelle peu de choses est obscurcie. Si est-ce que le regret que j’ai de n’oser parler plus à découvert, me fait encore donner ce petit Abrégé, auquel sera plusieurs fois répété le Magistère, que tu noteras avec bon Engin, comme chose de grand prix ; car encore qu’il semble différer de parole, néanmoins l’intention n’est qu’une, quoi que l’un puisse dire ce que l’autre omet. Et que si la différence y est trouvée, ce n’est que la différence des opérations, selon la différence des Magistères. 
Car il est plusieurs Magistères, dont les uns sont simplement appelés Minières, desquels je ne parle point ; les autres sont dits Pierres, dont il est deux sortes : c’est à savoir que l’opération de l’une ne gît tant seulement qu’à bien laver le Corps, tant par Eau que par Feu. L’opération de l’autre est de faire l’Or de l’Azoth vif; la facture et la génération duquel ensuit Nature en la procréation des Métaux, et pour icelle bien composer, moult convient savoir la fabrique des fours, à ce qu’ils n’excèdent point tant en augmentation qu’en diminution selon les degrés nécessaires, desquels nous parlerons tantôt ; car les Feux sont à noter, aussi bien que la façon et qualité du vaisseau de l’Œuvre. 
Laquelle Œuvre consiste en quatre parties, savoir en solution, congélation, albification et rubification ; lesquelles quatre parties je déclarerai selon l’intention des Philosophes, et non par des ignares ruraux, qui prennent les syllabes pour l’intention. 
Car il est deux solutions en l’Œuvre, dont l’une est mystique et l’autre philosophique. Il est aussi deux Conjonctions ou Mariages, l’un ordinaire et l’autre philosophal. Le simple n’est qu’assemblement des parties, mais le philosophique est la conjonction qui se fait sur le Feu, savoir en la dissolution naturelle du Corps, et en la congélation de l’Esprit; car ce Corps et cet Esprit se rencontrent l’un l’autre et se joignent ensemble, savoir l’Eau épaissie jusqu’à un certain point, et le Corps amolli en même degré. 
Car la partie générative met sa vertu dans le subtil qui est l’Air, et par ainsi sont joints, et est la solution, congélation, division, composition et putréfaction des Philosophes cachée jusqu’à aujourd’hui, et laisse la diversité des mots, toutes ces choses ne sont qu’une même opération, après laquelle vient l’imbibition de la moitié du poids de la matière par l’Eau d’icelle jusqu’au blanchissement, après lequel autre imbibition est faite, et puis vient le compost à rubification, et sont les quatre parties déjà déclarées. 
Mais avant toute chose, faut que le Corps, comme dit est, soit dissout, afin que la chaleur entre en sa profondité, pour après le redissoudre et le congeler, comme dit est, avec la chose qui s’en est approchée. Car ainsi que les vers sont produits d’une seule matière, le bled seul engendre autre bled, dont le Soleil et l’humidité de l’Eau causent la germination, qui produisent son semblable, est à la fin icelui bled converti en la chair et sang de l’Homme. Ainsi notre Feu, qui en ce ressemble le Soleil, est la vie et la mort de notre Pierre, par un certain entre-deux en sa spiritualité ; et pour bien dire en un mot, quelle est icelle notre Pierre, icelui bled en est l’exemple. Car icelle n’est qu’une semence métallique tirée de semblable Corps, et semée en Terre métallique, pour engendrer une chose de sa Nature par rapprochement de Nature métallique. 
Or pour à icelle Œuvre venir, maintes choses sont requises, premièrement le temps. Quoiqu’en tout temps icelle se puisse faire ; mais le Printemps surtout avance l’Œuvre, d’autant que la froideur de l’Hiver, venant à frapper le fourneau, le Feu s’en ressent et perd une partie de sa force ; de manière qu’à tel temps moult sera nécessaire le talent de l’ouvrier, pour aider le Feu contre cette froidure. Secondement, faut que le lieu soit libre et secret, et apte à tout faire sans nulle contrainte. Tiercement, faut que la personne soit douce, égale, paisible, constante et adroite, et ne contrarie nullement à son Compagnon, par quelque motif de présomption, sinon pour donner conseil suivant raison et Nature. Pour les Matières, déjà par moi ont été assez déclarées, en sorte que meilleure explication n’en puisse être faite, qu’en déclarant que toute chose engendre son semblable : que Nature s’approche de Nature et se joint à icelle ; et que Nature contient Nature ; car toute chose étrangère est rejetée de l’ouvrage. 
Mais pour les commencements entendre, sache que toute teinture seiche est inutile en sa siccité ; mais par l’Eau toute couleur est apportée sur le drap. Or nous avons vu dans la procréation des Métaux, trois principales matières, dont la première est une vapeur humide, clamée Mercure ; et la seconde est la chaleur de la Terre, qui est le Soufre ; desquelles deux matières est engendrée la première matière des Métaux. Et d’autant que besoin est de réduire iceux Métaux en icelle première Matière, moult convient iceux subtilier, comme dit est, pour d’icelle extraire icelle première et seconde Matière ; car quand mesure notre Pierre se pourrait construire d’Animaux et Végétaux, comme aucuns veulent, il faudrait tirer d’eux Argent vif et Soufre, par longue dissolution, vu que Nature en nul règne ne parfait point une chose sans l’égale mixtion de ces deux parties. 
Il est aussi entre les hommes trois sortes de complexions, dont les uns sont tout à fait grossiers et ruraux, qui n’ont aucun bon engin ; autres sont très subtils et croient tout savoir, et à rien ne viennent, lesquels inventent choses hors de la Nature, et aucun Livre ne veulent entendre ; mais les troisièmes sont plus parfaits, et entre ces extrémités tiennent le milieu, et participent en médiocrité des uns et des autres ; car comme le fort vin, à cause de sa chaleur, nuit à la santé humaine, de même, l’Eau tue par sa crudité ; mais le mélange proportionné des deux est moult convenable. 
Donc en la Pierre des Philosophes la première matière d’icelle n’est pas la première matière de toutes choses, ni aussi les Métaux, mais environ iceux est trouvée notre première Matière ; car il faut que le Corps soit rétrogradé, non jusqu’aux quatre Eléments, mais aux principes métalliques. Et quand icelui Corps est avili de forme, il faut qu’icelui prenne nouvelle forme dans son Menstrue minéral, et d’icelui prenne substance ; comme on voit au ventre de la femme, l’enfant prendre nourriture des menstrues d’icelle, jusqu’à l’âge d’être engendré sur Terre. 
Ainsi la première Matière des Métaux est icelle vapeur de la Terre, et icelle chaleur, desquelles est engendrée notre Matière par la conjonction des deux ; car la Terre ou l’Eau seule sont inutiles, mais par leur mélange proportionné sont engendrées toutes choses. Et afin que pas tu ne doutes de mes paroles, regarde les Minières qui encore aujourd’hui sont ; auxquelles quoique l’Air y entre, montent toujours icelles vapeurs chaudes en telle abondance, que les Labourants, qui là travaillent, à peine Soufrent leur chemise, par la chaleur qui en ces lieux habite par icelles vapeurs ; voire, et si tant montent icelles, que souvent advient qu’iceux seraient suffoqués, si plus longue demeure ils y voulaient faire. Car aussitôt on les voit sortir, que leur chandelle se veut éteindre; et quand ils sont retournés en la minière, trouvent icelles vapeurs attachées aux murs d’icelle, et au moindre attouchement se condensent en gouttelettes huileuses. 
