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VALENTIN Le Dernier Testament (1626)


Basile Valentin



LE DERNIER TESTAMENT

Livres I, II, III, IV et V

DU TESTAMENT DE BASILE VALENTIN


dans lequel sont montrées les mines, l'origine d'icelles,
leurs natures et propriétés.







Table des Chapitres

PREMIERE PARTIE                                                                   5



TROISIÈME LIVRE                                                                    92

QuatrIÈME LIVRE                                                                  119

CINQUIÈME LIVRE                                                                  140




PREMIÈRE PARTIE

CHAPITRE I

« DE LIQUORE METALLORUM AETHEREO »  OU  DU FERCH OU FERTILITÉ DU MÉTAL


A
ttendu que le métal a été créé de Dieu dans la profondeur de la terre aussi bien que d'aucunes créatures dessus icelle, il lui a été, aussi bien qu'aux autres créatures, établi et implanté en sa semence le moyen et la vertu de pouvoir porter fruit, sans lequel autrement la semence ne pourrait pas croître ni augmenter. Car on trouve souvent des semences qui ne sont pas fructifiantes parce qu'elles sont privées de la vertu de pouvoir porter fruit. C'est pourquoi il s'ensuit que ces deux choses, savoir est semence et vertu, sont différentes en égard à la production; mais si l'on veut rechercher cette vertu ou fertilité bien soigneusement et savoir ce qu'elle peut bien être, ce sera le plus certain et meilleur expédient de confronter et faire une collation ou rapport des différences qui se trouvent entre la vie et la mort de toutes les créatures de l'univers. Car la mort n'est point fertile, ains la vie, laquelle seule vit puisqu'elle se meut et remue. Or l'on expérimente, en toute sorte de travail qu'on entreprend es métaux, qu'il n'y a rien et qu'il ne saurait rien avoir de volatil que le métal, ni aussi rien de plus subtil ni qui se remue ou meuve davantage. Mais ce que c'est que mouvement et remuement, c'est ce que je veux ici nommer le Ferch des métaux, à cause que le Ferch métallique a une action et mouvement continuel et perpétuel. Mais pour ce que cela n'est pas visible es métaux et qu'icelui mouvement s'engendre de deux façons, ]e me contenterai de lui laisser le double nom ancien et, pour cette cause, je nommerai le remuement ou mouvement du nom de lubricum, et le volatil du nom de Ferch; et je ne changerai point de termes à ces deux mouvements, par la force et vertu desquels le métal accomplit toute sa perfection, pureté et constance, autant qu'il la peut et doit avoir dans son travail, ouvrage et opération naturelle de soi-même.

Or en ce que le Ferch est une chose toujours vivante et mourante, quelques-uns uns pourraient bien s'étonner de la rencontre ou effet qu'il a avec le métal qui se travaille, emploie et trouve devant nos yeux et par nos mains. Mais je dis que le Ferch est dur et coagulé, fût-il vivant ou même mort. On me peut aussi demander s'il est possible de tuer la vie ou Ferch dans un métal — ce qui ne se peut — et comment cela irait. Sur quoi ma réponse est fort simple, savoir est qu'un métal peut être aussi bien vivant quand il repose comme quand il croît ou se remue.

Et il y a encore une différence à faire entre la mort des métaux et entre leur repos, car la mort ne touche que les corps métalliques lorsqu'il en descend ou dégénère un tout à fait et qu'il périt, parce que c'est la chose même vivante qui vient à mourir. Mais le repos ou Ferch du métal ne peut pas abîmer ni aller à fond ou s'anéantir. Et partant quand un corps métallique est présent, il est visible de deux sortes ou manières. L'une est in liquido — c'est-à-dire en forme liquide —, car ce corps métallique se remue et coule deçà et delà; et quand il est agité par une ardeur ou chaleur étrangère et dommageable, il devient volatil, s'enfuit et s'évapore. L'autre sorte, c'est quand le corps métallique est présent in coagulato — c'est-à-dire en forme coagulée —, car alors il repose là-dedans tant qu'il soit remis en forme liquide. Et ce corps coagulé demeure en cet état aussi longtemps qu'il dure; mais quand un corps quitte et est changé et monté en un plus noble ou moins noble corps, aussi est le Ferch ou la vie retirée et amenée avec lui.

Si donc tu veux avoir et garder un corps, prends bien garde au Ferch, parce que si tu le pousses et chasses sans jugement, cela fera faire un notable déchet au corps dans lequel il habite. Car jamais il ne sort et ne s'en va à vide; mais ce Ferch, en s'en allant, en détourne et entraîne toujours un autre, l'un après l'autre, et l'amène quant et soi jusqu'à ce que finalement il n'y en ait plus dans le corps du métal. Mais il faut prendre garde, avec un grand soin et attention particulière, en quelle sorte cela se passe quant au mouvement et repos du Ferch et comment la nature l'amène au repos. Car cette connaissance soigneuse et diligente nous apprend que la semence et le corps du Ferch sont deux choses différentes, parce que de la semence tu en fais ce que tu veux et elle ne deviendra point volatile, ce qui serait contre son espèce ou nature, semblablement aussi du corps du Ferch. Mais quant au Ferch, si tu le préviens et entretiens par sa viande, tu fortifies tout l'ouvrage. Car ni plus ni moins qu'une mère fortifie son enfant, lequel elle repaît et abreuve bien, et qu'il en repose mieux, il en arrive de même au Ferch. Ce qui fait que plusieurs qui ne s'arrêtent qu'à la semence ou au corps du Ferch et ne savent rien de bien fondé et assuré touchant le Ferch, perdent le corps, pour autant qu'ils ne savent pas la procédure et l'ordre que la nature enseigne, et prennent le devant pour le derrière. Or ce repos et sommeil du Ferch est aussi utile à ceci, c'est à savoir afin qu'un corps ne soit consommé lorsqu'il est arrivé en sa perfection; car quand le Ferch veille ou est en action, tant plus il se consomme. Mais quand il repose, il se tient serré et est de durée. Et lorsque justement il n'a plus de viande aucune à se conserver et à se nourrir, il s'attaque à son propre corps, jusqu'à ce qu'il le consomme entièrement; et finalement il s'élève, s'en va et se rend en un autre endroit. A cause de quoi les trésors des païens ou les espèces de métal monnayées, quand ils sont enterrés, enfin ils s'élèvent en croissance, consomment leurs propres corps et les réduisent en poussière, en sorte qu'il ne reste rien d'iceux qu'une pierre toute nue ou une substance fluide, ainsi qu'il se peut voir en beaucoup d'endroits.


« DE SEMINE METALLORUM »  OU  DE LA SEMENCE DES MÉTAUX


T
ous ceux qui ont écrit de la semence des métaux sont d'accord en ce qu'ils disent que la semence masculine du métal est le soufre, et la féminine le mercure. Ce qui se doit toutefois entendre selon son sens, et non pas en telle sorte qu'on croie que les philosophes aient entendu les communs soufre et mercure. Car le mercure visible et palpable des métaux est un corps particulier pris et tiré d'iceux corps métalliques; et pourtant il ne saurait être une semence, parce qu'il est froid et que la froideur ne peut pas aussi être une semence. Semblablement, le soufre est la viande du métal. Comment donc pourrait-il être une semence, puisque même la semence consomme le soufre? Comment donc une semence en consommerait-elle une autre? Et quel corps en viendrait? Et pour ce, il y a du mal entendu en cela selon le jugement commun. Car si le mercure des corps métalliques est dans iceux et y a pris sa nourriture, il sera vrai de dire qu'il y a six mercures métalliques, l'un desquels serait capable de produire quelques corps. Mais l'on pourra douter lequel de ces six mercures il faut choisir d'entre ceux qui sont en croissant ou en décours.

Mais d'autant qu'il y a sept de ces mercures, il arrive que si la semence de Vénus et de Mars a l'avantage, elle amènera un corps masculin du soleil; que si aussi la semence de Saturne et de Jupiter a le dessus, elle produira un corps féminin qui s'appelle Lune; quant au mercure, il est des deux côtés.

Ainsi est-il des autres corps, lesquels sont aussi toujours en chaque ouvrage l'un avec l'autre, car ils ne se laissent séparer ni diviser, comme aussi cela est raisonnable. Hé, quel corps en viendrait-il ? Mais la nature a des corps parfaits, nonobstant qu'il faille qu'ils se dissolvent en eux-mêmes, ce qui néanmoins ne les empêche pas d'être parfaits en leur temps. Car quelle semence serait celle-là, si quelque chose venait à lui manquer en quelque membre ?

Et partant, chaque corps a une semence tout entière; et de là vient que la transmutation a son fondement, son cours et son décours des métaux; autrement elle ne se pourrait pas faire s'ils n'étaient alliés l'un à l'autre dans la semence. Car de ce que quelqu'un dit : « L'argent n'est pas de l'or », c'est ce qu'un paysan croit bien aussi. Mais il n'y a aucune bonne instruction, au regard de la semence, comment c'est qu'il faut que son corps elle entre en un autre corps, car elle ne serait pas fertile autrement. Elle ne peut pas aussi être sans avoir un corps où elle puisse se reposer. Or quel est le corps informe des métaux avant qu'il soit formé et préparé pour leur viande? De là dépendent trois différents sujets. Premièrement une terre, deuxièmement une pierre, et troisièmement une cendre de terre. J'ajoute quatrièmement des flux ou coulants de terre, et cinquièmement le verre miel de terre et sixièmement la couleur de la terre et enfin septièmement la suie de la terre. Toutes ces choses sont les matières du corps métallique, à la même façon que la terre est la matière du corps de l'homme, de laquelle Dieu l'a fait et en laquelle il faut qu'il retourne; et ainsi finalement tous corps y retourneront. J'estime pour un bon ouvrier et pour un vrai et expert mineur celui qui, travaillant aux mines, sait la raison de ces choses. Car il y en a peu qui puissent donner et rendre des raisons de ce qu'ils entreprennent dans les mines, encore qu'ils y entrent et travaillent journellement. Et quoiqu'on voulût dire qu'ils s'y entendent, ce n'est pas toutefois dire la vérité, encore qu'ils en puissent user comme il faut. Ce qui est cause qu'ils donnent des noms de travers et ne savent aucune raison de leurs ouvrages, quoiqu'ils en fournissent et apportent beaucoup sur la halle. Ces gens-là, toutefois, deviennent meilleurs et plus savants mineurs tant plus ils deviennent vieux. A quoi chacun doit bien penser et ne point se montrer ingrat et ennemi envers cette instruction et cet avis. L'on peut bien excuser ici les philosophes comme s'ils eussent su quelque chose. Mais où est-il écrit qu'on puisse chercher et trouver le mercure d'un corps qui soit trié de la suie, de la pierre et verre de la terre? A cause de quoi aussi l'épreuve subtile qui s'en fait en la science en a été encendrée et infuliginée ou souillée. Et partant, la semence des métaux est aussi bien parfaite que le Ferch est invisible. Mais où s'amusent ceux-là qui veulent travailler selon la nature et qui ne connaissent aucun corps où soit le véritable mercure ou semence? Et puis, il faut que la science en pâtisse et soit décriée comme fausse, et faux tous ceux qui s'en mêlent. Mais qu'est-ce que ne fait point le manque de jugement? Aussi est-ce une chose impossible de recouvrer un corps vivant sans semence, aussi peu qu'une semence sans fertilité. Pourtant, regarde avec soin de tous côtés à l'entour de toi si tu ne l'apercevras point dans sa résolution, et il adviendra que tu trouveras le corps dans la réduction. C'est pourquoi, cela étant ainsi, travaille diligemment.

Mais ce n'est pas là le moindre travail comme quelques-uns des anciens philosophes ont dit. Lesquels l'ont nommé un double travail; car voici comment ils en parlent : il faut que le métal ait passé auparavant par la main du fondeur et ensuite il faut qu'il passe par la main de l'alchimiste, si l'on veut apprendre puis après à connaître la semence avec le travail subtil de l'Art. Que veut dire cela? Sinon que la résolution est de deux sortes. L'une lorsque le fondeur expert amène et réduit à la ductilité ou malléabilité un corps frangible par union et coadunation naturelle, et par un ordre assuré qui réunit toutes les parties ductibles. L'autre est lorsque l'alchimiste prend ce corps ductile et qu'il l'amène par rétrogradation en cendre, chaux, terre, verre, couleur ou suie telle qu'il l'était sous ou dans sa demeure terrestre; et alors là-dedans, savoir dans ce corps réduit en cendre, la semence des métaux et le Ferch se remuent et se laissent lors trouver facilement en un état plus fructueux, plus plantureux et plus fertile en corps ou corporellement; et peut ce corps être réduit aisément en eau spirituelle ou en première matière selon l'espèce et propriété du corps métallique, voire il se laisse séparer et diviser tout à fait artistement en ses principes naturels, selon l'usage et la science des alchimistes. De quoi sera parlé ci-après en son lieu plus amplement et clairement lorsque je traiterai des minéraux.


« DE NUTRIMENTO METALLORUM »  OU  DE LA NOURRITURE ET VIANDE DES MÉTAUX


E
ncore que jusqu'ici l'on n'ait point ouï parler de la manière comment les minéraux ou fossiles se font et engendrent sous la terre, néanmoins la nature ne laisse pas de les faire et travailler par le moyen des liqueurs moites de la terre et des plantes des mines; lesquelles substances servent de nourriture et de viande aux métaux, et non celles qui sont cuites ici, dessus la terre. C'est pourquoi si dans le travail que tu imites et entreprends ici-haut es métaux, tu voulais y joindre de ces substances-là qui sont cuites et non dissoutes en leur forme corporelle, tu travaillerais inutilement, Il se trouve de ces fossiles et aussi des mines si ce n'est toutes proches, au moins elles ne sont pas bien éloignées qui te donneront de bonnes marques de leur valeur et bonté. Comme dans la Hongrie les plus belles et meilleures mines sont celles de vitriol, d'alun et de soufre, ainsi autour du Harz sont celles de la résine, du sel et du vitriol, comme autour de Goslar, Mansfeld, Zellerfeld; aussi pareillement aux environs de Schwyz dans le pays d'Etschland; à Halle, il y a de belles mines de sel, lequel s'y trouve grandement beau. Mais il ne faut pas que tu penses que les ouvriers dépêchent grossièrement l'ouvrage et perfection de ces minéraux, ains ils les préparent auparavant. Et alors c'est un beau travail de pouvoir faire venir un minéral si haut en ses fleurs qui sont moitié métal; et surtout lorsque par le métal pris et réduit par rétrogradation, on en fait un minéral, et puis quand d'icelui minéral les fleurs viennent à être extraites et préparées. En cela tu vois comment la nature se laisse mener devant soi et puis derechef derrière soi à reculons jusqu'à sa première eau, jusqu'à son soufre et jusqu'à son sel.

Il y a beaucoup de personnes qui font aussi de ces fleurs-là; mais ils les font sans métal, ce qui n'approche de ces premiers métalliques que de bien loin en bonté. Car l'huile qui a été faite et distillée d'un vitriol naturel de cuivre est beaucoup meilleure, plus vertueuse et de plus grande efficace mille fois en son opération que celle qui se fait du vitriol commun et ordinaire, lequel n'a point encore été exalté par la nature. Et combien que le vitriol de Hongrie soit de maintes et diverses sortes en ses vertus, forces et opérations, il s'y en trouve toutefois un qui est très puissant, merveilleux et fort exquis, à raison que la nature l'a plus élevé et l'a rendu d'une plus grande sécheresse que tous les autres ci-devant nommés, celui-ci les surpassant tous de beaucoup et de très loin. Et par ce choix de vitriol comme par sa préparation, les philosophes peuvent jouir de l'effet des minéraux, les fortifier et augmenter selon leur envie et désir.

Quand on veut faire quelque chose qui soit propre, bon et valable aux métaux, il faut que cela se fasse des métaux avec métaux et par métaux. Car véritablement le vrai et unique tour de main par lequel se fait la réduction et acquisition des fleurs minérales, c'est que tu en prennes et amasses toujours de ton minéral sans y rien ajouter. C'est l'affaire qui cause de grandes contemplations, pensées et prévoyances.

Ainsi, apprends à travailler, car ces fleurs se rencontrent parfois et souvent toutes sèches et arides, sans qu'elles soient reconnues d'aucun mineur, surtout dans la Hongrie et dans la Valachie, là où toutefois on en trouve aussi de si belles qu'on puisse jamais désirer, en façon d'airain ou métal rouge, étincelant comme feu et comme un cristal rouge transparent. Ces fleurs sont bon or ou argent selon qu'elles sont colorées et teintes; toutefois elles déchoient un peu. Et c'est là une des principales connaissances et une science et [un] sujet de méditation et ratiocination secrète pour rendre le verre fort et dur. De là vient originairement que ces verres de dessous terre disposent et agencent le métal et le rendent en sa forme convenable.

On peut aussi, des métaux mêmes, faire une extraction et préparation de fleurs qui sont grandement profitables en la médecine. Voire, si l'on en peut retrancher et séparer toute la puanteur et excrément ou matière superflue de la digestion, cette boue ou fange et [ces] ordures ne sont autre chose que les fèces des minéraux, lesquelles ne servent de rien pour les métaux. Car ces effondrilles malignes apportent et causent grand dommage aux métaux.

Or la mésintelligence et ignorance que l'on a des minéraux est cause de grands inconvénients, car les minéraux qu'on fait bouillir sont un poison [et] dommage; et même il s'en fait une eau qui ronge les métaux, ainsi que les artistes expérimentent lorsque étant hors de leurs minières ils en font de l'eau forte. Ce qui cause donc la vertu corrosive aux minéraux est une substance fangeuse qui empoigne et agrippe le métal, le détache, déchire et divise, ainsi que les autres matières de si belle apparence qui sont attachées aux métaux et qui sont pourtant les pires poisons d'iceux; car aussitôt que ces matières-là s'engendrent, elles excitent et allument la substance fangeuse ou vilaine lie et c'est en vain qu'elles paraissent en belles formes. Car comme un homme envenimé paraît néanmoins encore en forme d'homme, toutefois un tel homme ainsi empoisonné ne laisse pas d'en infecter beaucoup d'autres. Et posé qu'on réduisît un métal infecté en un corps, il ne laisserait pas d'être vide et [il] n'y aurait rien qui vaille dans lui.

Or cette remarque, ainsi tout à fait exacte, est et se montre du tout nécessaire dans le travail de ceux qui généralement se mêlent des mines et y travaillent. Car en ce qu'ils n'y prennent pas bien garde, ils ne font pas tort à l'ouvrage seul, mais semblablement à eux-mêmes, parce que non seulement le métal devient volatil si on lui laisse ou ajoute cette fiente ou fange, mais aussi ce qui reste devient grandement ferme et n'est pas si souple ni maniable, et souffre continuellement du déchet tant qu'on le frappe du marteau. Car la semence devient comme du Schliessig dans les corps. Et c'est à quoi il faut que les ouvriers prennent bien garde quand ils attaquent les minéraux avec le feu, afin qu'ils sachent quel salaire ils auront par la recherche des mines qui sont dans le flux de la montagne, où l'on voit comment c'est que le poison s'attache au haut dans les ruptures et fentes des fourneaux qu'on y bâtit exprès dans des cabanes; ce que l'on aperçoit par les fumées qui en proviennent, lesquelles ne portent partout que du dommage, comme l'expérience nous l'apprend que trop souvent.


« DE OFFICINA METALLORUM »
OU
DE LA BOUTIQUE ET PLACE ÉTABLIES POUR LE TRAVAIL DES MÉTAUX DANS LES MINES


T
ous [les] ouvrages naturels ont leurs lieux particuliers ou places commodes, èsquels ils travaillent ou s'engendrent. Et s'il y a quelque lieu où se produisent des matières magnétiques et précieuses, et même si la nature a quelque outil admirable et digne d'étonnement comme étant de substance inconnue, c'est en ces lieux de travail que tout cela se trouve. Mais pour te décrire un lieu de travail selon la louange qu'il mérite, je te dis qu'il est semblable à une église ou en façon d'une belle grotte voûtée, et c'est là-dedans que la semence et le Ferch sont mariés avec le corps métallique; là ils mangent, se nourrissent, se reposent et travaillent ; là s'y porte et amasse tout ce qu'il y a de plus beau et de plus plaisant dans la terre, de quoi ils s'habillent et se revêtent. C'est comme un autre feu, une autre eau, un autre air et une autre terre. Car tout ce qui s'arrête et perfectionne là-dedans, on ne le peut défaire ici-dessus l'un de l'autre, sinon à grande peine et par l'aide de l'air inférieur, ou si autrement on ne s'étudie de le séparer par la voie du mercure des métaux. De plus, tout ce que ces sorciers ou esprits souterrains font, on ne le peut point facilement diviser, comme cela se voit en l'or qui est si constant dans le feu. Et ce qui est cause de tout cela, ce sont la chaleur et la froidure de la boutique ou officine souterraine, qui se départissent et s'insinuent dans les métaux et s'y affermissent. Car la chaleur et la froidure sont le fondement pierreux, constant, solide et ferme de la terre, qui donne au métal sa vertu pierreuse; et laquelle, se trouvant souventes fois creuse et pleine de fossettes, elle les remplit successivement de métal à la même façon que les abeilles emplissent leurs ruches de miel, tant qu'en fin la terre se divise ou se fend peu à peu et se traîne ou s'éboule dans la fange. Car la pierre ferme de terre ne se consume pas dans la terre, parce qu'elle est une base ou plutôt une lie solide, posée et assise, qui ne permet point que rien n'y entre ou sorte. Ce qui fait qu'il y a différence entre la pierre de terre et entre la pierre de terre ferme : celle-ci est un des fondements stables et constants des métaux, mais l'autre est leur mort et perdition la plus dommageable; ce qui est un arrêt, des tourbier et empêchement des mines. Qui que ce soit ne dirait jamais ni ne s'imaginerait que les pierres métalliques dussent avoir en soi une telle chaleur ou ardeur et une telle froideur toutes à la fois, desquelles la nature manifeste et fait paraître maintenant l'une et tantôt l'autre. Car quand icelle nature forme et parfait les souverains métaux, lors elle cache la chaleur ou ardeur ; mais quand elle produit les moindres, elle cache la froideur. Et elle se comporte ainsi afin qu'elle puisse aider partout, car ce sont là les outils ou instruments, savoir l'ardeur ou chaleur et la froideur. Et c'est par le feu intérieur de la pierre que les substances dispersées sont ramassées, cuites et parfaites, étant premièrement réduites en un corps coagulé et uni par le froid.

Les alchimistes d'aujourd'hui, ignorants et dépourvus d'entendement, n'ayant point égard à la nature ni ne la reconnaissant point, ont des outils et instruments tout à fait étranges, avec lesquels ils font des vases de toutes sortes, selon qu'ils se le persuadent par leur imagination particulière; mais ils n'y entendent rien selon l'ordre de la nature, car elle n'a point d'égard à la différence ou distinction de la forme individuelle, mais elle choisit et prend un instrument bon, valable et de défense, qui la maintient dans l'ouvrage et le travail qu'elle entreprend. Car quant à la forme individuelle, elle viendra bien en son temps selon sa semence ordonnée et convenable.

Et si les alchimistes ne réussissent point en leurs entreprises, c'est qu'ils travaillent avec ignorance et par conséquent inutilement, parce qu'ils ne croient pas qu'il soit nécessaire d'avoir une connaissance pour toutes les choses qui dépendent des mines. Or toute la vraie connaissance que l'on devrait posséder pour toutes choses, c'est de bien connaître cet instrument que la nature emploie en ses opérations. J'en devrais bien faire ici mention, mais je la veux faire en un autre endroit où l'on pourra avoir recours si l'on veut. Ceux qui s'imaginent être les plus entendus estiment et écrivent que c'est en vain qu'on prend garde aux étoiles supérieures selon l'ordre ou instruction des mathématiciens, afin de travailler selon les temps, les jours et les heures les plus propres. Il en est bien quelque chose, mais qui n'est pas beaucoup considérable ni fermement fondé. Or ce qui est assurément bien vrai, c'est que si tu travailles en tes opérations selon ta tête et autrement que nous avons accoutumé, tu travailleras en vain.

Toutefois, c'est une affaire de grande conséquence de bien distinguer et reconnaître quelle différence il y a entre les étoiles supérieures et les étoiles de métal, et comment celles-ci luisent et ont leur influence dans leurs propres corps. Car pour les étoiles d'en haut, elles ont une influence particulière par leur lumière et mouvement. Mais quant aux métaux inférieurs ou de dessous terre, ils ont tous séparément leur influence qui provient de leurs étoiles. Et ainsi chaque ciel a son cours et ses instruments particuliers, èsquels on peut comprendre, entendre et concevoir le propre lieu des étoiles. Tu peux ici t'imaginer deux opinions particulières : l'une que les métaux reçoivent l'influence d'un ciel entier opaque étoile, et l'autre d'un ciel lucide ou transparent. Mais ne te déplais point de la peine et du travail si tu veux expérimenter quelque chose. Et si je parle peu, ne t'en étonne point, car il me faudrait un livre tout entier et fort gros s'il me fallait décrire tout le circuit des mines de dessous terre; encore ne suffirait-il pas, car outre qu'il m'y faudrait nommer toutes les mines, il faudrait aussi que j'entreprisse de prouver que toutes les propriétés que je leur attribuerais sont certaines, vraies et assurées; ce qui contiendrait un très long et prolixe discours, pour imprimer cette connaissance dans le cerveau de chaque ignorant abusé et l'en rendre suffisamment capable, sans y comprendre les matières auxquelles à peine je pourrais donner un nom bien convenable, lesquelles néanmoins je connais toutes; car il ne se peut trouver aucun homme qui dans cette école inférieure et souterraine ait parfaitement appris jusqu'au bout tout ce qu'on y peut apprendre.

Il faut que je te dise ici particulièrement touchant cette science et doctrine qu'il ne se peut écrire aucun livre au monde dans lequel tous et chacun des tours de main, leurs tenants et aboutissants, puissent être décrits et rapportés avec la même rareté et circonstances merveilleuses que bien souvent les ouvriers désireraient. C'est pourquoi il faut que l'artiste ou l'ingénieur sache lui-même, après tant et tant de démonstrations, comment il faut qu'il se comporte par une solide prévoyance qui lui serve d'adresse et de fort appui en son travail, lequel il doit apprendre de lui-même afin qu'il puisse jouir d'un très heureux succès. Voici donc maintenant que je montre et enseigne à qui que ce soit de quelle sorte il faut qu'il opère et s'exerce quand il sera descendu dans la fosse de la mine pour y entreprendre un travail naturel ; étant en tel lieu, qu'il se fasse instruire et qu'il cherche quel est l'instrument le plus propre et convenable pour bien réussir en son travail, et que celui qui l'instruira soit quelque honnête expert ouvrier travaillant effectivement aux mines, homme de bien et non point un bavard ignorant. Tout le monde, aujourd'hui, voudrait volontiers être bien riche, mais il n'est pas toutefois possible de le devenir comme l'on voudrait. Et quand même je serais le meilleur peintre, je ne pourrais pas aisément dépeindre à quelqu'un l'instrument qui lui est convenable à son travail. Mais il faut qu'il le connaisse, qu'il le voie et qu'il le possède entre ses mains, et qu'alors il se mette à travailler.

Je sais ce qu'il faut mettre par écrit dans un livre; c'est ce que j'ai fait et fidèlement exécuté.


« DE EGRESSIONE ET INGRESSIONE METALLORUM »  OU DE L'ISSUE ET ENTRÉE DES MÉTAUX


L
'ouvrage des métaux témoigne un élargissement et resserrement des métaux. Or, non seulement il faut entendre par l'élargissement ou desserrement l'extraction ou l'extrait de l'ouvrage entier, si bien qu'en un endroit une minière ira à fond entièrement quand elle n'a plus de quoi consommer ou se nourrir, car alors elle avale et engloutit ses propres corps en se consommant et détruisant elle-même. Mais l'élargissement s'entend aussi pour un extrait partiel, car alors une partie chasse l'autre incessamment et la suit de très près, comme tu vois au mercure métallique quand tu le secoues et jettes dehors, de sorte qu'étant versé, il se divise en centaines de plusieurs petits grains vivants qui toutefois recoulent tous ensemble en un corps. Ainsi dans la mine fait le volatil ou lubrique, comme le Ferch se retire aussi de la même sorte par pièces et portions, jusqu'à ce qu'il vienne à un lieu seul, comme une masse ou monceau, autant que sa quantité lui permet, car il ne fournit point davantage de substance que ce qu'il en peut donner de lui-même.

L'autre, savoir le resserrement des métaux, est quand le surplus de la substance minérale bourdonne et bruit vers une autre boutique ou établi de la mine. Ce divisement donne alors sujet à diverses sortes de mines de se parfaire suivant qu'est l'étendue de la place où est le travail, ouvrage et nourriture disposés, et suivant aussi la bonne disposition de la mine. A cause de quoi, dans ce resserrement, le Ferch et la semence s'en vont droit comme avec des ailes dans la partie volatile, laquelle est si mince et déliée qu'on ne la peut pas même bien apercevoir; toutefois elle est feuillue comme un fantôme et comme un tas d'atomes et aussi s'envole à la façon de la poussière très subtile.

Et ainsi il faut que le Ferch ait toujours sa semence, la semence son corps, et icelui ses pointes et atomes déliés et subtils. Mais mon opinion n'est pas que cette partie volatile traverse l'épaisseur de la terre, ni qu'elle se retire en l'air pour y voler en poudre ça et là, et après rentrer en terre, ce qui ne s'accorderait pas. Car il n'y a rien de sa nature à parfaire dans cet air, sinon que par notre moyen cette substance volatile, fut retirée hors de là, et lors elle aurait une autre forme; de laquelle extraction je n'entends pas ici parler, car il arrive rarement que cette partie ou substance volatile se retire de la sorte dedans l'air, mais il est bien plus à propos de croire qu'elle va et pénètre la terre qui est attachée ferme dans le fourneau minéral, non comme nous le prenons et voyons, mais par des autres et certains passages seulement. Car la terre est ouverte à cette retraite et au départ, comme l'eau l'est aux poissons et l'air aux oiseaux, tant que cette substance volatile vienne dans son fond pierreux de métal. Lequel fond pierreux est autre chose que la pierre de la terre, car quand cette substance volatile rencontre celle-ci, elle tourne à l'entour comme l'eau autour d'une pierre, sans couler et passer à travers, tant qu'elle trouve derechef son sentier pour passer dans sa pierre, où elle demeure et reçoit d'icelle la vie et la force, par le moyen de quoi elle se fait corps. Car dans cette retraite et resserrement, elle reçoit une fermeté de métal par la fermeté pierreuse qui la suce et la fait pénétrer d'outre en outre dans les endroits les plus éloignés, et prend en soi une nature coulante ou lubrique, comme quand un oiseau retire ses pieds à lui en volant; et quand cette substance lubrique vient à se pousser trop fort, elle perd quelque chose de son corps. Ainsi cette substance volatile, devenue coulante et lubrique, étant dans sa retraite ou resserrement, se laisse perfectionner en sa vertu et son opération. Car alors qu'elle est là, avec la semence métallique, toutes deux ensemble font croître le métal. Et icelui attire à soi d'une façon émerveillable sa viande et nourriture dont il s'entretient derechef. Or c'est une chose digne d'étonnement qu'en ce resserrement, lorsque la substance volatile lubrique approche et vient de plus en plus en son lieu de traverse, elle s'accroît et fortifie derechef subitement, tant qu'enfin le métal se perfectionne de nouveau et s'accroisse dans le lieu de travail naturel.

Or on ne peut signifier ni enseigner du tout une meilleure manière que celle-là, par laquelle on puisse bien connaître quel est le renforcement dont je parle. Car c'est par icelui que le mercure devient métal, parce que le mercure dans sa nature liquide se glisse et se soumet dans ce lieu de travail, là où étant logé, il se coagule et congèle, suivant que les semences corporelles métalliques sont masculines ou féminines, jusqu'à tant qu'à la parfin il soit rangé et réduit sous un corps fixe solide, soit ou d'or ou d'argent. Ce resserrement, ou ingression, rend le lieu de la terre tout noble et tout fertile. Et lorsqu'il y a de l'airain croissant en œuvre, c'est lorsqu'il y a un air sain tout à fait en cet endroit-là; et si au haut de telles mines on n'infecte point l'air ambiant par des fontes et fumées venimeuses, il fait bon y habiter. On doit aussi en ce lieu comprendre tout le travail d'imitation, comment c'est que l'on doit commencer tout l'ouvrage entier, afin que l'airain demeure et ne s'évente point, mais se maintienne en son accroissement et demeure toujours près de son corps propre, d'où il ne se départ pas volontiers quand il y est une fois bien entré et qu'il s'est introduit dans le travail. Car il ne repose point dans son lieu, comme non plus en toute sa marche, ains travaille toujours. Et se fait voir doucement que c'est du Schliessig ou du Flüssig dans lequel icelui airain s'en va rendre en un corps coulant, ou sel de terre, lequel sel y remue et roule si souvent et longtemps, voire se tourmente et agite jusqu'à tant qu'il reçoive et recouvre un corps liquide, et en après un corps de terre; lequel devient toujours dur de plus en plus. Et cela s'appelle dissoudre et coaguler ou congeler, liquéfier et figer, comme il convient de faire au mercure, lequel par ce moyen produit quelque chose de bon.

« DE RESOLUTIONE ET REDUCTIONE METALLORUM » OU DE LA RÉSOLUTION OU FLUX ET RÉDUCTION DES MÉTAUX


I
l se trouve que la chaleur naturelle est la cause de toute la mollesse des métaux, lesquels en deviennent coulants. Or de ce que la semence des métaux est ardente entièrement en elle-même, c'est certainement la chaleur qui en est la cause; aussi cela provient du remuement et mouvement et du lubricum ardent, ou flux chaud et igné, d'autant même qu'il y a de l'huile dans la semence métallique, laquelle a un flux beaucoup plus ardent quand elle arrive en son lieu de travail. Car d'autant que cette semence est chaude, aussi son flux s'en fortifie encore davantage et devient ardent et brûlant dans son ouvrage. Il en a même bon besoin, car il ne pourrait point faire entrer la semence dans son corps, ou masse métallique, si cette semence n'était coulante et molle, laquelle n'y peut pénétrer ni entrer, si ce n'est par la chaleur qui lui cause la facilité de couler. Car rien de coulant ne peut s'approcher du métal, ni y être reçu et introduit, que par le moyen de la chaleur précédente dudit flux igné porteur de la semence. De plus, pour la purification des métaux, le flux est nécessaire, utile et de service, afin qu'ils parviennent par l'entreprise de cette voie et ouvrage jusqu'à la fin et intention dernière de leur but. Or ce flux est différent de l'autre, celui-ci étant artificiel par lequel on fait couler ou fluer le corps métallique seul ou autrement. Car on le fond comme fait le fondeur quand par la fonte il en sépare les excréments. Mais la nature ne fond pas en cette sorte-là dans la terre, ains elle fait comme la semence ou graine végétable qui croît ici, laissant là le grain et la paille ensemble. Et ainsi il y a une grande différence entre le flux de la nature et entre notre manière de fondre, et si nous nous étudions bien à observer les différences des flux et fontes, nous apercevrons beaucoup moins de perte, et de déchet en nos opérations. Il me faut aussi faire ici mention de ce qu'on est grandement occupé après l'or potable, et comment c'est qu'on pourrait le produire et faire venir à bonne fin. Il se trouve un tas de maîtres qui veulent prendre ce qui n'est pas encore séparé de son métal, ce qui a aussi encore en soi la cendre des excréments et même quelque chose de pire. Et pour ce, ils prennent de l'eau corrosive ou aigre, de l'eau de vie ou semblable liqueur. Mais dis-moi, je te prie, que prend la nature quand elle veut rendre coulant une eau gelée? Elle ne va pas prendre des eaux comme sont celles-là, ains seulement elle y emploie une chaleur ou ardeur pour toute chose. C'est pourquoi imite-la, toi qui es philosophe, et fais de même. Et quand tu veux prendre le corps métallique, ainsi qu'il a été perfectionné par la nature et nous a été donné au jour par fonte et affinage, et que tu veux le rendre et ramener en sa première matière, réveille le Ferch, et tu auras chaque corps métallique potable. Quand donc le métal a été fait et rendu pur, net et plus fin, il n'a plus alors aucun excrément. Partant, laisse-moi là l'addition des choses ou liqueurs corrosives, car le flux de telles matières endurcit les métaux. Il ne faut pas l'entendre extérieurement pour ceux de dessous la terre, comme aux nôtres ci-dessus. Car quand un corps métallique doit devenir dur, on le durcit par dehors. Mais la nature ne fait cela, car elle durcit la semence métallique, et alors le flux d'icelle s'abat et s'arrête, dont il provient une telle dureté de laquelle la manière de fondre ci-dessus ne peut rien ôter. Lorsqu'une eau se congèle par le froid, il lui arrive de frémir et se resserrer un peu et toujours de plus en plus tant qu'elle se fige et congèle tout à fait jusqu'au centre. Mais ici, en la semence métallique, l'endurcissement se fait de dedans en dehors. Et c'est de là qu'on apprend à exécuter le beau et glorieux fondement et projet qui réduit le mercure des corps en un degré naturel excellent sur tout degré, à savoir stratum supra stratum, c'est-à-dire en le perfectionnant lit sur lit. Car c'est de cette sorte qu'ont été assemblés les métaux.

Et ainsi il faut ensuite se comporter dans l'ouvrage artificiel. Et de là aussi vient le fondement d'abattre et d'estropier le mercure des métaux pour prendre, enfermer et enserrer la substance lubrique ou coulante. Mais il ne faut s'imaginer qu'un tel endurcissement se fasse à la même façon comme on endurcit un fer en le réduisant en acier, et puis en le rendant mol comme [de l']étain, car cela ne s'appelle qu'une dureté serrée. Mais l'endurcissement du mercure, ou semence métallique, est toujours ferme et tient son corps souple et maniable et dur également. De sorte que le feu de ci-dessus ne lui peut porter aucun dommage, car tous les endurcissements et duretés artificiels d'ici-haut se peuvent relâcher dans le feu, [mais] non pas celles-là qui sont naturelles, car elles soutiennent ici-haut tous les essais et épreuves du feu. Et comme toutes les duretés ou endurcissements qui se font ici-haut durcissent les corps métalliques et que ces corps se durcissent dans l'eau, tout au contraire dans les mines, il faut tirer hors des corps métalliques toute l'eau ou la superfluité flegmatique qui y est enfermée, et ainsi ils deviennent durs à l'air. Car l'air qui est dans la terre durcit la terre à ce qu'elle demeure terre et ne se change point en pierre. Aussi la terre durcit l'eau à ce qu'elle ne puisse couler tout en un monceau et ne se change en pierre ou ne devienne en perles ou pierres précieuses, ainsi qu'elles en peuvent être faites.

Or la manière par laquelle on doit ôter le feu intérieur qui est dans les métaux, c'est là tout le plus haut point ou mystère de cette science, mais facile à concevoir, et [qui] se retrouvera en son lieu quand j'écrirai plus amplement de semblables choses. Mais je nomme cela en cet endroit — comme il appartient à gens qui sont ouvriers es mines, par les paroles desquelles je me sers aussi maintenant — le repos, qu'un tel feu qui gît dans le sujet métallique possède tandis qu'il y séjourne, lequel feu étant tiré entièrement dehors son repos et corps métallique ne laisse rien de reste après soi qui soit valable ou bon. C'est-à-dire que ce feu-là est justement le lubricum, ou la substance lubrique ou coulante, et la volatile joints ensemble ou tout justement l'un près de l'autre; il faut donc enlever une telle chose et la produire en vue avec pureté et netteté.

On voit que dans le Schiefer, ou matière d'ardoise de Mansfeld, la substance volatile et le lubricum, ou substance coulante, n'y paraissent point. Car l'impureté et ordure est là parmi le sujet ou corps métallique, lequel n'est point un ouvrage qui soit aucunement beau ni pur, mais ce n'est qu'un mélange et un ramas.

« DE ASCENSIONE ET DESCENSIONE METALLORUM » OU DU CROISSANT ET DÉCOURS DES MÉTAUX


C
ette nouvelle façon de procéder et d'écrire du métal prend son fondement et sujet de l'expérience. Car la première entrée du Ferch continuelle augmente et fortifie d'abord dans le lieu du travail, ou matrice métallique, le mercure des corps ou masses métalliques, tant qu'il parvienne dans sa pleine force et vigueur. Puis, quand il est devenu puissant et fort en soi, il commence peu à peu à se vêtir d'un corps, et, pour le premier, il se sert de tous le plus chétif. Lequel aussi il quitte bientôt, comme étant par trop abject, car, entre tous les corps métalliques, il ne s'en peut point trouver un moindre et plus vil que le Saturne, qui est si mince qu'on le voit comme l'on voit un beau corps à travers une fine toile de lin bien claire. Et à travers icelui corps de Saturne la spiritualité, ou corps spirituel, qui y est, est le métal de mercure ou, pour parler plus proprement et le nommer plus justement, c'est le singulier et propre corps mercuriel et simple d'icelui mercure : lequel, en ce travail naturel, montre et fait voir aussi quantité d'autres beaux ouvrages. Car de sa terre la plus subtile il en fait un habit à Saturne; après cela, ce mercure fait monter Saturne plus haut en lui donnant un habit plus dur et meilleur qui ne lui est pas si léger ou facile que celui dudit Saturne, mais lequel toutefois il peut quitter avec aussi peu de peine. Ce qui provient du travail du mercure des corps métalliques. Car un tel mercure est tout le plus ardent et actif, à cause de sa fluidité subtile, comme il le témoigne en Saturne lorsqu'il vient en son croissant, ou croissance, car, de la terre qui est son corps, il en fait un corps cendreux ou terrestre à Saturne. Ce qui est cause que Saturne est grandement impur et cendreux et n'a qu'un commencement de son, à cause qu'il est [un] métal qui n'est pas ferme. Et toutefois il doit être incorporé au plus proche, qui est le fer, car il sonne un peu plus obscurément et sourdement, et est aussi quelque peu plus éloigné d'icelui fer et tant plus près à Mercure à cause de l'ardeur ou fluidité.

Prends garde maintenant à ce métal de fer, lequel, en croissant, est gisant et attenant auprès les cendres ou impuretés minérales, là où il est purifié par l'eau de Saturne; mais il ne sera pas ici-haut un verre tiré des cendres et du sel de l'eau de terre ou de l'eau de Saturne, et du sable ou pierre. Mais qu'est-ce que le verre souterrain? C'est ce qui ne se casse et ne se brise point et sonne toutes fois comme fait le fer. Or la nature a renversé ceci à bas si on le frôle et sonne, mais icelui fer est grandement serré quand il est pur et net; c'est pourquoi il est grandement ferme et, pour ce, il est ici dans la mine entouré de pierre ou sable, lequel en ce travail se mêle avec la cendre et eau de sel, et ainsi ce métal de fer est un verre de la terre ou un ferme fer de verre sombre. Après cela, dis-moi, si l'on donne ici-haut à un tel métal entier et parfait la couleur de terre, si cette couleur ne sera pas celle du cuivre? Oui-da, en vérité. C'est pourquoi nous voyons journellement que du fer on en fait un autre métal, comme cela arrive naturellement lorsque, laissant infuser le fer dans une lessive minérale, ainsi qu'il se pratique en Hongrie et ailleurs, il se charge d'une couleur métallique, et enfin est converti en fort bon cuivre.

Toutefois ce fer retient encore de la qualité de verre de terre, combien qu'il ait été touché et pressé un peu de sa couleur par les mercures des corps qui ennoblissent de plus en plus le flux du fer en souplesse, constance et stabilité. Et, pour ce sujet, aie ici ta pensée attachée sur cet instrument de couleur, lequel tu trouves et rencontres tout apprêté prés d'un tel corps métallique dans l'officine souterraine qui te donne maintenant l'expédient et [le] moyen de changer ce métal de fer en cuivre, avec un grand gain et accroissement de richesses.

Laisse maintenant cette couleur en arrière et contemple comment le mercure des corps passe encore par tant de corps blancs qu'enfin il parvient incessamment à une belle suie blanche, la plus stable et la plus excellente en beauté, de laquelle il se revêt et se fait ou se transmue finalement en un corps d'argent excellent et pur. Et ainsi il devient si dur dans ce corps lunaire qu'on ne l'en saurait faire sortir par l'ardeur du feu ; car il a passé sept fois par toute la plus grande chaleur inférieure, laquelle détruit d'ailleurs les corps qui sont capables d'être réduits et ruinés s'ils ne sont et ne viennent à être étroitement incorporés au mercure des corps.

De plus, n'ayant point l'occasion pour te faire récréer maintenant sur le feu de l'élément supérieur et inférieur, ni ne t'en pouvant même donner le moyen, contemple donc comment et en quelle manière c'est que la nature travaille, monte et s'avance si gentiment, car elle calcine en chaux par son progrès et travail naturel le corps entier de l'argent. Et cette chaux n'est autre chose qu'un corps d'or qui reçoit sa teinture et couleur rouge de la perfection et hautesse que le feu a en soi et qu'il lui peut octroyer. Et il faut que l'on garde cette même couleur jusqu'à ce que derechef elle en sorte et descende, car le feu même la peut forcer et contraindre en l'anéantissant. Mais pour ce qui touche cette descente, contemple bien l'ascension et sache que la différence de celui-ci, savoir de l'or, c'est qu'en son montant la teinture lui est préalablement présentée et [qu'il] la prend avant le corps; mais il la peut prendre bientôt. A cause de quoi ces airains ou métaux dévalant ainsi sont plus parfaits et perfectionnés que les montants.

«DE METALLO RESPIRANTE » OU DU MÉTAL VIVANT


D
'autant que c'est faire une grande irruption ou un grand effort contre la nature que de s'appliquer au travail des mines, aussi permet-elle qu'on recouvre dans ces mines diversité de métaux. Et pour cette cause il a fallu faire une distinction entre iceux, afin qu'on n'eût que faire de souffrir de la perte et du déchet dans le travail, car chaque sorte de métal a son nom et sa propriété particulière et se laisse aussi reconnaître avec la verge. Et encore que ce soit une bonne connaissance que de savoir discerner et distinguer le métal par les couleurs, comme est la [couleur] aurée-rouge, la couleur verre, celle de vert de mine et celle de noir de mine, néanmoins on ne sait encore par là si entièrement quel est le fond du travail afin qu'il ne se fasse point de déchet en fondant. Je dirai ici tout ce que j'en puis connaître afin que je montre et enseigne comment il faut savoir la propriété d'une mine, d'un métal ou d'un airain, avant que le métal en soit abattu et tiré dehors, à savoir à coups de marteau, tandis qu'il est encore sous la terre prés de sa Witterung, c'est-à-dire près à se perfectionner. — Ce mot de Witterung signifie ce qui se fait au-dessus de l'air, dans l'espace du temps qu'il y tonne et tempête et, en bref, lorsque les furies ou orages tempestueux y dominent : ce qu'il faudrait exprimer en un seul mot à l'advenant de l'élément; je dis en un seul mot au féminin comme coction, perfection, accrétion, etc. De plus, il faut en voir l'explication qui en a été faite sur la table des matières de ce livre où le vrai mot est employé — Car nul airain ou métal ne se wittert ou perfectionne seulement que sous la terre, car nonobstant qu'il se wittert ou perfectionne en haut, ce n'est toutefois qu'une faible Witterung ou perfection qui ne s'éloigne pas du corps métallique. Néanmoins, la verge ne laisse pas de frapper ou s'incliner sur ces métaux supérieurs, ou d'en haut, et c'est là le plus grand signe et avantage qu'ils tiennent de la bonté métallique; car ces métaux-là se wittern ou perfectionnent par le feu clair et ardent. Mais il arrive que quelquefois les sieurs fossoyeurs ou mineurs n'amènent rien autre chose que Flug et Schliess, ce qu'on tâche de purifier sur les grils par le feu, où l'on peut subir trois sortes de dommage. Car premièrement, de quelques-unes de ces matières métalliques il s'envole dès lors quantité de métal; et même le demeurant rétient aussi tant de volatil qu'en le fondant ensuite on en perd souventes fois beaucoup. Secondement, le demeurant susdit cesse aussi d'être si maniable et si souple, et l'on ne peut l'aider à recevoir souplesse que fort ma]'aisément. Tiercement, quant à ces minéraux ou métaux qui sont élevés ou en haut, si on les brûle pressés et serrés seuls il y a grand déchet; lesquels autrement donneraient un grand profit et avantage pour le travail d'imitation ou de la suite, et même pour la médecine, car on la prépare aussi par la nature minérale et métallique. Il y a aussi des ouvriers qui travaillent d'autres minéraux inutilement et sans fruit de leur peine.

Du vitriol fossile qui se trouve à Goslar, près ou attenant duquel croît de l'argent ou de l'étain dans la même mine, étant là diligemment préparé, l'on en peut sans aucune addition faire du cuivre; duquel cuivre l'ont peut ensuite faire du vitriol et par après une huile qui guérit la lèpre, la podagre et toutes autres sortes de gouttes. Si donc on brûlait ce vitriol ainsi négligemment avec l'argent, ce serait sans doute un grand dommage. C'est pourquoi d'entre divers métaux j'en prends un qui wittert ou perfectionne en soi et achève de wittern ou perfectionner en digérant. Nonobstant que la Witterung ou la perfection tirée hors de lui soit plus forte, c'est là un métal vif quant à la propriété de la vie qu'il contient, car ce qui participe du souffle est vivant. Or la Witterung ou perfection est à comparer à la vie. Et un tel métal, ainsi que l'haleine, s'augmente et fortifie aussitôt. Et ainsi qu'un jeune enfant, de dix ans en dix ans se perfectionne, de même ce métal s'avance et monte tant qu'il parvient à la fin dans l'état d'un corps souverain. Et alors il reçoit un autre nom, tellement que l'on peut concevoir que comme il y a une grande différence entre un mort et un vivant, ainsi se trouve[-t-]elle en ce métal entre son premier état et entre ce sien dernier. Ce qui est ici bien à peser et à considérer, car une telle différence apporte et cause un beau travail et net. Et à ceci appartiennent tous les airains qui, étant mélangés, ne viennent point à être divisés plutôt que lorsqu'on en fait la séparation selon l'usage ordinaire; comme, par exemple, il se rencontre dans toutes les mines de la Hongrie de l'argent auré, c'est-à-dire dans lequel il y a de l'or qui en sa couleur est pur et net, sans aucune diminution du plus haut titre. Et si cet argent auré demeurait toujours dans le travail naturel, sans qu'on en eût extrait et séparé l'or hors de saison, cet argent serait finalement devenu tout or. Et même l'on peut fort aisément et facilement lui aider à son élévation et perfection, et ce par la cimentation. Et alors c'est le meilleur pour employer à l'usage de la monnaie.

Semblablement, en la province de Mansfeld, il se trouve plusieurs sortes de cuivres, entre lesquels les uns sont meilleurs que les autres dans le travail, car ce n'est que par un petit défaut qu'ils n'ont pas été d'argent tout à fait. Mais les meilleurs cuivres sont ceux qui ont des couleurs fort remplies et pleines et qui ne les ont pas perdues comme l'Electre. Ainsi en est-il des autres métaux. Et ceci est bien remarquable que ces cuivres aient cette propriété que le corps principal, et de plus de valeur pour notre intention, cache le moindre tout net lorsqu'ils sont fondus, celui-là ne s'apercevant point ni ne se distinguant point que par la séparation, par le moyen de laquelle ce corps principal s'aperçoit. Et on ne le peut ainsi posséder tel que quand il est encore dans [la] terre. Car si c'est un airain qui wittert ou se perfectionne, il est certain que c'en est un qui est mélangé de la sorte comme je l'ai maintenant décrit. Tu te peux fier à cela sans épreuve, encore bien que le gâteau en masse d'airain ait une couleur tout argentine ou tout à fait une couleur de cuivre. D'où l'on voit et connaît maintenant tout apparemment comme la nature augmente un corps, le faisant monter et avancer toujours de plus bas en plus haut, ce qui est inférieur devenant supérieur. Mais entends ceci emblématiquement ou d'une manière emblématique. Car les corps qui sont défunts ou détruits y apportent du leur en y ajoutant de leur substance de plus en plus, et ainsi se rendent plus pesants dans le mercure. A ceci coopéré aussi beaucoup pour la perfection et avancement du corps métallique sa propre viande, ou nourriture, laquelle n'est autre chose que les minéraux préparés naturellement. Lesquels causent la teinture aux dits corps métalliques, ni plus ni moins qu'une excellente viande fait le bon sang au corps humain. Et c'est de là aussi que viennent et sont produites les fleurs des minéraux.

Or quiconque ne peut pas connaître ni apprendre en cette manière tout ce que je viens de dire, il ne l'apprendra jamais d'autre façon. Car c'est ainsi qu'arrive au corps métallique la véritable teinture ou couleur, non une couleur tirant sur le gris pommelé ni sur un blanc ou rouge trompeur. Aussi lorsque les degrés lucides et transparents d'un tel airain riche en beauté, mélangé et haut élevé, viennent à se rompre et se perdre, on le pourrait bien encore faire passer pour un électre, mais improprement. Car les couleurs ainsi mêlées l'une parmi l'autre dans cet airain lui donnent une apparence et un éclat si beau et si magnifique qu'il paraît comme une chrysolite ou comme de l'ambre excellent qui est diaphane et transparent.

« DE METALLO EXPIRANTE » OU DU MÉTAL MORT


I
l est des métaux comme de toute autre créature vivante sur terre, qui est de déchoir et s'amortir dans leur temps et heure ordonnés en l'être de leurs corps qui leur avait été semblablement ordonné. Car quand la nature métallique, ou le corps d'un métal, est parvenu jusqu'à l'or, il arrive qu'il en redévale lorsqu'il a faute de nourriture; et, à cause de la faim, il recouvre ou reçoit une Witterung ou perfection plus forte ; de cette Witterung ou perfection renforcée vient une Witterung ou perfection dépendante, et une Witterung ou perfection de feu, comme aussi une Witterung ou perfection d'air. Or quand la Witterung ou perfection dépendante devient plus forte à un corps métallique que la Witterung ou perfection de renfort, alors ce corps métallique dévale et déchet tout bellement. Et c'est ce que l'on nomme lors un airain mort ou un métal mort, car il lui meurt incessamment un corps extérieur, l'un après l'autre, jusqu'à ce qu'enfin il se retire entièrement en quelque endroit de la mine avec son Ferch et sa semence.

Or on reconnaît que le corps des métaux a une belle Witterung ou perfection par la verge particulière de chacun d'iceux. Et ceci a pareillement son lieu et son travail séparément, car en tous deux, en celui-ci et au vivant, se trouve un grand gain. Et remarque et prends bien garde justement que quand un métal meurt derechef par le déclin de sa perfection entrant en un autre corps, c'est de même qu'un homme qui perd sa couleur corporelle, ensuite aussi son corps, c'est-à-dire la pesanteur. Et ainsi l'or ne devient point en argent auré, ains en un électre, c'est-à-dire en un or qui a perdu sa couleur. C'est là un grand point d'épreuve, que l'on puisse reconnaître un semblable argent auré en le discernant et distinguant d'un vrai argent. Car l'on trouve qu'il est plus lourd que d'autre argent tout pur, pour ce qu'il a le corps de l'or et n'en a perdu que la couleur seulement. Mais c'est encore un joli tour de main, qu'on lui puisse rendre et rétablir fixement la couleur qui était morte en lui. Bref, dans la séparation il retient toutes les qualités de l'or en soi. Ainsi en est-il de l'argent rouge qui a perdu sa couleur, et de cette sorte s'est accordé et engagé avec le cuivre, tellement qu'il meurt en son corps. Mais pour ôter maintenant cet argent hors du cuivre et lui donner derechef sa propre et singulière couleur, c'est une grande science que les fondeurs ne savent pas et qui dépend de l'art chimique et de l'industrie du travail. Or je vous laisse à penser combien il peut y avoir de personnes qui maintenant se trouveront avoir acheté de ces électres ci-dessus remarqués et qui ne les auront pris que pour de l'argent et du cuivre. Mais quel gain et quel extrême profit n'en auraient point faits ceux qui s'y connaissent bien? Et ce que je dis des électres de ces deux, il en est de même de ceux des autres métaux, comme par exemple tout le fer qui se tire de la Hongrie est spröd ou mêlé. Et en voici la raison : c'est que le cuivre dont il est fourni et plein naturellement n'en est pas dehors. Car quand il en est dehors, comme en effet on l'en peut tirer aisément et subtilement, n'en provient-il pas du pur fer et de l'acier d'une telle qualité que sa dureté n'a point d'égal, car on en fait des sabres et cuirasses qui ne peuvent être entamées, percées ni traversées par aucune sorte d'armes ou par aucune pièce d'artillerie, et ne laissent pas d'être fort légères. Remarque aussi que le lubricum ou le coulant du mercure et celui de ces électres ont lieu dans un déclin, car il est plus aisé et plus promptement fait de chasser ou extraire quelque substance d'une matière qui est glissante que d'une qui est dure; voire il en demeure toujours quelque chose en arrière. Aussi ces dits électres font-ils à l'égard des corps tingents et coulants, lesquels ils quittent toujours quand ils s'élèvent et s'ennoblissent et qu'ils joignent à soi ensemblement leur corps simple et leur partie volatile en croissant. Et sache que quand tu as un de ces instruments ou électres en main, si tu veux en faire ensuite un travail d'imitation, il faut que tu t'attaches au lubrique ou au volatil, car ce sont deux mains de secours desquelles tu ne te peux passer et esquelles il faut que tu apprêtes l'instrument si tu veux qu'un corps métallique vienne en haut ou en bas. Prend aussi garde au flux en ce métal, car il est plus ouvert que les durs quand les couleurs commencent à échapper, desquelles néanmoins c'est le propre de fortifier. L'instrument aussi devient coulant et se ramasse plus qu'es métaux qui sont vivants.

« DE METALLO PURO » OU DU MÉTAL FIN


L
orsque le métal en croissant ou en décours est dans ses sept systèmes ou conditions, il se supporte et entretient tant qu'enfin il se rend dans un autre corps. Si donc quelqu'un vient à rencontrer un pareil métal ou airain, ou une telle mine, il se peut bien assurer que c'est là le plus pur métal qu'il puisse recouvrer et avoir en tout le monde. Vrai est aussi qu'un tel métal est nommé ici-haut par nos fondeurs un métal très fin. Mais notre superficie métallique qui n'a été encore mise en usage est une chose impure auprès de ce métal, auquel s'il manquait un seul petit grain dans les épreuves, il ne serait pas encore comme il faut. Or un tel métal est ainsi qu'on le peut croire grandement bon et maniable et bon à la forge. Et [ain]si il ne perd rien dans quelque sorte de travail que ce soit où on l'emploie. Et encore que tous les métaux puissent être réduits au très fin, toutefois pas un ne deviendra plus fin que l'or, auquel pas un élément ne touche plus pour lui pouvoir retrancher quelque chose et le rendre en un spolium autrement nul et vain.

L'argent qu'on trouve à Markirchen en Lorraine est très fin, et ainsi des autres métaux, lesquels sont dits et appelés très fins lorsqu'ils sont purs et privés de l'excrément. Toutefois, s'ils en sont entachés, on le peut bien détourner, séparer et retrancher, en sorte qu'icelui excrément ne leur porte aucun dommage quant au très fin qu'ils contiennent.

Il se trouve souvent dans des mines d'argent du cuivre pur et fin que l'épreuve fait connaître y avoir été naturellement engendré. Lequel cuivre l'on peut rompre ou séparer bientôt de l'argent, quoiqu'il le faille refondre à cause de son spolium, ou à cause de ses couleurs et fleurs étrangères qu'il a. Ce qui se fait toutefois fort aisément. Donc on peut concevoir une belle instruction comment on doit faire venir les couleurs des mines, comme l'azur et le vert de montagne ou de mine, fussent-elles même dans le verre de mine. Car telles couleurs se tiennent volontiers près de cet airain pur ou de ce métal pur, nonobstant que d'abord elles ne paraissent point à la vue. Or dans le midi, comme le susdit où un tel métal y est tout à fait pur, aussi de tant plus abonde[-t-]il en un mercure corporel qu'il produit de lui-même naturellement, soit en croissant ou décours. Mais icelui mercure prend un autre corps à soi. Et c'est pourquoi il est maintenant évident comment par le travail artificiel imité l'on peut avoir et extraire ce mercure d'un ou d'autre corps métallique, et comment on doit préparer le corps dans lequel est le mercure et d'où il doit venir. Mais il faut que le corps métallique soit pur et très fin. L'or des mines d'Italie, et particulièrement de la Valachie, là où il est plus pur, montre que le mercure métallique dévêt et quitte son corps et qu'il l'envoie dans un corps fort serré dont s'en fait un or fin. Aussi voit-on dans des terres glaises que le mercure y prend si fort et si ferme, et ne s'en faut guère qu'il ne rapporte lui seul au spolium ce qui l'empêche ainsi. Car autrement icelui mercure se transforme et s'élève lorsqu'on vient à réveiller avec lui un autre corps métallique, parce qu'un corps veillant et un autre dormant n'expédient rien; mais il faut qu'ils veillent tous d'eux. Or quand dans l'engendrement ou naissance d'un métal, comme de l'or, il n'y aurait qu'une petite ordure, c'est-à-dire un corps étranger, ses parties pures ne pourraient pas s'assembler, ainsi que tu vois dans la dorure. Et pour ce il te faut bien ici remarquer et apprendre à connaître quel est le premier corps des métaux et savoir que quand les métaux ont quelque obstacle qui les empêche de s'élever, s'augmenter et conjoindre, une seule sorte de métal les peut amener ensemble et les perfectionner; ce que ne feront pas d'autres sortes de corps métalliques que je nomme ici du nom de corps, parlant en général. Tu vois dans le corps des métaux combien le mercure est dur et resserré en son flux, en sorte qu'on ne l'y peut point prendre à cause de sa propre pureté. Car il n'y a en lui, à proprement parler, aucun métal. Car aussitôt qu'un corps métallique se joint à lui, le voilà incontinent discord et rendu désuni. De là on voit comment on peut mettre les métaux en repos de leur travail, savoir quand auparavant ils sont purs. Car dans un instrument pur on y peut faire entrer tout ce qu'on y doit faire entrer. Car [tu] t'aperçois de cela au mercure des métaux, lequel tu ne peux voir à cause de sa pureté, sinon dans son flux ou réduction. Or le mercure des métaux est le flux des corps mercuriels métalliques, c'est-à-dire si l'eau s'y joint, ou le mercure des corps des métaux qui est entré dans l'eau au lieu de l'air. Lors pense quelle grande science c'est là, mais qui toutefois peut être aussi facile à faire que de pouvoir attirer et amener le vent ou l'air hors d'une eau et y mettre un autre mercure. Si tu amènes l'air qui est dans la terre hors de la terre et y mets au lieu d'icelle le mercure des corps des métaux, tu as un mercure en un coagulé. De là regarde comment tu le pourras toi-même coaguler, mais d'une autre manière et façon qui n'est pas tout à fait ni commune ni connue.

Apporte donc incessamment un autre mercure des corps en la place de l'eau, et tu as une belle perle. Prends ce même mercure des corps et l'apporte dans une terre qui est pure au lieu de l'air, et tu as une pure pierre précieuse comme tu la dois avoir et selon l'espèce du pays et comme la terre participe en couleur; ou bâille-lui la couleur, car cela n'est pas non plus difficile à faire. Ces petites pierres et semblables viennent toutes dans la pureté et sont tirées d'icelle, mais le travail naturel fournit seulement tout un tel fond. Les personnes qui discourent tout à fait mal des philosophes ne valent pas grand-chose au sujet de leurs inventions magnifiques des trois principes desquels tout cela provient. Essaye-le et tu diras qu'il est vrai.

«DE METALLO IMPURO » OU DU MÉTAL IMPUR


O
n trouve bien quantité de métal minéral, mais il s'en trouve peu de pur. Car il y en a très peu qui ne perce ou qui ne soit mélangé l'un avec l'autre, dont il faut aussi faire la séparation. C'est pourquoi j'en veux ici discourir séparément. Mais quant aux grands frais qu'il convient [de] faire pour séparer particulièrement les métaux hors de leur mine grossière, c'est de quoi je laisse parler les fondeurs et ouvriers. Or par la manière que l'on a inventée pour séparer le métal de la mine, une partie qui est la plus fixe demeure par le travail et l'autre s'envole et s'enfuit. Mais les épreuves qui sont adroitement bien conduites ne donnent pas peu de profit. Toutefois les minières qui vont en croissant ne se peuvent traiter ni éprouver qu'avec de forts grands frais et des dépenses. Et pour trouver les électres et les attirer dehors leurs mines par la séparation, cela est bien plus difficile, tant pour la fonte que pour les expériences qu'il en faut très industrieusement faire. Aussi les ouvriers rusés et subtils peuvent fort facilement faire accroire que du fer et du cuivre ils en feront de l'argent. Oui bien, s'il y en a premièrement comme par exemple dans la Suède, l'Osemund a toujours de l'argent quand et soi : ils n'ont qu'à l'en tirer en chassant et brûlant le fer, et ainsi ils trompent le monde. Mais feront-ils la même chose au fer de la province de Meyer? Je les en défie. Et, partant, garde-toi de ces trompeurs-là.

Sache et observe ceci que la nature demeure volontiers dans l'ordre proche de son ouvrage, en ce que dans son croissant et décours elle a toujours deux minières, même parfois trois, l'une quant et l'autre, par lesquelles elle donne à entendre le travail d'imitation. Et cependant l'on veut ici-haut s'imaginer d'autres manières de travail; aussi on ne trouve rien. Or prends garde presque à toutes les mines qui sont dans l'Europe, et tu trouveras quantité de minières impures.

C'est-à-dire que plusieurs d'entre elles sont près l'une de l'autre, ou mêlées en une masse ou en un tas, car ainsi la nature les a voulu engendrer en nos quartiers, autant que nous le pouvons aperce­voir par les mines qui y sont découvertes et éprou­vées. Et si tu m'en montres d'autres, je changerai mon opinion et croirai à ce que tu m'en as appris. Aussi est-ce ici le second fondement, que les métaux montent et descendent et qu'ils vont et viennent l'un dans l'autre pour leur perfection. Car si chacun avait un travail et instrument tout particulier, l'on n'aurait besoin de tant de travaux et de peines à les fondre, comme il est requis pour bien faire la séparation l'un de l'autre. Car de la pierre et du bois sont malaisés à ajouter ensemble, car ils ne s'accordent pas et sont des instruments différents. Mais ceux-ci, c'est-à-dire iceux métaux mêlés, conviennent et s'approprient assez aisé­ment ensemble. Il faut aussi néanmoins de la peine et du travail pour les tirer séparément. C'est pourquoi considère toujours soigneusement les corps de deux sortes de manières, et tu n'as pas une des moindres instructions. Premièrement, comme et avec quelle sorte de feu tu dois séparer les cendres d'avec la suie, et [tu] as déjà appris à séparer deux sortes de métaux; puis la terre d'avec la couleur, et tu as derechef appris la séparation par une deuxième sorte. Et ainsi des autres. Secondement, prends garde au flux que tu fais; et pour le bien faire, agite-le par le feu froid avec le chaud, et par le feu chaud avec le froid, et tu pourras séparer les corps d'avec le mercure. Et ainsi tu as déjà séparé les métaux sans perte et sans déchet.

Sois soigneux de t'accoutumer avec diligence à retenir les noms de toutes les mines et de leur appartenance, excepté les noms que les mineurs et Ouvriers donnent eux-mêmes aux choses, car les noms qu'ils donnent aux minières sont faus­sement donnés aux corps. Car telles gens qui bâtissent, bêchent et travaillent aux autres ca­vernes et passages, ont l'instrument ou outil des corps selon les lieux des mines et y font une dis­tinction ou différence comme l'on observe en la chanson du Bimsen, et ce, inutilement. Mais quant à toi, donne les noms selon la propriété et manière des sept corps et apprends à bien préparer l'ins­trument de chaque corps afin que tu en fasses davantage de profit. On emploie de grands frais à faire et composer les eaux fortes, aiguës ou dis­solvantes, afin de détacher et extraire les subs­tances les plus fines et sublimes l'une d'avec l'autre. On fait aussi quelques eaux qu'on emploie dans le lavoir et qui ont leur nom particulier. Elles ne sont pas à estimer, non plus que les eaux fortes, car elles apportent toutes un grand venin au travail. C'est mieux fait de se servir de lessives fortes et pénétrantes, lesquelles ne sont pas si dangereuses que les eaux fortes. Qu'on apprenne donc à faire de bonnes lessives au lieu de ces eaux fortes.

Il se trouve aussi une autre sorte de minière impure, dont j'ai fait mention ça et là, près de laquelle sont les fanges ou écumes des mines comme on peut voir dans le Sinter. Mais il y a [une] différence entre le Sinter et les fanges ou écumes, car les fanges ou écumes sont quelques peu plus grenues; toutefois elles deviennent quel­quefois le Sinter même. Le feu froid est cause de cette fange, comme le feu chaud est cause du Sinter, ou les vredines metallorum. Or cette fange fluide est fort difficile à retrancher du métal, car elle vient du feu froid coulant ou provenant de l'exhalation du mercure. Car comme le Sinter procède des corps, ainsi ces fanges, lies ou écumes viennent du mercure. Or il faut remarquer, quand on veut avoir les fanges avec un autre instrument que celui qui ne lui appartient pas, qu'on recueille le mercure des corps, ce qui n'est en ce travail autre chose que le Schliess et flux. Car quand tu peux entraîner commodément les fanges, tu peux parfaire et finir quelque chose avec Mercure en l'expédiant avec son feu, parce que de te servir du feu froid, cela n'est pas tant en usage ni si artifi­ciel. Quelques-uns d'entre les ouvriers qui tra­vaillent dans les mines appellent ce mercure des corps mispickel ou nodum aeris, c'est-à-dire le nœud de l'airain, et l'appellent ordinairement de ce nom latin. Car vrai est qu'il est bien fort noué et bien dur, tellement qu'on a de la peine de le détacher et arracher de la mine pour l'avoir et en jouir.

Le Spiessglass ou antimoine est aussi fort malaisé à détacher entre tous les métaux, excepté l'or, sans qu'on y souffre du dommage. Toutefois, tu y auras beaucoup de profit et d'avantage si tu t'y comportes bien généreusement en suivant seule­ment la propriété de l'antimoine, laquelle il t'est nécessaire de bien connaître et tout ce qui en dépend, comme aussi il faut que tu saches la pro­priété et nature qui se trouvent es autres métaux et minéraux, comme en l'étain, au plomb, au bis­muth, à la magnésie, et que tu puisses recon­naître la différence qui est entre l'étain et le fer et le nodum aeris, c'est-à-dire le nœud d'airain, et entre le fer et le cuivre. Cette instruction t'est bonne et avantageuse. Et je sais qu'elle suffit à une per­sonne qui se sait bien acquitter de la fonte.

« DE METALLO PERFECTO » OU DU MÉTAL ACCOMPLI


Q
ui est-ce qui voudrait se vanter de savoir ce que l'or et l'argent de la mine contiennent, si ce n'est lorsqu'on les reconnaît dans leur perfection? Car on les aperçoit en leur bonté quand ils sont par­faits et qu'ils ont leur couleur, leurs poids, leur souplesse, leur flux et leur dureté. La nature a produit ce premier métal parfait qui est l'or, lequel aussi est sec tout à fait. Mais il se trouve dans la Hongrie et Gwarts blanc un or de cette beauté, perfection, pureté et valeur, qu'on peut bientôt et facilement rompre, arracher et cueillir, aussi bien que l'argent et le cuivre. Et voici la différence entre ceux qui sont parfaits et purs d'avec les autres : c'est que les métaux ne sont point par­faits avant que d'être nettoyés. Et, partant, il peut bien y avoir quelque métal qui ne soit pas pur et net, ainsi que ce défaut se trouve fort souvent en plusieurs de nos métaux, lesquels toutefois nous rencontrons quelques fois dans leur perfection aussi promptement que beaucoup d'autres na­tions; mais je ne dis pas qu'ils soient si générale­ment purs et nets, qu'il n'y ait parfois quelque défaut. Maintenant, il faut observer qu'il faut qu'un corps métallique soit auparavant parfait ou amené à sa perfection avant qu'on puisse dire qu'il soit fixe. Et il importe beaucoup ici qu'on connaisse bien ce que c'est qu'être fixe.