C’est là le premier Menstrue des Philosophes, duquel nous aurions bien besoin. Mais le Feu est le régime de tout, lequel est divisé en trois, dont le premier procède du Soleil, lequel coopère insensiblement à toute génération, comme premier Agent de Nature, lequel est dans toute sorte de semence et est clamé Feu naturel. Le second est celui qui, partant du centre à la circonférence de la Terre, porte icelles vapeurs fumeuses, et est dit innaturel ; auquel est comparé celui de l’Art, par l’administration duquel est augmenté le naturel ; le troisième est dit contre Nature, qui est engendré du premier, savoir des vapeurs des Métaux, et pourrit le composé, comme nous avons entendu du Premier Menstrue, qui corrompt tant la matière hors la forme spécifique, qu’elle est menée à génération ; et par ainsi le naturel, et contre Nature, ne sont qu’une même chose ; sinon que le contre Nature, par plus grande débilitation, marche plus lentement en détruisant la matière. Et au contraire le naturel comme plus vigoureux en générant icelle, lequel se nourrit de l’autre, qui est son extrinsèque, et toutefois ne parait rien sur icelle matière ledit extrinsèque sans l’intrinsèque, qui est ledit Feu naturel ; ainsi l’un réveille l’autre, qui dissout parfaitement le Corps, moyennant le fourneau, dont les degrés sont en première instance, chaleur de fièvre ou de fumier ; le second de Bain ; le troisième de Cendre, et le quatrième de Charbon ou de flamme : car en iceux sont les digestions successives, dont la première est la solution du Corps, laquelle se fait en la conjonction du mâle et de la femelle, d’où vient putréfaction en une Eau homogénée par ce Feu débile ; la seconde est séparation des Eaux, où les Eléments se tirent du Chaos, comme les Philosophes disent ; et la troisième vient comme une Eau qui est appelée l’Eau de rosée ; et en la quatrième sont tous les Eléments fixés. De laquelle procession rend témoignage Nicolas Flamel ; mais surtout garde que l’extrinsèque ne détruise l’intrinsèque, ou lui manque de garantie ; c’est à dire, garde le Feu et l’Air ensemble, qui veulent bien être conservés à nourrir par icelle digestion, sans que l’humidité ou frigidité d’icelle Pierre leur fasse dommage. Garde encore l’Air et l’Eau de la combustion du Feu, en conservant aussi le Froid et le Sec ; car tous ces quatre cherchent leur conservation en nourriture par les proportions et degrés de la chaleur du fourneau ; car le Feu et l’Azoth suffisent; mais l’Azoth, qui est la composition qui contient en soi les-dits quatre Eléments, est Argent vif et non vulgaire, mais celui qui est tiré des Corps, et non de la minière, dissout par l’Argent vif, d’autant qu’il est plus cuit que celui vulgaire ; car ce Corps est fait Eau mercuriale, de laquelle vient Azoth, comme Esprit animé. 
Et note que la première composition est faite de trois choses savoir Eau métallique ou Mercure sublimé du Levain blanc ou rouge, et du Second Soufre, desquels dans Lulle cherche les poids ; car comme Mercure prend couleur, il la communique aux autres. Il se tire aussi de la Pierre trois humeurs, en les dissolvant et coagulant l’une après l’autre ; savoir celle de l’Eau, celle de l’Air, et la radicale ; mais icelle radicale n’est que Feu, lequel ne veut pas tirer sa Cendre sinon par un feu doux de nature, et non comme l’humeur radicale du verre qui ne cède qu’à la force du Feu; et c’est ici la différence qu’il y a entre l’Art vitraire et notre Art. 
La Pierre est aussi faite d’une seule chose, laquelle contient deux, trois et quatre ; car les quatre Eléments y sont, les trois Principes, et les deux Matières, savoir le Soufre et le Mercure, non vulgaires en leur Nature, mais les Corps réduits en icelle matière ; car étant simplement parfaits, ils nous sont inutiles sans une ingénieuse mondification et séparation des choses imparfaites, dissolvant petit à petit au fumier philosophique la lie du Feu, de l’Air et de l’Eau, en sorte que la Pierre demeure sans ordure, et ce sera la séparation qui est dite. Sépare la Terre du Feu, et le subtil de l’Epais avec Industrie, car après l’exaltation de cette Pierre, la convient nourrir avec un Jus qui est sorti d’icelle en la première opération, qui est dite Eau de la Pierre. En sorte qu’un vaisseau, une matière, et un régime suffisent. 
Si est-ce que tant au commencement qu’à la fin plusieurs régimes, plusieurs vaisseaux, Matières et Feux sont requis, même jusqu’à sept Triturations. Mais ayant, comme dit est, plusieurs Mercures, iceux régimes causent leur diversité ; et pour ce qu’en ce lieu, je veux déclarer le Menstrue plus voisin de la matière d’icelle Pierre, sache qu’encore que l’Esprit ne se puisse joindre au Corps, comme dit est, qu’après qu’icelui Corps sera fait de nature d’Esprit par notre premier Menstrue, auquel est le Feu contre nature, autre Menstrue est requis, lequel est racine de notre Pierre et en icelle se convertit, ainsi comme Matrice aux Animaux, où ils trouvent création et nourriture, et de ce dernier Mercure sont faites multiplications, mettant une partie de l’Elixir sur mil d’icelui Argent vif et avec lui fixé dans le fourneau à Feu lent, puis l’augmentant par trois jours naturels qui est l’Œuvre de trois jours ; laquelle se peut réitérer jusqu’à une multiplication infinie. Ainsi l’Art se peut dire en brèves paroles, non pourtant comme les autres Sciences, mais par intelligences philosophiques ; car icelui ne peut-on autrement expliquer, quand bien on le croirait, sans similitude, tant il est noble et admirable. Aussi ne doit-il être révélé qu’avec figures et exemples : comme qui dirait, prends du Sol, broyé le avec Eau, le pourrissant en d’autres Eaux et par divers broiements le froisse fort avec Sels, et le brûle plusieurs fois pour acquérir pureté. Item, prends une part du Corps, et sept ou neuf, voire jusqu’à dix d’Esprit, que tu mettras au vaisseau dans le fourneau, où ils seront quarante ou cinquante jours devenant moult blancs et rouges, dont l’expérience se fera voir sur la lamine de fer rouge. Car si elle court sans fumée, alors prends trois parts de Levain rouge et deux part d’Eau et d’Air, et feras amalgame que digéreras par degrés, dont sortira un cristal rouge et transparent, duquel prends une part et met en creuset, et incérant goûte à goûte de son huile, tant qu’elle soit fondue et qu’elle coule sans fumée. Car alors tu auras perfection, tant au blanc qu’au rouge, mettant, comme dit est, un poids de cet Elixir sur pareil poids que devant d’Eau rouge ou blanche, suivant l’Elixir selon la manière déjà déclarée, dont assez soit dit, et te suffise si recommencer tu ne veux en cette manière. Extraits par l’Esprit cru l’Esprit digeste du Corps dissout, afin que tu aies une Cendre fixe que tu dissoudras en plus outre, puis trouveras en icelle huile gommeuse de pierre incombustible, qui est appelée Ame, qui est vivifiante les Natures unies, car tu disjoindras les Natures en Esprit, et les rassembleras en Huiles. 
Et en ces mots est tout l’Œuvre, outre ce que déjà par moi a été sermonné. Pour le fourneau, tu en as assez de connaissance, quoique d’autres encore sont maintenant dont je ne veux parler, mais par toi seront requis, si besoin en a, et que persévéremment tu daignes mes avertissements retenir ; car pas à moi ne tiendra qu’à chef ne vienne de cette Œuvre, mais te conduis à icelle autant qu’il m’est possible ; pourvu que l’avarice, ou la paresse, ne te commandent. 
Car pour ne laisser rien à dire dont tu eusses affaire, je t’augmenterai encore mon fourneau, si en l’état qu’il est il ne te suffit, changeant quelque chose d’icelui en icelle manière. Savoir, qu’au lieu de le construire, comme dit a été, tu le fasses seulement semblable au B.C.D.F.L.M.N. et O. Car tu ôteras A.G.H.I. et K. Et au lieu de A. feras un fenestrage semblable à celui de I. Et encore de G. et d’H., si besoin est, mais sur le tout, qu’il soit justement étoupé, afin que rien n’en puisse sortir ni entrer que par la volonté, sur lesquels sera fixement posé un vaisseau pareil à F. Et ce qui gît avec lui, afin que la chaleur vaporeuse du premier fourneau entre dans ladite F., tant que besoin sera, il pourra servir aux plus douces digestions, mais il faut que F. soit renforcé par dehors, à cause de l’Air qui battra contre.