Lorsqu'un corps métallique a sa teinture, son poids et sa graduation comme il [lui] appartient, il ne laisse pas pourtant de lui demeurer encore parfois beaucoup d'empêchements, d'impuretés et immondices. Mais, après cela, le travail conti­nue, en sorte que la nature vient à conjoindre ces deux teintures et graduation, et ainsi rend et amène le métal à une grande purification. Cette purifi­cation est la fixation, car ce qui est pur est fixe. Et sachez ceci, que le fondement du premier est le corps. Mais voici un secret : il faut que la teinture et graduation entrent dans icelui corps. Et si j'ôte à l'or sa teinture, comme cela se peut bien faire, alors c'est un électre; c'est là une eau, car il demeure en une eau ou en un corps aqueux. En­suite de cela, je lui prends ou ôte sa pesanteur ou poids, et le réduis et amène en une huile ou en un soufre. Et néanmoins le corps demeure. Car en croissant, Mercure pose là le corps, d'abord en semblance comme d'un jeune enfant; puis vient alors la pesanteur qui le rend, par manière de dire, beau; et si le lubricum ou la substance cou­lante y survient, et puis après que la substance volatile et la teinture s'y joignent, tout le reste du corps s'accomplit et se perfectionne tout autant qu'il en a besoin pour sa perfection. Et qui est-ce qui aurait raison de se railler ici de telle chose, en méprisant les routes, les maximes et le procédé de la nature, et ne prenant garde à rien? Car voici que la nature apporte et cause la couleur sur le cuivre d'une façon étrange et si étonnante, et en fait du laiton ou cuivre jaune, mais qui n'est pas fixe. Car ce n'est en cela sa fin ni son intention, d'autant qu'elle n'y procède pas par une droite voie. Et ce n'est qu'une couleur imbécile, faible et volatile, que d'ailleurs d'autres métaux reçoivent volontiers, mais qui n'est pas fixe. Et même on la chasse toute, aisément, au feu de bois ou de char­bon. C'est pourquoi il importe beaucoup que l'on apprenne à reconnaître les corps. Car dans leur résolution l'on apprend joliment la propriété d'un métal pur et quelle est sa teinture, son corps, son sel et son poids; et surtout lorsque avec soin l'on rumine et pèse bien la division de tous les corps à la manière des chimistes, comme fort bien et adroitement nous les divisons. Or nous nommons et appelons l'esprit avorton un esprit de mercure; la teinture achevée et perfectionnée, un soufre ou une âme; et la pesanteur ou le poids, un sel ou un corps. Car en suite de cela, le travail d'imitation témoigne que par une constante fixa­tion l'on a un corps parfait et non seulement fixe au feu, mais aussi à toutes les eaux fortes, surtout à celle de Saturne, laquelle n'est point de si peu d'estime et de poids comme les autres eaux fortes, mais meilleure pour être maniable et molle ou propre à la forge, sans Schliess ou, comme on le nomme, un quart. Ce métal parfait fixe, ou or, résiste aussi au ciment, parce qu'il est plus fort.

Il y a de quoi s'étonner que fort souvent on parle si étrangement des ouvrages de la nature et qu'il n'y ait personne qui puisse donner aucune raison assurée, comment et par quelle manière elle pro­duit et engendre les corps métalliques. Mais la cause de cette ignorance est que l'un écoute l'autre qui est grossier en tout ce qu'il dit, tellement qu'il ne demeure pas plus savant que son compagnon. Or s'il arrive que les ouvrages de la nature miné­rale ou métallique viennent à s'altérer ou se chan­ger tant soit peu, voilà ces ignorants hors de leur ordinaire connaissance, et [ils] sont bien empêchés à se conseiller eux-mêmes comment ils doivent procéder et remédier à cet accident. Lorsqu'on fait dessein d'entreprendre quelque remède qui soit constant et durable en la médecine, ce métal parfait y est des meilleurs. C'est comme une herbe ou racine quand elle est mûre en sa saison : on la choisit entre toutes celles qui sont non mûres, lesquelles on rejette volontiers. Et si tu ne tiens pas ce progrès et que tu veuilles te servir de quelque substance spirituelle et volatile en la décorporifiant, tu te tromperas. Car comment peut-on ôter le corps à une chose qui n'en a point ou qui n'en contient point en soi, beaucoup moins la teinture, avant qu'elle soit venue dans le corps? après quoi on recouvre bien sa teinture, mais non pas toutes les couleurs des teintures. C'est à cela qu'il te faut bien prendre garde, car c'est où consiste la plus grande science.

Il y a une certaine chose dont il faut que je fasse ici mention afin que ceux qui aspirent tant après l'or et l'argent aperçoivent de toutes parts com­modément et à leur aise les mystères de Dieu, si l'on examine bien cette chose dans l'Écriture. Car ainsi ils auront une instruction spirituelle en une chose du monde ou en un métal admirable. Car quand on l'a tiré hors de terre ou hors de son officine, il jouit d'une autre vie ici-haut, et y prend corps et y vit sans aucun aliment, car il n'est pas mort, mais vivant; ou bien s'il ne travaille point, il ne fait que se reposer; aussi il peut fort proprement être réveillé. Ainsi nous espérons qu'en l'autre vie éternelle où il y a perpétuel sabbat, la même chose nous arrivera et [que nous] serons rendus plus heureux. Et encore bien que Dieu se servira de nous à sa louange, il ne nous usera ni consumera pourtant pas, mais il nous honorera beaucoup plus hautement que nous ici-bas les métaux.

« DE METALLO IMPERFECTO » OU DU MÉTAL NON PERFECTIONNÉ


L
e métal imparfait est entre tous les métaux le plus sauvage, car l'impureté y est encore toute attachée, comme y sont aussi plusieurs mélanges, l'un dans l'autre d'une étrange façon. Aussi est-ce la coutume en semblables rencontres de rappor­ter souvent plusieurs pièces mélangées en un ouvrage, de sorte qu'on n'en peut pas bien connaître la forme, ne sachant pas encore ce que c'est. Tu trouves dans un tel ouvrage un mélange des instruments préparés et d'autres qui ne le sont pas, et les uns et les autres sont pêle-mêle et de plusieurs corps. Or si tu veux porter un instru­ment de cette qualité-là et nettoyer le métal, il te faut premièrement laver haut et bas cet instru­ment-là qui n'est pas préparé et [il] ne faut pas l'achever de rôtir. Il te faut aussi avoir un feu particulier pour tels instruments qui ne sont pas préparés. Et il ne te faut pas regarder en ceci si fort à ôter le corps à l'instrument que tu ne regardes et examines surtout soigneusement le métal qui est encore si jeune et délicat. Or la per­fection de tout ceci consiste en neuf divers points qu'il te faut premièrement peser et examiner dili­gemment chacun d'iceux à part. Et si tu te comportes en cela comme il appartient, le métal ou la mine, Erz, ne recevra aucun dommage.

Premièrement regarde bien si le métal ou En est en croissant ou en décours. Et alors tu lui pour­ras aider en sa couleur et en son corps entier. Car il faut que ce soit au folium du métal que tu sou­tiennes ou fasses avoir de l'aide à ce métal-là qui est en croissant. Mais à celui qui est en décours, il faut que ce soit en son spolium que tu fasses le semblable, autrement il s'envolera à l'écart, car il n'a pas encore été achevé en son vrai lieu et dans son officine, et un tel métal est de forme égale. Ainsi [il] faut qu'une personne s'essaye un peu au travail imité et qu'elle s'y emploie et comporte courageusement, étant par ce moyen d'autant plus assurée d'y bien faire et réussir.

Secondement, il te faut prendre garde à la viande des métaux qui n'est pas encore bien digérée, comme je te le peux dire. C'est pourquoi il faut que tu lui prêtes secours pour l'aider à ache­ver sa digestion ; autrement les excréments n'en peuvent pas bien venir ni être séparés, ce qui cau­serait lors trop de fermeté, [de la] non-mollesse et de la résistance qui n'y doivent point être.

Tiercement, il faut que tu aies égard au flux, à ce que tu le frayes et disposes comme en un rocher qui est encore coulant au même lieu. Car si l'on ouvre deux flux tout à fait, on ne pourra point puis après les ramener ou rejoindre ensemble, sinon fort malaisément. Car il n'y a point d'appa­rence de délier ou ouvrir un nouveau coulant, vu que les mercures des corps sont déjà coulants sans cela, étant, dis-je, des Rotte et Gestûbe.

Quatrièmement, souviens-toi de la réduction du métal, mais n'oublie pas en même temps en quel degré du croissant ou du décours tu la dois trou­ver, afin qu'au lavement tu puisses donner un feu convenable au corps métallique. Car un feu sert aux cendres, un autre aux suies et un autre à cal­ciner. Et ainsi tu peux devenir savant et expert de plus en plus si tu sais bien la disposition et le gouvernement des corps métalliques; sinon tu ne seras pas comme il faut, car ils deviendront spröd et se gâteront au travail.

Cinquièmement, il te faut observer à bien faire la différence entre les deux imperfections du corps métallique, car c'est de là que le métal prend et reçoit son nom. Car l'une de ces imperfections est du corps et l'autre est de l'instrument. Or prends premièrement l'instrument et remarque qu'il faut que tu lui aides par la préparation. Mais quant au corps, préviens-le par le secours que tu lui dois donner, en l'empêchant qu'il ne s'écoule, s'in­sinue ou se mêle dans un autre, chassant pareil­lement la dépouille ou les superfluités. Et lors sa semence s'en va avec le Ferch sans peine ni résis­tance.

Sixièmement, aie l'œil sur le feu que la nature possède en soi, et te garde de t'approcher trop près de celui qui est dans les corps métalliques, car dresse tout ton travail principalement dans les uredines et règle du tout ton feu dans l'instrument du corps.

Septièmement, tu as à apprendre une chose au regard des couleurs des électres, qui est que tu ne prennes pas l'or au lieu de l'argent par ignorance au sujet des couleurs dormantes que tu dois recueillir dans le décours ou quand, dans le crois­sant, tu les dois fortifier et garder. Les peintres ont un fond qu'ils appellent relever et ombrager. C'est ce qu'il te faut entendre ici dans les corps quand ils sont parfaits. C'est pourquoi désunis et divise les corps.

Huitièmement, comme tu vois que les peintres mêlent et broient leurs couleurs avec de l'eau ou de l'huile, ainsi apprends à bien apprêter l'eau dont tu détrempes les couleurs. C'est une eau de métal avec laquelle tu peux entamer et dissoudre les corps métalliques sans la ruine ou perte de leurs couleurs telles que tu désires [les] avoir.

Si tu viens à te servir de quelque autre eau que de celle qui est métallique, tout ton travail sera inu­tile; mais rafraîchis-le avec l'huile, et il demeu­rera pur et net, et [tu aur]as grandement fortifié le folium.

Neuvièmement et finalement, remarque et prends garde soigneusement de bien aiguiser les métaux, en sorte qu'ils ne se soucient plus ou n'aient point besoin de leur viande ordinaire. Tout ce qui appartient à cet ouvrage, tu le trouves abondam­ment dans cet instrument, ou pas bien loin de là, où tu peux l'y conduire facilement et amener à bonne fin. Car puisque ton corps métallique est imparfait, c'est la raison pourquoi tu lui dois aider, puisque même la nature a déjà contribué la moitié du travail à ton avantage. On se lasse sou­vent de voir qu'une si grande quantité d'un si noble et précieux instrument ait été souvent mi­sérablement brûlée avec tant de négligence et de légèreté, au lieu qu'on l'aurait pu employer à beaucoup de choses fort utiles.

Or à ce métal appartiennent presque tous les autres, car il se trouve rarement un métal si par­fait qu'il ne faille encore lui donner du secours par d'autres voies. Or quiconque sait tant soit peu ce qu'il faut faire, il y réussit avec un grand avantage d'utilité et de profit. Et pour ce, il faut tout premièrement savoir par quel moyen l'on doit introduire la perfection dans le corps métal­lique après qu'il a été purifié et rendu net, et ainsi on y fait .entrer le fixe, la couleur et le poids ou pesanteur.

CHAPITRE XIV
« DE METALLO VREDINUM » OU DU METAL SAVON


S
'il fallait que nos éléments supérieurs ne pussent pas faire aussi le métal et qu'ils ne l'eussent pas tout de même en leur disposition, ainsi que la chose est claire et évidente comme en plein jour, qui est-ce qui jamais aurait voulu entreprendre et s'ingérer de travailler ou produire un métal? Aussi pareillement l'on doit savoir que dessous la terre la grande ardeur et la froideur sont la prin­cipale cause de la formation du corps métallique ou métal, et selon que cette ardeur-là, ou bien la froideur, agit puissamment sur le métal, il en devient aussi à l'avenant plus ou moins excellent. Et il participe d'autant de plus belles couleurs que l'ardeur ou la froideur y est plus enfoncée ou qu'elle y a pénétré davantage. Cela est très certain et véritable. Et même tout homme de bon sens doit savoir que cette ardeur et froideur d'ici-bas sont aussi attribuées aux planètes ou astres supé­rieurs. Or, en premier lieu, lorsque le Ferch se retire dehors et qu'il passe par la terre avec sa semence dans son officine stable, ferme et convenable, il y a de certains temps qu'il en sort aussi au cas que sa Witterung puisse venir auparavant qu'elle soit affaiblie et abattue.

Et d'autant que le Ferch amène toujours quant et soi de plus pur métal et que les éléments d'ici-haut ont cette vertu de faire entasser et amonceler les substances métalliques — car où les éléments sont et opèrent ils causent toujours là un corps et tirent comme par force quelque substance métal­lique —, cela est cause que le métal s'amoncelle et s'assemble en un tas. Et de la sorte qu'il est amoncelé et amassé, il demeure de même en son lieu. C'est pourquoi le métal se forme quelque­fois en grains qui sont d'une forme étrange, car parfois ils sont ronds et parfois longuets. De là provient aussi le métal qui se trouve sur terre dans le sable, et qui quelquefois tombe dans l'eau, selon qu'il a été attrapé, pris et congelé en un endroit, là où souvent il s'engendre d'une forme agréable. Or c'est dans les savons qu'un tel métal prend aussi ce nom-là. Et ces savons sont des sources montagneuses de terre èsquelles le métal s'arrête et se couche ou gît volontiers. Ces sources sourdent et coulent de bas en haut, et souvent on les trouve toutes dorées, car elles jettent et pro­duisent en haut des monceaux de métal gros comme des gros faussets de pareille couleur. En ces pays-ci d'Allemagne, aux environs d'Erfurt, il y a de telles sources aux couleurs des montagnes. Mais en quelques endroits ces sources ou savonnières sont placées au-dessus ou au haut des mon­tagnes et c'est là qu'est attaché le Ferch qui sou­vent passe et s'en va plus outre, étant arraché ou attiré par l'air. Mais toutes ces savonnières sont situées d'ordinaire au fort des eaux métalliques qui sont résoutes dans leurs sels. Aussi ces eaux métalliques prennent et retiennent à soi volontiers le Ferch ou le métal du Ferch et de la semence qu'il entraîne quant et soi. Et cela engendre et produit souventes fois le meilleur étain qui se trouve en ces savonnières, lesquelles amènent et produisent quand et quand cet étain [et] parfois quelque espèce de fer fort différente. Mais, abso­lument, le fer ne peut pas être bien opéré ou engendré en ce lieu-ci car il en est doublement empêché. Premièrement, l'eau est son empêche­ment ou destourbier, car où il y a de l'eau, elle amollit le métal, de sorte qu'il en est comme déchiré et arraché, tellement que c'est une chose rare de trouver de tel métal-savon près ou dans les savonnières.

Secondement, le Schlich ou flux de fer n'est pas non plus ici dans sa vraie officine, car cette-ci n'est point en ce bas air et élément, là ou néan­moins est l'officine particulière des métaux. Et presque en cette manière sont tous les métaux savonniers dans l'Europe. Mais dans d'autres pays ou il n'y a point de métal bas ou inférieur, ou c'est bien peu. On trouve dans le pays (le sien particulier) ou dans la terre de digue le métal le plus sublime. Ce qui en tel cas se trouve aussi ailleurs. Mais j'estime superflu d'en faire ici mention, cela ne servant de rien à notre travail ou entreprise.

Les métaux de cette sorte venant des savonnières sont les meilleurs, car ils sont plus profondément près du métal parfait. Mais si on approche trop près le feu, ils s'envolent avec le Ferch à cause du très fin qui est grand en eux. C'est pour­quoi quand le Ferch et la semence qui est de grande pesanteur viennent dans le métal avec leurs deux chaleurs, surtout dans le déclin, il en est puissamment fortifié en sa consommation, et il devient un peu plus prochainement allié aux mercures supérieurs de la terre et de leur instru­ment. Et pour ce, il s'en accoste et approche, puis derechef il s'avance davantage dans la perfection. Et c'est là le fondement de l'avancement et pro­grès du métal en dessus de ce qu'il était en son officine, autant que cela nous peut être connu.

« DE INHALATIONE » OU DE LA «  WITTERUNG » EN DEDANS


C
'est bien une chose louable de travailler aux centres, fosses et conduits de la terre. Car il y a apparence et c'est à croire que là-dedans la witterung a ses issues et entrées, plus que dans toute la terre entière, alentour de laquelle elle ne conseille pas que l'on tourne avec tant de peine et de lon­gueur, vu que l'on peut jouir de son entreprise par un chemin plus court afin de trouver le métal. J'entends de même que si quelqu'un, voulant aller à la fontaine, allait tourner alentour des fleuves et par toutes les sources, et qui néanmoins pourrait venir à ladite fontaine par un chemin et sentier plus direct et abrégé. Il en est de même au regard de la Witterung, car les Brodem, les vapeurs et les flammes qui y sont encloses empêchent et attestent beaucoup plus la Witterung qu'elle ne s'avancerait. Et, partant, que l'on ne s'arrête et ne prenne pas garde à des antres et passages, ains plutôt et volontiers à la Witterung, laquelle passe et va sa route par et à travers toute la terre, car icelle n'empêche point sa marche, ainsi qu'il nous pourrait sembler. Car tu dois savoir qu'il n'y a que les Erz ou métaux qui [obtiennent leur] Witterung sous la terre et ces Witterung-là. sont distinguées par ordre.

Or ceci doit être soigneusement remarqué, savoir est que les métaux font leur Witterung par le dessous en dehors où ils demeurent et s'arrêtent. Et c'est ici la différence entre la Witterung et entre la vapeur, la fumée et le Brodem. Cette Witterung va obliquement, en courbe et de travers, et ainsi qu'elle arrive de côté et de largeur. C'est donc de cette Witterung-. que nous devons parler ici, quand elle va remplir abondamment de sa propre vertu. Car alors elle la fait paraître et reconnaître, étant adressée et envoyée au métal par le moyen des rayons supérieurs du soleil, lequel lui donne et fournit tout ce qu'elle a de besoins pour son entretènement, pour sa subsistance et pour son opération. Et c'est cette Witterung qui porte, conduit et distribue l'aliment ou viande dont elle se charge au métal ou aux planètes inférieures et ce, par et au travers de la terre, ou terre de digue, per cutem terme. Et lors le métal prend dedans soi la Witterung qui provient du travail et s'en sert et en profite, car on voit que les éléments ne peuvent pas entrer bien avant dans la terre.

Les Witterung sont invisibles, car on ne les voit point en leur être d'elles-mêmes et l'on peut mieux voir et reconnaître l'haleine d'une personne que non pas la Witterung, laquelle il faut recon­naître à une Rotte quand un métal s'avance dans son travail. Car alors il rend un souffle de soi et le retire aussi à soi jusque dans son centre et inté­rieur. Et il faut en ce travail que le soleil aide au métal et que positivement il accompagne la Witterung. Ce qui, par conséquent, doit être remarqué avec adresse et subtilité. L'endroit où se produit le métal est une terre la plus pure, de laquelle, selon qu'ont enseigné les Anciens, l'homme a été fait et formé. Car une terre de cette qualité a beaucoup de vertus cachées en elle. Ensuite elle montre son efficace et puissance dans le travail qui s'accomplit es métaux.

Or cette Witterung ne sert à rien autre chose qu'à attirer la nourriture et à la faire entrer dans le corps métallique, la lui faisant avaler et engloutir. Car il ne faut pas que tu penses que la Witterung laisse croupir la nourriture ou viande dans le corps quand elle y est portée. Ains cette Witterung est la vertu rétentive qui conserve, retient et arrête tout ce qui abreuve et nourrit le métal. Et, de plus, elle apprête et ajuste l'instrument durant tout son travail dans le lieu qui la reçoit, là où le soleil chasse en bas tout ce qui est de lourd et de pesant, comme il se voit en toute sorte de suc qui est ainsi chassé et envoyé en la partie la plus basse. Mais en cette descente en bas, la Witterung a cette manière et coutume en elle que ce à quoi elle communique son suc ou ce qu'elle suce, tant plus longtemps et tant plus profondément demeure-t-il avec elle en bas; et ainsi il en est meilleur et plus excellent, afin qu'elle le puisse perfectionner en ses fleurs. Or j'appelle ici les fleurs de la Wit­terung quand elle ne peut point porter un corps à un plus haut point et degré que celui par lequel elle fait parvenir ce corps finalement en un habit ou à un corps d'un vrai métal parfait.

Or celui qui connaît comme il faut cette sorte de fleurs, il a appris quelque chose de grand. Et qui­conque sait par quel moyen et de quoi la Witterung fait ses fleurs, il est parvenu bien avant dans la connaissance de la nature. Telles fleurs donc sont faites naturellement d'un simple instrument qui travaille par trois sortes différentes de feu, entre lesquelles l'ardeur ou le feu-même de la Witterung n'est pas la moindre, ains la plus grande. Car c'est ce feu-là qui est le plus proche de la perfec­tion. Et, de plus, cette Witterung est une ardeur aérienne, tenant du feu principalement, comme en étant très abondante, car elle flambe et toute­fois n'allume point, car autrement elle brûlerait les nutriments dans l'officine; mais elle les met à couvert, les cache et conserve plutôt; elle les amoncelle et les tient en un tas en les fortifiant et en chassant dehors les humidités et fumées superflues. C'est pourquoi cette Witterung cause aussi par accident ces méchantes fumées, vapeurs et Brodem qui enveniment par le dessous toute la masse de la terre et qui sont un sujet de beaucoup de maladies dangereuses, comme il est que trop clair et évident.

« DE EXHALATIONE » OU DE L'ARDEUR AÉRIENNE EXTRAYANTE


D
'autant qu'il faut que le remuement, agitation ou balancement soit sans cesse continué au travail des métaux aussi longtemps que le métal prend et reçoit en lui [la] nourriture qui est causée par icelui remuement ou mouvement, c'est pourquoi il faut que la plus proche ardeur aérienne du métal vivant soit plus forte. Car la nature nous a fait connaître que puisque ces ardeurs aériennes peuvent entrer dans le métal, et non plus avant, parce que le métal est le but et la fin du travail sous terre, il faut aussi à cause de cela que l'ardeur aérienne extrayante s'y trouve et qu'elle se revire ou contourne en icelui métal. Et par ce remue­ment ou agitation l'ardeur aérienne d'icelui métal qui se fait derechef de dessous au-dessus ou au-dehors en l'ardeur aérienne métallique naturelle, vraie et légitime, devient si forte qu'elle allume ou échauffe, sans toutefois aucune lumière ni flambe ; ains elle ard et brûle ou cuit sans clarté. Ce qui fait et est cause qu'elle purifie ce qu'il y a de ca­pable d'être purifié dans l'ouvrage et dans l'offi­cine, mais aussi dans tout l'instrument, l'attirail, l'arsenal et l'étoffé, tant que cette ardeur aérienne attaque et combat aussi les atomes les plus purs de la terre, lesquels même le soleil résout derechef glorieusement en sucs et liqueurs substantielles. Car les atomes terrestres sont les fleurs des sels de la terre, laquelle ne les peut souffrir, et aussi ces fleurs ne sont pas nécessaires dans la terre. Mais il faut que ces fleurs ou atomes soient derechef résoutes dans l'air supérieur.

Or cette ardeur aérienne, extrayante ou attrayante, combien qu'elle accompagne toujours le métal, l'on peut toutefois voir à sa Rotte ce qu'elle fait au métal. Car si cette ardeur aérienne empoigne la verge et l'allume ou échauffé, lors le métal est dans son déclin et est un métal mort. Et ainsi le feu qui était allumé ou agissant en cette Rotte s'en va et se retire, au lieu duquel la froideur demeure au métal inférieur, laquelle s'accroît. D'où l'on voit ce que font les uredines quand elles prennent le dessus es métaux. Car si la froideur a l'avantage, elle ne manque pas de souiller, gâter et faire dégé­nérer tout à fait le métal jusqu'à n'être plus que du plomb. Mais si l'ardeur ou chaleur prend le dessus, le métal devient de temps en temps plus relevé, plus vif et ennobli. Or en cela gît la diffé­rence d'entre les ardeurs ou froideurs des feux et c'est cela qu'on appelle et nomme les uredines. Et le véhicule d'une telle ardeur, c'est l'instrument qui la cause et produit. Si les uredines causent et font quelque mal, le feu le peut dissiper, car les uredines peuvent être sans feu, et aussi par-dessus le feu. Les anciens philosophes nomment les ure­dines « vires coelestes et infernales », c'est-à-dire les vertus célestes et infernales. Car l'on voit bien alors que le feu ne saurait rien gagner sur lui, sinon seulement lui donner le flux. Mais il ne le saurait consumer; ni aussi ne peut-il rien faire au mercure, sinon de lui apporter la dureté qui est une chose assez belle et agréable; mais il n'en est pour cela nullement ennobli ni changé en argent.

Ces deux ardeurs aériennes sur, sous, dedans et dehors terre ne sont bonnement qu'une même ardeur. Et ce n'est pas seulement une de leurs pro­priétés de ce qu'elles peuvent ainsi montrer et faire connaître le métal et l'Erz, ains elles tra­versent la terre à cette fin qu'elle ne se convertisse point en pierre, mais qu'elle demeure dans un certain jour ou porosité convenable, de même que le levain dans la pâte, car elles nettoient la terre comme l'ardeur du soleil fait l'air.

Et comme cette même ardeur aérienne ou la Witterung nous causent et amènent ici-dessus le vent, les nuages, la pluie, la bruine et la neige, de même aussi la sous-Witterung cause dans la terre des fumées, des Brodem, des liqueurs substantielles, des minéraux, métaux, sources, etc. Et ainsi s'engendre l'or de sa semence. Et qui­conque a l'intelligence de ces matières supérieures et autres peut faire de toute sorte de prompt travail d'imitation, car l'industrie ou l'art suit et imite immédiatement la piste et l'ordre de la nature.

« DE CORUSCATIONE » OU DE L'ARDEUR AÉRIENNE ASSISTANTE


D
'autant que ceux qui travaillent aux mines voient de nuit cette ardeur aérienne s'exalter, ils la tiennent pour l'unique ardeur aérienne et non aucune autre. Ce n'est pas pourtant une vraie ardeur aérienne d'elle-même [et] toute seule, mais c'en est une seulement qu'on appelle assistante ou présente. Et elle ne se peut nommer ni définir autrement, car elle ôte les excréments seulement par le feu qui est en elle, combien que ce ne soit pas tout à fait, mais ce qui est es métaux de véné­neux et de non valeur. Et elle purifie aussi l'air de la puanteur. Car d'où viendrait ce que l'on nomme Schwaden d'ailleurs que de là? qu'on doit croire être conduit et mis dehors en partie par cette ardeur aérienne ou feu clair et, ensuite, par­tie par l'eau. Car une telle puanteur abreuve et souille grandement le métal surtout en la couleur. Lequel, toutefois, demeurant en sa puanteur, peut brûler ou laver facilement, soit qu'il soit dans sa mine ou terre et dans ses liqueurs. Un tel et sem­blable feu clair aide aussi à fortifier le Sinter, car il n'agit pas par une manière d'ardeur, mais à la manière du feu. Et ce n'est point par une façon de bouillir qu'il purifie, mais par un brûlement ferme et solide.

Or pour ce que l'instrument dont ce feu clair s'empare et se saisit se trouve même souvent en un lieu où il n'y a point de métaux, cela fait qu'il est grandement trompeur, mais toutefois souvent par opinion, car pour la plupart il vient d'un souffle métallique. Et prends garde à ceci, savoir que le métal ne donne jamais aucune lueur de soi, et qu'il ne se consume pas aussi, mais que parfois il s'échappe en s'envolant ou évaporant. Et pour­tant le Schwaden est un plus grand venin. Et c'est là une des meilleures démontrances de la contra­riété d'un métal ou de la substance vénéneuse et nuisible aux métaux. Mais pour ce que l'on peut découvrir plusieurs beaux et magnifiques tours de main qu'on entreprend par le feu, je te dirai seulement qu'il ne faut pas fondre entièrement les métaux; puis cette substance vénéneuse qui s'exhale et s'en va, donne assez à connaître qu'elle n'est nullement utile au métal et qu'elle ne peut pas non plus y demeurer, si ce n'était qu'elle y tient obstinément collée.

Tu remarqueras aussi derechef ici une fois que le feu ne peut pas être de service aux métaux, mais une ardeur qui ne vient point de feu, laquelle est comme la chaleur naturelle en l'homme qui est sans fin. Car en quel lieu est-ce que la nature a des charbons proches du métal? Et néanmoins elle est ardente. Et où est-ce qu'il y a quelque chose qui souffle plus chaudement, que la nature ne puisse souffrir? Mais c'est une autre chose, une froideur sans geler, ainsi qu'aux perles qui le témoignent. Je nomme cela uredine ou une chaleur sans ardeur, voire une chaleur sans geler. Et c'est ce qui fait au feu son nutriment et ne le souffre point proche de soi. C'est pourquoi, quand tu apportes un métal en sa propre ardeur et froideur, dès là tu as un fondement pour le travail d'imitation. Autrement sans cela tu n'as rien étudié.

CHAPITRE XVIII
« DE FOLIO ET SPOLIO » OU DE LA BLUETTE ET ÉTINCELLE


L
a seconde chose qui montre et distingue à vue d'œil les métaux, c'est la couleur. Mais il y a des couleurs supérieures qui sont telles qu'on ne peut les connaître à cause de leur obscurité où elles sont naturellement cachées. Ces couleurs sont surhaussées et relevées par unfolium, comme, de fait, unfolium obscur et épais ou non transparent fait de même es pierres précieuses dans leur corps lucide et transparent. Mais il faut ici que ce soit un folium transparent qui le fasse en un corps opaque tel qu'est celui des métaux. Car ceux-ci sem­blables à la lune luisent, laquelle a sa lumière à contre-sens au-dedans du corps métallique, comme aussi le folium produit le même au-dehors dudit corps. Or il y a moyen de faire artistement un pareil folium ou bluette. Mais la nature nous montre qu'il faut que ce folium soit recouvré et trouvé hors du volatil. Car encore bien que ce soit une chose véritable que le volatil ne se puisse percevoir ou acquérir et se loger ou enserrer sinon en sa semence ou en son corps, toutefois il est bientôt présent ou paraît bientôt avec le corps métallique. Et quiconque ne sait point l'art ou manière de se servir du folium ne saura jamais atteindre à la droite et véritable teinture d'un métal, soit pour le flux ou dureté. Or la nature ou propriété du folium est telle qu'il est si mince qu'aucune chose ni aucune feuille qui soit au monde ne le peut être davantage; duquel folium ou feuillage un corps métallique est assemblé, fait et composé. Les prétendus alchimistes sont fort empêchés avec leur statum supra stratum, c'est-à-dire avec leurs lits sur lits. Mais ce dont il est question, qui est ce folium, est plus mince et délié que l'or battu, et c'est ce que l'on appelle une transparence opaque, un folium, inséré ou rap­porté en dedans, lequel est non doré ni argenté. Mais ici est caché un beau secret, un beau tour de main pour teindre artificiellement par la bluette, ou folium, quand on la met ou fait entrer dans l'étincelle ou folium. Car une connaissance en engendre toujours une autre. Et comme on voit et expérimente en une splendeur gluante et abon­dante d'ardeur qu'il n'y a aucun Schwaden présent, ainsi l'on ne remarque ni l'on aperçoit point de Schwaden et pas une bluette ou étincelle en leurs miroirs ou lumières nocturnes. Et c'est lors qu'on peut préparer une telle et semblable bluette, ou étincelle, qui se met et tombe en bas hors de son siège et place. Car elle se réduit et pose en bas avec son poison ou venin le plus mauvais. Ainsi aussi le métal s'arrête et se repose.

« DE FULIGINE ET CINERE » OU DE LA SUIE ET CENDRE


A
u regard de la suie blanche des métaux, qui est un habit ou vêtement d'argent tout à fait d'un grand prix, il y a de quoi s'étonner, lors seule­ment qu'on fait entrer cette suie blanche métal­lique dans les mercures, de ce que par la corrup­tion les métaux et premiers corps métalliques produisent les plus hauts métaux, et de ce que des supérieurs, au contraire, les inférieurs en pro­viennent. Or il est certain que partout où l'on rencontre une pareille suie, il y a là assurément du métal sur la route. Mais il ne s'en voit guère de plus beau et plus naturel que celui qui perce et pousse dans la province de Steyrmarek et l'on y fait là même de bon acier. Et dans la Valachie il paraît de cette suie près de l'argent. Et c'est la chose la plus certaine dans le travail métallique et naturel, que cette suie fait des merveilles aussi bien que dans le travail d'imitation, ce qui est incroyable aux personnes, comme aussi qu'il faille que ce qui paraît le plus incertain soit souventes fois le plus certain. Et de cette mécroyance vient qu'on ne sait pas mieux cela ou qu'on l'entend et comprend faiblement. Ceux qui travaillent aux mines ont aussi dans les antres, passages ou conduits, un état particulier qu'on nomme leur pendant et leur gisant, dans lesquels se peut bien trouver aussi quelque chose de semblable à cette suie. Mais il faut bien de la peine pour y tra­vailler à l'avoir et [ain]si on est souvent en hasard de souffrir les effets d'un poison ou venin qui y est coutumier. Car encore que l'ardeur aérienne y passe et qu'elle entraîne beaucoup de choses avec elle, néanmoins il y en demeure quantité qui ne s'en peuvent retrancher qu'avec une extrême diligence et peine. Et, au bout de tant de travail, l'on [n']en tire pas un salaire suffisant. Les ou­vriers des mines nomment cette étoffe ou matière selon qu'il leur plaît et selon les mines, et ce par ignorance et sans examiner comme il faut ce que c'est. Et les avaricieux alchimistes, lorsqu'on parle de cette suie, prétendent que c'est le mer­cure des corps ou le sel des corps, et que c'est du sel comme notre sel commun. Ils font comme les paysans, lesquels nomment à leur fantaisie les herbes lorsqu'elles sont grandes, au lieu qu'elles ont leur propre nom. La cendre de Saturne se fait aussi par ce moyen grandement belle avant qu'elle vienne plus haut et soit changée en son argent. Car bientôt elle s'accompagne d'un verre-lancier, c'est-à-dire d'un antimoine, qui lors a quant et soi l'eau glacée et les Saturnes coagulés, ce qui est une preuve sur tous les métaux qu'ils se changent et croissent mêlés bien avant dans la terre.

En après, le Saturne fournit aussi un bismuth pur. Il est grossier et a quant et soi une eau de Saturne qui est congelée, en laquelle on recouvre et ren­contre un fort grand avantage et profit pour les métaux qu'on ramène par son moyen en leur première matière. Puis ce bismuth se rend en haut vers le travail métallique de verre, et ainsi le tra­vail des cendres de Saturne cesse. Les alchimistes, depuis fort longtemps et encore pour le jourd'hui, ont eu fort à faire avec leur sel [pour savoir] comment ils pourraient par icelui faire ou rendre potables tous les corps métalliques qu'ils ont convertis auparavant en sels. Or ici, ils font une blancheur provenant des cendres, lesquelles cendres produisent leurs sels, mais c'est inutile­ment. Car les cendres sont des vêtements qui montrent et signifient ce qui est vertu, et dans lesquelles le métal est caché et en est revêtu pareil­lement lorsqu'il veut paraître en vue et au jour. Mais les métaux potables sont toute autre chose qu'ils ne croient, car il les faut rendre tels par les liqueurs naturelles et convenables à leur nature métallique. Mais c'est cela qui est une manière d'opérer tout étrange et qui n'est pas possible à concevoir à telles gens, lesquels ne recherchent qu'à avoir et amasser de l'or. La nature n'en donne que les habits à ces personnes-là au lieu du corps même. Et quant à ce même corps, il s'évade et échappe souventes fois avant qu'on s'en soit aperçu. J'entends le corps le plus noble, c'est pourquoi jette ta vue et l'arrête sur les corps les plus parfaits.

« DE SCOBE ET AQUA METALLICA » OU DU «SCHLICH »
C'EST-À-DIRE DU REJET DE LA TERRE — ET DE LA LESSIVE OU EAU MÉTALLIQUE


C
'est une chose nécessaire à la nature qu'elle ait incessamment dans son travail un croissant et un décours. Car comme il arrive ici-haut qu'il se perde de l'étoffé non seulement dans la fonte, mais aussi sous le marteau, aussi de même arrive-t-il sous la terre. Or pour apprendre à connaître le déchet qui arrive dessous la terre et le conserver par provision à l'avenir, il faut faire comme ceux qui recueillent les miettes de pain de dessous une table. Et c'est aussi ce que fait la nature, laquelle conserve et recueille, au même endroit où elle opère, son déchet, et le produit au jour en sorte qu'il peut être employé à [de] bons usages. Et le métal aussi se reconnaît être là dans la terre, ce que l'on voit au Schlich, à la fange, boue et matière que le métal rejette hors de soi. Et c'est là qu'est la pierre qu'a toute sucée la nature dans son tra­vail, ou même la terre, et ce qui en tombe à bas lorsqu'il n'est pas plein de métal, et aussi qu'il tombe avec quelque peu de métal. Or ce qui tombe ainsi s'appelle, à juste droit et raison, du Schlich, ou un rejet et écoulement, d'autant qu'il se sépare, chet et tombe ainsi à bas de l'ouvrage et se retire secrètement. Là où donc un tel rejet de la terre se trouve, jette là ta vue, car il se rompt de l'instrument et de l'officine où les métaux tra­vaillent et font ce qui est de leur fonction. Et ce Schlich ou rejet est une démonstration certaine qu'il y a là du métal.

Ainsi la lessive ou l'eau métallique est de même une démonstration assurée du métal prochain. Car elle se résout sans cesse dans le travail et se retire quelque peu en éloignant des métaux peu à peu, lesquels ont du Schmede et de la vertu. Car, comme j'ai dit lorsque j'ai parlé de la viande des minéraux, où il y a des minéraux fossiles, là aussi il y a assurément une mine. C'est pourquoi là où il y a de ces minéraux, il s'y trouve toujours de plus en plus de cette lessive ou eau métallique, car elle se résout incontinent en eau ou bien en lessive. Et voici la différence qu'il y a entre l'eau et la lessive : le minéral seulement donne l'eau, mais les métaux donnent les fleurs dedans lesquelles et d'où est faite la lessive métallique. Or l'effet qu'on apprend de ces deux choses — de l'eau et de la lessive —, c'est qu'elles conduisent d'une manière cachée les fleurs ou couleurs métalliques. Car le ciment ou lessive qui se trouve à Schmôlnitz, en Hongrie, ronge et détruit le fer en rejet et écoulement ou Schlich. Et si l'on tirait ce Schlich-la du fer hors de l'auge et qu'on l'arrosât alentour, c'est de bon mercure. Il y a encore de ces sortes-là de lessives, mais l'on n'y prend pas garde.

Le soufre aussi est une démonstration d'un miné­ral grandement pur. Car que l'on voie le soufre à Goslar : c'est comme un vitriol pur, beau et blanc, et rouge pareillement comme de beau cuivre. Là même on y trouve aussi de l'argent et du plomb en quelques lieux de là autour.

L'on peut par le moyen de semblables eaux retrouver et rencontrer les endroits où croissent les minéraux avec peu de peine comme l'on désire. Car quand un minéral est trop tari et asséché, il n'a point la vertu ou puissance de cou­ler ou fluer dehors en eau semblable, mais, au contraire, il devient courias et se sèche et durcit en s'enfonçant dans la terre.

Ainsi dans la Hongrie, les instruments des eaux de soufre et d'alun fournissent tout partout de l'or et du cuivre en quantité, comme voilà dans la Saxe-Misnie les eaux d'alun, l'argent et le cuivre et les eaux salitérées. Et ailleurs, dans la Bohême, sont les eaux de fer et toute sorte de métal, excepté l'or. Les monts dans la province de Steyrmarek ont aussi leurs eaux et lessives métalliques particulières, et ont aussi des belles et magnifiques mines, tellement que tout ce qu'il y a de monts est presque tout acier, cuivre, or, argent et vif-argent, et tout ce qu'on souhaite de plus s'y trouve. De plus, les eaux salées de Franckenhau-sen de là-autour ne témoignent-elles pas suffi­samment des mines grandement riches et belles qui y sont? Et desquelles l'on verrait bien d'autres effets et l'on en acquerrait un avantage beaucoup plus grand, si on y prenait bien garde et qu'elles fussent reconnues des habitants de ces lieux-là. Or tant mieux que courent ces eaux-là, tant meil­leures sont-elles et plus propres à toutes choses. Et celles qui sont coites témoignent un mauvais minéral, soit qu'il se trouve enaigri ou bien sou­vent plein de lies et de fumées. Mais d'un tel minéral, donne-t-en de garde.

« DE SCORIA ET EXUVIO SPERMATIS » OU DU «SINTER » ET DU « SCHWADEN »


C
elui d'entre tous les déchets métalliques et qui est l'extérieur et superficiel déchet, c'est le Sinter, lequel pourtant est grandement bon et n'est point nuisible. Mais j'entends le Sinter dont les métaux se dépouillent et défont d'eux-mêmes par leurs uredines. Car la dépouille qui laisse après soi l'ar­deur aérienne assistante et qui ressemble au vrai Sinter, c'est un autre Sinter qui est semblable à celui-là, lequel les fondeurs et forgerons font du métal, lequel ils pèsent et purifient consécutivement. Or encore bien que la lessive lave, nettoie et purifient les minéraux, ils se puri­fient toutefois aussi d'eux-mêmes, comme cela se voit au Sinter que chaque métal laisse après soi dans le feu. Lequel Sinter n'est pas pourtant encore semblable à celui dont je traite ici. Car ce Sinter contient en soi des métaux. Et le Sinter des minéraux, que l'ardeur aérienne assistante fait, n'est-il pas palpable, reconnaissable et visible, tant que chacun qui s'entend et se connaît aux mines le sait bien reconnaître ? Mais le Sinter du métal est bien aussi parmi les fanges et lies, et toutefois il y est méconnaissable. D'où vient aussi que ces fanges-là sont spröd. Autrement on les pourrait mettre à la forge pour les réduire en métal fondu, comme on a essayé et entrepris de faire. Mais l'on n'a pu retirer ni emporter ce Sinter. Or pour ce qui est du Schwaden, c'est tout à fait une belle réduction du départ de la semence et du travail de tous les corps métalliques. Car lors­qu'il cesse de travailler et qu'il n'a plus aucun aliment ni des minéraux ni des corps métalliques, et que la bluette s'est recluse dans la splendeur de l'étincelle, il vient à se séparer. Ainsi il rompt le lien de la bluette et de la semence, et c'est ce qui s'appelle Schwaden, poison et venin tout à fait mauvais, car il tue tout ce qui a vie et surtout ce qui a souffle. Car c'est son dessein de retourner là. Et, partant, si es lieux où il arrive il vient à trou­ver quelque chose qui [se] meuve et remue, il le tue et se tue lui-même quant et quant, et revient finalement dans son officine vers la semence métal­lique, l'aide derechef à se coller et abreuver, et en devient le lien, et l'or est là en ce poison. On sait pareillement qu'il y a eu de l'argent et du métal; mais il n'y en a jamais au lieu d'où il est sorti, ains est devenu tout autre. Car ce Schwaden, après la ruine de chaque corps métallique et de sa bluette, et après le détachement d'un Schwaden tout particulier jusqu'au dernier, est le plus vio­lent, car il est gisant comme un miroir sur l'eau et se donne ou distribue volontiers aussi dans les nutriments métalliques; ce qui fait qu'il revient tôt après aux métaux où il s'attache. C'est pourquoi les nutriments s'enveniment grandement, contre toutefois leur naturel.

Or la raison pourquoi ce Schwaden va et vient, c'est à cause qu'il a dans soi de la semence du Ferch, et c'est son aide, car il faut que la semence ait quelque chose dans laquelle ce Schwaden se puisse reposer ; et si ce n'est en un corps des sept métaux, ce sera un tel poison Schwaden; et c'est là sa dépouille où il se retire jusqu'à ce que l'ar­deur aérienne assistante la lui arrache et ôte de force; et alors c'est là sa mort.

« DE LUCENTE VIRGULA » OU DE LA VERGE ÉCLAIRANTE


Q
uiconque se veut mêler de cette sorte de verges n'en doit pas entreprendre la procédure à sa fantaisie, ni rien apporter de nouveau dans les mines qui soit tiré du sens qu'il prétend en savoir. Car la nature ne souffre point qu'on lui établisse des lois ni qu'on lui prescrive rien qui soit, car c'est d'elle-même qu'il faut tout apprendre. Et ainsi, au regard de la verge, prends bien garde à l'ardeur aérienne. Et ce qui est à noter, c'est que cette verge est établie et posée particulièrement sur l'effet et opération de l'ardeur aérienne qui la tire à soi. Car si cette ardeur était forte et efficace, encore bien qu'elle n'allumât pas, elle ne laisse­rait pas son ardeur de faire comme porte son espèce et son art, et selon qu'on a coutume de lui attribuer, parce que, comme une grande ardeur en éteint une autre moindre, soit ardeur, lumière ou feu dans un fourneau, ainsi cette ardeur aérienne fait de même envers cette verge, laquelle il faut fourrer et poser allumée. Celle-ci s'éteint là où il n'y a aucun air ou vent supérieur qui n'y puisse porter dommage; car ce feu que nous avons ici-haut ne peut entrer dans la terre en-bas; il s'y éteint. Car, par exemple, si tu pousses ou touches d'une chandelle allumée contre une pierre ou de la terre, elle s'éteindra, car elle ne peut pas pénétrer dedans. Aussi attire-t-elle à soi la nourri­ture qui fait brûler cette verge et c'est ce qu'elle suce entièrement.

Mais c'est un plaisir de voir en l'instrument de cette verge, ou en la matière dont elle est compo­sée, qu'il peut y avoir de la graisse qui ne brûle point, ainsi qu'est le Schwaden. Car il éteint les lumières par son poison et venin. Toutefois il fait cela d'une autre manière sous terre : l'ardeur aérienne fait aussi ce qui est du sien ici-haut sur terre en une autre sorte et manière. Entre ceux qui travaillent aux mines, il ne s'en trouve guère qui aient connaissance de cette sorte de feu; et néanmoins c'est l'unique moyen d'apercevoir l'ardeur aérienne attrayante.

Ce feu, ou le travail et ouvrage de ce feu extrait de la terre, est propre et utile sur tout à beaucoup de choses dans les mines et aux métaux dans le tra­vail d'imitation, de quoi il est fait mention en son lieu. Car de connaître et rechercher d'un bout à l'autre un feu par un autre feu, c'est-à-dire apprendre à connaître un feu par un autre, ce n'est pas un petit point; et néanmoins le feu inférieur souterrain ne s'enferre point d'une autre façon. Les anciens sages, philosophes, doc­teurs et écrivains ont rapporté et cité plusieurs preuves de cela dans divers endroits de leurs livres, lorsqu'ils enseignent que les éléments d'ici haut duisent et servent à ceux de dessous et les accommodent aussi bien que les célestes. De quoi ils font connaître leur opinion. Car il faut que par ces éléments moyens nous nous apercevions de la vertu supérieure aussi bien que de celle de dessous, parce qu'ils sont les esprits qui en tous ouvrages approprient les corps grossiers inférieurs, leur influant les âmes et vertus supérieures. Car autre­ment rien n'aurait son progrès dans les lieux pro­fonds. Et il faut, pour l'opération et effet, qu'il y ait aussi une attache, une ligature ou un instru­ment moyen qui serve comme de glu, de lien [et] comme de bande de fer, ainsi qu'on met à une porte. Car c'est une chose émerveillable à entendre de lier du feu avec du feu. Et néanmoins c'est une chose vraie. Car à ce sujet vient aussi la garde du feu qui ne brûle jamais, parce qu'il faut qu'ils soient tous trois ensemble l'un près de l'autre. Car celui de dessus, c'est le feu de lumière ; le métal aussi est le feu de flambe et le feu de dessous ou l'inférieur est le feu de brûlement.

C'est aussi ce que nous verrons au dernier jour dans l'autre vie, quand Dieu séparera le brûler du flamber, d'autant que lorsque le feu flambe, il brûle et consume ainsi que l'enfer sera bientôt brûlé. Et toutefois il ne sera pas lumineux, mais l'obscurité y dominera. Car Dieu donne à ses élus la lumière qui est un feu sans flambe ni brûle­ment. Il faut que tu apprennes quelque chose touchant l'amitié et inimitié de ces feux-là et les rechercher à ton profit. Surtout, il faut que tu considères ce qui est caché en eux et qui agit ou opère sans être vu.

«DE VIRGULA CANDENTE » OU DE LA VERGE BRULANTE


D
'autant que la coutume d'aller après les verges ou sillons a été tournée en abus par quelques per­sonnes, ce n'en est pourtant pas moins une excel­lente et fondamentale manière pour traverser et chercher les métaux, lorsqu'on se sert des verges comme il faut et naturellement. Et il est vrai et l'on ne saurait nier, ainsi que j'en ai fait mention ci-devant, que les métaux éclairent d'une ardeur aérienne et que la Witterung, ou cette même ardeur aérienne, est invisible. Et l'on ne la peut point mieux enferrer, captiver et apercevoir que par le moyen de la verge. Ce qui me donne sujet de nommer cette verge « la verge brûlante » pour ce qu'elle découvre et montre l'ardeur aérienne attrayante ou distrayante des métaux. Laquelle ardeur aérienne est ardente en feu. Et encore, bien qu'elle ne fasse aucune flambe ni étincelle, elle est toutefois si brûlante qu'elle glue à sa façon, et ainsi englue de même la verge. A quoi l'on sait et connaît pour certain qu'il y a là un métal. Si cette verge ne doit point gluer davantage, ni flam­ber, il faut qu'elle ait un instrument particulier qui retire et prenne à soi ce feu. Autrement il ne pourrait pas être utile.

Or, en ce qui concerne la verge, ce n'est qu'une houssine ou un bâtonnet ou [une] baguette de demi-aune de long (mesure d'Allemagne, qui fait en France un quart d'aune) d'un bois bien serré comme du chêne ou autre bois dur, à laquelle baguette est attaché l'instrument comme on fait de la poix ou de la cire à un flambeau. Et il faut que cet instrument soit d'une graisse ou résine de sapin, ou d'autre chose de ce qui est en haut ou dessus la terre. Autrement il allume cette ardeur aérienne, car elle est forte. D'où vient que ni suif, cire, poix ni poix-résine n'y valent rien, ni aussi aucun minéral, car un souffle ou haleine de cette serre allumerait et brûlerait même la viande ou nourriture qui sert au minéral ou métal. Mais il faut que ce soit une chaux prise de la terre. Celle-là prend aussitôt une telle ardeur, et brûle, comme fait ici-haut la chaux, par son ardeur et moiteur, et tombe ainsi ardente de la verge en bas. Cette chaux brûlée comme dessus par ardeur aérienne est ensuite grandement propre à beaucoup de choses.

Cette ardeur aérienne ne s'attaque pas néanmoins pour cela à l'oléaginosité ou sérosité de la mine. Car autrement, comment est-ce que la viande ou nourriture des minéraux et métaux pourrait monter? Laquelle viande en provient. Les ouvriers des mines nomment cet aliment minéral un « spath », qui est un vrai mortier ou de la chaux de la terre. Mais ce n'est pas sous la terre qu'est empoigné ou enterré ce spath, pour ce qu'il est pourvu et rempli de quantité d'humidité. Mais quelques-uns le nomment un Marmel de mine ou de terre ou un Marmel souterrain. Mais ce n'est rien moins. Car il ne dure pas ni ne subsiste pas ici-haut à l'injure ou intempérament du temps, car il y devient si sec et aride en se desséchant qu'à la parfin il se laisse aussi allumer et consumer par l'ardeur aérienne. Dans les montagnes les plus grandes de la Norvège, les métaux remplis et chargés de Schwaden se trouvent et rencontrent es mines métalliques qui sont aussi pleines de spath, lequel achève de bluetter iceux métaux, en sorte qu'ils viennent tout creux. Et si les ouvriers brûlaient ou flambaient ce lieu-là du pays, il ne serait déjà plus tel qu'il est et subsiste. Or aussitôt que l'eau de la terre vient à sortir de ce spath et que l'air qui l'avait séché vient aussi à sortir, il faut que cette ardeur aérienne et ce feu caché viennent à y entrer et à se trouver après eux.

« DE SALIA VIRGULA »  OU DE LA VERGE SAILLANTE


D
epuis que le métal est dans sa purification, en sorte qu'il ne monte ni ne s'évapore ou exhale rien du tout, il a son ardeur aérienne, laquelle, comme elle est particulière, c'est elle qu'il faut remarquer et entendre pour la bien conduire par une verge particulière. Cette verge est faite de deux bâtons ou baguettes que l'on tient ensemble dans les deux mains. Et puis où l'ardeur aérienne se trouve, alors cette ardeur se met et attache à cette verge, tellement qu'il n'y a qui que ce soit qui la puisse si bien tenir et si fermement, que cette ardeur aérienne ne fasse séparer les deux bâtons de cette verge l'un d'avec l'autre, jusque-là même que si ces deux bâtons étaient d'une seule branche, il faudrait qu'elle se rompît. Mais il faut que les côtés de dedans de ces deux baguettes qui s'entre-touchent soient enduits et frottés de marcassite. Car l'ardeur aérienne alors tire la baguette de dessous en bas, de même que la pierre d'aimant attire le fer à soi. Car c'est ainsi que l'ardeur aérienne du métal purifié tire tout à fait fortement la marcassite, parce que la qualité et propriété de la marcassite est de fortifier cette ardeur aérienne de purification, comme aussi l'on ne peut mieux travailler au très fin qu'avec la marcassite, savoir chaque métal avec la sienne particulière.

Or en ce qu'il y a de deux sortes de marcassites, l'une ici-haut, la uredine ou l'ardeur supérieure des éléments, et celle d'en-bas, l'on prend un peu de Schlich ou de la menue poussière de marcassite, comme il a été dit auparavant, et on la met à la pointe des baguettes accouplées ensemble. Et puis l'ardeur aérienne rompt ou sépare la verge en deux et la fait hausser. Car comme, quand on fond, il faut ajouter au métal de deux sortes de Schiacken, fange ou écume, savoir une supérieure et une inférieure, afin qu'il puisse mieux luire ou faire un plus bel œil, pareillement il faut ici que cela se fasse en cette purification et affinement. Mais pour ce qu'aussi les marcassites — surtout celles de dessus, aussi connaissables que celles d'en bas — conduisent le métal des uredines, elles sont grandement à l'ouvrage pour le purifier. Car, ainsi qu'on voit qu'un levain pur, apporté et mêlé dans la pâte, la lève bientôt, de même en est-il du métal : il ne dépend que d'une petite addition que l'on ne le mette en un degré très fin.

On se plaint comme la marcassite requiert et a besoin d'un si grand travail avant que d'être mise et amenée dans un état qui soit très bon comme il faut, afin qu'elle soit propre. Mais c'est qu'on ne sait pas le vrai tour de main. Car je nomme tout ceci des tours de main avec lesquels, par un artifice et avantage, l'on puisse aider et secourir la nature. C'est pourquoi arrête-moi seulement un métal et assure-toi de celui — j'entends un métal qui est rôti dans sa rôtisserie —, lequel tu désires mettre au très fin, et regarde si tu ne le rendras pas bon incontinent. Je pourrais presque raconter ici la marcassite particulière de chaque métal ; mais cela n'est pas nécessaire d'être su dans le travail d'imitation. Les personnes malignes qui même font profession des mines devraient bien savoir à juste raison comment elles doivent s'y gouverner. Mais tels gens sont souvent ignorants jusque-là qu'ils tiennent fréquemment entre leurs mains ce qu'ils ne connaissent pas [et] n'y prennent pas garde. Regarde ce que c'est que de la mar­cassite de fer : ce n'est pas un aimant de l'or, aussi est le lazuli et ainsi de tous les autres.

Reçois cette instruction dedans ton cœur et tu en reviendras toujours plus sage et plus savant et puis tu m'en sauras du gré.

«DE FURCILLA » OU DE LA VERGE TRANSCENDANTE


D
e même que l'haleine en l'homme entre et sort naturellement, ainsi est-il de cette ardeur aérienne, car elle conduit toutes les autres. L'haleine de l'homme ne sent guère que lorsqu'il boit du vin et qu'il a mangé quelque viande de forte odeur. Cette haleine de l'homme conduit toutes les autres ardeurs aériennes odorantes en soi et avec soi hors du corps humain. De même es mines de la terre, je nomme et accompare cette ardeur aérienne à un naturel souffle vivant qui mène et conduit toutes les autres ardeurs aériennes pro­venant du Ferch et de la semence. Aussi, pour cet effet, une autre verge est bastante, laquelle n'est que d'un rejeton d'un an, que l'on nomme autre­ment une latte d'été. L'ouvrier des mines expert la coupe de son arbre suivant la coutume ordi­naire et s'en va ainsi sous l'aide de Dieu (par ma­nière de dire). Et s'il arrive que cette verge frappe ou heurte vers le lieu, cela est bien. Mais si elle ne frappe pas, c'est alors la faute des malheureuses mains de l'ouvrier ou de l'infortune dont il est accablé et il croit dès là que son travail manuel n'est point béni. Car l'homme, par une fausse opinion, pense et croit toujours que son adresse empêche ou avance cette verge et non les dons particuliers dont elle est douée par la bénédiction de Dieu.

La meilleure partie de ce monde-là ne sait point de quel côté ces verges ont frappé. Et toutefois ces ignorants ouvriers les portent à leur ceinture ou à leur chapeau et les gardent saintement et religieusement, suivant que la personne, par une grande superstition, espère en l'adresse de sa pauvre main ignorante et nécessiteuse, en laquelle toutefois il y a des dons et grâces suffisants, par­tant qu'il s'en servît dans l'ordre et avec juge­ment.

Or il y a encore bien à remarquer que chaque air a son opération particulière, surtout es choses aériennes ; car chez les astronomes les arbres et les fruits sont pareillement attribués à l'air, car la partie supérieure des arbres et leurs fruits dé­pendent de l'air inférieur, à raison de quoi les arbres tirent à eux le suc qu'ils rendent. Car cet air inférieur est la part qu'ils ont en leur partie inférieure, comme leur partie supérieure a pour part l'air supérieur par le moyen duquel les arbres opèrent le suc de toute sorte de bien, feuillage et fruits comme on voit en effet que la bénédiction de Dieu descend ici-bas premièrement d'en haut. Ce que l'on connaît apparemment es entes dont les fruits se produisent en leur temps suivant la nature des arbres dont ils ont été entés. Et ce qui cause la vie à ces fruits, ce n'est qu'un air ou chaleur souter­raine qui les fait pousser doucement et qui est surtout leur fourrage, leur travail, leur matière et leur principal instrument, et aussi sont-ce toutes choses aériennes qui sont de l'air. C'est pourquoi si tu prends cette baguette d'un arbre excellent, comme de noisettes, qui a une odeur particulièrement agréable et un fruit très doux ainsi que son suc, si on la tient en sorte qu'il faille qu'elle baisse et frappe, elle commence à sucer toute la saveur dehors, la verge étant droite dans son train; et cela dure depuis le haut jusqu'à cet état. Car les verges qui demeurent debout, cela s'appelle l'état. Ce qui arrive, selon la disposition du métal, lorsque la verge se tient droite comme serait une règle.

Or cette verge tire l'ardeur aérienne naturelle­ment par sa substance si fortement qu'il faut aussi que la verge s'abaisse et [se] courbe vers l'ardeur aérienne et vers la terre, sinon que la verge fût trop forte et trop ferme. Mais elle s'incline assez bien quand l'ardeur aérienne n'est pas propre­ment ni de la supérieure ni de l'inférieure, mais de celle du milieu, ce qui s'appelle vent. Et un tel passage n'est utile ni pour celui-ci ni pour celui-là, mais aussi retire les verges des arbres en un tas fait des écorces de bois, selon qu'icelui passage est bon ou mauvais; car lors il fait dommage ou profit de cette ardeur aérienne supérieure ou inférieure. Et quant à cette différence, remarque-la bien, parce que les flux et les cœurs tendent vers ce côté-là, ce que font aussi les cimes des petits amandiers. Mais la cime des arbres qui portent un fruit où il y a des noyaux ne le fait pas, ni la cime non plus des arbres qui ont des grains et pépins plus petits qu'il ne faut pour leur fruit, comme sont les pommes et les poires, mais bien la cime des arbres dont le fruit est tout de noyau et qui a une coquille dure. Car aussi ces coquilles et même les cendres de ces arbres, voire tout ce qu'ils ont en eux, est entièrement d'air et de feu. Ce qui s'approprie aux métaux, surtout pour leur ouvrage. Et l'on fait aussi de ces arbres meil­leurs charbons à brûler et [qui] sont tout à fait légers.

« DE VIRGULA TREPIDANTE » OU DE LA VERGE TREMBLOTANTE


O

ù il se rencontre que les ardeurs aériennes et les vapeurs se ramassent ou se reniassent dessus ou dessous, alors tu dois penser qu'il est besoin en cette occasion de science et d'artifice pour recon­naître une ardeur aérienne opposée contre celle-ci. Car l'ardeur aérienne de l'élément supérieur est grandement H ; aussi est l'ardeur aérienne souterraine pareillement H, ainsi qu'il se voit et s'expérimente dans leurs travaux et ouvrages.

Or le vent l'est aussi H- semblablement, car il abat maintenant ces deux ardeurs aériennes ensemble, si bien qu'à peine reconnaît-on par une verge l'ardeur aérienne qu'il est besoin de savoir. Tou­tefois, on le peut par une voie et manière fort artificielle, car cette verge tremblante montre très bien ce qu'il faut. Mais il la faut faire d'une feuille de métal, comme d'acier, et la ficher de même qu'un bouquet dans la terre digue ou bien au lieu où ladite terre finit. Et là se rendent ensemble ces mêmes ardeurs aériennes, et lors cette verge se remue et tremble, ce qu'autrement elle ne fait point, car les rayons des corps supérieurs et infé­rieurs ne se laissent point arrêter comme dans les ouvrages, parce que dans l'ardeur aérienne ils ont leur monter et leur descendre. Aussi leurs Ferch ne souffrent point aucun empêchement que de cet instrument de verge, lequel est comme un nœud ou un bâton de noyau en un char. Et l'air peut entrer par le haut et par le bas de ce bâton ou de cette canne. Or cet instrument est fait de l'électre. Et icelui est tiré du meilleur en petites feuilles minces d'or et est mis dans une tête ou pot de verre qui n'empêche pas cette ardeur aérienne. Et ce pot de verre est fait environ comme un hanap que l'on fait en nos quartiers.

Regarde donc si en ton travail tu te comportes autrement qu'il ne faut. Comment c'est que tu en pourras venir à bout si tu ne prends point d'ins­trument souterrain, comme il a été ici brièvement enseigné? Par la force que tu as remarquée en la verge frappante lorsqu'une ardeur aérienne est présente, tu t'apercevras bien comment cette verge tremble, car l'ardeur aérienne souterraine monte et remue, mais l'ardeur aérienne supé­rieure descend aussi en en-bas et remue pareil­lement. Car elle suscite et recueille également le Ferch et la semence au métal.

Un chacun entend et comprend bien quels mou­vements et quelles altérations se font ça et là dans les nuages avant qu'il se fasse quelque neige ou autre temps turbulent, et avant que le ciel soit serein et tranquille dans toute son étendue. Ainsi en arrive-t-il des ardeurs aériennes de ci-dessous, qui sont tirées de la terre, avant qu'elles se puissent ranger avec les ardeurs aériennes de dessus. Car il faut qu'elles soient auparavant bien dénouées et déliées. Et alors elles se retirent un peu plus haut et puis deviennent en pluies ou neiges, ro­sées ou bruines, et ce, avant qu'elles se départent l'une de l'autre.




CHAPITRE XXVII
« DE VIRGULA CADENTE » OU DE LA VERGE TOMBANTE


T
oute plante qui croît sur la terre montre que l'ardeur aérienne a une vertu particulière. Elle passe avec violence en haut et en bas et ne peut être arrêtée par aucune résistance. Car soit nuage ou pluie qui nous peut empêcher la lueur du soleil, rien ne peut néanmoins arrêter cette ar­deur aérienne, car elle va et passe droit à travers de toutes choses. Mais icelle devenant faible en sa fertilité, c'est le moyen air qui en est cause.

Car comme un trait d'arquebuse qui passe loin, elle se rafraîchit par l'air à travers duquel il faut qu'elle aille. Partant, le rayon du soleil ne peut opérer sous la terre quand il y est avec autant d'efficace et de fertilité comme ici-haut. Toute­fois, il fait sa fonction et va jusqu'au bas dans le métal, là où il conserve et recueille le soufre comme il faut, et expédie aussi ici-haut. Et ainsi ce rayon du soleil est la plus grande et magni­fique influence qui doit tout faire et expédier : non seulement conserver et entretenir là-haut par sa lumière celle des étoiles, mais même faire part aux humains de la lumière du jour. Le soleil, par ses rayons, donne et cause un feu épars et dilaté dans la terre, ce qui aussi apporte un fort grand profit et conserve beaucoup de choses. Mais cette ardeur aérienne d'ici-bas passe et heurte en faisant mouvoir toutes les choses qui sont de son espèce, comme surtout les métaux quand on les a purs et fins de leur mine. Et là s'y arrête et s'y appuie jus­tement la verge à son abord. Car de même que par certains temps tu vois que le soleil attire l'eau, ainsi que le vulgaire en parle, en cette manière l'ardeur aérienne conserve et fortifie les métaux et les met à couvert sous elle. C'est pourquoi l'on prend une verge frappante à laquelle on laisse justement sur le Zwiessel un bâtonnet de la lon­gueur de trois pouces en la croupe. Alors on tient le noyau en dehors et [aus]si y ajoute-t-on de l'or très fin. Puis l'ardeur aérienne qui y entre, repousse cette verge, comme fait un métal. Et cela se fait à cause que la sous ardeur aérienne du métal est aussi au même lieu, et même à l'encontre d'icelui prend cette ardeur aérienne de la sorte, et icelui métal la ramène en bas avec lui. Pour ce aussi elle presse alors le métal sous soi dans la verge, comme avec dessein de le faire rentrer au tas entier. Car cette ardeur aérienne est l'égalité et copulation des ardeurs aériennes qu'il faut que le rayon reçoive ici, sur la terre dans laquelle il doit travailler. Car il n'amène aucune plaie sur la terre; ains de la fumée de la terre qui monte il en fait la pluie, la neige et la bruine, et l'amène sur terre et l'en arrose. Autant en fait-il des fumées ou vapeurs de la terre qui sont causées par l'ardeur aérienne des métaux inférieurs quand ces vapeurs montent ici-haut. Mais ce même rayon les rend derechef pesantes, en sorte qu'il les fait rentrer dans la terre vers l'or pour lui aider à son ouvrage fertile et fructueux. Lors donc que ces vapeurs sont accomplies dans leur ouvrage, alors une telle pluie de métal s'est parachevée, ou je puis la nom­mer le métal même, lequel s'appesantit et excite le Ferch dans son lubricum ou substance coulante. Et ce métal ainsi tire la verge quant et soi en-bas avec plus de violence que ne fait pas la verge frap­pante, laquelle ne touche pas le métal, ains touche simplement la seule ardeur aérienne qui n'a point été ennoblie par l'ardeur aérienne supérieure. Et ce ne serait pas sans raison que l'on nommerait une telle ardeur aérienne une pluie fertile qui res­taure si bellement et agréablement. Mais ce n'est point une pluie fluante ou aqueuse, mais seule­ment une ardeur aérienne qui est tout anoblie par le noble, haut et resplendissant soleil. Partant, ce n'est pas assez dit ce que disent certains stupides et ignorants et ces simples gens ouvriers des mines qui, lorsqu'ils sont près de leurs semblables simples comme eux, avancent ce discours, disant que le soleil, par son influence, opère et engendre l'or. Mais ils ne montrent point de quelle sorte, comme je viens de faire mention. Et partant, eux-mêmes ne l'ont point encore appris.

« DE OBVIA VIRGULA »  OU DE LA VERGE SUPÉRIEURE


C
omme les planètes qui sont au firmament n'ont aucune marche réglée et constante — et pour cette cause les planètes sont nommées erratiques ou vagabondes — et comme d'ailleurs les petites planètes demeurent dans leur état et cours assuré, de même en est-il des métaux avec leurs corps. Car ils ne demeurent point dans leurs corps, mais ils montent et tombent d'un corps en l'autre. Les­quels par ainsi s'accomparent à l'étrange mou­vement des étoiles supérieures, parce qu'ils reçoivent aussi différents corps qu'ils pénètrent et teignent par la semence de leur Ferch qui tire sa vertu et puissance du soleil, comme aussi les pla­nètes, lesquelles pareillement ont une communi­cation particulière avec le soleil dans le mouve­ment de leur lumière, que je compare avec le métal. Et en cette considération je l'appelle lubricum ou substance coulante et substance volatile du corps.

Or cette verge est départie et appliquée aux mé­taux, lesquels ont et possèdent des corps pleins de semence, en telle sorte que la grande ardeur aérienne de l'or y obéit paisiblement et s'y laisse aller, comme ainsi soit qu'il lui faut aussi souffrir quelque peu quand il ne lui agrée pas de luire à la terre pour la pluie, nuage ou neige tant qu'elle transperce.

Ainsi ces corps métalliques sont sujets à la des­truction en ces soufres supérieurs, autant et plutôt qu'es inférieurs, dans leur travail. C'est pourquoi il faut une semblable verge que j'ai nommée verge supérieure à ce qu'elle rende en en-haut par le fond l'ardeur aérienne opposée, où sont les rayons réfléchissants du métal, lesquels elle a reçus du soleil et qu'elle a fortifié de nouveau jusqu'au suprême degré tel qu'on se le peut imaginer.

Or c'est aussi une verge d'un surgeon ou plante de noisetier qui pareillement est creuse depuis le Zwiessel jusqu'au tronc de la profondeur de trois doigts. Car il faut que le noyau en soit vidé et, dans ce creux ou vide, il y faut mettre du mercure métallique de la pesanteur de trois grains d'orge. Et alors cette verge remue et émeut les ardeurs aériennes du bas en haut vers soi. C'est la vertu de cette espèce de verge.

Tu sais que le métal a parfois un corps faible, c'est-à-dire que la planète supérieure du soleil, le corps de la lune, n'est pas assez anobli, car il lui manque encore de l'ardeur et de la vertu des pla­nètes supérieures au soleil et non des inférieures. Partant, il y a plus de mercure en bas aux mines. C'est pourquoi l'ardeur aérienne du lubricum, ou substance coulante, attouche mieux le mercure dans la verge et ne le veut point r'avoir à soi, ains le repousse au-dessus de soi. Alors il ne lui est point nécessaire pour son ouvrage. Et ainsi les planètes ont leur travail et influence davantage en la matière imparfaite que non pas au corps par­fait. Car l'or ne revêt pas le mercure d'un corps, mais la planète s'accommode au mercure qui tient lors tous les autres métaux dans le travail, auquel ou près duquel ils se trouvent toujours des plus proches, excepté l'or et l'argent. Je prends donc ceux-là dehors et les attache à cette verge. Car bien que ceux-ci soient aussi des planètes, il les faut concevoir être remplis d'une parfaite ardeur aérienne attachée et arrêtée à une verge parti­culière, comme à la verge inférieure. Car ils pressent la besogne et ne font point voir la ma­tière de l'ouvrage qui fait le commencement, comme le mercure des métaux.