LOUÉ SOIT DIEU 

AMEN

DEUS IN NOMINE TUO SALVUM ME FAC

Si tu veux savoir la manière 

De faire Pierre et Minière, 
Dans Lulle te convient voir ; 
C’est lui qui me l’a fait savoir, 
Et appris la droite facture 
Du même Or qu’engendre Nature. 
Mais pour la Pierre, il convient 
Avoir la liqueur qui en vient. 
C’est à savoir une semence, 
De force et de vertu immense, 
Dont l’Or et sa Femme produits 
A perfection soient conduits. 
Mais premier tu le dissoudras, 
Et en pierre le mettras . 
Ainsi que Nature et Science 
L’enseignent aux gens de conscience. 
En ses principes réduisant 
Ce noble métal et pesant ; 
Ainsi qu’on fait par sections, 
Des Corps humains dissections. 
Pour voir sur secrètes parties, 
Dessus qualités départies. 
Car une Semence en ce lieu 
Est commencement et milieu, 
Et fin de cet Œuvre admirable. 
C’est aussi, comme en a écrit, 
Un Sel, une Eau et un Esprit, 
Lesquels étant unis ensemble, 
Ne font qu’un baume, ce me semble, 
Et puis à ce baume parfait, 
Mercure est baillé en effet. 
Puis vient d’eux une huile saillir, 
Incombustible sans faillir. 
Qui est occasion de plus, 
Que Mercure on ne connaît plus 
Et a sans ailes dévoré 
Queue du Dragon envenimé ; 
Puis Mars en quête par raison, 
Fait mettre Mercure en prison 
Par les chevaux légers du Camp, 
Et le donne en garde à Vulcain. 
Alors les couleurs paraissant, 
Vont l’une après l’autre naissant, 
Plomb étant, puis Mars comme foudre, 
Rend les os du Mercure en poudre. 
Puis la Lune d’un habit gris 
Argenté des Eaux qu’elle a pris, 
Avec larmes et tout en deuil, 
Pleure son mary le Soleil. 
Et priant pour sa délivrance, 
Les importune à toute outrance. 
Néanmoins Vulcain le Geôlier 
 Continue son Feu journalier. 
Jusqu’à tant que Vénus la belle 
Arrive pourtant entour d’elle, 
Manteau rouge doublé de vert 
Dont tout son beau Corps est couvert, 
Tenant entre ses mains pendantes 
Des Fleurs moult odoriférantes. 
Après du Ciel, ou Air issant, 
Sort un Animal très puissant. 
Avec plusieurs petits encore, 
Lesquels soudain Vulcain dévore. 
Aussi fait la belle Vénus, 
Qui pour lui irait jus. 
Et si cria d’une voix haute, 
Femmes m’ont engendré sans faute. 
Et ma Semence en toutes parts, 
Au deçà, au-delà, espars ; 
Mais leur Ame en moi s’unissant, 
De leur Sang je m’irai paissant. 
Puis lui et ses petits ensemble, 
Qu’on dit qui à l’Or fort ressemble, 
En une chambre s’enferma, 
Et la porte sur lui ferma : 
Mangeant bien davantage encor, 
Qu’il n’avait fait jusqu’à or. 
Si bien ainsi qu’il avait fait, 
Cette première huile en effet, 
Incombustible et délectable, 
Qu’aucuns ont nommée Or potable 
Puis vint un Vieillard transparent, 
De cet Animal s’emparant, 
Duquel finit ici la chose, 
Que tout au long ici j’expose 
Par ce propos suivant enfin, 
Auquel maintenant je mets fin 
Pour te dire que si tu es Sage, 
Ici feras apprentissage 
Du plus grand Secret que jamais 
Enseigna le Sage Hermès.


DIEU SOIT BÉNI AMEN


LIVRE V

PREMIER CHAPITRE DE THÉORIE

Mon très cher et naturel Fils, quoi que par ci-devant, l’Amour paternel m’ait induit à te déclarer moult choses grandement hautes et merveilleuses, lesquels jà homme m’avait tant clairement dit, mais chaque obscurcissant icelles par similitudes figuratives, afin de dévoyer les indignes qui ce noble Art recherchent, et enseigner les Enfants de Science, lequel je te commande garder sous silence, et icelui à nul homme révéler sous peine de damnation, comme il nous a été enchargé par ceux de qui icelui tenons. Car toutes choses seraient avilies sur la Terre ; mais icelui garde en ton cœur, autrement ne t’enseignerais pas ; lequel toute signifiance et déclaration te donnera : car quoique par ci-devant aie vérité certaine d’icelui Art, pourtant en lui sont plusieurs visages, desquels cette présente Théorie te gardera, pourvu que tu sois vrai imitateur de doctrine et pieux. 