Or pour reconnaître ce qu'il faut faire, c'est une grande instruction. Je la veux exposer en cette sorte : c'est que l'on doit connaître le métal avant qu'on se jette au Schurff pour savoir quel métal c'est, à savoir combien avant et profondément il est, et quel travail on doit entreprendre pour ce sujet. Et quand je sais et ai remarqué à cette verge qu'elle me donne le signe que je désire et qui suf­fit, je le vois et reconnais au haut de la verge. Car si c'est un métal de Saturne, elle saute beaucoup plus fort qu'elle ne ferait par la manière ou appli­cation du corps de Saturne; car alors la verge ne chasse et ne pourchasse pas le corps, mais ce qui est encore pour la plus grande partie dans le corps, savoir est le mercure du corps; car il s'en peut tirer hors beaucoup, avec facilité entière, et se revêtir derechef du corps des métaux. Et ainsi ensuite : si c'est un étain ou bismuth ou magné­sie, la verge ne sautille pas tant mais elle va plus lentement, comme du Saturne, du Vénus ou du Mars elle va encore plus bellement. Mais il faut bien remarquer qu'il n'y a nulle ardeur aérienne es métaux s'ils ne sont sous la terre. Car s'ils sont sous la terre, ils sont en leur travail ou ouvrage. Et quoi qu'ils augmentent ou diminuent, ils ne le peuvent faire l'un ou l'autre sans l'ardeur aérienne. Ceci soit pour t'informer suivant ou selon la verge.

« DE VAPORIBUS QUIESCENTIBUS » OU DE LA VAPEUR POSÉE


L
es mines ont aussi leurs empêchements en grand nombre et de diverses sortes, comme toute autre chose de dessus la terre. Car il est voirement vrai et l'on expérimente que toutes choses sont assu­jetties à la diminution et abolition. Et il arrive, en ce qui est des métaux, qu'ils souffrent en leur froid et en leur chaud, en telle sorte que souvent ils sont exhalés, évaporés et brûlés. Ainsi quand leur vapeur ou exhalaison devient pesante et ne peut s'élever que peu au-dessus d'eux, personne qui que ce soit ne peut à cause de cela demeurer dans la terre ou dessous terre — non autrement que dans une cave en laquelle le moût de la bière qui s'y achève de bouillir et le Brodem ne souffrent point qu'une chandelle allumée y puisse continuer sa flambe —, au sujet de la pesanteur du Rhô qui ne peut pas assez tôt venir à travers la terre, tant que cette vapeur ou exhalaison s'allège et fasse choir sa pesanteur. Et icelle pesanteur ou matière ainsi chute, s'attache et est comme une farine chaude que je nomme carie, et est bien autre chose que la moelle de pierre, car les pierres ont cela naturellement. Mais cette farine ou carie se résout finalement en soufre, ce que ne fait la moelle des pierres qui demeure continuellement en poudre sèche, laquelle est toutefois plus pesante que la cendre des mines, laquelle cendre est légère et se résout aussi en sels, ce qui n'arrive point à cette farine ou carie qui demeure un continuel sédi­ment ou fondrille, ayant été ainsi créée. Car c'est une puante et malsaine exhalaison, de sorte que les métaux en étouffent et en deviennent corrom­pus et pourris, car ils ne peuvent pousser dehors ni s'augmenter ou croître naturellement, ni par haut ni par bas.

Une telle vapeur vient quand il y a parfois des pierres si dures qu'il y faut employer le soufre pour les briser. Cela recueille la mauvaise vapeur qui surmonte et demeure gisante en un lieu où elle devient pesante et s'y augmente. Car quant à ce qui ne vaut rien et qui est méchant, il s'en amasse toujours beaucoup, comme on voit lors­qu'on purifie un or avec le soufre et qu'on le laisse là reposer. Car alors les impuretés de la mine se séparent de l'or et se mettent au fond, sur­tout les excréments des métaux.

Or, quand dans la mine les impuretés métalliques viennent un peu à bluetter ou gluer par l'ardeur aérienne, lors elles causent et apportent une va­peur tout à fait méchante outre mesure, en sorte que les ouvriers en sont aussitôt étouffés mortel­lement.

« DE HALITU MELUSO » OU DU SEL TEMPORAIN


L
e mauvais temps, ainsi qu'on le nomme ordinai­rement à la façon vulgaire, est un mauvais sel qui fait tort non seulement aux ouvriers mais aussi aux métaux, car il leur abat l'ardeur aérienne. C'est un cas fortuit aux métaux lorsqu'ils sont ainsi arrêtés dans leurs ouvrages naturels. Mais il faut bien remarquer comment c'est que l'ardeur aérienne se peut abattre. Car cela se peut accomparer à une éclipse comme nous la voyons appa­raître ici sur terre. Car encore bien que ce rayon qui surmonte retienne son allure, son pas et sa trace, toutefois l'ardeur aérienne le retient en sorte qu'il ne peut pas tourner alentour de ce lieu-là. Mais avant que cela se fasse, le Ferch et la semence se retirent et icelui laisse comme à ses murailles ou parois couler l'œuvre. Et de là viennent les flux, sillons et ruines, et c'est leur origine. Mais l'on voit de beaucoup de sortes de flux.

Or cela est bien à observer que ce que nous appe­lons le temps, s'appelle ainsi à cause que ce n'est seulement un air pur comme ici-haut près de nous, mais [qu']il a toujours quant à soi une cer­taine substance qui est plus épaisse et plus nuisible à l'homme que l'air d'au-dessus de nous. Car de demeurer sous la terre, c'est une chose qui ne nous a point été commandée à nous autres qui sommes libres. Mais celui qui, par la nécessité de son travail, y est contraint doit prendre cela à gré et se recommander au Bon Dieu, car il n'en reviendra point sans être affligé de la mauvaise vapeur qui y règne et de quelque plaie ou mal. — Ce mot de plaie est ici mis au même sens que ce mal qui règne en plein midi dont David parle [au] psaume 91. Or cet air-là devient pesant à cause de la vapeur et des pierres de l'eau, car celle-ci gâte et perd toute la trace et passage d'à travers, et elle s'appelle un sel temporain. Et l'on remarque ici en cette vapeur que l'on n'y peut tenir aucune chandelle allumée, car cette vapeur pesante l'éteint comme ferait de l'eau et enfin aussi étouffe l'homme. C'est pourquoi aussitôt qu'on l'aperçoit, il se faut hâter de remonter en haut, car elle ne signifie rien de bon.

« DE COTE METALLICO » OU DU SEL PIERRIER

Q
uand l'air est entièrement dans le tout d'une pièce de terre pure, il en vient finalement une pierre. Mais il y a diverses sortes de pierres, selon aussi qu'il y a différents corps dans la terre, non considéré que le tout s'appelle terre. Or tant plus cette matière est gisante et de repos, tant plus dure et grasse devient-elle et se forme en pierre solide. Et l'on ne peut point lever ni rompre une sem­blable pierre qu'avec le feu, qui alors s'épaissit dans la terre et la consume finalement. Et il s'y fait un fondement pierreux de la terre, en même sorte que les écailles et os d'un poisson ou autre animal sont ses fondements et appuis. Laquelle terre, Dieu consumera et purifiera à la fin par feu semblablement. Et c'est ce qui a donné sujet aux anciens peuples de brûler leurs corps. Car bien que la chair étant dans la terre se pourrisse incon­tinent, les os néanmoins demeurent gisants plus longtemps. Et leur corruption, c'est le feu par lequel ils deviennent en cendre, et c'est une cendre terraine. Or ce sel, ou pierre, nuit au métal telle­ment qu'il ne lui permet pas son opération ordinaire sans laquelle il ne peut pas demeurer vivant ; mais il faut qu'il en sorte, c'est-à-dire qu'il périsse et qu'il meure, car il ne peut rien par cette voie-là. Mais voici la différence qu'il y a entre le sel pierrier et la farine pierrière. C'est que le sel s'élève lorsqu'une pierre ou terre veut durcir, laquelle auparavant était noble et précieuse. Et là où c'est que cet air a pu passer, elle commence à se durcir en elle, devient une pierre d'anglet ou de corniche. Mais la farine pierrière ou la carie, quand elle est prête à se dissoudre et à déchoir ou qu'elle est parvenue à sa vieillesse, elle devient toute en poudre. Et c'est d'ici que dépend le récit de la distinction des pierres sus et souterraines, lesquelles en cette sorte sont en partie nuisibles et en partie avantageuses à la mine, combien que pour leur ouvrage elles doivent l'augmenter dans la terre. Mais dans le travail d'imitation aucune pierre n'y sert nullement, car les pierres n'ont aucun nutriment de par elles. Aussi faut-il qu'elles périssent par le défaut de leur entretien.

« DE STAGNIS SUBTERRANEIS » OU DU PÉRIL DE L'EAU

C
'est ceci qui est grandement mauvais à souffrir que le péril de l'eau dans les antres, passages et édifices. Car il est indubitablement évident que les antres, ouvertures et passages de la terre conduisent les eaux de l'un et de l'autre. Le jour il s'y trouve du soufre, et le fond est tout soufre. Si l'on ouvre seulement ces passages et si on les ouvre pour derniers passages, c'est la ruine des bonnes mines. C'est pourquoi l'on ne devrait pas en ces endroits commencer de faire une voie pour aller vers le métal : il n'en est guère autrement que comme d'un homme à qui l'on voudrait creuser jusqu'au cœur, et que l'on commençât par l'ar­tère ou le pouls du bras, en lui tailladant à la façon d'un boucher tout au travers du corps; car lors on verrait un étrange massacre.

Or donc, aux mines, il vaudrait bien mieux aller le droit chemin vers la fontaine et ne suivre pas celui qui est de travers et tortu, et l'on y arriverait bien plus tôt.

Or il y a deux sortes d'eau dans la terre, l'eau du jour et l'eau du fond. L'eau du jour ne nuit aucu­nement aux édifices, ains elle leur est plutôt en aide car elle engloutit beaucoup de choses; elle soulage par art même l'eau du fond. Et qu'on ne la laisse pas rasseoir dans l'eau du fond, car l'eau du fond porte dommage en sorte qu'elle ne se peut écouler, soit qu'elle ruisselle ou coule par dessous et soit qu'elle rejaillisse en haut, sortant par ses cataractes, et ainsi elle endommage le métal comme fait aussi le feu, car ces deux-là nuisent au métal comme aussi à tout ce qui est dans l'étendue du monde.

« DE AURO METALLICO » OU DE LA COUCHE DE LA MINE

I
l y a encore une graisse sous la terre où les métaux croissent, aux endroits qui n'ont point de Schwaden. Aussi cette graisse n'est nullement quelque pierre d'huile, de pétrole ou de naphte, mais ce n'est guère autre chose que le savon de mine. Encore en diffère-t-elle de beaucoup, car le savon ne brûle pas, encore qu'il ait dans soi un soufre caché, et non point un tel soufre qui soit brûlable, mais un seulement lequel est exempt du feu. Partant, il ne brûle point clair ou en lumière, ni à la manière de la flambe, et n'entre­prend rien non plus contre ce qui est autour de lui, sinon qu'il fait le métal pur et net. Et si ce savon ne se pouvait maintenir, le métal ne pour­rait ni monter ni descendre. Mais cette graisse se consume premièrement. C'est, par exemple, comme à un homme dont la graisse se fond et consume la première, et puis après la chair. Et cette graisse n'est pas loin du métal; et quand elle se surentasse et gagne le dessus, elle consume le métal et l'offusque entièrement ou maîtrise, par sa vapeur, l'ardeur aérienne semblablement. Et comme l'huile est de telle efficace et vertu qu'elle ne laisse point sortir du hanap, ou vaisseau, le subtil, ou esprit, du vin ou autre boisson, lorsque cette huile surnage, de même cette graisse peut aussi resserrer le corps du métal, en sorte qu'au­cune ardeur aérienne n'y peut aller ni venir. D'ailleurs, cette graisse a une grande convenance et amitié avec le fer et avec sa plus proche âme qui est le cuivre. De quoi seulement l'on pour­rait écrire plusieurs livres.

Il se trouve en la montagne de Wackersberg, en le comté de Schwarz, quantité de cette graisse-là. C'est comme du vif-argent : elle éclate et brille comme un beau rouge et reluit comme un pôle. C'est aussi en elle qu'il y a ces couleurs-là em­preintes et l'on les en peut bien tirer. Il y a aussi en elle de petites flammèches tout à fait belles. Et [elle] est nommée aussi par quelques-uns un corps de vif-argent ou une splendeur d'étain, de plomb, de bismuth ou de « verre-lancier », ou antimoine, car elle les entreprend et empoigne tous en soi tant qu'il y en a.

Et s'il arrive que cette graisse ne donne point sa nature ou substance grasse aux métaux èsquels le semence a la prérogative, elle devient une puis­sante matière volatile. Cette graisse est une terre tout à fait oléagineuse, grasse et reluisante comme un onguent rouge; et parfois aussi elle est brune et éclatante tout de même que si c'était du vif-argent congelé, plein d'éclat en toute sa masse. Dans les lieux pierreux de Bohême et de Tran­sylvanie, il se trouve de cette graisse en abon­dance, pareillement à Goslar et Schiakenwald, et où il y a des mines de vif-argent et de plomb, comme en effet il s'en rencontre en divers lieux, ça et là.

« DE FLUORIBUS METALLICIS » OU DES COULEMENTS OU FLUX MÉTALLIQUES


Q
uand il faut que le Ferch et la semence se retirent d'un ouvrage par les panses telles qu'elles soient et qu'ils n'en sortent point naturellement, le métal se convertit en pierre. Et cette retraite et abandonnement, c'est ce que les ouvriers des mines appellent coulement, bien qu'ils ne sachent d'où ils viennent. Et de telles pierres l'on n'en peut rien faire d'excellent. Bien et vrai qu'il s'en rencontre d'assez bonnes, mais l'on n'y saurait rien faire entrer, car elles ne reçoivent aucun air, ni de ce qui est dans l'air qui les pourrait anoblir davantage. Car c'est une chose étrange dans la nature que lorsque quelque chose de bon est chassé d'un corps, il ne veut plus y rentrer. Car un homme à qui on aurait ôté la vie, on ne peut pas la lui rendre non plus; le corps ne la reçoit plus, bien qu'il fût mort naturellement. Mais quant à Dieu, il peut bien cela. Mais pour ce que je n'ai pas entrepris de décrire ici des choses surnatu­relles et des signes, mais de ce qui est seulement naturel et que j'ai expérimenté avec grande peine et travail, je me désiste de cela avec raison et laisse volontiers là maintenant ces choses si relevées.

N'est-ce donc pas un sujet de grand étonnement que le corps métallique qui est mort et cessé soit si beau, là où les autres corps végétaux et animaux se changent en pourriture et en néant? comme en effet il arrive bien autant au susdit corps par lon­gueur de temps; mais en sa mort et repos il est beau autant qu'aucun verre que ce soit. Il retient aussi encore quelque couleur, surtout quand il a tenu de la marcassite. De là vient que les couleurs des marcassites se reconnaissent; car l'on trouve ses coulements verts, bleus, blancs comme les fleurs des métaux ont été, lesquelles aussi sont engendrées de trois corps.

« DE CRETA » OU DE LA FARINE PIERRIÈRE


I
l y a encore autre chose, outre cela, et que l'on peut voir dans cet air où nous vivons. C'est que nulle vapeur ou vent ne monte inutilement, car il se réduit derechef en un autre ouvrage. Et là se rendent autant de météores. Et la terre inférieure a pareillement ces mêmes météores, car la vapeur qui monte de l'ardeur aérienne du feu des mé­taux, c'est elle qui rend cette farine pierrière. A l'endroit donc où elle tombe, là elle moût et s'accroît davantage, jusqu'à une grande quantité; et elle rend ou produit un sel nuisible quand elle se range es lieux où il y a des métaux. Surtout lorsqu'ils s'engendrent et qu'ils vont en croissant, elle empêche leur couleur. L'on voit cela en la matière de l'ardoise, à Mansfeld, lorsqu'elle est mise entre les Spdche du métal, si bien que l'on ne l'en peut aisément retirer, car elle gâte et consume grandement l'éclat et la bluette. C'est ce qui est causé par cette farine pierrière qui, outre cela, se réduit en matière dure avec la moelle des pierres et fait une matière de marbre qu'on nomme pierre de pot, qui est une pierre à double rang, obscure et extrêmement serrée et ferme, tellement qu'elle fait feu étant frappée, car elle en est fort pleine.

Les sucs devraient bien être en ce rang; mais pour ce que j'en ferai mention ailleurs, je m'en déporte maintenant. Toutefois, ces sucs sont aussi une manière de farine, mais différente des autres farines, parce qu'elle incline plus au froid et y fond comme neige, voire l'autre semblablement. Et elle se convertit bien en eau plutôt qu'en farine, mais l'autre devient plutôt farine que non pas eau, et [aus]si c'est de l'eau qui vient d'un corps.

Or cette farine, quand parfois il y en a moins que de la moelle, rend une glace fort belle, transpa­rente, que l'on nomme verre alexandrin ou glace de Marie. Mais elle n'est point sujette d'être domptée dans les feux ardents. Et toutefois elle se perd et s'anéantit dans les feux froids et est gran­dement nuisible aux métaux, en sorte qu'à cause d'elle les mines dépérissent et déchoient en féculence, comme cela se voit à Stolberg.

« DE SPIRONE » OU DE LA VESSIE


L
a vessie est un tel instrument qu'il rétablit le meilleur temps ou l'air transposé. Car un air transposé ne forme point de pierre en l'endroit qu'il serait. Mais il s'en tiendra et formera où l'air d'en-bas attire et sèche à la place de l'air d'en-haut. Mais il n'allume pas. C'est ce qu'on voit quand on lui abat un éclat, une Hauch, comme cet air saute en dehors. D'où cette Hauch ainsi sail­lante nous apprend comment elle fait les .pierres. Et ainsi semblablement la nature fait le métal ; seulement les pierreries ont un autre abord, étant tirées des eaux douées.

Or dans cet instrument-là ainsi fait il y a du feu et de l'air tout ensemble. Il prend et tire sa matière et vertu du mauvais temps. Et là se consume par le feu ce qu'il y a de lourd, et puis ce feu illumine et parfait le demeurant qui y est. M.-is l'on fait cette vessie d'une boule qui est de cuivre de la grosseur de la tête. Elle est fermée, soudée, nette et fermée et claire, en sorte qu'au­cun air n'y peut entrer. Et l'on laisse un tant soit petit trou en dedans que rien qu'une esquille y pourrait entrer, et on attire de l'eau — ce qu'il y en faut exprès pour son effet. Alors on a un poêle avec des charbons qu'on allume et on met la ves­sie ou boule dessus, en sorte que l'eau sorte par le petit trou qui est hors des charbons. Puis elle souffle le feu opposé avec force et violence, car ce faisant l'eau enfermée y bout par la chaleur des charbons et elle sort en dehors avec une telle impétuosité qu'elle souffle fortement le feu de devant, lequel ainsi s'entretient et s'augmente et s'échauffe violemment comme il ferait par des soufflets qui souffleraient bien fort par le dehors. Et par cet instrument l'on a et possède de grands avantages. C'est là cette manière de boule et sa disposition extérieure pour être employée ici-haut. Mais en-bas l'on ne peut pas faire cela. Mais la nature même a une semblable vessie pour son feu, en la manière de ci-dessus.

« DE PULFA » OU DE L'INSTRUMENT A ROMPRE


C
eci est un sel, lequel vient communément d'une mauvaise fumée. Ainsi c'est le propre des mines d'en exhaler de la sorte. Mais lorsque la masse des pierres est dure, on fait du feu de bois et la fumée s'en retire et entre au feu de pierre. Elle devient épaisse et puis après, si la vapeur des succins ou ambres et semblables choses s'y joignent, il en provient un tel poison qu'il faut aller au secours du métal. Autrement il s'anéantirait et évapore­rait, car la fumée met une telle confusion de suie au métal qu'elle le consume. Il faut ici avoir une boule qui soit ronde et creuse et qu'elle ait un trou d'une telle ouverture qu'un gros tuyau de plume y puisse entrer ; et qu'elle soit si épaisse qu'aucun air n'y puisse entrer ni sortir. Emplis cette boule-là de bonne poudre à canon, puis l'entoure de coton qui ait bouilli dans du salpêtre. Alors trempe-la dans de la poix distillée où il y ait quelque peu de soufre mêlé. Allume la boule et la laisse tomber dans une Schacht, ou préci­pite-la dans une Stollen quand tu la jettes ; et ainsi elle chasse la vapeur dehors non seulement avec la fumée contraire à l'inférieure, mais aussi avec le Stoss ou coup violent. Une boule de cette sorte se peut apprêter pour l'eau. Car on la peut faire entrer dans l'eau, étant attachée à un ins­trument, lorsqu'on craindrait l'abord de quelques grands poissons horribles et monstrueux qui font sous l'eau un si étrange démènement que, s'ils ne se détournent et retirent, on en souffre un grand dommage, et quantité de personnes en sont occises. On a bien aussi un autre instrument que l'on met dedans ces mines, lequel ne pousse pas mais brûle tout à fait seulement, et qui porte dommage à ce sel et le lève hors de la mine. Mais il faut faire différence et remarquer, quand on se veut servir de ces deux instruments, si les édifices de dessus sont vieux ou neufs, afin que l'on ne leur nuise point. En après, l'on peut faire et apprêter l'instrument de ces boules ci-dessus décrites.

« DE CRATERE » OU DU FEU LUISANT

C
e feu n'a besoin de rien pour sa viande, mais il luit en ténèbres. Il est déjà très bon et net. C'est un feu singulier et une aide à la mine. Et l'on se pourrait bien donner le loisir que d'en apprêter un en comptant les frais qui sont employés au suif ou à l'ouvrage de Bromith, comme l'huile en maints endroits que l'on achète à un bas prix ne donne aussi aucune fumée et dissipe la vapeur; on l'apporte dans une belle boule de verre et [elle] est posée sous une logette entourée de haies, en sorte que ni eau ni sable ne lui peut nuire. Et dans le travail, ce feu rend une lumière et clarté. Cela est cause qu'il est très nécessaire de savoir ce feu, afin que l'ouvrier qui travaille aux mines sache et connaisse le fond pour se régler sur le miroir nocturne ou métallique, ce qui est un tour de main particulier, car là se rendent les ardeurs aériennes du métal et celles qui viennent après tout ensemble. Ce miroir a aussi ses instruments particuliers par lesquels on peut reconnaître ces ardeurs aériennes quand elles s'assemblent. Et si l'ardeur aérienne du jour y tient sa place, l'ardeur aérienne achèvera de jour ce qui est de son fait. Et une lueur vient de la terre : c'est ce que les ouvriers des mines appellent une ardeur aérienne de métal, et cette ardeur est bonne. Mais il y en a une qui n'est qu'une demi ardeur aérienne. Or si l'ardeur aérienne nocturne y tient sa place, on la voit en ce miroir et en cette lumière dans les­quels elle se donne à connaître et est ensuite en ouvrage. Et ainsi le métal est recouvré et trouvé. Les métaux luisent, encore qu'il ne le semble pas à nos yeux, comme aussi fait le bois pourri. Car ils ne reposent point, surtout quand ils sont après à travailler. Mais il faut qu'ils aient un reflet de lumière de l'ouvrage. Or cette lumière ne jette aucuns rayons, comme la lumière du jour ou le bois pourri, mais elle reçoit celle d'une lumière obscure.

Or l'on voit, là-dedans ces mines, de fort belles clartés aériennes. Mais la lumière des ténèbres est tout à fait une étrange lumière. Car tu y peux voir clair et un autre qui en est loin de cinq ou six aunes de distance ne la voit point, ni toi ni ta lumière non plus.

Les chats, les chiens et les loups aussi ont de sem­blables yeux, en sorte qu'ils te peuvent voir bien que tu ne les voies point. Car la nuit a une lumière, ainsi qu'il se peut voir en ces corps qui reçoivent ces lumières de cette lumière nocturne. Car s'ils avaient eux-mêmes cette vertu, ils épandraient des rayons. Mais ils ne font pas ainsi parce que l'expérience témoigne que dans la terre est le feu dispersé.

Or cette lumière est de deux sortes : la première est claire, accommodée de la sorte dans une boule par les sucs de quelques poissons ou vers de bois ou de plantes. Lesquels sucs étant distillés, on les verse dans cette boule de verre. Ou prends un verre net de cristallin : cela donnera une belle lumière sous la terre si l'on y met, dans ce verre, une certaine eau de mercure. Et cette lumière surmonte de beaucoup ces eaux d'insectes et de plantes dans cette obscurité que l'on appelle nuit. Elle ne laisse pas pourtant de luire de jour; mais telle le fait] bien mieux dans les ténèbres de la terre, où le feu est caché qu'il faut réveiller par telles matières et instruments. Mais la seconde sorte est du miroir qui reçoit cette lumière et donne à entendre lés feux chauds ou froids, aux­quels les paysans et les ouvriers des mines n'entendent et ne connaissent rien, car cela n'est pas de la connaissance de chaque paysan ou mineur. Car comme ces feux-là luisent dans le miroir, ainsi fait aussi le feu du métal. On ressent bien ces feux dans le corps humain et selon iceux les mala­dies sont nommées, mais l'on ne les recherche pas.

Et telle est la distinction entre la boule et le miroir comme j'ai dit ci-dessus. Je puis bien voir tous mes membres mais non pas ma face : aussi vois-je bien la lumière du soleil, mais ce que c'est que le soleil qui donne cette clarté, je ne le puis point voir.

«DE GLUTINE » OU DE LA POIX DES MINES

L
e meilleur expédient et refuge qu'on puisse employer pour s'opposer au péril de l'eau ce sont les fontaines et les sources, car là où elles trans­percent elles entraînent l'eau quand et elles en dehors. Aussi n'en est-il point de meilleur que le kitt ou poix, afin que l'on propose les eaux de jour ou journalières, pour les empêcher d'avan­cer et se reposer là pour beaucoup d'avantages et de prérogatives. Car cela ne retient pas seulement l'eau boueuse et trouble, mais la baigne et aussi la fait fluer et couler. En sorte que par ce moyen on détourne l'eau pour la faire parvenir à un autre lieu de sortie, tellement qu'on en est délivré en ce lieu-ci quand on n'y en veut point ou qu'elle n'est pas utile ni de service en rien qui soit. Ici donc on poisse ainsi l'eau journalière, afin qu'elle ne puisse couler en marais. Et ainsi l'on peut inconti­nent nettoyer la terre sous soi et l'eau qui a croupi en la retirant et épuisant. Et plus avant que l'on nettoie, tant plus courent les sources de ces eaux du fond. Elles viennent aussi de côté, tant qu'elles viennent en eau de jour ou qu'elles se laissent transmettre comme les passages de l'eau jour­nalière, et elles viennent encore de côté là où l'édifice n'empêche pas. Et où l'on n'a point de besogne en tous ces endroits-là, on peut poisser les lieux où sont les édifices qui sont visibles devant les yeux, surtout les passages, antres et mines. Ainsi les faut-il accommoder avec cette poix ou résine que l'on appelle kitt.

« DE TRUTE » OU DE L'INSTRUMENT POSÉ

D
'autant qu'il n'y a presque rien qui apporte davantage d'empêchement aux mineurs que l'eau, on ne peut non seulement lui résister assez par le moyen de cette poix appelée kitt, mais [encore] lorsqu'elle est presque toute passée par l'endroit qu'elle a forcé et percé, il faut qu'elle soit détour­née par des appuis, soubassements, bâtiments, comme avec des Stollen. C'est là un grand et péril­leux travail et fort pénible pour abonnir les pas­sages, lesquels s'il faut rompre, cela coûte bien du monde et de grands frais. C'est pourquoi il faut penser au moyen comment on les pourra brûler. Car on peut composer un tel feu qui de sa vertu ruine ces passages et passe tout au tra­vers, en froissant et rongeant la pierre si menu qu'en fin l'eau puisse passer et couler sans dom­mage; en sorte que les ouvriers ne sont plus en crainte, comme auparavant, d'y finir leur vie par une mort inopinée, de s'y noyer et périr.

Par le moyen d'un tel feu, on peut aussi renver­ser, ruiner de grandes pierres qui sont dans des eaux courantes, en sorte qu'on les peut facilement faire sauter par ce moyen-là. Car c'est un feu de dérompement qui est fait de résine ou kitt dont on peut frotter le dessus des pierres, et verser ce kitt dans l'ouvrage par un canal approprié de haut en bas, à ce que l'eau ne lui puisse causer aucun dommage ni empêchement quand bien elle passe­rait et flotterait en se joignant par-dessus de plu­sieurs brasses de hauteur, ce feu mine s'avan­çant toujours de plus en plus et même [il] prend sa force de ce qui brûle là et qui s'embrase avec lui. Il ne fait point beaucoup de fumée, car elle s'évade ou s'évapore en même temps avec le feu qui est un feu, comme j'ai dit, de dérompement, lequel feu aussi est coulant.

Il y a aussi certains sucs, lesquels quand on met à bouillir deviennent durs. Et si on les mêle avec de la pierre de chaux vive, ils s'allument et brûlent si fort qu'ils y rompent et transpercent les pierres de roche par un trou qu'ils percent [aus]si grand et [aus]si profond qu'on le désire; par lequel trou l'eau s'écoule vers le lieu destiné. Mais il faut mettre dedans un petit tuyau de bois, ou autre étoffe, et l'y enfoncer jusqu'au fond fermement, à la même hauteur que l'eau était montée, et bou­cher ce trou par-dessous; puis y verser de la poix [en sorte] qu'il n'y puisse entrer aucune eau, et mettre dedans le tuyau par en haut de cette manière, ou [de 1'] étoffe en petites boulettes allu­mées ; et elles rongeront en bas tant qu'elles agran­diront et allongeront le trou, tant qu'il parvienne jusqu'à la Stollen et qu'il passe en dehors et qu'il soit aussi grand et aussi large que le petit tuyau ou trou supérieur. Et puis quand on recreuse et perce derechef ce trou et que l'on fait place à l'eau par icelui, alors elle s'écoule et passe facilement. C'est là une belle invention et subtilité pour les pas­sages si on l'entend bien et qu'on la sache prati­quer avec ordre, car elle fera un bon effet à l'aide de ces vrais tours de main.

« DE TRAHA » OU DE L'INSTRUMENT À LEVER

C
'est une chose que l'on expérimente que le temps ou la disposition de l'air tient ou gouverne toutes choses, non seulement les artificielles, mais aussi les naturelles. Car on éprouve es bâtiments arti­ficiels que ce qui ne tient et ne dure pas au temps, cela ne peut pas aussi être stable et solide en sorte qu'il peut demeurer nu et résister ainsi au vent et à la pluie. Aussi y a-t-il à refaire journellement aux grands édifices et bâtiments.

Remarque bien : dans Tsips, il y a un endroit qui s'appelle le Tobschau où l'acier sec monte le jour. Et au même lieu, il y a une montagne comme d'acier et [il] ne se trouve aucun instrument par lequel on en puisse abattre la moindre écaille ou écorce. Mais quand cet acier montagneux a été laissé et abandonné là un hiver et un été à l'ardeur et au froid, l'on en abat, fait choir et tomber une écaille ou coquille de l'épaisseur de deux doigts. Par là on voit et expérimente que le temps aérien peut aussi à loisir lever et ruiner la Stollen. Qu'est-ce donc qu'il ne ferait point à la pierre? ainsi que l'expérience fait voir quand les balles de neige tombent du haut de la montagne en bas, aux envi­rons de Salzbourg et dans la province de Steyermercq, en sorte que bien souvent elles enlèvent et jettent de haut en bas de grands éclats et mor­ceaux de roche, gros comme des maisons, lesquels ont été tout attendris par la chaleur et la gelée.

Lorsque Hannibal avait passé les montagnes d'Ita­lie, il y fit verser de plus fort vinaigre tout chaud, par le moyen de quoi il détruisit de grandes pierres qui devinrent si tendres qu'en moins de rien elles se laissèrent travailler et briser.

L'huile fait aussi la même chose, quand on la sait bien faire. Que s'il fallait se servir de l'aigre de fruit comme de bière, de vin et autres simples, cela serait fort précieux.

C'est pourquoi on se peut bien munir et servir et pourvoir d'un bon aigre ou acide bien fort pour réussir en ce dessein; un aigre, dis-je, qui soit pris des eaux de citerne, le faisant bouillir avec un peu de miel et le versant tout chaud sur les pierres. Icelui chasse le feu derrière soi; le feu, dis-je, qui est dans les pierres, car ce sont ordinairement des pierres à corniche, des pierres à feu, et [il] en amollit ainsi des éclats.

On fait aussi de l'huile de pierre, en sorte que l'on n'a point de besoin de l'huile d'olive ni d'aucune autre huile, non pas même de la naphte, mais seu­lement de moelle de pierre ou de cailloux brûlés, si l'on y verse de cet aigre d'eau par-dessus ou plutôt de l'eau d'épouvanté ou eau-forte, par laquelle on étonne et fait sauter toutes les plus grandes pierres, surtout les pierres à feu.

La nature nous enseigne cela, [et] de procéder en cette manière au regard des pierres. Car considère et vois seulement ce que la résine et le Kitt et l'eau de dérompement peuvent faire à une pierre nom­mée tuf mise en un tas avec de la fiente et de gros graviers ou des cailloux; et comment c'est que cela dérompt grandement la pierre de Bims et l'amol­lit comme une cire d'abeille; et aussi la pierre de pot comme même le marbre de diverses couleurs. Mais regarde bien la pierre blanche et le Schlich dans lequel est le Bims et tu trouveras qu'une sorte de lessive la fera bouillir et rompre.

On trouve des pays dans l'étendue desquels on rencontre beaucoup de sel nitre là où il n'y a et n'y peut point croître aucune pierre. En combien peu de temps peut-on échauffer une telle eau et en verser sur les pierres? Or cette étoffe, nommée l'instrument de cette composition, se peut tou­jours bien trouver chez les ouvriers des mines et proche d'eux.

« DE FRIGORE » OU DU FROID DE LA MINE

C
'est la plus grande peine qui soit imposée aux hommes qui travaillent dans les mines que d'en tirer et extraire les pierres et toute la vilenie qui n'est utile à rien, afin de pouvoir creuser plus avant. Nous appelons ici-haut ces pierres et or­dures du Schutt. Or c'est une constance non petite laquelle est requise pour délier et dissiper ce Schutt par le moyen de l'eau et du rompement. Cela toutefois ne coûte pas beaucoup, si seule­ment on s'y applique comme il faut et dans un bon ordre.

Quant au premier travail, on l'applique pour ôter et séparer ce qui est le plus facile. Et puis on procède à retrancher et nettoyer les autres matières plus grossières qui sont dans la terre des mines. Mais il ne faut pas considérer la terre comme l'herbe, car c'est dans la terre qu'il y a le moins de terre; mais elle est pleine de toutes sortes de choses comme de sel, de substances minérales et de pierre; et la terre est la moindre partie de la terre et toutefois c'est la plus noble car d'icelle sont faits tous les corps métalliques. Or il y a des choses bien plus tranchantes et pénétrantes quant au goût, mais elles ne se trouvent pas toutes à la fois. Ains cela se fait quand on ne se peut pas ser­vir du supérieur avec l'inférieur. C'est aussi une simple chose que les sucs. Et n'est-ce pas le soufre qui les brise qui est le poison des sucs? C'est ce qui fait que les mineurs et ceux qui se mêlent du même travail doivent avoir connaissance de ces choses et s'y exercer. Car l'on ne peut pas infor­mer suffisamment par écrit ce qui est de plus nécessaire à faire par un chacun particulier dans l'une et l'autre chose, avec la déduction de tous les tours de main qui se doivent observer à chaque travail.

CHAPITRE XLIII

« DE IGNE INFLAMMANTE  » OU DU FEU FLAMBOYANT

D
'autant que pour le travail des métaux il est besoin d'avoir en icelui un grand feu et quelque­fois aussi un petit feu, il faut que pour ce sujet l'espèce et la sorte des métaux en fasse et soit la règle, et non pas l'affinement et la fonte d'iceux.

Mais il faut au préalable avoir bien appris les pro­priétés des feux susdits qui sont nécessaires.

Puis donc que c'est déjà le devoir et le fait d'un fondeur ou homme de jugement d'ordonner les feux suivants la droite connaissance qu'il doit avoir de chaque matière et en cette sorte, comme il est dit ci-dessus, que rien n'endommage l'ou­vrage, mais qu'il lui profite au plus haut degré, il est inutile que j'y ajoute mes éclaircissements et descriptions de chaque point à part, qui autre­ment requerraient beaucoup de peine, une grande prolixité et par conséquent un grand volume ou livre pour y remarquer et noter convenablement toutes choses. Je me contente de recommander à un chacun cette différence de feux observables à divers métaux pour en exercer lui-même la pra­tique, la bien apprendre et penser soigneusement à son ouvrage et travail, et y bien appliquer son jugement.

« DE IGNE TORRENTE » OU DU FEU DE GRILLE

C
e qui est enclin à cendre et à suie, surtout l'excré­ment des métaux et les dépouilles des corps, les fondeurs s'imaginent l'ôter et défaire sans perte par le moyen du feu de grille. Car ils allument un grand feu de bois là-dessous et grillent et rôtissent ainsi le métal, en sorte qu'ils croient qu'il se dé­pouille de toute sa suie et impureté, et le cuivre aussi de son Sinter, fange ou lie. Mais quand le feu épouvante ou est trop véhément, il pille et consume le fer de la grille. Ce qui fait qu'on loue le gluer du feu lorsque, comme il arrive à Mansfeld, l'on met un tas de métal sur la grille et on allume ensuite le feu; et l'on laisse gluer l'un parmi l'autre les charbons tout doucement afin que ce qui est dessus la grille glue tout à fait aussi à loisir. C'est ce qui se fait au métal dans la Suède aussi par l'ardeur du soleil en été, car il se coule bellement ensemble et se purifie si beau qu'il devient bien au gré du très fin. Et on doit plus faire d'estime de ce gluer du soleil que non pas du griller, qui se fait par le feu de flambe.

Or il faut un feu gluant de deux sortes pour gluer le métal. L'un de ces gluements est comme à Mansfeld : on prend un bouchon de paille qu'on allume sous un tas de Schiefer, ou matière d'ar­doise métallique, et on les laisse gluer d'eux-mêmes et [ils] gluent comme un tas de charbon et le métal qui doit gluer devient gluant. Seconde­ment, le gluement est aussi bien nécessaire sur le corps des pierres : il les rend en chaux. Mais les gluements qui, dans le commencement de la glu du feu, ont réduit les métaux en chaux n'ont pro­duit que des dépouilles de chaux. C'est pourquoi les ouvriers n'ont que faire de s'étonner s'ils n'ont eu rien qui vaille.

CHAPITRE XLV
« DE IGNE CORRODENTE » OU DU FEU ARDENT D' « ERZ » OU VÉHÉMENT

I
l faut mettre ce feu au rang des feux froids, les­quels consument. Et c'est à celui-ci de consumer dans le feu froid. Car icelui feu froid a tout aussi bien la même manière et pouvoir que le feu brû­lant qui luit et brûle. Or le brûlement que fait ce feu froid est en cela meilleur que d'autres feux, qu'il ne réduit pas les corps tout à fait en cendres, ains ne les fait que mettre en Schlich, ce qu'autre­ment on aurait bien de la peine à faire en menues parties à force de limer. La plus proche conve­nance de ce feu, c'est celui qui glue, duquel je veux écrire quelque peu et me taire, pour le pré­sent, de celui-ci.

« DE IGNE CANDENTE » OU DU FEU GLUANT


C
e feu-ci bute et vise principalement aux corps des métaux, lequel les consume par leurs propres matières à ce inclinées par la propriété qu'ils ont en eux. C'est pourquoi l'on doit faire estime de ce feu, car les corps qui y demeurent quelque temps deviennent fort souples et leurs dépouilles demeurent là en arrière sur la place. Et ainsi ce qu'il y a de meilleur es métaux s'en sépare par ce glacement et se retire des impuretés, ne restant que ce qui est bon.

Mais tout ce que l'on peut dire et faire est inutile en ce temps-ci, car le monde s'estime trop savant pour vouloir apprendre quelque chose d'autrui, quoique cela fût caché auparavant à sa connais­sance. Car le nombre de ceux qui s'estiment sages et savants est grand et chacun a son sens particulier par lequel il prétend avoir beaucoup de science, au lieu qu'il ne sait pas où commencer pour la mettre en évidence. Partant, il la retient plutôt en un monceau et demeure cependant un lourdaud, comme il est en effet.

Quelques-uns pourraient estimer que je voulusse parler de quelque eau-forte par l'un ou l'autre de ces feux d'Erz. Et s'ils croient que je l'entends ainsi, cela n'est pas pourtant. Mais combien emploi[-t-]on inutilement de centaines de ton­neaux, en un jour, d'eau précieuse et chère pour s'en servir à séparer, ainsi qu'il se fait à Goslar, et ce, à cause de la résine dont l'on pourrait profiter seule à cela; laquelle eau il faut d'ailleurs acqué­rir et faire par des grands frais de bois.

« DE IGNE INCUBANTE » OU DU FEU DE LAMPE

C
e feu sert et est bon lorsque l'on se mêle de métaux à découvert et sans soudure; et on s'en sert de crainte que le métal n'aille en poussière et que le meilleur ne s'écoule, car tu as aperçu qu'il ne vaut rien dans la clarté.

Or les lampes ordinaires ont leur vaisseau de verre que l'on met dans une écuelle d'argile faite de cendre et de sable; ainsi cette lampe rend de soi une sueur parfois, dans laquelle sueur quelques-uns pensent que le métal reçoit son corps ou bien qu'un métal reçoit le corps d'un autre métal. Je laisse là cette transmutation à part et ne la puis louer. Mais en tant que cela regarde la chaleur, elle n'est pas blâmable et tous les métaux devraient être traités de la sorte.

En ces deux feux des métaux En et aussi des lampes, il y a beaucoup de vertu. Et si l'on s'en voulait servir dans la médecine et [comme] médi­caments, ils en seraient beaucoup meilleurs, selon mon opinion, que dans le gril ou à la flambe. Car ils ne vaudraient rien là comme avec ce lent feu. Il faut aussi tenir une règle certaine de l'ar­deur également continuante, si autrement l'art doit produire du profit. Car j'ai vu que quelques artistes et ouvriers ont eu de ces lampes dans leurs fourneaux ou poêles, où tout a été entièrement perdu. Car tantôt leur feu était trop chaud et tantôt trop froid; cela ne s'appelle point une ardeur bien également brûlante, et engendre aussi sur la fin un ouvrage imparfait qui, en outre, n'est devenu à rien par les lampes, à cause que l'on ne les a pas bien gouvernées ni conduites.

« DE IGNE FRIGIDO » OU DU FEU FROID

C
e feu-ci est tout à fait merveilleux et on ne peut pas écrire grand-chose pour ceux qui n'en ont encore aucune intelligence, soit par ignorance ou par un désespoir d'y pouvoir parvenir. Et de ce qu'on s'en est si peu aperçu, c'est de quoi je m'étonne. Car ce feu est justement un tel ouvrage qu'en maints lieux on appelle « coaguler », à cause qu'il ne peut consumer l'autre feu. Car pour fondre il le peut bien, mais de consumer, c'est ce qui lui est impossible. Car il a son opération dans l'air et exerce son pouvoir et sa force sur le métal, et est l'unique preuve extérieure de son coulement. Le métal mercuriel est coulant d'un flux froid, car les autres coulements sont tous des feux chauds. Si tu ne le veux pas croire, portes-y la main. La dureté d'un flux chaud s'appelle coagu­lation, car l'une est contraire à l'autre. Si l'une durcit, l'autre amollit. Il faut que tu saches cette différence et que tu la connaisses proprement, voire toute personne qui se veut mêler des fontes et flux métalliques. Or c'est un véritablement beau secret de savoir tenir et gouverner un tel feu ou comme des pierres le porter à la balance. Il n'est pas tout à fait, en général, si droitement artifi­ciel.

Ce qui est froid par excès, c'est la mort du corps tempéré. Mais où se trouve-[t]-il que les animaux vivent dans un feu tout à fait froid et chaud ? Et si on veut parler et approcher si fort de la vie, il est bien autant impossible comme de vouloir trop parler de Dieu.

Et, partant, ne regarde pas si fort à la définition de ce feu et tâche de le comprendre autant que la raison humaine le peut. Ainsi se trouve-[t]-il écrit de la philosophie qui démontre et fait connaître ce feu, lequel, quoiqu'il soit le plus froid, ne laisse pas néanmoins de vivre et de conti­nuer son train. Or il est semblablement vrai que quand il est parvenu dans son croissant ou degré le plus haut et plus parfait ou le plus pur, il dévale derechef à bas—j'entends le susdit métal mer­curiel — et devient argent, et l'argent devient cuivre. Et conclus ainsi et par toi que si le feu et l'ardeur d'en-bas ne fait point ceci, il faut par conséquent que le feu froid le fasse. Cela est assu­rément vrai, car le métal se résout par le moyen de ce feu froid derechef en son mercure qui est le flux du froid si icelui s'en saisit. Car alors il faut qu'il coule dans tous les corps. Et s'il y flue, il dépouille non seulement le corps de dessous, mais aussi celui qui est supérieur ou plus haut. Pense à cela soigneusement.

« DE IGNE CALIDO » OU DU FEU CHAUD

J
'ai déjà parlé et écrit de ce feu-ci, savoir qu'il peut être disposé et fait en diverses façons et manières, et comme on le doit enferrer et cons­truire maintenant en charbon, tantôt en bois ou en poix ou en huile, et enfin en toute chose qui se laisse brûler ici-haut. Or je pense et entends cela opérativement et en effet, combien qu'ici je voudrais parler de la seule chaleur qui est profi­table aux métaux pour leur coulement; car ils se purifient en icelui feu ainsi que tu as ouï ci-dessus. C'est pourquoi je n'estime pas néces­saire d'en faire mention derechef et d'en rien dire de nouveau. Et voilà tout ce que j'ai voulu insérer en cette première partie de ce livre et déduire tou­chant le travail souterrain ou travail précédent que la nature observe et exécute, par lequel elle nous fait et met en forme les métaux et minéraux qu'elle nous propose en vue et à la main.

Celui qui conçoit et entend comme il faut ce travail-là, et s'y applique de cœur, travaillera avec grand avantage et profit. Et il saura pareillement après le moyen pour mieux parvenir dans l'al­chimie qui suit toujours immédiatement ce tra­vail, lequel je souhaite être concédé et accordé à celui qui s'y occupera.

Louange, exaltation, honneur et gloire et magni­ficence soit au Souverain Maître et Régent des mines par la parole et volonté duquel tout a été fait et ordonné et tout a été formé. Ainsi soit-il.




D
es livres des secrets, ou Testament, de frère Basile Valentin de l'ordre de Saint-Benoît où sont répétées brièvement et en peu de pa­roles quelques-unes des principales connais­sances et sciences du premier livre, toutefois non point seulement selon la procédure de la nature sous la terre, ains aussi comme conséquemment les métaux y sont engendrés et viennent au jour, comme l'or, l’argent, le cuivre, le fer, l'étain, le plomb, l'argent-vif et autres minéraux; pareillement aussi comme les pierreries, aussi bien que les espèces de métal, sont colorées, teintes et accomparées à la salutaire parole de Dieu.

DE L'ENSEIGNEMENT DES LIEUX MONTAGNEUX, DES MONTAGNES ET DES ANTRES ;
SEMBLABLEMENT DES MONTAGNES QU'ON SURNOMME MOYENNES ET DU RESTE DES LIEUX MONTAGNEUX


P
remièrement, il est très nécessaire à tout ouvrier des mines qu'il sache et sonde dans les montagnes les traces ou filons du métal selon leurs tours et allures, et qu'il s'imprime bien en sa mémoire la disposition de tout afin qu'en tous les endroits où il arrive il soit certainement bien informé de tout ce qu'il y a et ce, par le quadrant, même par l'ai­mant, en sorte qu'il sache de quel côté est l'orient, l'occident, le midi et le septentrion. Il faut aussi qu'il soit expérimenté, après avoir sondé, à connaître proprement l'une et l'autre pierre dans ses tours et allures, et pareillement où aboutit leurs sorties; qu'il ait et retienne pour une bonne instruction à examiner et retenir tant la longueur que la brièveté des montagnes, comment elles s'étendent le plus en hauteur dans une même forme et assiette. Or les formes des montagnes sont de maintes sortes. Premièrement, elles ont, d'une part, beaucoup d'étoffé d'ardoise grisâtre ou Schiefer, comme es montagnes d'argent et de plomb. D'autre part, elles contiennent des masses de pierres pâles où il y a peu de cette étoffe d'ar­doise et de suif : telles montagnes se peuvent reconnaître à leur fermeté. D'autre part, elles ont des masses de pierres dans lesquelles paraissent des fleurs de Zwitter et du cuivre, et aussi des lits unis et plats avec de l'ardoise, où semblablement s'engendrent le métal et la mine de cuivre. C'est pourquoi l'on peut fort bien recueillir de la nature que, vu ses maintes formes, elle a aussi maintes cités ou endroits de fruits et productions. Il se trouve des montagnes au midi qui sont plus abon­dantes en leurs productions que d'autres sem­blables qui sont vers l'occident [et] qu'on nomme reste ou fin des montagnes, entre lesquelles il y a toujours un centre de perfection ordonné.



DES OPÉRATIONS GÉNÉRALES DES MÉTAUX SÉPARÉS OU DISTINGUÉS

A
fin que Dieu tout-puissant, d'éternel honneur et gloire, donnât à reconnaître aux hommes les mer­veilles innombrables que Lui, l'unique Médiateur et Créateur nous a représentées fructueusement en toutes les choses naturelles, il a aussi de la sorte démontré et donné à reconnaître cette sienne forte toute-puissance es métaux et minéraux, afin que nous apprissions tous d'icelui ce que les douze sibylles ont prédit du clair, vrai et unique Soleil de justice et de vérité. Là-dedans reposent les douze portes des cieux et après les douze mois muablement et immuablement, visiblement et invisiblement; devant le trône de Dieu se tiennent les sept archanges et après eux les sept planètes, le soleil et la lune, etc; et les étoiles avec les sept montagnes des métaux et leurs propriétés, savoir or, argent, cuivre, fer, étain, plomb et argent-vif; en après, vitriol, antimoine, soufre, bismuth, cobalt, alun, sel; ensemble toutes les autres plantes des mines ou croissances minérales. Afin donc qu'en ces choses le droit centre ou milieu fût compris de nos sens, Dieu a parfait et accompli la première séparation, comme il est écrit : Et l'Esprit de l'Eternel se mouvait sur les eaux. Et tout le corps élémentaire a été eau; mais l'Esprit du Seigneur éternel des armées Sabaoth l'a séparé du trouble et de l'épaisseur de l'eau, et en a formé la terre et ensemble tous les fruits des métaux. Et tous ceux qui oncques furent créés et nés dans la terre ont été eau et peuvent aussi être restitués et changés derechef en eau ou en forme d'eau. Ainsi en est-il de toutes choses en tous lieux où les éléments coopèrent tant dans la terre que hors la terre, de tous leurs fruits, tant végétables qu'animés, des arbres, herbes et plantes, de toutes sortes d'ani­maux, de bêtes brutes, oiseaux, poissons et monstres marins, etc. Voire toute chose provient de la première eau selon l'Esprit du Seigneur et du premier Etre parfait procédant d'éternité, par lequel toutes choses ont été faites, colorées ou non, dures, petites, grandes, de molles manières et natures, comme selon les douze pierres du pec­toral d'Aaron. L'homme Adam a été créé à la semblance de Dieu et du Saint-Esprit par l'éternelle Sapience et ce, par et en lui seul, suivant l'ordre de Melchisédech infus à tous les hommes. Et Dieu tout-puissant, qui est le premier et le dernier, l'auteur et conservateur de toutes choses, a posé ses dons en temps et heure, jours et ans, quand et comment ils doivent arriver et être faits suivant son ordonnance arrêtée en son conseil éternel. Icelui, dis-je, a pareillement dès lors béni son très saint Moyen, comme il avait béni Abraham, Isaac et Jacob, aussi bien que Moïse, Aaron et Melchisédech et beaucoup d'autres per­sonnages. Et comme il avait pensé à ceux-là de toute éternité pour, selon son bon plaisir, changer en eux un terme, ainsi ce tout-puissant Dieu fidèle, par son conseil et volonté imperscrutable, a aussi, pour notre bien et entretènement en cette vallée de misères, posé et créé en même temps des bonnes mines dans la terre, lesquelles il corrige, abonnit et multiplie sans fin, de sorte que nous avons grand sujet de l'en louer, en lui rendant et témoi­gnant nos actions de grâces.

Or la clémence et débonnaire prescience de Dieu ne peut donner à la race des hommes rien de meil­leur et de plus profitable sur terre, après la connaissance de lui-même et de sa parole, que la science et intelligence des choses, comme aussi les Juifs se piquaient et se faisaient accroire de n'en manquer aucunement. Mais ainsi que les diffé­rentes sortes des mines ne sont pas bien connues à la plupart de ceux qui y travaillent, de même les Juifs ne connaissaient pas ni le Messie ni la Sainte Ecriture.

C'est pourquoi les meilleures pierres es mines de la terre, avec toutes leurs richesses temporelles et perpétuelles, sont parvenues de la terre de promis­sion des Juifs jusqu'à nous qui sommes les derniers qui en avons hérité. Et ainsi nous sommes devenus les premiers et eux les derniers, tant que le ciel leur soit ouvert derechef pour recouvrer alors la jouissance intérieure de la grâce et l'extérieure des créatures de la terre, comme sont les mines et les métaux.

Quand l'on trouve quelques pierres fertiles en ces montagnes, l'on reconnaîtra aussi qu'il y a en tels endroits sujet d'en beaucoup profiter. Et tout ainsi qu'on trouve des gommes et des résines aux arbres de la terre, dont les unes sont toujours plus belles et plus transparentes, plus dures et plus douces que les autres et [que] l'on reconnaît leur vertu facilement par l'odorat et par le goût, de même, vous autres ouvriers des montagnes, vous devez incessamment viser et chercher en simplicité le moyen d'approcher au plus près de la mine dans laquelle Dieu et la nature ont mis des sentiers si droits.

DE L'OR, DE SA MASSE DE PIERRE, DE SON OPÉRATION ET ESPÈCE, ET DES PASSAGES OÙ IL HANTE ET FRÉQUENTE

L
'or est travaillé, moyenne et opéré dans sa propre masse de pierre montée, accrue et poussée par la plus belle mère ou nature de la terre la plus pure et la plus stable ou solide, du sel le plus parfait et achevé, et semblablement du soufre et du mercure purifiés et nettoyés de toutes leurs fèces et esprits impurs. Ce métal parfait est ainsi naturellement accompli, car il se joint et s'accouple au très pur ciel naturel ou très pure substance sublimée et exaltée d'une terre blanche jaune et d'un soufre rouge, selon le naturel et influence du soleil. Et l'or est si très constant qu'il n'y a aucun corps entre tous les métaux qui soit si pesant, si haut ou relevé, si sec et si igné qu'icelui, ayant une matière aurée dans laquelle il n'y a aucune humidité qui puisse être consumée et détruite par le feu, non pas même par aucune moiteur aquatique, parce que dans l'or tous les éléments y sont liés et conjoints très également, lesquels, à cause de leur liaison et union si étroite, ont travaillé et anobli un tel corps d'une constante et perdurable fixité et l'ont teint d'outre en outre, jusqu'au plus pro­fond de toutes ses parties toutes à la fois, d'une couleur citrine permanente par la liaison souve­raine de sa terre claire et pure, comme aussi de son soufre et de son mercure très parfaits. Et sache que l'on fait avec son essence de vitriol, à l'égard des imparfaits, tout ce que le soleil fait ou opère entre toutes les étoiles. Car de sa nature il est tout auré en toutes ses parties et dépendances, et même il se produit et se laisse trouver aisément dans les routes et passages des meilleures et plus souples pierres.

Et il n'y a rien dans ce monde qui soit comparable à cette noble pierre d'or, sinon la vertu du soleil. De plus, icelle pierre d'or vient quelquefois obs­curcie et souillée en quelques endroits, à cause du mélange naturel de la mine qui demeure attaché au dehors. En telle sorte que souvent la pierre où est l'or se trouve remplie de matière d'ardoise de mauvais sperme, et cette matière est de son natu­rel fort nuisible à l'or. Et encore qu'icelui soit doué des vertus de Dieu, son créateur, en un degré très haut, toutefois il se trouve fort rabaissé de sa dignité dans des pauvres et faibles pierres qui sont presque de nulle valeur, là où il perd beau­coup du degré de la couleur qu'il devrait avoir, comme l'on peut voir en la pierre de touche, laquelle est parfois mêlée d'argent, de cuivre, d'étain et autres pierres, ce qui toutefois peut être subtilement et adroitement chassé et séparé, en sorte que, par un moyen bien simple, cette pierre est remise en un être et état si perfectionnés que l'or en est extrait comme communément la nature l'engendre dans la mine, pur et net, et comme elle l'amène tout sec et solide au jour en le rendant évident et palpable sur quelques endroits ou pas­sages traversés en croix, dans la profondeur des minières.

Et comme l'or a un grand avantage en sa cons­tance sur tous les autres métaux, aussi a-[t-]il une puissance et vertu bien plus grande dans ces vastes profondeurs de la terre, dans lesquelles il trouve moyen de se glisser et s'insinuer dans de gros graviers, et même dans le jaspe qui est une pierre fine, étincelée ou œilletée de plusieurs marques ou traces. Aussi, ordinairement et non sans cause, il se trouve des graviers contenant du vitriol en abondance, lequel vitriol est aussi le meilleur entre tous les autres. Et pour cette raison, le vitriol de Hongrie est préférable à tous autres, comme on le pourrait suffisamment reconnaître et apprendre par les épreuves très certaines. Parfois aussi se trouvent dans les montagnes des écoulements ou flux métalliques de différentes couleurs parmi les pierres en quelques passages et sentiers où ils séjournent. Ce sont des sillons ou veines d'or qui se trouvent accrues au-dessous des pierres, comme fait la mousse contre la pierre. Et ces sillons d'or y tiennent si fortement qu'il est souvent nécessaire de les détacher par la force du feu, lequel il est grandement besoin de disposer par le moyen que j'ai enseigné et écrit dans la première partie de ce livre. Et ces pierres sont d'ordinaire des Zuritter et Zimsteine (ou pierre de Zim) lesquelles, ayant été poissées, sont réduites en Schlich, fondues et amollies. L'or se forme aussi et s'engendre comme des filons qui sont tous droits sur d'autres qui sont plats et unis, jaunâtres et de travers dans la montagne et dans son sable. Et ces filons s'y accroissent et poussent à la manière du fer. Et [ils] sont de cou­leur jaune et traversent dans le sable et dans les pierres de la montagne, en telle sorte que l'or se trouve ou [se] rencontre tout formé, attaché et comme collé dans ces pierres où il a pris crois­sance. Néanmoins, cela arrive toujours aux en­droits et lieux où l'on travaille dans les cailloux et graviers, parfois aussi dans les jaspes de cou­leur de foyer, ou dans semblables pierres à feu. Parfois il se trouve dans quelques grosses pierres ou cailloux blancs, ou de la couleur d'un blanc doré, ou d'une blancheur argentine, ou sem­blables à de la mine de cuivre blanche, l'or se trouvant aussi attaché là-dedans quelquefois en manière de flammes; où il se rencontre même chevelu et cadenetté en moustaches ou cheveux tortillés.

L'or se trouve aussi tout formé dans les pierres à chaux et dans le spath qui est une espèce de pierre tendre, tardive et sérotine et qui, selon Lanciolus, est tachetée ou marquée de gris par œillets noi­râtres, comme aussi il se trouve dans les belles et fermes pierres précieuses èsquelles il est coulé, s'y étant attaché et comme graineté. Il se rencontre aussi être tout à fait travaillé, achevé et accompli dans des routes ou passages de fer qui, par leurs doux découlements ornés de belles couleurs jaune et noirâtre et doués d'une ardeur ou chaleur aérienne, poussent l'or au dehors en le faisant paraître au jour. Il se trouve aussi dans les lieux où naissent les ardoises et ce, en de belles routes pures et même mêlées d'une pierre de corne et de matière d'ardoise bleue; pareillement, dans les sentiers de cailloux et de graviers ou arène nette et éclatante, où il devient chevelu et où il s'achève et parfait. Aussi le trouve[-t-]on dans des lieux ou places rasées, plates et unies, èsquelles, aussi bien que dans les autres endroits, l'or s'y rencontre retiré et bien travaillé [et] qui s'y est attaché en voltigeant, mêlé et marqué de taches de fer, de vertes et de grises. Parfois aussi il se trouve dans une mine carrée de fer et dans d'autres mines carrées et percées d'outre en outre. Il se trouve aussi tout fait et formé dans des sentiers bruns et noirâtres, et même il se rencontre quelques sentiers où il y a de l'or et de l'airain, et aussi du métal ou mine d'or grandement minéral et vitriolique, dont la Hongrie en tel cas saura assez parler.

DE LA MINE D ARGENT, DE SES MONTAGNES, OPÉRATIONS, ESPECES ET SENTIERS ORDINAIRES

L
a mine d'argent s'opère et forme aussi dans sa propre pierre, étant semblablement d'une nature perfectionnée et procédant d'une terre noble, d'un soufre constant et clair, et d'un sel et d'un mercure, lesquels se sont joints et liés ensemble d'un mélange si efficace que l'argent qui en tire sa naissance n'est que de quelque petit degré moindre que l'or. De là vient qu'entre tous les autres il est le métal le plus constant et arrêté et le meilleur après l'or. En sorte qu'il souffre fort peu de déchet en la fonte par le feu, d'où il sort triomphant, soit par lui seul ou soit lorsqu'il est raffiné par quelque autre. Et encore que l'argent tire sa naissance des pierres naturellement pro­duites dans les montagnes, il suit toutefois l'in­fluence céleste, mais surtout celle de la lune qui n'est autre que la lumière de la nuit. Pour ce aussi se trouvent en la plupart des pays septentrionaux des traces et des conduits ou passages de fin argent. Et tout ainsi que la lune à la droite obtient le soleil et reçoit sa lumière de lui, ainsi les filons, les traces et les pierres d'argent ont à la droite les filons d'or, en sorte que l'on compare à la reine Lunaria une racine dont le filon d'or est de plus en plus fortifié et recouvre ou obtient dans son mélange de grandes facultés et prérogatives qui lui viennent de la bonté des montagnes et de leurs racines. Aussi les Anciens qui en ont discouru et philosophé lui attribuent d'admirables vertus et louanges, ainsi qu'à une amoureuse fertile et à une épouse de l'or. Ce qui à juste raison se peut appliquer et être attendu du travail ou opération du métal inférieur envers son supérieur, d'autant qu'après l'or il n'y a rien de plus constant que l'argent pur et parfait. C'est pourquoi aussi les filons d'argent sont environnés dans les mon­tagnes de veines plus coulantes, plus claires et plus blanches, comme aussi de dispositions et complexions minérales plus excellentes et pré­cieuses que non pas les sillons et passages où croissent et naissent le soufre de mine jaune et les liqueurs, saveurs et substances rouges et jaunes de l'or noble.

La mine cuivreuse métallique de l'argent est tra­vaillée, opérée et façonnée le plus souvent dans un être ou matrice d'or rouge. Ce qui fait qu'icelui se dégorge mieux que l'autre; ainsi l'on en peut bien tirer et avoir un certain témoignage, si l'on procède comme il faut avec ordre. De même, la mine blanche de l'or n'est colorée naturellement que de la splendeur ou lueur blanche qui vient du cuivre qui se retrouve dans les montagnes et pas­sages ou endroits d'icelles à cause de la nourriture qu'il suce des solides substances ou causes miné­rales. Car dans l'airain luisant les vapeurs noires des montagnes, de la magnésie, de plomb et d'étain s'y introduisent seulement en le dévorant, rongeant et consommant, là où les minéraux qui passent et fréquentent par les routes et sillons de l'argent se recréent à souhait. Ainsi de là vient le métal d'argent, qui est le plus constant et sec de sa plus pure, propre et seule pierre non mélangée, où il s'engendre avec l'anoblissement des mauvais en­droits ou places et de ses moyens et instruments. Lequel métal d'argent a beaucoup de vertus considérables dans son plus bel accoutrement et parure qui approchent au plus près de celles de l'or. Et après, par le moyen de l'influence du ciel et du changement des diverses natures et espèces des pierres d'argent, ce même métal d'argent dégénère ensuite de sa souveraine union, bonté et perfection qui s'amoindrit et [se] détruit. Après quoi ces pierres d'argent apportent et produisent non seulement des matières mélangées, des chambres et caisses de mines souillées, ains aussi de maints airains et mines métalliques dures, sau­vages et falsifiées par un disproportionné mélange, et des ouvrages pierreux ou de cailloux, comme aussi des fleurs métalliques d'un cuivre jaune et noir. Ainsi l'on trouve l'un pour l'autre, comme la nature le forme et le colore. De sorte que de ces substances, l'une est plus dure naturellement que l'autre, plus sauvage et revêche et tirant davan­tage sur la matière d'ardoise. Et quelques-unes sont d'une forme plus large ou plus étroite, plus blanche ou d'une couleur plus bleuâtre dans leur commencement et dans leur milieu. Et même alors ces substances et fruits d'argent se trouvent fort différents, car les uns sont d'une forme bleue et les autres d'une autre forme dissemblable sui­vant leurs lieux et matrices, l'un plus aride et sec, ou plus beau, plus éclatant et resplendissant que l'autre. Il se trouve aussi à certains endroits, degrés et échelons, de l'or sec et de l'argent et du cuivre, comme il arrive à Cronach.

La même chose se peut voir en semblable manière dans certaines marches, degrés, allées, passages, routes et sillons qui se rencontrent es nobles mines des métaux ou chaux métalliques, comme même en celles de plomb, de fer et de cuivre artistement mêlées après leur union et conjonc­tion. Et aussi l'on trouve souventes fois séparé­ment sur une montagne de la mine de cuivre et sur une autre de la pierre de fer. Pourquoi donc ne veut-on pas qu'il soit nécessaire qu'il y ait de notables différences entre certaines montagnes ou pierres? Et ce, selon que la nature et l'idée de Dieu ont si glorieusement donné à connaître et ont si bien représenté aux ouvriers qui sont dans les mines? Comme, en effet, il se trouve aussi quelques sentiers, routes ou sillons d'argent dans leurs propres pierres naturelles suspendues ou gisantes, et aussi quelques autres sillons ou passages d'argent en façon de fleurs bleu-grisâtre dans des flux courants, ou eaux féculentes et crou­pissantes, là où il les faut quelquefois fouir et chercher du profond d'une pique, dans des endroits pierreux et de cailloux épais, avec un grand travail — et ainsi on les rencontre et dé­couvre — aussi quelques-uns de ces sillons d'ar­gent paraissent en quelques endroits des mon­tagnes, ornés et embellis de belles et agréables couleurs toutes argentées et d'un beau jaune mêlé de vert, ainsi que nous voyons les variantes cou­leurs de jeunes oisons. Et ces mines d'argent se trouvent tant plus bigarrées de diverses couleurs que plus elles ont été avancées et mûries.

Il se trouve aussi des sillons d'argent en quelques lieux montagneux qui sont attachés les uns contre les autres comme l'arc-en-ciel. Et l'une de ces couleurs opère toujours et s'avance par la nature plus resserrement et plus libéralement que l'autre. Et en cela la nature travaille prudemment et avec un bel ordre, comme en effet nous pouvons voir et reconnaître si nous considérons exactement ces sillons d'argent qui sortent de leurs routes et endroits avec toutes leurs belles couleurs, dont quelques-uns sortent aussi de leurs flots souter­rains, de leurs ponts secrets et de leurs chambres cachées ou secrètes, selon la nature particulière que chaque particulier sillon d'argent s'est acquise dans chaque montagne.

DU METAL D AIRAIN OU MINE DE CUIVRE, DE SA PIERRE, DE SON OPÉRATION ET DES PASSAGES QU'IL FRÉQUENTE

L
e métal de cuivre est travaillé et engendré en sa propre mine, là où il est fait et composé d'un sel pur et bon et d'un soufre un peu ardent et brû­lant. Et il reçoit l'impression et influence céleste dans toutes ses parties, dont il devient coloré d'un beau rouge en toutes ses parties de part en part. Toutefois, il ne demeure pas libre, ni entièrement délié de toute humidité et moiteur, laquelle il pos­sède égale à celle du fer. Car ces deux métaux, le cuivre et le fer, sont amis et alliés de fort proche l'un à l'autre, ce qui est cause que celui-ci se trans­mue facilement en l'autre.

Il se trouve quantité de cette mine ou métal d'ai­rain dans les lieux de travail, remplis de ponts et de flots qui sont naturellement formés de matière d'ardoise, qui est d'une terre glaise verdâtre. Et souvent ce métal de cuivre est aperçu dans une forme et représentation d'un rouge-brun. Il paraît aussi en façon de chaux dans des lieux de travail où il se mêle avec la matière de l'ardoise, noir et jaune. Semblablement l'on en rencontre, dans des passages et sentiers de terre verdâtre et glaireuse, de deux sortes, dont l'une est un cuivre qui se trouve, par marches ou degrés et par flots ou ponts, diversifié de différentes sortes de couleurs rouges et brunes bigarrées de vert; et l'autre sorte est un cuivre qui se rencontre dans les charbons de terre, de couleur azurée et de lueur d'airain en façon de glaire, et même qui semble tirer son ori­gine du fer, étant entouré de matière blanchâtre comme étant son aliment.

La mine ou le métal de cuivre qui se trouve dans les filons et passages des montagnes est souvent riche en or et en argent, suivant la bonté des endroits, et là où il est entouré d'une pierre nommée escot ou escostain, bien assortie et conditionnée, enceinte et entourée ou enchâssée de certaines autres pierres dignes de produire de bons filons ou passages, en cas toutefois que proche de là il n'y ait point d'autres métaux ou minéraux, lesquels mangeraient et consomme­raient ce qu'il y aurait de meilleur.

Aussi la mine de cuivre se trouve engagée souvent dans la matière d'ardoise et dans la pierre des montagnes représentant des feuillages, ce qui par simple fonte n'est attiré dehors que difficilement. De plus, il y a des mines de cuivre qui tiennent beaucoup de fer, tellement qu'il se trouve dans ces mines de la matière cuivreuse qui n'est pas encore mûre, ce qui rend le cuivre plus ferme et moins traitable ou fusible dans la fonte d'un grand feu. Mais c'est en Orient, en Hongrie, en Bohème et en la Silésie que l'on trouve les mines de cuivre les plus riches et les plus lucratives, comme semblablement en Thuringe, en la Hesse et au Pays de la Prévôté. L'on trouve encore de pareilles mines de cuivre es environs de Frautte-naw, là où il y en a qui percent toutes les mon­tagnes en manière de flots. D'autres mines du métal d'airain gisent dans les sables mêlés de matière d'ardoise que ces mines rompent et pénètrent violemment. Et encore qu'elles tiennent d'argent, toutefois elles en ont très peu comme étant pauvres de ce noble métal que l'on ne sau­rait séparer de ces mines qu'en brûlant, rôtissant et fondant. En quelques endroits et lieux se trouve de la mine de cuivre, laquelle est tout à fait frangible et est pure, nette et d'un œil bleuâtre et brun ou rougeâtre, d'un éclat de cuivre avec un vert de montagne, parfois de la couleur d'un or blanc; et c'est ce que l'on nomme un métal blanc cuivré. Mais il n'est ainsi blanc que par son mélange effectif qui a attiré à soi quantité d'argent et de plomb. Une telle mine se rompt facilement et est aussi quelquefois de couleur jaunâtre et azurée ou d'un vert pierreux; et on en trouve sur des flots, ponts ou passages, là où elle est quelque­fois suspendue. On en trouve aussi dans des pierres, dans des rochers de chaux aérés et dans de grands passages, traverses ou carrefours, qui est une mine de cuivre qui aussi est frangible, ayant un œil bleuâtre, un éclat cuivreux et glai­reux. Il se trouve aussi de la mine de cuivre dans des passages de pierres raboteuses et cornues. Ces mines sont rouges et brunes, mêlées aussi avec du spath blanc. Elles rendent abondamment et bien de l'argent, principalement celles qui sont dans les pierres qu'on appelle « schiefériques » vertes, qui sont toutes claires et belles et qui sont, dans les autres passages et pertuis ouverts, de cou­leur verte comme les rainettes ou grenouilles et en façon de feuillages. Et quelques-unes de ces mines de cuivre sont marquetées de plusieurs et différentes taches, l'une sur l'autre d'une manière extraordinaire, dont les couleurs sépa­rées sont rares et plaisantes à voir. Cette façon de mine ainsi graduée souffre un demi-déchet en son épreuve. Il y a dans ces sortes de pierres quantité d'autres remarques assez rares, comme de petites veines blanches et de la terre glaise jaune œilletée qui est mêlée parmi.