Car quand par tes mains propres aurais vu tout l’Œuvre mené à fin, jà n’en serais pour cela plus savant, si ta conscience était souillée, parce que dévoiement arrivera à tout homme qui icelle croira usurper et déjà n’arrivera à l’effet de ses pratiques, quelque bon engin ait-il, et quelque droite voie pût-il tenir. Car assez ont été d’icelles par leurs vices déboutés, en sorte qu’ils en eussent expérience. Et pour ce ont les Juifs et Arabes icelle perdue, comme indignes, lesquels pourtant l’avoient entre eux par tradition, comme Cabale traditionnelle ; laquelle fut par le Tout Puissant donnée à Moïse sur la Montagne de Sinaï, et icelle ainsi gardée de Père en Fils, sans écriture, jusqu’à Esdras ; et puis d’Esdras à David Roy, par certains chiffres et caractères, parmi les sacrées histoires des Hébreux, pour par icelle, être fait et construit ce moult et merveilleux édifice du Temple de Dieu. Mais icelui Roy David se corrompant en ses mœurs par l’impureté, fut, non seulement destitué d’icelui Art, mais encore privé de voir la construction de ce bel édifice. 
Ce que je te dis, comme il m’a été enseigné, par une certaine copie d’icelle Cabale traditionnelle judaïque, laquelle était dite Magie, qui est la Science philosophique, de laquelle Hermès, Pythagore, Numa Pompilius, et plusieurs autres, ont fait école à la jeunesse, non point pour icelle Science seulement, ou Art de la Pierre savoir, mais pour toutes les connaissances de Nature, accord et connaissance d’icelle, et aussi pour découvrir les choses occultes et cachées aux hommes, en joignant les choses supérieures aux inférieures, par vrai mariage. 
Et appliquant par nature les choses actives aux passives, de sorte qu’il en naît choses admirables à voir et entendre, et d’autres qui sont réputées à miracle, comme faire naître roses, et raisins en Mars, ou en un instant plusieurs reptiles et animaux sur la Terre. Item pluies et tonnerres, ce qui a fait dire que les ruraux ont cru que cette Magie fût de la part de Satan, changeant le mot de Magie en Sorcellerie et enchantement. Tels savants Philosophes ont été Hermès, Joseph, Amanadus, Ptolémée, Apollonius et plusieurs autres, lesquels il serait long de raconter ; mais surtout Salomon Roy fils de David, lequel était si moult savant et subtil personnage, qu’il arguait et disputait depuis le plus haut cèdre du Liban, jusqu’à la plus petite feuille d’hysope. 
Tels ont été aussi ceux qui, en l’enfantement du Fils de Dieu, vinrent lui porter présents mystérieux et convenant à sa grandeur et à la capacité de leur doctrine. Depuis, iceux ont été maints labourants en icelui Art, comme Arnaud, Bacon, et plusieurs autres ; entre lesquels de bonne mémoire fut le bon Lulle, tant recommandé, principalement son Testament et son Codicille. Car encore que je t’aie donné la Science tant bien écrite, pourtant ne t’ébahis pas si en iceux écrits, sont aucuns points obscurs aux ignorants. Car quiconque donnerait icelle en telle manière que tout le monde pût icelle pratiquer, mériterait plus d’Enfer et de damnation qu’il n’y a de brins d’herbes sur la Terre. 
Et quand par un Juif, Flamel eut explication de ses Tableaux, pourtant fut-il longtemps, premier qu’à icelle venir ; car tout ouvrier, tant bien endoctriné soit-il, doit moult contribuer de son labeur avec patience, constante et ferme Foy en Dieu. Ainsi ne t’en préoccupe pas, d’icelles obscurités ; mais qu’on lui boute ta cure, et en iceux mes Ecrits, réservant toutefois par dessus tous, ceux de Lulle, tant par moi recommandé, pour ce qu’il m’est impossible de tout dire, quoi que tout par moi ait été dit ; mais non successivement, mais suivant raison et connaissance. 
Car comme dit est, le Labeur à toi sera enseignement, pourvu que tu ailles par le droit sentier, considérant tout premier, quelle chose tu cherches, pour quelle fin, et par quels moyens. Et je ne m’ébahis pas, si peu sont aujourd’hui qui à cet Art arrivent, vu la l’empressement, incrédulité, et impatience des Labourants, qui voudraient qu’icelle à eux vint sans s’enquérir, et icelle se fît sans main mettre. Car tels y a, qui ne se voudraient pas donner le temps, ni la peine de mettre en pratique, voire l’eussent-ils plus au clair que je ne te la donne. 
Hélas ! Un pauvre Etudiant est si tenu à un Livre, qui lui donnera seulement un mot de ce précieux Art, et toi ignorant, tu crois y parvenir sans peine et par labeur d’autrui. Celui la serait bien maudit, qui après la consommation de son temps et de sa jeunesse, la mettrait aux mains d’un tel fainéant et paresseux ; car nulle affaire mondaine n’est à icelui comparer. Pour quoi délaisse toute autre chose, et y vaque toi-même, ou bien plus à icelle ne vise. Donc, mon cher Enfant, de pareille et bonne affection que devant, à toi veux icelui petit Traité laisser, par lequel tu seras endoctriné par voie de théorie des plus principaux points, qui auraient pu être omis ou obscurcis aux autres mes précédons Traités.



CHAPITRE II

La connaissance de ce noble Art à nous est venue par Livres, tant Théoriques que Pratiques : ainsi comme le Traité de la Cabale judaïque, que le Seigneur donna à Moïse, pour être chèrement gardé entre les Enfants de Dieu, auxquels est donnée la connaissance parfaite de toute la Nature, tant inférieure que supérieure ; par laquelle, comme die est, sont les Enfants endoctrinés à conjoindre les choses selon leur propre genre et espèce, pour produire des choses de leur Nature, et merveilleuses à entendre. 