Tous les sillons de cuivre qui rendent beaucoup d'argent ont fort peu de fleurs et sont plus solides et d'une taille ou forme plus constante et de plus de poids; [ils] pénètrent et percent puissamment et sans cesse les montagnes et sont glaireux et de couleur d'un verre rouge; et quelques-uns de ces sillons ont un œil verdâtre avec des fleurs jaunes comme feuilles d'or qui tirent sur le louche; et aucuns sont grandement couverts de vert avec un spath blanc auré, le tout selon le passage ou conduit des différentes pierres. Il se trouve aussi de riche argent tenant de la mine de cuivre pier­reuse de couleur d'un blanc non auré, mais seule­ment d'un blanc feint et apparent comme luisant et lucide. Et cette sorte de mine est dans des mon­tagnes sèches et creuses qui contiennent beau­coup de matière d'ardoise. Desquelles mines de cuivre, quelques-unes sont mélangées de quelques espèces de fer et bismuth, ou mêlées avec certaines pierres propres à allumer. En l'un des paux d'une de ces montagnes, ou au pendant d'icelle, est une mine qui se voit en quelques passages; laquelle produit de l'airain ou du métal de cuivre de cou­leur de vert de montagne; et en l'autre pendant ou penchant de cette montagne, il y a des pierres de cailloux ou des purs cailloux, le tout suivant la nature des montagnes. Et est bien à remarquer que d'ordinaire les métaux, airains ou mines de cuivre, ont un soufre mêlé en elles et tiennent volontiers de la nature des sous-métaux, ou mé­taux inférieurs, qui se conjoignent aussi dans des pierres et rochers.

Il se trouve des mines vertes de cuivre qui sont dans des passages ou recoins secs et arides, comme aussi dans une matière comme d'ardoise. Et telles mines de cuivre sont plombeuses, mêlées de couleur noire, peu ou nullement abondantes en argent ni en bonne nourriture. Et quelques-unes de ces mines tiennent d'un fer imparfait et d'un métal de cuivre parfait, si toutefois elles sont fort éloignées des matières d'ardoise sèches et minéraliques : alors elles sont plus riches et plus abondantes en or et en argent et ce, suivant que les pierres métalliques reçoivent ou prennent dans la montagne un lieu qui soit bon et bien disposé, car elles passent et vont volontiers contre les pierres et roches d'or et de plomb, ou contre les montagnes de mines ou métal de verre-lancier, aussi bien que proche des pierres de fer et d'ar­gent.

On trouve aussi des recoins ou passages abon­dants en cailloux puissants qui ont un suc miné­ral de vitriol et de soufre et même d'alun. Et c'est en ces lieux-là où d'ordinaire on rencontre les meilleures mines de cuivre qui sont les moins falsifiées d'autres métaux, comme aussi sont celles qui se trouvent dans les pierres de chaux et de tuf, dans lesquelles pénètrent des flots noirs conte­nant de bon airain. Il s'en trouve aussi dans la pierre de Schiefer, ou matière d'ardoise, qui sont de couleur verte; et ces mines sont assez riches en cuivre comme il s'en voit autour d'EyssIeben et Mansfeld. Les mineurs les nomment [selon] leurs différences et ce, fort gentiment et avec bienséance, selon leur nature. Mais ceux qui habitent dans la Misnie ne savent nullement les discerner l'un de l'autre. Comme par exemple quand ils parlent de la partie supérieure de l'argile, ils la nomment pourriture, dans laquelle aussi est la droite et vraie terre de la mine. Ensuite, quand ils viennent à discourir de la pierre, ils l'appellent ouvrage de jour; car c'est ce qui couvre toutes les autres terres qui en fin deviennent pierres tout à fait. En troisième lieu, quand ils trouvent un endroit facile, ils le nomment ouvrage de nuit, à cause qu'ils le lèvent et travaillent facilement l'un après l'autre et [qu'il] est pur et net. Après, quand ils arrivent en un lieu ou endroit difficile, ils l'ap­pellent ouvrage de trou, à causé qu'il le faut per­cer et [qu'il] est la pierre dure qu'il faut qu'on rompe. Ensuite, ils viennent à la matière d'ardoise nommée Schiefer et finalement à la mine sablée ou métal qui est dans le sable sous le Schiefer ou matière d'ardoise, combien que quelquefois cette sorte de mine qui est dans le sable se trouve quel­quefois à l'ouverture de la montagne dessus le Schiefer ou matière d'ardoise.

De plus, l'argent est souvent attaché au Schiefer ou matière d'ardoise avec la plus riche mine de cuivre. Il y a aussi quelques-unes de ces mines qui percent au travers des montagnes pierreuses et raboteuses ou cornues qui, en effet, ont des sillons d'or et d'argent d'une convenance et beauté particulières. Parmi lesquelles mines, on en trouve de formes différentes, ainsi que cha­cune est aisée à reconnaître.

Dans la Hongrie et la province de Carme, il s'y trouve ordinairement des sillons qui donnent des métaux et mines d'airain ou cuivre très souples, ployables et malléables; lesquels on paye plus cher volontiers qu'on ne fait [pour] ceux qui viennent dans tout le reste de l'Europe. Aussi, au même pays, les minéraux s'y rencontrent meil­leurs, et surtout le vitriol a un grand avantage sur tous les autres, comme aussi à l'antimoine; car dans ce vitriol la nature a pris plaisir d'y enfermer si abondamment ses vertus qu'elles y sont épandues tant en son commencement et profondeur qu'en son centre et milieu, ce qui est assez notoire aux naturalistes et ce que l'expérience a témoigné très fréquemment. Je dis quelque chose d'assuré quand je parle ainsi, car si l'on avait du jugement et de l'intelligence en ce sujet ou matière, l'on épargnerait bien des frais, du travail et du temps. Car la bonté de cette matière provient seulement de ce qu'elle se trouve avoir, percé et pénétré en son commencement proche des mines d'or qui sont dans les montagnes où les terres se trouvent engrossies et enceintes de semence aurée; et ces terres s'en nourrissent comme de leur viande et nourriture en plusieurs unions ou conjonctions subtiles. Car la conservation et l'entretien des minéraux, aussi bien que pareillement leur nais­sance, sont tirés des métaux parfaits; et tant plus les métaux sont meilleurs et ont plus de valeur et éminence, leur opération en est plus vertueuse et effective envers les deux métaux imparfaits, Mars et Vénus. Et en cas que l'on veuille suivre comme il faut les traces de nature, ainsi que plusieurs ont fait, l'on trouvera une différence tout à fait notable entre les minéraux qui proviennent des montagnes d'or et d'argent et entre ceux qui pro­viennent des montagnes de cuivre. Car, soit miné­ral ou métal, chaque sorte a sa nature et son être particulier.

Entre les minéraux, quelques-uns sont verdâtres et blanchissent au jour, et poussent ou pénètrent près des métaux. Or leurs pierres sont pour la plu­part presque semblables aux pierres de plomb, les unes plus grossières et plus massives, les autres plus libérales, douces et tempérées, et l'une plus dure que l'autre, semblablement plus brouillée ou plus verdelette et d'autre qualité.

DE LA MINE DE FER, DE SA MONTAGNE, DE SON OPÉRATION, [SES] BÂTONS, FLOTS OU PONTS ET PERTUIS OU PASSAGES

L
a pierre de fer ou mine de fer est opérée de son pierrier en la mine par la collation et secours de l'impression ou influence céleste de la planète de Mars. Car Mars trois fois grand est un puissant seigneur de la guerre, comme aussi il est un moyen par lequel on contraint beaucoup d'autres.

Le fer contient un soufre qui est terrestre et impur, un sel pourri et un mercure grossier; lesquelles trois principales substances falsifient sa compo­sition et y introduisent quantité de terrestréité. C'est pourquoi le fer est difficile à amollir au feu et porte quant et soi beaucoup d'impuretés et de crasse à cause de son mauvais soufre, comme aussi il a sur tous métaux un vif-argent ou esprit d'un rouge fort haut, lequel s'il est ôté, c'est fait du fer qui alors est abandonné et délaissé comme une terrace pourrie.

Le fer aussi ne se laisse pas mêler facilement avec d'autres métaux ou joindre dans le lavoir ou dans la fonte.

La pierre de fer a trois sortes de voies pour faire sortir ou conduire dehors les parties différentes de sa mine terrestre.

Premièrement donc, la mine de fer produit la pierre d'aimant qui est un airain ou cuivre métal­lique vivant, lequel a en lui la nature ou la pro­priété d'un mercure vif. Ce qui paraît en ce que l'aimant a une particulière inclination et familia­rité avec le fer, et même il est restauré, renouvelé et rafraîchi avec les éclats de bois de lierre ferru­gineux dans lesquels il est gisant à la façon d'un hérisson. De plus, la pierre d'aimant est douée par la nature des influences du soleil, par le moyen desquelles elle participe de glorieuses prérogatives et vertus aimantines, en sorte que l'aimant attire le fer d'un côté et le repousse ou rejette de l'autre ; lesquelles vertus peuvent être fortifiées et augmen­tées en lui. Enfin, l'aimant est un vrai patron et modèle d'un juste jugement; car c'est par sa vertu qu'une aiguille aimantée montre au soleil la vraie heure du jour telle qu'elle doit être, soit sur l'eau ou sur la terre.

Secondement, de la mine de fer ou du métal de fer se fait l'acier qui est beaucoup plus dur, plus puri­fié et plus souple que le fer — l'acier étant excel­lent lorsqu'il est fait d'un fer propre et doué d'une substance fine et claire qui le rend souple et res­serré et bien lié en toutes ses parties, lequel acier l'on met pour l'ordinaire sur le devant ou à la pointe de tous les bons ouvrages de fer.

Tiercement, suit la mine ou le métal commun de fer qui est rempli et composé de son soufre terrestre.

Lesquelles trois substances le premier naturaliste Thubalcaïn, très expert maîtres des mines, a très bien connues avec de grands avantages; lequel a travaillé en ces trois choses, suivant quoi il a aussi mesuré tout au long les montagnes en trois diverses parties, èsquelles il a trouvé ces trois sortes de mine de métal.

La pierre ou roche de fer se trouve être de quatre manières. Premièrement donc, la pierre ou mine de fer qui est colorée s'engendre sur des passages et ponts, attrapes et propres pierres, en sillons ou Rots, et imite les couleurs des quatre éléments ou de l'arc-en-ciel. Cette mine de fer a des fleurs sous chacune pierre selon son espèce et peut être brûlée et fon­due et employée par le moyen de certains instru­ments propres et convenables. Et ainsi le fer est rendu dans un état constant pour être bien vendu. Car étant dans sa montagne, il est plein de sauvageté et superfluité qui l'empêchent de pouvoir être mis en œuvre. Et il s'y trouve de cette mine de fer qui a plusieurs figures, l'une pointue et aiguë, l'autre bossue et grossière comme le test d'une cervelle, et quelque autre est en forme de coquille ou comme de petites épines blanches ressem­blantes au bois sur lequel Abraham voulait offrir son fils Isaac.

Secondement, il y a une mine de fer qui est de pierre brune, de laquelle on fait du verre de cou­leur de fer.

Tiercement, il se trouve une mine de fer grainée dans l'ouvrage des ponts ou flots qui est si dure que c'est tout ce qu'on peut faire de la rompre à grande peine et grande force pour en faire quelque chose. Quand la pierre ou mine de fer atteint sa perfection, on la rompt par morceaux à travers de sa roche ou montagne. Et l'on trouve des mon­tagnes toutes remplies de sentiers de pierres de fer comme dans la province de Steyrmarck, là où telle mine de fer peut être encore vue. Mais la meilleure pierre de fer est noire ou rouge brun, semblablement parfois aussi jaunâtre, et quelques-unes sont d'un brun cerise sur des ponts ou flots; d'autres sont en parties noires et d'autres sont jaunes, ayant l'éclat d'airain, ou sont d'un brun noir, ou bien en façon et de la couleur d'un bois flotté, qui se trouvent épanchées tout le long des montagnes. Quatrièmement, il y a des mines de fer qui se trouvent dans des champs d'argile ou de fanges ou dans les sables, lesquelles mines sablées sont les moins utiles pour l'or et même par le fer qui y est trop impur et fangeux. Il y a d'autres mines de fer qui se rencontrent dans de l'argile grise où elles sont cachées en manière de Schutt; et celles-là donnent du fer le plus souple et malléable, mais un peu de couleur brune, tout de même qu'est le petit Schlich. Il paraît aussi dans les montagnes de chaux et de Tuffstein de bonne pierre ou mine de fer et celle qui s'y trouve le plus promptement est dans des allées droites parmi un sable gris. Mais en d'autres endroits moindres, il se trouve dans du Schiefer ou matière d'ardoise des pierres de fer fort grossier par petits monceaux, et même en quelques passages de ces montagnes, vers la partie d'en-haut, il s'y trouve de la pierre d'argent et aussi du vif-argent; et, dans quelques autres mon­tagnes proches, il s'y rencontre de l'argent tout formé et pur sous des endroits concaves en façon de cellier obscur.

Il n'y a point de mine ou de métal si commun par­tout que la pierre de fer. On en trouve dans quelque montagne qui pénètre tout au travers de la roche; et cette pierre ou mine de fer y est de différente nature et de couleur dissemblable. Il se trouve aussi dans des montagnes de certaines pierres ou terres comme sont le Glasstuff, la pierre hématite ou sanguine, la pierre brune, l'O.semund, le bol, la pierre rouge et le Eisenschal, lesquelles toutes tiennent de la nature du fer, comme pareil­lement la pierre de fer reçoit ou contient en elle la nature des métaux souverains, or et argent, et des autres métaux, cuivre, étain, plomb. Ces derniers causent au fer une rudesse et discontinuité; mais l'or et l'argent lui profitent beaucoup et le rendent fort souple. Il se trouve des pierres ou mines de fer qui donnent quantité de cuivre et d'autres qui sont mélangées d'espèces de simple ou moindre métal. Aussi ces sortes de mines s'en vont et tombent facilement en pierre ou pous­sière, comme aussi font celles qui sont remplies de matière pierreuse ou d'une terre glaireuse ou pleine d'yeux. De cette nature sont aussi les mines de fer qui sont entrelacées de Schiefer ou matière d'ardoise noire, car ces mines donnent un fer plus grossier, opaque et rude que les autres. Tubalcaïn, premier maître des mines, a dit et observé que la pierre ou masse de pierre de fer est bonne pour en tirer profit dans la transmutation ou réduction pour des raisons importantes et consi­dérables. Il a aussi remarqué que des mines de fer qui sont dans la pierre de chaux, on en peut tirer le fer et en faire des barres pour affermir les murs qu'on bâtit avec la pierre de chaux ou autres matières de tuf.

Les pierres de chaux qui tiennent de fer rendent de l'utilité et du profit quand on les passe au feu de fonte. Et toutes sortes de pierres métalliques de fer sont sociables et amies avec toutes les autres pierres minérales ou métalliques, dont il s'en trouve beaucoup à Mussbach — entre autres, des mines ou métal de plomb, l'un médiocrement bon et l'autre qui tient du fer et donne de bon cuivre à la fonte, laquelle il faut savoir bien faire et bien conduire. Les seigneurs et supérieurs de divers endroits sont fort soigneux que leurs sujets en soient fort bien instruits pour le bien commun et qu'ils soient experts à bien reconnaître et tra­vailler aux bons endroits des montagnes pour en tirer et mettre au jour les mines de fer très utiles.

Aussi est le fer la première et la dernière de toutes mines, car c'est un métal important et comme le principal de tous, duquel fort peu de créatures se peuvent passer comme très nécessaire ; avec lequel on peut forcer, contraindre et acquérir toutes choses au-dedans et au-dehors de la terre. Et il n'y a personne qui puisse sonder et décrire comme il faut l'usage et service que le fer cause utilement de toutes parts, car on trouve encore tous les jours quantité d'occasions auxquelles on a besoin de fer de plus en plus. Le fer aussi acquiert par l'industrie de l'ouvrier une souplesse et malléabilité de grand service et usage, de quoi quelques-uns des Anciens ont fort bien discouru.

Enfin le fer a cette propriété que d'être attiré par la pierre d'aimant et [il] fait quantité d'opérations profitables avec le cuivre à cause de l'amitié qu'ils ont entre eux, étant tout deux alliés de fort près ; semblablement avec l'or et le plomb, car par ce moyen les plus magnifiques alcalis prennent leur être et sont faits. Les autres créatures reçoivent du secours par le fer avec de grands avantages, en plusieurs rencontres de conséquence, comme les poètes ont écrit de lui, imputant et attribuant au fer maintes paraboles et des similitudes merveil­leuses de différentes sortes, tellement que si l'on voulait faire un discours qui comprît et enserrât toutes les vertus du fer, sa nature et tous ses effets, il faudrait en emplir des volumes entiers avec pro­lixité. Mais maintenant les pierres ou mines de fer ont beaucoup décru et diminué en quelques pays où on les a fouillées et employées la plupart, comme aussi, en effet, plusieurs pierres de métaux décroissent tous les jours, excepté l'or, l'argent, le cuivre et le plomb qui gardent et retiennent en leurs mines quantité de leur substance sur l'entour de la terre.

DE LA MINE DE PLOMB, DE SA MONTAGNE, DE SON ESPECE ET SENTIERS OÙ IL SE TRAÎNE

L
a mine ou le métal de plomb s'engendre avec égalité par l'impression et influence céleste de Saturne froid et noir. Il est composé d'un soufre aqueux non cuit et d'un mercure et [d'un] sel impurs.

Premièrement, le plomb est opéré en général dans la mine d'une couleur plombée, belle, subtile et d'un beau jour ou éclat. Il pénètre et perce dans beaucoup de pierres riches en or et en argent. Quantité de pierres de plomb se trouvent en des masses fort grandes et fermées et grandement larges et épaisses, pour autant que les métaux éclatants y sont mêlés avec force cailloux et marcassites, en parties vitrifiées et colorées d'un rouge blanc argenté, vitrifié, cuivré et en manière ou façon de cuivre. Quelques mines de plomb sont comme d'une manière percée à jour, ou ayant plu­sieurs trous, et de couleur bleue et aussi blanche. Quelques autres mines de plomb ressemblent au sel de pierre et à l'alun; d'autres sont de couleur verte obscure, semblables à des Flossen verts qui sont gisants dans une fange grisâtre ou jaune bour­beuse; d'autres de ces mines de plomb sont d'un noir brun ou rouge jaunâtre comme une couleur de Menning; d'autres sont pures, sèches et arides; d'autres sont marquetées de marques claires et aérées. Beaucoup de mines de plomb sont dans des pierres bossues et maigres, lesquelles sont mêlées d'impuretés et superfluités étrangères. Il y a des mines ou pierres de plomb qui percent et pénètrent dans les montagnes en sillons droits et unis, quelquefois suspendus et plats. Et d'aucunes de ces mines sont formées par monceaux dans des montagnes où croît l'ardoise qui est le Schiefer, là où même se trouve quelque céruse dispersée parmi la pierre. D'autres mines de plomb aussi viennent avec un bel éclat dans la pierre de chaux et sont souvent abondantes en argent sur de puissants endroits de spath. Il y a deux sortes de spath, car les sillons d'argent ont un spath terrestre mélangé grossièrement de blanc ou auré rouge et [qui] est lourd et pesant; mais les sillons de plomb ont un spath subtil, simple, léger et miré, lequel plomb est d'une apparence comme de la splendeur qu'on voit sur les mines ou montagnes d'or. Et le spath où est ce plomb est aussi d'une façon belle, d'un blanc splendide ou resplendissant.

La mine de plomb est opérée et engendrée diver­sement et change en sa couleur selon la forme des montagnes minérales, surtout en différentes espèces, selon la nature des montagnes qui cause au plomb plus ou moins de splendeur. Car quand le plomb est dessous d'autres mines auxquelles il est soumis par dépendance, la splendeur n'a point alors le pouvoir de s'imprimer sur le plomb si ce n'est par une manière imparfaite. Ce qui provient de la mine ou montagne, laquelle est trop dure ou bien disproportionnée par le mau­vais mercure pierreux qui est étroitement et fer­mement enserré dans un lieu sec, aride et avorté. Mais la splendeur de la mine de plomb vient par l'amollissement ou attendrissement qui lui est communiqué par une eau dont il s'en trouve dans les sucs aurés et dans les montagnes d'étain, ce qui produit la génération de l'éclat de la splen­deur ou de la marque du fer, combien que ce soit une chose qui arrive difficilement à ce métal à cause de son naturel terrestre ou de ses qualités terrestres, la splendeur duquel tient le milieu, n'étant ni trop mol ni trop resserré, et qui est radieux ou de couleur aurée blanche. Mais il s'échet que c'est des meilleures montagnes de métal ou mines d'or que proviennent les vraies et droites splendeurs de plomb peu mêlé avec les autres métaux. Et s'il s'y trouve quelques-uns des autres métaux qui aient de la splendeur, ils peuvent avoir et retenir la préférence et le dessus sur les simples sillons de plomb, quoique souvent le plomb est uni et joint avec l'or, tellement que les pierres de plomb sont mêlées. Car les pierres des montagnes de plomb sont beaucoup plus étonnantes et émerveillables avec des cas et événe­ments tous particuliers que beaucoup d'autres.

Ainsi sont doués par le Souverain tous les métaux comme ici particulièrement le plomb par sa splen­deur et son éclat, suivant l'imagination ou impres­sion céleste, tellement qu'il faut que les autres métaux soient soumis et sujets au plomb, lequel éprouve les supérieurs avec leurs fruits essentiels. Car le plomb ne se mêle volontiers de son naturel avec un autre métal, ni aussi ses qualités pier­reuses ne se mêlent point avec le tronc, [les] racines et feuilles des autres pierres de la terre. De sorte qu'ainsi le plomb est le souverain, selon son degré et pouvoir, avec un singulier mipartissement en toutes ses œuvres, dans lesquelles il se fait voir clarifié avec une âme noble et transpa­rente. De plus, il court et coule par sa douceur dans l'antimoine jusqu'au plus profond, y allant purifier l'or qu'il aime seulement sur toutes choses et ce, non pourtant sans un juste sujet. Et encore que le plomb soit d'une grande pesanteur, il fournit toutefois les remèdes les plus faciles et aisés à toutes choses, et entre autres au sang mélancolique.

Tout ainsi que les astres célestes sont inégaux ou dissemblables en leurs influences et que les nuages qui leur sont inférieurs sont de toutes sortes de couleurs, de même aussi en est-il des mines ou du métal de plomb. Car l'un est plus souple et meil­leur que l'autre, comme témoigne en effet l'Angle­terre et aussi Villach qui a ces mines de plomb particulières. Et quelques-unes de ces mines sont mêlées avec d'autres pierres, surtout avec de l'ar­gent, du cuivre et du fer. D'autres mines de plomb donnent et rendent quantité de pierres légères et un plomb trop dur pour les ouvrages ordinaires.

Mais il y a des mines de plomb qui abondent en or, comme dans la Hongrie, où sont les métaux les plus dignes et excellents. Et ces mines donnent moins de peine et de travail pour les tirer dehors que d'aucunes autres mines fâcheuses et mal condi­tionnées, étant pleines de cailloux métalliques et de sucs crus et non mûrs qui se joignent avec les sables et liaisons de la mine de plomb.

La splendeur du plomb, ou le plomb qui a de la splendeur, donne au potier de terre de quoi faire une belle plombure verte sans mélange, en sorte qu'il ne se fond pas tout en plomb. Or quand on trouve un caillou mêlé et dur et de couleur de fer plombé à demi, on en peut faire de beaux ouvrages. C'est pourquoi du métal de plomb du plus souple et maniable l'on fait de fort beaux verres. Et l'on s'en sert aussi à éprouver et fondre et faire couler dans la fonte les métaux, airains et mines qui sont crues, revêches et rudes, [et] qui autrement ne voudraient pas se fondre ni couler.

L'on peut aussi par le moyen et mixtion artifi­cielle du plomb apprêter et mettre en œuvre les fleurs de métal et les réduire à une splendeur et apparence égale à celle qui est naturelle au fin métal. Comme aussi l'on peut par le plomb tirer des cailloux métalliques leur vertu et propriété magnifiques de ce qu'ils contiennent de métal parfait, ce qui est utile et de grand service à tous les hommes.

Or où le plomb est rencontré par monceaux et mélangé dans les pierres d'ardoise, là il recueille et suscite de nouveau les cuivres les plus constants et durables ; comme aussi se tirent de telles pierres le vitriol et le Gallmei, comme Goslar a semblablement fait de la résine. Mais de tous les plombs, c'est celui d'Angleterre et de Villach qu'on aime le mieux.

Comme l'homme ne se peut passer d'aucun de ses membres corporels, ainsi, selon l'ordre pres­crit de Dieu, les montagnes à peine peuvent-elles subsister sans métaux. Et si les hommes se ser­vaient bien adroitement de l'usage des métaux, tout serait sans défaut et l'on jouirait de toutes ces nécessités et besoins. Et si ignoramment l'on dissipe et perd telle commodité ou trésor on en [n'] aura plus de profit. Car comme par industrie et bon jugement l'on fait une chaîne ou instrument convenable qui attire l'or et l'argent hors de leurs fentes ou sillons, ainsi l'on peut par art distiller et tirer des métaux et minéraux un esprit parti­culier, invisible et puis visible, qui monte par le bec de l'alambic.

Et c'est ce même esprit que la nature réduit en eau et [qu'] après elle durcit et fait en glace dans la terre sur ses sillons et coulants ou passages. Ce qu'on peut bien croire et imaginer être une marque assurée par laquelle chacun doit reconnaître que cet esprit métallique est une vague ou eau de plomb, et une preuve certaine que les sillons de plomb en sont faits et engendrés, soit qu'ils aient des infusions d'autres métaux ou qu'ils n'en aient point; car tant plus agréable et meilleur en est le plomb.

Mais entre tous les sillons de plomb, les meilleurs et les plus constants sont ceux qui se trouvent dans une pierre d'eau en de certains lieux qui sont remplis de Schiefer ou matière d'ardoise écaillée de couleurs bleues ou qui est grisâtre et marquée de matière formée en carrés longs ou formée en cercle tortus et grossiers, parmi les­quels passent des sillons de plomb suspendus et pareils à des édifices ruinés, comme aussi peu différents de ceux des mines d'argent. Quelques montagnes de plomb sont aussi composées de Schiefer ou matière d'ardoise ressemblant à du suif et remplie de boules rondes mal unies. Et en ces montagnes, il s'y rencontre des mines de plomb abondantes en argent.

CHAPITRE VIII
DE L ÉTAIN, DE SES MONTAGNES, EFFETS, OPÉRATIONS, VERTUS, CHICOTS OU BOIS RESTANT EN TERRE, FLOTS, ATTRAPES, ÉVÉNEMENTS OU PEAUX ET FINALEMENT DE SES PASSAGES, SILLONS QU'IL FRÉQUENTE OU FRÔLE

L
a mine ou le métal d'étain s'opère et s'engendre dans une pierre de sable avec égalité par l'influence et impression de Jupiter.

L'étain a un soufre noir, obscur, brun ou de cou­leur de pourpre, grisâtre, noir luisant et mélangé d'un peu de sel et de vif-argent, avec lequel sont d'ordinaire entremêlés les Brodem sulfures, gros­siers et discordants, qui s'incorporent l'un avec l'autre et lient l'étain dans sa mine. Duquel Bro­dem disconvenant chaque étain devient froissé et plein de rompures, tellement que c'est à cause de cela que l'étain fait dégénérer et rend frangibles, frêles et cassants tous les autres métaux qui sont fondus avec lui. Cet étain froissé se trouve de trois sortes et de couleur différente, savoir l'un qui vient par sillons, qui est marchand et de bonne vente; l'autre est nuageux, et le troisième vient par morceaux. Il y a aussi trois sortes d'étain de Wilidnuss : l'un plein de grumeaux et de bosses, l'autre plein de fentes et de crevasses et le troi­sième glaireux ou rempli de cailloux et marqué comme cicatrices et marques de fer — ce qui est cause que l'ouvrage que l'on fait d'icelui est dur et rude. Et de cet étain, il y en a qui est noir ou d'un brun de Schiefer ou de matière d'ardoise ou bien jaune. Les montagnes de sable ont dans leur enceinte force sillons, ruines, passages ou rayons de métal d'étain dans des espaces plats et unis, droits, puissants et larges qui se découvrent ou paraissent au jour par leur sable d'étain. Et de cet étain, l'un est propre pour être moulu et en faire des ouvrages de peinture et est riche et bon. L'autre est plein de cailloux et est glaireux et [il] est nécessaire, pour s'en servir, de le séparer par la fonte. L'autre a quantité de talc et est comme du suif et de couleur argentée, et là il se nourrit et s'arrête ou se loge volontiers. L'autre perce dans la montagne et paraît bleuettant ou étince-lant et tacheté de marques de fer. L'autre passe dans des pierres dures trouées à jour que l'on ne peut détacher de là que par le feu qu'on fait des­sous ces pierres. L'autre vient dans des pierres douées et tendres, d'où il se laisse prendre aisé­ment, et a un fort bel œil ou éclat. Et de cet étain il s'en trouve de plus abondant l'un que l'autre, et ces deux sortes paraissent proches en même lieu, entassées en manière de grappes ès-quelles sont accumulés les opérations, effets et vertus natu­relles de la mine, d'où l'on peut tirer salaire et profit très vite. Ainsi d'autant que Jupiter est le puissant maître et seigneur de l'étain, aussi a[-t-]il un siège puissant, qui est une montagne grande et puissante dont se tire l'étain par monceaux apparents.

Car l'étain a cette nature et propriété en lui qu'or­dinairement il se découvre et fait voir au-dehors par les fleurs visibles qu'il produit et par l'ouvrage ou matière savonneuse qu'il pousse au-dehors par son germe ou vertu, d'où proviennent les lieux à laver par les savons d'étain. Car le métal d'étain ne croît point dans les sables de la terre et, de plus, c'est que l'étain est abondant en ces montagnes èsquelles le corps d'icelui est assis et posé comme sur le siège de son trône et comme sur son marchepied, là où il jouit de deux sortes de gouvernement, seigneurie ou régence.

Premièrement donc, l'étain se confine et tient sa demeure dans le Schiefer ou pierre d'ardoise et dans les autres pierres pesantes qui sont gisantes alentour de lui, èsquelles son autorité et vertu s'augmentent. De sorte qu'il n'est pas opéré ni façonné pour un peu seulement, ains souventes fois en quantité et puissance fertile sur des pierres bleuâtres en veines et en sillons, comme ceux qu'on laboure sur la terre, qui s'accostent et se joignent ensemble dans leur propre centre ou Schiefer, là où ces sillons d'étain se resserrent et s'amoindrissent en s'y enfonçant. Mais d'autres sillons paraissent obscurs comme des nuées ou air nubileux, lesquels ensuite dardent de tous côtés et percent ou penchent les pierres et puis les rompent et cassent pour se produire en vue. Ce qui arrive souvent à l'étain, car il a en lui cette vertu bénigne qu'il ne méprise aucun lieu de retraite ou logement; et quelque pauvres ou peu apparentes que soient les pierres des lieux conve­nables, soit qu'elles soient rouge brun, fraîches ou pourries, larges ou étroites, il s'y ajoute et s'y empresse et se fourre là-dedans pêle-mêle et ne s'en laisse point chasser par ses semblables, ains il s'y fait grossier, petit, grand, doux, privé, subtil et maniable ou malléable; et on le choisit comme on le désire et veut avoir. Et tout cela arrive natu­rellement ainsi qu'on peut voir à Bruhriich où l'étain de diverse sorte est facile à trouver. Secondement, l'étain se confine ou s'engendre volontiers aussi dans les mines ou pierres d'ar­gent et de fer; de sorte que l'étain et le fer sont alliés dans quelques mines particulières, comme aussi l'étain se trouve dans un puissant et constant métal d'argent et de cuivre. Et ainsi on le peut reconnaître et trouver parmi telles mines par des marques assurées et convenables. Or, dans ces mines d'argent et de cuivre, l'étain qui s'y en­gendre est le meilleur et le plus souple, selon toutefois qu'il se trouve éloigné des veines pier­reuses ou des cailloux et moins mêlé de marques de fer et surtout des pierres cuivreuses. Car alors il ne se peut séparer par le feu que très difficile­ment, et même les ouvrages qui s'en font sont rudes et durs et ne peuvent avoir au-dedans un beau grain ou bel œil.

En après il y a quelque sorte d'étain, qui est si doux dans les cailloux ou pierres que, par le feu ou épreuves ordinaires, il déchet seulement de quelque chose. C'est à savoir de quelques soufres impurs; car les matières sulfurées qui sont dans les cailloux sont sujettes à s'exhaler, ne pouvant pas supporter les grands feux; et quand elles se sont exhalées, alors l'étain métallique demeure et reste pur et net.

Ces soufres impurs se reconnaissent à la fumée blanche et grossière qui est attachée aux grilles du fer du fourneau. Car l'on ne saurait faire ces fontes d'étain que les ferrements n'en soient tout rôtis, grillés et gâtés, à cause de la grande force des soufflets qui sont conduits par le mouvement violent de l'eau. Ce qui est cause fort souvent que l'étain en reçoit beaucoup plus de déchet qu'il ne devrait, [ce] dont les ouvriers s'étonnent souventes fois quand ils s'en aperçoivent. Si tou­tefois ils ont d'excellentes mines ou pierres d'étain peu sulfureuses, ils gagnent beaucoup en leur fonte qui leur donne et produit au jour de bon métal d'étain.

DE LA MINE DE VIF-ARGENT ET DE SES VEINES, SILLONS, PASSAGES OU LIEUX QU'IL FRÉQUENTE

L
a mine de vif-argent se forme dans ses propres pierres de montagne et est de la nature des êtres ou substances salines, et d'une terre subtile, agile et volatile, et d'une oléaginosité ou matière hui­leuse, moite, aqueuse et engraissante et limoneuse, qui vient à être mêlée avec la terre cuite la plus subtile et sulfurée, rouge, avec une liaison faible et facile, ainsi qu'un fruit agréable et non mûr de tous et un chacun des métaux. Le vif-argent montre sa vertu en quantité de sujets fort merveilleusement. Et par sa nature, vertu et force opérante effective ou efficiente, il a commu­nication et familiarité avec les minéraux et avec les soufres métalliques, aussi bien qu'avec les métaux qui se confinent ou se trouvent dans les pierres de verre-lancier ou antimoine.

Il se trouve aussi volontiers es endroits ou lieux des montagnes d'étain qui sont gisantes plus haut que les veines d'argent. Pour avoir le vif-argent, il est requis de quantité d'opérations efficaces et laborieuses, aussi bien qu'aux autres métaux et mines d'airain. Car il se trouve embarrassé et mul­tiplié dans d'autres pierres étranges où il est empressé et même mêlé à travers les sucs des miné­raux et des métaux qui sont amis l'un de l'autre. Et ce mélange cause et produit quantité de monstres étranges de nature ou des croissances et naissances merveilleuses, ce qui rend le mercure agréable aux métaux et est cause que les orfèvres le peuvent amalgamer avec l'or pour en dorer. Il se fait aussi du vif-argent des couleurs métal­liques propres en huile et à détrempe, et un sublimé pour la santé et pour ôter le poison le plus mauvais. Et [c']est un vrai paillard et voleur par son habileté et vivacité et [il] comprend en soi beaucoup de vertus qui lui sont intérieures et naturelles et récompense avantageusement la peine et les frais qu'on a employés après lui. Mais si on le peut surprendre suivant la nature, soit mort ou vivant, il obéit à un chacun. De plus, le vif-argent fait et sert beaucoup en la médecine, surtout à des plaies et maux qui sont extérieurs. Il est méchant avec les méchants et bon avec les bons et n'est pas ami de tout le monde, bien qu'il fasse ce qu'on désire de lui. Les maux de sa pierre sont d'une même sorte de naturel, d'une terre pure, de Schiefer blanc tirant sur le bleu, avec des cubes ou carrés blancs, frais et mêlés de bluettes ou étincelles; ou quelquefois il se trouve dans une matière fangeuse grisâtre, res­plendissante et pleine de trous, qui est gisante en-bas parmi le Schiefer ou matière d'ardoise en façon de petits flots ou rades, et qui près des veines des métaux est mêlée de marcassites qui s'y sont engendrées avec une substance comme de suif blanc, la plus subtile et la plus délicatement nourrissante qu'on puisse dire. Ces marcassites croissent, de deux façons et manières, dans des veines droites et dans d'autres qui passent de travers contre les flots. Et dans icelles est formée et engendrée la mine de vif-argent le plus beau de couleur et lueur, rouge, non dissemblable au soufre rouge des montagnes; et ce vif-argent court parfois, tort à fait sec et aride, hors des autres matières qui procèdent de veines ou sillons métalliques et se rencontrent l'un auprès de l'autre dans des bourbiers marécageux ou aqueux, en sa forme ordinaire d'argent-vif comme le témoigne en cette sorte sa semence naturelle vivante ou mourante.