Donc plusieurs, comme dit est, par icelles connaissances, ont fait des miracles, comme les Magiciens de Pharaon contre les miracles de Moïse, lesquels, selon l’opinion d’aucuns, tiennent icelle science dès le temps du déluge : mais icelle connaissance naturelle se divise en plusieurs parties, desquelles la première est la connaissance astrale et conjonction des Eléments supérieurs et inférieurs, comme la génération des pluies et tonnerres : aussi des reptiles et mouches par la puissante Vertu naturelle, mais d’icelle n’entendons parler, mais de la seconde, qui est de notre intention, laquelle a mêmes principes et mêmes objets ; quoi qu’en partie elle soit restreinte et obligée à quelques Corps naturels, au lieu que la première est libre et non affectée à autre intention qu’à celle de l’ouvrier. 
La troisième, sont les Vertus occultes des Animaux et Végetaux, que les ruraux et mondains Médecins croient moult entendre, laquelle dérive et dépend de la seconde. Et par elle peut être sue et conçue de tout Artiste, icelle seconde est la Pierre en toutes ses circonstances, laquelle quoiqu’elle soit en tous lieux, n’est pourtant très parfaitement qu’en l’Or seul. Car en icelui est enclose toute la puissance de Nature, qui est dite Soufre, ou Feu. Car c’est une Vertu astrale qui après plusieurs circulations dans la Terre, c’est condensée et épaissie par double Vertu avec l’humidité de l’Air, qui à mesure lui est adjoint. Ainsi l’Or est la Médecine universelle et la fontaine de Vie. 
Et pour icelle Médecine avoir, il faut considérer premièrement ce que tu cherches, et par quelle voie tu veux opérer. Car pour faire un Arbre, il convient opérer naturellement de Natures vives, savoir qui aient vigueur et vertu croissante comme l’Arbre ; lequel a en soi une âme attirant de la Terre un nourrissement et multiplication d’Arbres, qui n’est point que Terre subtile, mêlée avec Eau, laquelle garde en son occulte quelque peu de Soufre, lequel Feu fait monter icelle Terre et Eau pour suivre son Compagnon, qui est jà dans le bois, par une certaine Vertu attractive et affinité, et dès qu’icelle Terre aqueuse entre en icelui bois par le petit bout de ses racines, commence icelle à prendre ladite nature de bois et se faire bois : car le plus gros de la Terre portée ainsi par l’Eau demeure au tronc ou branche pour l’augmentation d’icelui, le plus subtil va en feuille. 
Et lorsque l’Eau n’a plus force de monter, porte une vapeur subtile qui se fait fleur ; puis s’épaississant se fait fruit, au centre duquel se forment de petits grains dans lesquels l’Ame est imaginée par la vertu du Feu, comme dans le tout de l’Arbre. Laquelle par la Vertu du Soleil se mûrissant vient en acte et Vertu d’Ame. Et ainsi, l’espèce est continuée par sa semence, et par cette similitude ; l’Or a une semence imaginée, par laquelle il peut être multiplié, et fait Médecine sur les Corps imparfaits. 
Mais l’Or vulgaire est comme mort, et n’a aucune semence en lui : car il est comme l’herbe arrachée avant saison. Mais qui pourrait replanter icelle herbe et la faire mûrir, elle apporterait semence. Car multiplication d’herbes, ne gît qu’en herbes, et si icelle herbe n’a point de semence pour n’avoir pas eu assez de nourrissement dans la Terre, cherchons-nous icelle semence en herbe plus crue et plus verte, comme ceux qui vont aux Métaux imparfaits, lesquels sont plus crus et verts, que n’est pas l’Or et l’Argent ; ou bien ceux qui plus subtils que Nature même, vont aux quatre Eléments primordiaux, desquels Nature pourrait aussitôt faire un cheval qu’un Métal ; ou bien croient prendre la première Matière de toutes choses, ne jugeant pas que Nature est impuissante d’aucune nouvelle création, laquelle à Dieu seul appartient. 
Car il lui a plu créer toutes les choses du Monde de la première Matière, et donner à Nature puissance sur la seconde, savoir sur la semence ; quoiqu’il apparaisse sortir de Terre aucune chose sans semence, car aucunes fois, aucun lieu, ou matière, a pouvoir de donner forme nouvelle sans semence ; comme les vers au bois ; car alors l’espèce peut naître de la matière, et non point de l’espèce. Mais ce n’est pas de la seule première Matière universelle ; mais d’un Soufre contenu en icelle Matière qui a pouvoir et vertu de produire telle espèce. 
Car tout Soufre est mâle et levain, qui convertit la première Matière. Mais nous lui donnons la seconde. Car Nature m’a donné mon Corps, mais sans ma semence, impossible est à Nature de faire un semblable à moi. Car toutes choses s’engendrent de Mâle et de Femelle. Et combien que pour dissoudre et ouvrir premièrement le Corps de l’Or, il soit besoin d’une humidité qui est comme femelle, portant l’Or en soi hermaphroditement mâle et femelle, comme les Végétaux ; car iceux n’ont jà besoin d’autres femelles que d’une Terre propre où ils sont plantés ; ainsi l’Or seul suffit. Parce qu’en icelui rien n’entre que ce qui est en lui-même, quoi que j’aie dit que la Pierre peut être faite de toutes choses. C’est bien différemment, car il faut premièrement, ce que nous appelons Pierre. 
Or la Pierre n’est proprement que la Quintessence très pure d’une chacune chose, laquelle est dégagée et extraite de sa Terre impure, qui la tenait comme gênée en son intérieur ; laquelle Quintessence n’est point qu’une vertu et substance invisible aux yeux corporels, laquelle ne peut de soi se contenir sans Corps, ainsi que l’Ame de l’homme. C’est pourquoi cette Quintessence tant noble, a besoin d’un Corps moult subtil et approchant de la noblesse de sa substance subtile, laquelle Quintessence ainsi corporifiée est un médicament merveilleux à toutes maladies, selon le plus ou le moins. Mais l’Or a icelle Quintessence plus parfaitement en lui que les autres Corps, tant à cause de sa longue et parfaite digestion dans les entrailles de la Terre, dont son Corps est formé, lequel Corps, quoi que les ruraux le clament Or, n’est pourtant que Terre. 
Car, comme dit est, icelle Quintessence ou Or des Philosophes, est invisible aux yeux corporels, et n’est point aperçue autre chose que Terre en l’Or, non plus qu’au Corps de l’homme, où l’Ame n’est manifeste que par ses effets et facultés. Toutes choses sont composées de trois choses, savoir de Terre qui fait le Corps, d’Eau qui fait l’Esprit, et de Feu qui fait l’Ame. L’Or est de cette composition, car quoi que la Terre soit très pure, ce n’est pourtant que Terre resplendissante par la Vertu de l’Eau et du Feu. Car comme dit a été, étant d’icelui Or cette splendeur, cette Terre sera de peu d’estime. 
L’Or donc, ayant été composé de ces trois choses, a en lui encore icelles trois choses, et peut, après une digestion plus accomplie, convertir autre pâte à sa substance, selon le plus ou le moins de cette digestion ; car il a en lui semence, comme toutes les autres choses. 
Ainsi comme par similitude de la Pomme, qui n’est pas pommier ni moins encore similitude d’icelui, et qui croirait planter la Pomme pour faire venir un pommier, errerait. Car la Pomme est un Corps fait de Terre et d’Eau et coagulée par le Soufre du pommier, n’ayant en elle vertu de produire son semblable ; mais qui ouvrirait cette Pomme trouverait en elle le sperme, au centre duquel est la semence capable de produire un pommier. L’Or est donc sans tromperie la Matière dont se tire la Matière des Philosophes, car c’est la Terre d’où se tire la Terre, en laquelle est semé l’Or des Philosophes. C’est à dire icelle spiritualité jà déclarée, sans qu’en icelui Or soit mêlé rien d’étranger. 
C’est pourquoi je t’ai tant recommandé Théorie, laquelle imbue raison au cœur de l’homme, pour cause et crainte des ignorants rustiques. Car ce n’est pas que mélange ne puisse être fait d’aucuns Métaux ; mais sache pour certain, qu’aucun Corps ne se mêle parfaitement, lesquels ne sont que Terres différentielles et impures. Mais les Esprits sont pénétrant ensemble. Et te suffise. 
Mais j’ai dit que toutes choses sont engendrées de deux, et quoi qu’en l’Or soient contenues les deux, autre Esprit fait l’entrée et ouvre la porte du souverain Ciel, qui peut être trouvé en tout Corps élementé et s’appelle repupu, Oiseau méridional, plus reluisant que fin Or, et pourtant fait son nid dans les retraites, comme dans l’Or il est contenu. Et ainsi il est précieux 3 ; lequel est appelé Oiseau de Paradis, parce qu’il réside aux plus hautes régions et fait son nid en la Terre basse. 
Cette chose est donc noble et vile, c’est à savoir vile en sa corruption et noble en sa génération. Car jamais corruption ne vient, que plus noble génération ne suive. Et ainsi Nature améliore tous jours les choses jusqu’à un certain terme, et puis les laisse. Mais l’Artiste doit icelle ressembler, et s’il la croie imiter, qu’il l’imite hardiment : mais s’il la croie parfaire, qu’il avise avec quoi elle parfait les choses, et il trouvera que c’est toujours avec choses semblables. 
Comme par similitude, qui voudrait pour avoir fruits bons amender Nature, il conviendrait enter fruit de telle Nature et non d’autre espèce, ni sur une autre Nature, comme pommier sur pommier. Vrai est qu’en Nature peut naître Monstres, par terrible commixtion des raisonnables, avec les brutes, comme aux Végétaux pommier sur Poirier, mais toujours pourtant selon Nature, savoir d’Animal à Animal, de Végétal à Végétal, et ce encore de plus approchante Nature, comme Poiriers sur Poiriers et non sur Chênes, ou autres arbres de nature contraire. Mais les Métaux sont très nobles ou très imparfaits, et ne crois pas amender le meilleur par le pire, mais le subtiliant et pénétrant de plus en plus par l’aide et moyen de la simple Matière, qui est Nature, de peur que l’alliance d’une chose estrangère ne se mêle avec notre Matière pour l’infecter, au lieu de la purifier. Car, comme dit est, chaque chose demeure en son règne sans passer en l’autre, chacun se multipliant selon son espèce.



CHAPITRE III

La Nature est moult simple, et n’opère point diversement, mais avec mêmes Vaisseaux et Matières en ses opérations. Car le haut est comme le bas, et au contraire. C’est à dire qu’ils sont faits d’une seule et unique Matière, et par même régime, gardant toutefois l’ordre et l’observance des régimes différents. Car le Soufre animal jà n’aura puissance de congeler le Mercure végétal, ni le Végétal l’Animal, ni l’un ni l’autre coaguler, ni être coagulé par le Soufre ou par le Mercure minéral. 

Ainsi se trompent ceux qui croient extraire leur première matière du Végétal, se fondant sur ce que notre Pierre est dite végétable, ou de l’Animal étant dite animale. Car l’Animal demeure au règne animal, le Végétal au végétal, et le Minéral au minéral, quoique substance animale soit faite végétale, par conversion d’une Nature en l’autre, selon la digestion du convertible. Mais déjà le Métal ne sera fait Végétal ni Animal, ni l’Animal et le Végétal, fait Minéral. Car le Métal demeure en sa Nature métallique ; en sorte qu’il puisse aller à l’un et à l’autre, mais c’est par Médecine du parfait Elixir ou Pierre parfaite. Ainsi quand nous disons que notre Pierre est végétale, nous le disons à raison quelle dépend de la Nature universelle et végétale, laquelle cause en elle nouvelle végétation et nouvelle vie. Elle est de plus appelée végétale, d’autant qu’elle pénètre dans les Végétaux, et répare la Nature aux végétables, comme il appert dans Lulle en la vertu de ses médecines. Et ce que nous la disons animale, est parce qu’elle est composée de Corps, d’Ame et d’Esprit, et est antidote et médecine aux Animaux comme aux Végétaux. 
Car elle prolonge la vie des hommes, et rétablit leur jeunesse, quoiqu’elle ne soit primordialement que minérale ; mais par degrés successifs, parvient à icelle animation, ainsi comme au pourrissement, dont l’un même à icelle végétation, et l’autre à icelle animation. C’est pourquoi il est dit que l’Œuvre se fait en deux nuits et en trois jours. Les jours étant similitude des trois règnes, et les nuits d’iceux pourrissements qui sont les dissolutions tant recommandées, car quoi qu’ils soient plusieurs dissolutions, il n’en est pourtant que de deux sortes, dont l’une est rurale et violente, l’autre douce et philosophique, sous laquelle elles sont ensemble comprises. 
Ces trois Pierres sont aussi figurées en l’Œuvre, par les trois Soufres d’iceux trois règnes. Car par la Pierre minérale, ou degré minéral, vient la couleur de Soufre métallique ; par le degré végétal, vient la Coagulation et odeur du Soufre végétal ; et par le degré animal acquérant icelle perfection, par iceux degrés, sur iceux règnes comme sur les Métaux pour iceux dépouiller de leur impureté et ordure, rendant le Caché manifeste, et perfectionnant manifestement ce qui a perfection occulte, hors du bourbier de la Terre, sur les végétables, par une réparation et rétablissement d’humeur vivifiante perdue et consommée, par la débilitation et courte durée d’iceux Végétables. Et sur les Animaux par une Vertu séparative du pur d’avec l’impur, lequel impur cause corruption en nos Corps, et diminue l’humidité radicale et chaleur naturelle d’iceux. Ainsi ramenant la santé, rétablissant la jeunesse, et mieux disposant le Corps proportionnellement en ses Eléments. 
De sorte que l’extérieur qui parait débilité par la débilitation intérieure reprend sa première verdeur, tant en iceux Végétaux qu’Animaux ; et est par icelle Médecine dépouillé des incommodités accidentelles, qui lui étaient venues à cause des humeurs superflues et corrompantes, ou siccité astrale, d’une nature débile et languissante. 
C’est pourquoi les Sages Médecins défendent l’Or de chimie aux médicaments, parce qu’il n’est pas dépouillé de son Feu contre nature, et n’a pas acquis icelles perfections par iceux pourrissements qui séparent parfaitement ces choses.



CHAPITRE IV

Mais j’ai dit que rien n’est primordialement engendré d’une matière seule, parce qu’une matière n’a point de mouvement, ni ne peut agir sur soi-même, et partant convient en avoir deux de diverses natures, qui soient comme Mâle et Femelle, quoi, comme dit est, qu’aucunes choses soient, qui sont hermaphrodites et portent en eux mâle et femelle, comme Métaux et Végétaux ; mais pourtant en iceux convient avoir une matière qui fasse acte de femelle, et est dit menstrue, pour ce que la matière se corrompt en icelui, et d’icelle corruption naît autre Menstrue plus prochain et voisin à la matière métallique, que celui descendu du genre très général, dans lequel et duquel naît l’Enfant des Philosophes, par la semence du premier Mâle, lequel, comme dit est, attire et convertit toute la vertu d’icelui menstrue en sa substance première. 

Mais pour bien entendre l’ordre de la Nature des Métaux par leur génération, je dirai par répétition, que toutes les choses du Monde sont composées de quatre, qui sont chaud, froid, sec, et humide, descendues primordialement de chaleur et de froid, qui sont selon Parménides les deux principes de Nature, mais par moyennes conversions de l’un à l’autre ; lesquels sont Feu, Eau, Air et Terre. Le Feu est chaud et sec ; l’Air est humide et chaud ; l’eau est froide et humide et la Terre seiche et froide. 
C’est pourquoi le Feu peut être fait Air, pour leur convenance et à cause de la chaleur qui est Moyen entre eux. L’Air fait Eau par humidité, semblablement Moyen entre l’Air et l’Eau. Et l’Eau Terre par froideur, qui est Moyen entre Terre et Eau, qui sont participants d’icelle froideur. Le Feu donc, en cette manière, fait alliance avec l’Air par la perte de chaleur, et l’Air à l’Eau par l’humidité, et l’Eau à la Terre par frigidité. Ainsi celui Feu descendant de l’un à l’autre est porté, comme dit est, jusqu’au centre de la Terre, qui est comme un point auquel tout aboutit. 
Et icelui centre, ainsi de toutes parts agité, regorge ses flâmes vers la superficie de la Terre, mais en forme vaporeuse, au lieu qu’en descendant c’était en forme d’Eau, et ce par d’autres lieux, pour n’empêcher la circulation naturelle. Et icelle vapeur nettoyé et échauffe les lieux par où elle passe, jusqu’à ce qu’elle arrive en un lieu moult purifié par les autres précédentes vapeurs, et auxquelles s’unit la Terre moult subtile, chaude et humide, ainsi comme graisse, car alors icelle vapeur se joint à icelle graisse, et ensemblement se corrompent. De manière que des deux naît une onctuosité glaireuse, laquelle sortant du genre très général, entre dans le règne Minéral, laquelle aucuns nomment Calcaduc ou Lézard vert, et puis descend et parvient en Mercure métallique coulant, qui contient en soi son propre Soufre d’Or, d’Argent ou d’autres métaux, selon la pureté ou impureté de la Terre de ce lieu, et lequel enfin par une parfaite décoction se convertit en ce Métal de sa destination. Mais si jamais icelle vapeur et graisse ne se fussent rencontrées, jamais ne se fût fait Métal ; chacun à part n’étant suffisant pour l’engendrement d’icelui Métal, quoi que tous deux primordialement soient descendus d’un, par conversion d’icelle substance onctueuse métallique dans icelles Terres métalliques, qui déjà épaississent cette vapeur, et la firent graisse. Ainsi se fait Métal, quand principalement telle rencontre se fait en lieu propre et convenable à icelles digestions. Ainsi comme dans une montagne à voûte, à guise de four, pour ce que icelles vapeurs qui toujours montent se trouvent là enfermées et n’en puissent sortir, que parce que aussi les Eaux et pluies qui roulent et découlent environ icelles Montagnes, sans faire retardation ni demeurance sur icelles ; car aux lieux aplanis comme campagnes, onc ne fut trouvée Minière, parce que les pluies faisant là demeurance, entrent enfin en icelles Terres, en laissant la superficie d’icelle destituée, qu’en qualité médiocre pour les simples Végétations seulement, mais toujours le Soleil, père et première cause des choses, restaure par ses rayons icelle Vertu débilitée. 
Car iceux rayons et vapeurs ont alliance et attraction entre eux, et par ces rayons icelles vapeurs, comme dit est, sont restaurées pour produire herbes, arbres, bled et autres choses semblables, parce que tout ce qui est d’icelles relève, et rien ne naît au Monde autrement. Ainsi, à l’abri des vents et de la pluie, les Métaux sont engendrés, d’autant que le Feu y agit plus puissamment et naturellement qu’il ne ferait pas en lieu découvert, où l’Air et les Eaux mettent empêchement ; car icelui Feu accomplit l’intention de Nature, lequel Feu est considéré en cette manière, savoir en celle-ci, par laquelle il est enclos comme en toutes sortes de semences, et est engendré du Soleil, comme j’ai fait plus ample déclaration ; mais autre est le Feu souterrain, lequel procédant du Centre ou choses qui là le meuvent, excite et provoque icelui Feu matériel à étendre et multiplier ses Vertus plus puissamment. 
Mais le Feu de putréfaction est le tiers Feu qui se peut considérer par la similitude de plusieurs herbes amassées, qui par la vertu de l’Air s’échauffant ensemblement, se meuvent l’un l’autre, et si provoque l’humidité d’icelles à agir l’un contre l’autre par le moyen de la chaleur imaginée par l’Air, et par tel échauffement et chaleur pénétrante, jusqu’à pouvoir faire cuire des Œufs, se corrompent avec l’aide de l’humidité, et putréfiant ensemblement icelles herbes. Car chaque chose porte son Feu en elle même, et en son Centre. Et est ce Feu, le Feu de Nature, contenu en chaque chose. Ainsi doit avoir notre Composition son Feu, qui sera élevé petit à petit, et sans destruction par l’industrie de l’ouvrier. Lequel Feu prenant noise à icelui dit Menstrue, mèneront la Matière à corruption ; car icelui Menstrue provoqué par l’Artiste, piquera doucement celui de la Matière, et entre eux se fera un long combat dont l’issue sera glorieuse, si celui de la Matière surmonte celui du Menstrue. Ce qui arrivera infailliblement s’il n’est point trop vivement mené, et que l’Artiste mette sa cure en la garde du Seigneur.



CHAPITRE V

Tous ceux qui ont écrit de la noble Pierre, ont plutôt embrouillé les Etudiants, qu’enseigné la vraie opération d’icelle, et pourtant plusieurs ont été, qui sont parvenus à celle Science par Livres. Car aussi les Sages ont jugé qu’il devait suffire d’entendre et savoir sans autre intelligence, qu’il était une Pierre de grande Vertu, parce que tout homme de bon sens, doit sur les simples dits des Philosophes, imaginer choses moult grandes, non seulement par leurs effets, mais par raisons naturelles. Ainsi comme quand tu n’aurais connaissance aucune, sinon qu’il est une Vertu séparatrice des choses pures d’avec les impures et convertissables des impures aux pures. Laquelle a plus particulièrement puissance sur les Métaux, ne serait-elle point suffisante, pour te faire comprendre que l’origine d’icelle doit être d’iceux Métaux. 

Car si tu connais la Nature des choses, tu sauras que chaque Soufre n’a pouvoir de coaguler que son Mercure, étant chose impossible et hors de Nature de joindre le Lion à l’Homme, ni l’Homme au Métal. Et quand quelqu’un dirait que la plus noble Vertu qui soit en Nature, doit procéder de l’Homme, puisque l’Homme est le plus noble Corps qui soit en Nature. Je répondrais : Nul Corps n’est parfait tant que l’Esprit ; mais quoi que perfection soit aux Corps, d’iceux Corps ne cherchons que cette Vertu séparative ; et quand d’iceux nous voudrions extraire icelles, jamais elle n’apparaîtrait à nos yeux que par le moyen de son Corps, tant petit soit-il, lequel sera toujours ferment, pour attirer petit à petit toutes choses à sa Nature. Et combien que le parfait Elixir n’ait que la Vertu séparative, toujours doit-t-il être pénétrant et est besoin, qu’il ait aussi Vertu fixative : autrement le Vif argent ne serait fait Or en sa projection, laquelle Vertu fixative ne provient que du Soufre terrestre d’Or, qui fixe et multiplie icelui Vif argent en notre Magistère, se mettant et demeurant au plus profond des Natures imparfaites, pour à icelles donner perfection comme Levain ; c’est à savoir jusqu’au terme que Nature l’avait accompli, amenant icelle Vertu multiplicative selon les degrés de digestion de notre Magistère. 

Cela moult bien considéré, et sachant que le plus parfait de tous les Métaux est Or ou Argent ; dans quelque autre matière croirais-tu chercher cette noble et puissante Vertu que dans l’Or ? Et quand tu ne saurais pas même que ce noble Métal contient en son secret les deux Vertus ensemble, la fixe et la volatile, desquelles il fut primordialement engendré, et lesquelles par leurs diverses propriétés et contraires qualités se corrompent l’une l’autre, pour d’icelle corruption faire sortir une nouvelle génération plus pure et plus excellente que la première. 

Puisque le premier Or, comme dit est, fut primordialement créé et composé d’icelles deux Vertus contraires, et partant comme fait de deux choses, est sujet à la mort. Ce qui n’est pas ainsi de celui qui est issu d’une seule chose ; car aussi est-il dit Phénix, ayant pouvoir de se ressusciter et prendre seconde naissance dans ses Cendres, et pour le moins de purifier icelui Métal de ses superfluités, autant que peut l’Artiste, par voie toutefois de Nature. 

Laquelle voie déjà déclarée, n’est que putréfaction et dépuration, de laquelle putréfaction naît toute génération ; selon chaque espèce et individu, et pour venir à icelle putréfaction, il faut considérer de ne pas ajouter au Métal autre Métal ni poudre étrangère, mais chose moult approchante et voisine de sa Nature. 
Car celui qui est bon et naturel Philosophe, d’un vif Esprit, doit imaginairement pénétrer le secret des choses plus occultes. Ce que tu connaîtras par similitude des choses semblables ; car Nature n’est pas diverse en ce qu’elle fait, mais sont toutes choses de même composition de Terre, d’Eau, d’Air et de Feu, où sont Soufre, Sel, et Mercure. Car quoique l’Or soit très resserré en ses parties, et semble indivisible, pourtant est-il construit d’icelles choses, comme toutes les autres de la Nature ; car le bas est comme le haut, et ce qui s’engendre sur la Terre et dans l’Air, n’est point diverses générations ; celle du bois et du froment, ou de l’Homme ; comme celle des Mouches, des Tonnerres et des Métaux, sont selon le plus ou le moins de spiritualité ou de corporalité, et par le centre et intérieur de l’un, on peut connaître le centre et intérieur de l’autre. 
Et si tu me disais pour voir le centre et intérieur du bois, moult conviendrait le corrompre de sa première forme, en sorte que déjà ne pourrait plus être bois, je te répondrais : Je t’ai déjà dit qu’il est de deux sortes de dissolutions, l’une violente, et l’autre naturelle ; c’est à dire, l’une corrompante, et l’autre conservant l’espèce. Mais pourtant se peut, de l’une et de l’autre, tirer quelque fruit. Car si l’une conserve l’espèce, l’autre ne laisse de séparer les superfluités terrestres du Composé, en sorte qu’il ne reste que les choses qui portent les Vertus, desquelles les Sages Philosophes anciens ont fait des choses merveilleuses. 
Mais si tu doutes perdre la forme spécifique du bois dans les flâmes dévorantes du Feu, faits ta séparation dans l’Eau ; et si l’Eau n’est assez forte pour corrompre, adjoutes y le Feu. Et si lors tu n’as ôté à la matière icelle forme spécifique du bois, au moins tu lui en auras donné une autre beaucoup plus noble que la première, qui sera celle de l’Animal ; comme il arrive à notre Magistère. 
Saches donc qu’au commencement une rosée perpétuelle coule du Ciel en Terre, qui engendre aux entrailles d’icelle les Métaux et les Minéraux, et en la superficie et hors d’icelle, les Végétaux et Animaux de toutes espèces, dont le plus excellent de tous est l’Homme. Ce qu’il faut savoir et connaître pour entendre combien de choses sont en la Nature, et dont elles sont primordialement issues ; afin de découvrir après où consiste la puissance universelle des choses, dans laquelle est caché tout le secret de l’Art. 
Ces choses ainsi bien connues, d’un Esprit subtil pourra être fait choses miraculeuses en Nature, comme j’ai dit de la Cabale judaïque. Car jadis par icelle Science complètement entendue, étaient faits plusieurs miracles comme de commander même à la Nature et aux Eléments. Ce que les misérables Juifs ont cru attribuer aux miracles de J.C. être faits par la vertu et addresse d’icelle Science, par quoi comme indignes ont perdu icelle, et d’iceux transportée aux Chrétiens qui aujourd’hui l’ont, et sera employée à l’honneur et gloire d’icelui Seigneur ; ainsi comme il est requis, que tout Homme qui à icelle s’adonne, à tout ce qu’il ne plaît à Dieu, en vain à icelle mettra-t-il sa cure. 
Cherche donc tout premier à te conformer à sa Volonté, puis tu trouveras gloire. Car je t’ai laissé par écrit chose suffisante, si tu es Homme de bien. 
Or il te faut premier purger ton Or, puis le dissoudre et réduire en poudre moult impalpable ; puis d’icelui extraire un Esprit volatil blanc comme neige, et un autre rouge comme sang, lesquels engendreront ensemble un tiers, dans une chaleur humidement continue. 
Mais notre Magistère consiste principalement en quatre opérations. Savoir, solution, ablution, conjonction et fixation : lesquelles quatre ne sont que dissoudre et congeler ; en la solution les parties sont divisées, et devient toute la matière noire ; en l’ablution, assemblement se fait d’icelles parties, et viennent au blanchissement. 
En la Conjonction, nouvelle noirceur apparaît ; et en la fixation, sont tous les Eléments fixés. Lesquelles quatre parties sont divisées en douze degrés, dont le premier est calcination du Corps que les Anciens figurent par un Dragon endormi dans le Feu, et gardé par un Vieillard, qui est la vertu du Soufre retenue dans l’Ame que Démogorgone de la Terre réveille par notre Mars, clamé par aucuns Aimant, qui est la première matière simple, ou Air. Car alors la Terre fait séparation d’icelles matières, qui sont Soleil et Lune. Au second degré qui est solution, une bête féroce dévore notre Soleil en la présence de notre Aimant. Lequel met sur sept belles fleurs, mais le Feu se résout par sueurs et prend meilleure naissance. Le troisième degré qui est la séparation, icelui Mercure fait séparation des parties féminines, qui sont celles du Corps, celles de l’Esprit, c’est à dire des deux Aimants. 
Le quatrième qui est conjonction, l’Eau étant mise à part, le Vieillard susdit conjoint l’Homme à la Femme, où par douces rosées maintes couleurs paraissent. Le cinquième degré est Putréfaction, ou noirceur. Le sixième, Congélation, le septième, libation, l’Enfant est par trois fois nourri de lait convenable. Le huitième, Sublimation, l’Or et l’Argent sont exaltés ; mais au degré de fermentation, qui est le neuvième, est la semence jetée en Terre, et le Soleil et la Lune que Saturne avait occis, ressuscitent et vont à moult grande splendeur, qui est le dixième degré. 
L’onzième et douzième assez par moi ont été prônés et prêchés, qui sont multiplication et projection. Reste à dire les degrés de chaleur, lesquels te convient considérer par la température de l’Air, depuis Ariès, jusqu’à Cancer : depuis Cancer, jusqu’à Libra : et depuis Libra, jusqu’au Capricorne. Mais note que les sept Fleuves qui sont en l’Œuvre, sont les sept imbibitions desquelles Nicolas Flamel fait moult mention. Lesquelles sept imbibitions sont réitérées par deux fois. Et te suffise de mes dits : car comme dit est, si le plus au clair je m’expliquais, aussi bien y viendrait le Sage que le Fol, et le Fol que le Sage, et mériterais damnation de hasarder une chose qui ne pourrait jamais être réparée, quand une fois elle serait sue. C’est pourquoi onc ne fut écrite, ni sera plus au clair. Mais si pas ne peux comprendre ce que je dis avec amour paternel, et de Vérité, travaille ainsi hardiment, comme ont fait tous ceux qui l’ont sue ; car déjà Homme n’a parlé plus clairement, quelque enseignement qu’il en ait donné, que simplement et superficiellement et non successivement pour fuir tout inconvénient. 
Car aussi sont toutes opérations assez au long dans Lulle écrites. Lequel je te commande tant de suivre ; en sorte que je te laisse Livre où peu de chose est obscurcie. Mais je viens de te déclarer choses que les plus grands Rois de la Terre devraient estimer plus que leurs propres Empires. 
Et garde le soigneusement, que personne n’y mette l’œil, et que quand mort t’aviendra, si plutôt tu ne l’as fait, brûle devant toi mon Livre, suivant lequel, si en mes précédons écrits tu n’as ajouté foi, prends ceux de Lulle et sépare de grain de l’ivraie, tant que contradiction n’y soit plus trouvée. 
Mais pour le fourneau et le Feu, je t’en laisse de trois sortes, savoir l’un de la Lampe, l’autre du fumier, et l’autre de charbons. Et en icelui fourneau, sont encore autant différens savoir du bain, ou Eau, ou de l’Air simplement échauffé et tempéré par un globe de bois justement fermant, auquel je mets plus de confiance qu’en l’autre. En sorte que tout n’est qu’un, pourvu que tu saches donner mesure au Feu, et non par précipitation, qui a perdu plusieurs artisans. Ainsi je te prie et t’exhorte, autant qu’en moi possible est, d’observer mes commandements, afin que Dieu en soit béni et honoré, auquel soit honneur et gloire aux siècles des siècles.


AMEN