CHAPITRE X
DU BISMUTH, VERRE-LANCIER, SOUFRE, SALPÊTRE ET SUIF

L
e bismuth se forme dans sa propre pierre en la montagne et n'est pas entièrement délié ou détaché de la pierre d'argent ou de la pierre d'étain. Car il provient vraiment d'un vif-argent non per­fectionné, net et pur, d'un sel d'étain et d'un soufre d'argent le plus coulant, comme aussi d'une terre cassante non sujette à être mêlée, et en partie d'un soufre cru coulant, et en partie aussi d'un soufre propre à être mêlé grandement sec, suivant que, selon sa naissance, il recouvre encore une mère ou matrice. En après il devient un bâtard et d'une nature rude et rompante.

Le bismuth se joint volontiers avec le vif-argent et est ou se forme naturellement de deux sortes. L'une est coulante et métallique dès que l'on le fond en la halle des forges avec du bois sec, fermé, enserré ou mêlé avec de la terre grasse; et ce bismuth-là donne et rend quantité d'arsenic. Mais l'autre sorte de bismuth est d'une nourriture déliée et subtile, car il demeure en une substance non mûre. Il donne aussi de l'arsenic, un soufre impur et une matière constante et ferme. Et [ils] sont tous d'un bismuth d'argent.

L'antimoine ou verre-lancier est opéré et fait d'un mercure parfait, d'un peu de sel et d'un soufre coulant, grandement aqueux, bien que de sa nature il paraisse noir et semble être du verre-lancier en sa forme extérieure. Il a toutefois la propriété de rehausser l'or et de le purifier en sa plus noble nature. Il fait aussi beaucoup de bien à l'homme en quantité d'ouvrages artificiels. C'est pourquoi, sans considérer la couleur de l'anti­moine, il faut avouer qu'il mérite beaucoup de louanges à cause des puissantes vertus qu'il contient dans lui-même; car un excellent maître ou artiste peut tellement le clarifier et affiner qu'il en tirera naturellement de très bon or. Il en peut aussi extraire de l'huile rouge comme sang pour servir à quantité de grandes maladies, et aussi il le peut réduire en un beau verre trans­parent. Et pour ce, l'antimoine peut être dit un métal noir formé d'une fumée ou vapeur crue et non mûre.

Il est semblable à la majesté glorieuse de Dieu qui n'a aucun égard à l'apparence des personnes et qui donne de grandes vertus et connaissances à des personnes dépourvues de toute apparence.

Le soufre rouge des montagnes se trouve dans les provinces de Tyrol, Tonawits et Engadine. Il rompt, perce et pénètre dans une pierre de Schiefer bleu noirâtre, et il a des innombrables vertus, propriétés et effets singuliers et perma­nents, et tient cachée dedans lui une grande pureté et est par sa couleur presque semblable au métal ou mine d'argent ou de cinabre rouge d'or ou auré, la rougeur duquel est tout à fait belle et agréable et luit par le dehors.

Le sel a sa vertu particulière; il transperce et pé­nètre, et contregarde de [la] pourriture, car il a un noble esprit en lui. Et [il] serait très nécessaire que quelques-uns ne fussent point le plus souvent si négligents à saler et ne laissassent empuantir et pourrir les matières, lorsque avec si peu de soin ils prennent garde aux nobles dons du cher ouvrage des mines, lesquelles le salpêtre des vieilles parois moisies approche, gâte et envahit.

Le talc est un soufre cru qui a pris croissance dans les montagnes. Il reluit dedans et dehors. Il n'est sujet à brûler non plus que de l'or et de l'argent. Il se plie et courbe et est très transparent comme du verre. On l'appelle soufre et argile. Il se main­tient dans le feu sans pouvoir y être consumé comme l'alun déplumé. Il s'engendre dans des rochers ou montagnes et lieux pierreux de travail. Il sert à la graduation des métaux.

Il y a un singulier avantage, profit et artifice à se servir de chaque métal, minéral et sel qui sont départis, discernés et distingués chacun par son nom séparément, comme le maître qui fait les verres sait donner le nom particulier à chacun et les former différemment, faisant des verres de table, des flacons, bouteilles, Kûrbis, Kolben, couvercles en chapiteau, Vorlagen, pélicans, tasses, gondoles, écuelles, verres à vin, entonnoirs et quantité d'autres sortes de vaisseaux qu'il forme et façonne à son plaisir, soit plies ou en arcade, enflés, petits, grands ou longs, ainsi qu'il lui plaît.

DE LA COMPARAISON DE LA GLOIRE DE DIEU AVEC LES ESPECES ET NATURE DES MINES

T
out ainsi que la gloire céleste de Dieu et le Soleil de justice nous a éclairés et s'est apparu à nous spirituellement ou d'une manière spirituelle en son très cher fils, notre Seigneur, et unique fils engendré, Jésus-Christ, pour l'avantage de la rédemption de la nature humaine, laquelle gloire le prophète Isaïe a vue et prédite en l'esprit du Seigneur plusieurs années auparavant, contem­plant cette gloire comme deux chérubins et séraphins ayant six ailes, desquelles ils volaient en chantant devant la face de Dieu : « Saint, Saint, » Saint est le Dieu, le Seigneur éternel des armées, » sabaoth, son honneur a rempli tout le monde. » Lequel prophète a vu le Seigneur, le tout-puissant des puissants sur tous seigneurs, et icelui a reconnu un dieu en une essence, trine en per­sonnes, et que d'un noble chaos Jésus-Christ devait couler comme une fontaine de vie de misé­ricorde et de justice, ainsi que Dieu a fait advenir en l'arbre de la sainte croix où du côté de son cher fils découla sang et eau; à quoi le Seigneur ajoute le feu, la fumée et la vapeur en l'Apocalypse de saint Jean. Cette liaison-de trinité a pris croissance dans le Verbe divin dès le commencement, en toutes les créatures; et ce que Dieu, la Sainte Tri­nité, a jamais créé subsiste en ses trinités et essences avec Dieu en éternelle trinité comme la dernière et invisible. Il y a dans l'humanité alpha et oméga en l'eau et au sang pour une éternelle mémoire. C'est la première et dernière lettre. De même comme dans le céleste, ainsi dans le ter­restre l'accomplissement de l'alpha ne peut être divisé tant que tout soit accompli depuis le com­mencement et jusqu'à la fin. Et le Seigneur Jésus-Christ purifie ses amis encore pour la vie éternelle, par l'eau et le sang : « Tes péchés te sont par-» donnés, ta foi t'a sauvé; personne n'est sauvé » sinon qu'il soit né de nouveau, c'est-à-dire par » l'eau et le sang. » Ce qui purifie et nettoie non seulement les créatures humaines, ains aussi le limbe entier sur terre. Car ce n'est pas du sang et de l'eau métallique, ce n'est pas aussi en façon quelconque du mercure et du soufre. Aussi ne se forme, façonne ou opère[-t-]il point sans terre dans le corps d'icelle aucun argent ni or en mine ou métal rouge sanguin ainsi qu'il se voit à l'œil.

Cela est prouvé par la nature du sang et de l'eau sortis du côté de Jésus-Christ et répandus pour le salut de l'homme.

Ainsi proviennent toutes les pierres des mines ou métaux, c'est-à-dire d'un simple élément de la terre. Et l'esprit de toutes pierres vient d'une essence divine, comme aussi les esprits célestes en sont remplis. Le trône de Dieu est rempli d'anges et d'esprits divins à la louange de Dieu; aussi est la terre remplie et créée avec des pierreries, veines et sillons, à la gloire de Dieu et prospérité de ceux qui cheminent selon la sapience divine et elle [les] pourvoit de fruits infinis et continuels.

D'où viendrait donc aux hommes le déchet du tra­vail qu'ils emploient aux mines? Point autrement, sinon comme quand les yeux furent retenus aux chers apôtres, en sorte qu'ils ne reconnaissaient le Seigneur en son être ou corps clarifié. Ainsi les hommes ne sont pas aussi capables de bien connaître les mines. D'où vient que saint Jean en son Apocalypse parle du feu et de la vapeur? Cer­tainement il n'avait pas entendu dire la vapeur, le feu et la fumée du four ou du fourneau; ains le feu, les nuages, fumées et vapeurs célestes qui s'élèvent de l'humidité de la terre dans les nuées lui ont été déclarées et découvertes; comme aussi dans les travaux de dessous la fumée ou vapeur du métal et dans leur feu et leur froideur d'où les vertus opératives procèdent, les exhalaisons et esprits sont éveillés à ce qu'ils puissent parvenir à une parfaite union.

Or la terre ne contient-elle pas une vapeur de feu et des fumées? Aussi il faut que beaucoup de natures en soient plantureusement extraites et produites; autrement il n'y aurait aucun métal dans la terre.

Comme l'élément du feu pénètre dans les airs et que le ciel est entouré de nuées et la terre remplie de feu, et qu'un élément est environné de deux autres, de même en est-il en la première création par laquelle la terre est remplie de ses sillons et veines de métal à la façon d'arbres fruitiers pleins de fruits que Dieu le Seigneur a plantés dans le paradis terrestre ou de la terre, laquelle est aussi remplie de feu opératif duquel la fumée et vapeur est accomparée au mercure, soufre et sel, à l'eau de la mer où la terre est enclose et retenue ou cachée, comme le trône souverain de Dieu est envi­ronné des autres trônes et demeures célestes.

Or comme les quatre Évangélistes du Nouveau Testament sont témoins de l'alliance divine avec l'humanité, ainsi sont-ils le type, la forme, la figure, le modèle, l'exemplaire et l'assuré témoi­gnage des quatre éléments et que la terre est créée suivant le saint ciel. Car ainsi nous enseigne le pater noster à prier : « comme au ciel, ainsi en la terre soit faite la volonté de Dieu » qui est partout, et dessus et dessous. Tout a été fait par lui et tout est devant lui, comme le saint David ne se pou­vait cacher de devant Sa face.

Comme aussi Dieu saint et béni a posé en quatre qualités d'éléments sa créature dans la terre, ainsi ceux qui travaillent aux mines doivent, s'ils sont entendus, ouvrir les yeux et bander leur jugement à connaître les routes et les antres des mines, miné­raux et métaux et ils en acquerront de l'honneur avec grande louange et un renom perpétuel. Or comme le métal de l'or apparaît en sa magnifi­cence et splendeur quand il est tiré, extrait et mis à part hors sa pierre ou mine, aussi peut-on de cet or en faire une huile qui vaut mieux que tous les baumes et qui maintient bien fort l'homme en une santé parfaite et longue vie, parce que l'or ainsi réduit en liqueur est [un] vrai or végétable, potable. Et encore bien qu'il se peut faire que de l'or on en préparât des médecines ou remèdes excellents pour l'homme — à cause que l'or est la meilleure substance que Dieu tout-puissant ait créée dans la masse de la terre d'où aussi le genre humain a été créé, comme aussi l'univers tout entier —, toutefois l'or n'est encore qu'une masse ou un corps réductible, duquel un savant philo­sophe peut extraire et faire une notable et souveraine médecine plus efficace que ne sauraient faire tous les docteurs médecins communs, dans laquelle médecine on doit apercevoir une gran­dement bonne et suave odeur, comme celle que Dieu permet [de] provenir des deux luminaires qu'il fait éteindre sur son autel pour une offrande, selon sa volonté, par l'adresse des hommes.

Ne voit-on pas bien que personne, même les doc­teurs aveugles, ne saurait rien apercevoir, ni recon­naître la manière pour faire cette noble médecine qu'ils ne désavouent pas se pouvoir faire de l'or? Car même presque tous les médecins, quand ils désespèrent de toutes choses et qu'ils voient qu'au­cune confection, sirop, plante, herbage et potion ne peut remplacer ni remettre la santé, ils ont recours aux métaux dont ils ne se servaient pas auparavant dans leurs onguents. Et c'est de quoi je fais ici mention à l'honneur de ceux qui sont les plus savants d'entre les ouvriers des mines, les­quels savent fort bien par leur profonde science tirer de l'or une médecine incomparable.

Car ce n'est de l'or et de l'argent seulement que l'on travaille et bat des florins, que l'on en fond et fabrique des joyaux. Mais ils servent bien aussi à plusieurs choses pour servir utilement à la santé du genre humain. Ainsi, selon que le métal est plus noble, comme est l'or, sa vertu est toujours plus grande et opérante que dans celui qui vient après, comme est l'argent, et ainsi consécutive­ment jusqu'au dernier. C'est en la même manière à l'égard des minéraux que leur vertu est plus grande en l'un qu'en l'autre, comme première­ment au vitriol, puis à l'antimoine ou verre-lancier, puis au soufre, alun, sel et semblables — ces choses minérales étant aussi la viande des métaux, ainsi que le pain du ciel à ceux qui étaient dans le désert. Mais comme ces médecins se retirent et ne prennent pas facilement les métaux pour s'en servir, il leur est arrivé, ainsi qu'aux païens chrétiens, qui après avoir reçu le pain du ciel et avec icelui les royaumes de la terre et le don des mines métalliques, se sont mis et exposés à la halle ou place publique, pour y adorer le veau d'or, ainsi qu'au commencement de mon livre des mines ou montagnes, j'ai amplement décrit lorsque j'y ai traité des fossiles de la terre.

COMMENT LES PIERRERIES SE FORMENT ET QUELS BÉNÉFICES DIEU CONCEDE À CEUX QUI TRAVAILLENT DANS LES MINES

I
l se fait une coagulation et enfantement des espèces de pierres précieuses dans leurs logettes, bâtons et sillons, sans fumées ni matières moites ou humides. Ces pierreries proviennent de la subs­tance de la terrestréité toute la plus accomplie, la plus illustre et la plus noble de la terre, avec le mélange d'un très riche mercure, soufre et sel. Et c'est de là, dis-je, d'où procède cette coagulation des diverses sortes et espèces des pierres précieuses, tant de celles qui sont rondes ou orbiculaires que celles qui sont nouées ou entrelacées de bosses constamment bien liées. Et ainsi la plupart des pierres précieuses se rencontrent de figure ronde ou de forme de Zinke, autrement de buccine, quelques-unes desquelles sont transparentes et lucides. Et toutes se rencontrent de couleurs diverses.

Or l'on ne trouve pas beaucoup de ces mon­tagnes-là dans lesquelles s'accomplissent ces nobles enfantements. Aussi ces pierres précieuses ne poussent pas leurs routes en façon de sillons ou veines. Toutefois elles s'engendrent dans leurs centres et milieux, qui se trouvent innombrables, avec quantité de monstres de nature et naissances ou croissances merveilleuses, rares, extraordi­naires et délicates. Et c'est pourquoi toutes les pierres précieuses viennent en lapilles ou pierrettes, parce qu'elles tombent et coulent par gouttes dans des pierres ou terres les plus dures, les plus nettes et les plus pures. Ce qui fait souventes fois qu'une petite peau se trouve formée et crue à l'entour d'icelles, comme l'on voit aux pierres des animaux. Et tant plus nobles sont les pierres précieuses, tant moins se rencontrent-elles ; mais tant plus elles sont grossières, crues, impar­faites et mélangées, tant plus en trouve[-t-]on, comme il se peut voir en la suite, génération ou généalogie des grenades. Qui est-ce qui jusqu'ici a pris soin de s'informer et de chercher après ces glorieux bénéfices de Dieu de ses autres créa­tures naturelles qui sont des esprits vivants et cor­porels? Voici ce qui en est : ce sont les Pygmées ou nains qui es temps passés faisaient leur demeure dans les cavernes ou lieux creusés des montagnes et y menaient et logeaient tout leur train ou ménage. Ils n'ont eu défaut d'aucune science ni d'adresse; ils ont fréquenté tous les coins et cachettes des montagnes.

Or ces pierres précieuses sont et doivent être esti­mées plus nobles que les métaux, d'autant que les lieux où elles s'engendrent et croissent sont dans une situation plus voisine du ciel que les pierres du métal. Car les montagnes ou lieux èsquels les-dites pierres précieuses viennent, se confinent ou s'avoisinent au paradis dans l'Inde et autres pays du Levant, selon les anachorètes. Et en quelques-unes de ces montagnes qui traversent dans les campagnes se trouve aussi de l'or avec les pierres précieuses; et même il y croît des plantes aroma­tiques et des épiceries de prix, à quoi personne ne veut penser.

Le Dieu fidèle ne veut et requiert en toutes choses que fidélité et vérité, selon la vraie et droite justice. A quoi se sont soumis quelques-uns des anciens seigneurs, rois et princes bien experts et craignant Dieu, comme aussi quelques anciens sages, pa­triarches et archipères, lesquels ont eu et porté un grand amour et zèle pour les travaux des mines et les ont cherchés et cultivés avec un jugement convenable.

Ainsi les ouvriers des mines qui sont gens d'hon­neur, bons chrétiens et craignant Dieu, doivent et peuvent élire le meilleur et bien reconnaître leur perle qui est l'esprit du Seigneur, que la parole de Dieu a fait croître. Et [ils] doivent aussi considérer et contempler, par une constance inébranlable, le moyen par lequel ils doivent amoureusement louer Dieu, lequel leur a soumis et assujetti toutes choses, de quelque côté [qu'] ils se tournent, et lequel leur a donné et départi abondamment et par excès sa pure grâce et miséricorde, et lequel aussi, par l'innocence, vertu et mérite de son cher Fils unique, leur donne et établit en cette vie tran­sitoire, pour le bien d'eux tous, toute sorte de prospérité corporelle et spirituelle, la santé du corps et de l'âme, et les orne et pare beaucoup mieux que l'or, l'argent, les pierres précieuses et les perles ne sont parés.

DE L ESSENCE DE L OR QUI SE RENCONTRE NON SEULEMENT DANS LE MÉTAL, MAIS AUSSI DANS UN MINÉRAL SUPER ABONDAMMENT, AUSSI BIEN QUE DE DEUX MÉTAUX, ET QUI SE MONTRE EN PRO­PRIÉTÉS ET VERTUS EXCELLENT ET OPÉRATIF SUR TOUTES LES NATURES, COMME AUSSI UN BREF APPENDICE OU CONCLUSION DE MA PREMIÈRE ET DEUXIÈME PARTIE DES CHOSES CONCERNANT LES MINES, MÉTAUX ET MINÉRAUX

C
e chapitre est un sommaire de toutes les cou­leurs, figures et formes des mines et métaux, ainsi qu'ils sont introduits, ornés et vêtus par le moyen de l'opération céleste dans les ouvrages souter­rains; des places plus nobles de la mère des mines métalliques, selon que nous reluit ou éclaire la lumière éternelle du vrai soleil illuminant, la divinité, le jour de la joie, et ce qu'il y a d'or le plus perdurable, le plus permanent et le plus beau, qui singulièrement pour la plupart est jaune, beau, rouge et pur, clos et fermé à tous les autres métaux blancs et non teints par la couleur de citrin constante et durable de l'illustration éter­nelle du ciel et du glorieux et constant paradis, de toutes les étoiles, et selon la lumière naturelle créée de toutes les créatures, accompagnée de l'aurore très belle de la terre minérale de la meil­leure liaison, de la plus subtile et de la plus serrée, je dis que l'or est clos et fermé à tous les métaux blancs et non teints.

Mais voici comment l'or, qui est d'une substance essentielle très noble, parle de soi-même : « Je suis, se dit-il, le seigneur de tous les seigneurs, le roi de tous les rois, le prince de tous les princes, car je les passe tous en vertu, pouvoir et perfec­tion. Je les surmonte et je ne suis vaincu ni sur­monté de personne; mais ils sont sujets à ma per­sonne et à mon essence, d'autant que mon règne est appuyé, affermi et confirmé par une puissance et par un honneur démesuré et invisible. Par moi sont fortifiés et justifiés tous les métaux, miné­raux, animaux et végétaux, toutes les plantes et arbres, aussi bien que les hommes. Car je donne à un chacun qui me reconnaît dans mon naturel vert, bleu, rouge, et tout ce qu'il désire de moi en découle comme les quatre plus nobles fleuves capitaux, Pison, Gihon, Hideckel et (Eu)phrates : savoir est la plus noble substance de mercure découle de moi en forme d'eau cristalline la plus transparente et la plus claire, et la substance du soufre la plus noble et la plus subtile ou pénétrante par sa grande activité, et un sel cristallin le plus clair, le plus beau et le plus astral et provenant du vrai sel vitriolique; toutes lesquelles matières pénètrent et passent à travers les montagnes et tendent toujours vers le haut dans les pierreries des minéraux et y coulent plantureusement avec fertilité.

« J'élève en degré, et surhausse seul, l'argent. C'est moi qui donne lumière et clarté à la lune avec toute justice. Tous ces mages naturalistes et sages écrivains parlent de ma vertu et propriété rouge; ils en discourent par le monde depuis l'orient jusqu'au couchant. Et je suis seigneur sur toutes vêtures et couleurs célestes clarifiées. C'est moi qui orne le firmament, qui donne le tempérament de l'air, et l'arc-en-ciel est revêtu par moi selon la volonté de Dieu mon seigneur. Je donne et élève toutes les nobles pierreries ou pierres précieuses par toute la terre, tout ce qui y croît, toutes les créatures et enfin toutes choses. Et tout ce que je ne puis traverser, transpasser ou pénétrer intérieurement par mon cours, je le départis et sépare pour l'accomplir dans la pierre lumineuse de la nature par le moyen de mon amie et amante, la lune. Celle-là reçoit de moi la meil­leure partie ou provision de mes plus agréables et subtiles vertus, comme témoignent assez l'Inde, la Hongrie et la Carinthie. Car tout ce qui a vie et doit recevoir la vie se réjouit à cause de moi et de nul autre après Dieu, parce que de lui seul est l'honneur et magnificence éternelle, et je ne trouve aucun seigneur ou potentat plus grand que lui. Mais quant à moi, je ne repose point et aussi je ne désire aucun repos, et j'expédie et fais volontiers tout ce à quoi le Créateur de toutes choses m'a établi, installé et ordonné. Ce qui est cause que je fais trouver ma souplesse si magni­fique comme dans une cire aux pierreries, les­quelles toutefois, par leur dureté, peuvent assez donner de feu quand il leur en est besoin.

« Je suis caché aux insensés, mais je suis tout découvert aux personnes d'intelligence et de jugement. Car je tiens superabondamment ma seigneurie dans un minéral tout à fait bien connu, aussi bien que dans Mars et Vénus, et es choses tout à fait basses dans lesquelles je me suis caché. Et en toutes ces choses est un esprit double, lequel est suffisamment connu comme une chose des plus proches et agréables. Ce fut ce sujet que Dieu fit élever par Moïse pour obéir à son peuple dans le désert, au-dessous de la montagne Sinaï, savoir le serpent d'airain qui ressemble à ma couleur.

« Ma meilleure et plus belle couleur paraît et se montre selon les vitriolités et sucs transparents qui poussent, percent et pénètrent en temps conve­nable dans leurs montagnes à ma mode et manière, d'où ils sont élevés de petitesse à gran­deur, avec abondance et plaisir, en une belle stature agréable de croissances vertes comme de la cire de cachet, vertes comme de la fiente d'oie, dont aucunes sont seulement toutes vertes et d'autres sont bleues comme la couleur d'un beau saphir; mais entre toutes ces croissances, celles qui ont ma couleur rouge avec la blanche sont les meilleures et les plus désirables à rechercher et préférables aux autres, comme à celles qui par­fois naissent d'une couleur louche comme un caillou de rivière. Je m'allume volontiers dans le vitriol et le fait avancer et exalter, après le ravale­ment de sa viande verte qu'il a en soi, au souve­rain degré d'un esprit rouge, magnifique; comme aussi duquel, après sa purification laxative, vient la vraie et droite eau de Saturne désirée et atten­due, qui est la vraie fontaine sûre et aiguë de laquelle je prends moi-même et reçois mon avè­nement et ma vie, aussi bien que tous les autres métaux, animaux et végétaux. Car de là pro­viennent et sourdent uniquement et seulement tous les métaux et minéraux ayant leur commen­cement et origine d'icelui vitriol, lequel contient en soi cette eau vivifiante sans laquelle aucune substance ne peut s'avancer aucunement dans les mines ou entrailles de la terre; laquelle eau vive est fort bien connue des vrais sages et philosophes.

« Or le vitriol, par son esprit ou eau vivifiante, opère et parfait les minéraux et métaux de diffé­rentes sortes et espèces, comme en forme de fausset ou pyramide, montant en leur semence ou graine de bas en haut, en un corps blanc et sec comme un pain de sucre, et [ils] croissent dans le Schiefer ou matière d'ardoise bleue. C'est un minéral de toutes couleurs, singulier et grandement agréable. Mais les mines de sel sont les plus éloi­gnées qui par mon change attractif se trouvent sur des flots, ponts ou canaux, passages ou sillons. Lesquelles mines de sel paraissent souvent au jour par le moyen des eaux qui les produisent ou conduisent en divers endroits, de sorte qu'il se trouve souvent de jour un sel sec et aride et écla­tant comme une flamme claire sur la terre, comme dans la grande froidure pousse sur quelque pierre claire les floquets des neiges, ouvrés gros­sièrement en façon de marche ou de degré. Ainsi est-il des autres pierres précieuses qui tiennent toutes un certain ordre ou figure selon ma pierre céleste illuminée, laquelle je départis et distribue en l'opération et vertu d'icelles pierres précieuses qui sont éclairées et anoblies en dignité et en l'état le plus constant, et sont douées d'un esprit perdurable et enfin sont à jamais distinguées de diverses couleurs, comme sont les diamants, émeraudes, escarboucles, saphirs, rubis, cristaux, calcédoines, jaspes, béryls, chrysolithes, onyx, cornaline, turquoises, pierres de l'azur, margue­rites, coraux, terre de Lemnie, pierre de serpen­tine et de grenade, toutes et chacune séparément étant de couleurs ou plus hautes ou plus basses, illustres toutefois dans leurs propres et naturelles couleurs, par un ordre céleste créées, disposées et conservées par la nature dans les endroits et places minérales qui leur sont convenables.

« D'où l'on peut à bon droit dire et conclure que toutes ces choses, ensemblement tous les fruits ou croissances magnifiques de dessus la terre, doivent servir au bien de l'homme, tant en son corps que en son esprit; ainsi que rien ne m'est caché dans ma puissance éclairante et que tout est éclairé de ma splendeur, par laquelle il croît en maturité et augmentation, et ne peut aucune créature s'éta­blir par soi-même; par quoi c'est qu'il y a tant de différentes matrices dans lesquelles chaque chose prend sa naissance par mon moyen, car toutes les choses de l'univers ont et tiennent leur commen­cement et origine de moi seul et de mon esprit qui est caché dans mon intérieur et que personne ne saurait sonder ni parfaitement connaître, sinon Dieu éternel, Créateur de toutes choses, de la parole divine duquel ce mien esprit est sorti.

« Faisant ici conclusion de toutes mes paroles, je m'étonne moi-même tout d'abord de si hauts et profonds mystères et en mon Dieu je témoigne et certifie en vérité que je ne suis pas seulement l'or ou le soleil présent, mais [que] je suis un abrégé de toutes les vertus des esprits souterrains. Car Arisleus et Onizon me sont sujets, d'autant que je suis l'alpha et l'oméga. Dieu en soit éter­nellement loué. »

Ici je conclus la seconde partie de ce mien livre des mines : j'ai fidèlement montré tout ce qui en est autant que je l'ai pu connaître et sonder par ma diligence. Qu'un autre en fasse davantage, s'il le peut, et donne au jour une ample connais­sance afin que la lumière de la noble nature puisse avoir continuellement sa pleine et entière splen­deur et lueur pour éclairer toujours sans se pou­voir éteindre, et qu'ainsi tous les humains, et même les ennemis et ennuyeux, acquièrent un esprit et [une] inclination et disposition de solliciter tous les jours, sans cesser, sa Divine Majesté, par ferventes prières et actions de grâces, qu'il lui plaise d'exaucer leurs vœux et bonnes inten­tions; aussi pour le sujet desquelles j'ai écrit ces miens deux livres et les ai fait précéder de mes tours de main — qui autrement n'y auraient en quelque façon bien convenu ni appartenu — afin que, par soigneuses prières et actions de grâces et aussi invocation cordiale de Dieu le père céleste, un chacun s'exerce soigneusement et reconnaisse à vue d'œil et puisse aussi concevoir et comprendre avec raison et jugement comment c'est que la nature nous a si magnifiquement instruits; nous, dis-je, qui sommes créés de Dieu tout-puissant et établis par préférence à toutes les autres créa­tures pour exécuter et mener à fin heureuse tous les travaux ou opérations que nous entreprenons industrieusement dans la terre la plus profonde, et produire au jour ses nobles croissances et fruits par lesquels nous tirons aussi notre nourriture et entretien; ce qui nous doit obliger avant toutes choses à reconnaître de tout notre cœur la grâce abondante et la miséricorde infinie de Dieu dont nous ne le pouvons suffisamment remercier selon notre faible capacité. Toutefois, que chacun en fasse son devoir, autant qu'il lui sera possible de faire, et qu'avec son cœur pécheur et sa langue souillée, qu'il prie Dieu d'un cœur pur et dévot pour acquérir sa grâce, sa sapience et sa bénédic­tion, pour sonder ses grandes et émerveillables créatures par l'esprit de vérité et de justice, afin qu'il les puisse posséder dès le commencement de leur conception et les employer en de bons et charitables effets à la gloire de Dieu, laquelle soit exaltée par-dessus tous les cieux et retentisse avec une louange immortelle par toute la terre uni­verselle.





O
u partie du Testament de frère Basile Valentin de l'ordre de saint Benoît, touchant l'universel de tout ce monde, comme aussi la solution de tous ses précédents écrits, lesquels il a laissés à tous ses successeurs et autres frères de la science. Et maintenant, après avoir été instamment requis, nous avons donné au public cette impression pour la première fois.

S'ensuit maintenant la troisième partie de ce mien dessein où se fait une vraie démonstration de l'origine et de la matière de notre antique Pierre, avec une entière et parfaite instruction ou endoctrinement de la pratique par laquelle il faut que l'on parvienne à l'inépuisable fontaine de la santé et abondamment riche entretien de la nourriture : éclaircissement qui met à découvert mes précédents écrits et que je laisse aussi après moi, par écrit nettement et clairement découvert, à tous mes successeurs et frères de la philosophie. Tu dois savoir, mon ami et amateur de la science, que ce n'est pas inutilement ni en vain que j'ai fait le commencement, par ce mien ouvrage que je me suis proposé, des tours de main, au regard des deux premières parties précédentes, dont le traité premier s'arrête proprement es mines et en ce qui dépend des minéraux et métaux, ensemble avec leurs mines mêmes. Car bien ai-je estimé tout à fait nécessaire de présenter, et comme par manière de dire, de démontrer là aux ignorants une pure lumière et clarté, pour les dresser à reconnaître que toutes les créatures desdits minéraux et métaux, comme aussi l'airain ou le corps de la mine qui par un seul et unique esprit sont représentés et peints ici-bas, prennent d'en haut leur origine et se forment dans la terre où ils se produisent et viennent au jour par génération, Car la terre est en tout temps prête et désireuse à recevoir en soi et embrasser et retenir en elle cet esprit, sortant ainsi des vertus du ciel, tant et jusqu'à ce qu'elle produise et retienne une vraie forme et perfection. Mais de la sorte que cela se fait et comment il en est, il en a été déjà assez amplement et suffisamment fait mention dans mes précédents écrits. C'est pourquoi je ne le répéterai seulement qu'en peu de paroles en cette manière.

Sache donc que toutes choses proviennent par l'effet d'une certaine impression et influence céleste, par l'effet et opération élémentaire et par l'effet et opération d'une substance terrestre. En suite ou conséquence de quoi les éléments sont produits, tirant leur composition d'un tel mélange comme sont l'eau, l'air et la terre. Ces trois éléments, par l'aide et secours de l'élément du feu qui y est caché et par conséquent par une cuisson chaude, produisent une âme, un esprit et un corps. Et ces trois-ci sont les trois premiers principes, lesquels finalement par leur copulation se forment ou se résolvent en [un] mercure, en un soufre et en un sel. Et lorsque ces trois derniers principes sont conjoints ensemble, ils rendent ou donnent, suivant l'espèce de leur semence, en quelque règne que ce soit des minéraux, végétaux et animaux, un corps parfait. Car toutes les choses du monde qui se peuvent rencontrer, reconnaître ou remarquer par la vue et le toucher de la main sont entièrement départies ou divisées en l'un de ces trois règnes. De quoi j'ai ci-devant beaucoup écrit. Le règne animal comprend, veut dire et sous-entend tout ce qui a respiration de vie et ce que la chair ou le sang ont produit, comme sont les hommes, les bêtes, les reptiles, les poissons, les oiseaux et tout ce qui en approche. Le règne végétal comprend généralement toutes les plantes de la terre, arbres, herbes, semences, fruits, racines et semblables choses ou espèces dont la propriété est de croître et végéter. Le règne minéral comprend et enferme en soi toutes sortes de mines ou tout corps de mines, métaux, minéraux, marcassites, chaux, bismuths et pierres, telles qu'elles soient précieuses ou communes.

Et en ces trois règnes est compris tout ce qu'il y a à voir au monde.

Or premièrement, les animaux ont leurs semences particulières d'une substance et qualité spermatique, qui, après leur assemblage et conjonction, enfantent ou engendrent chair et sang. Et celle-ci est la première matière et semence originaire, laquelle Dieu a créée des éléments et influences célestes ; celle-ci, dis-je, donnée de Dieu, opère par la nature. Le tout est ici rapporté et cité selon la teneur de mes précédents écrits. Maintenant, de même que les animaux, ainsi les végétaux ont obtenu de Dieu, mais d'une façon particulière, leurs semences selon leurs propriétés, qualités et formes. Et cela par le moyen d'une influence céleste et sidérique et d'une croissance et propagation élémentaire. Laquelle semence végétale se loge et s'insinue dans la terre qui la reçoit et [l']acquiert fructueusement dans ses entrailles, là où Dieu lui a laissé, par manière de dire, l'ordre de croître, de végéter et produire le végétal. Les minéraux et métaux n'ont pas moins que ceux-là leur principe et semence aussi de Dieu même, tout-puissant Créateur des cieux et de la terre; et ce, par la propriété et disposition que Dieu leur a donné de tirer leur semence et vertu du ciel astre par l'influence et impression sidérique, cette semence métallique provenant d'une substance liquide aérienne moyennant l'esprit minéral attractif, provenant aussi d'une âme sulfureuse et enfin d'un sel terrestre qui sont joints et comme entés ou insérés ensemble en chaque corps minéral, comme sans doute tu auras remarqué en semblable instruction que je t'ai donnée mot à mot en mes écrits précédents, D'abondant il faut que tu remarques que si l'une et l'autre de ces générations métalliques et minérales ont à poursuivre leur propagation et accroissement par art, il faut qu'elles soient remises dans l'état de leur première semence et matière originaire.

Tellement que, quand tu veux changer les métaux, les augmenter et les porter à pouvoir produire et faire quelque teinture ou la pierre philosophale, il faut tout premièrement que tu en saches adroitement détruire, par la science spagyrique et connaissance des tours de main, la forme métallique et minérale; la briser, dis-je, et rompre, la séparer et désunir en un mercure, en un soufre et en un sel; et il faut que ces principes soient particulièrement chacun séparés en toute pureté et puis, comme il a été dit, rétablis en leur première matière et commencement. Mais cette séparation ne se fait en aucune manière que par l'esprit mercuriel seulement, comme aussi l'âme sulfureuse et le sel blanc, lesquels trois substances doivent être réunies ensemble par le vrai ordre que requièrent les tours de main naturels, afin de les rendre dans la plus souveraine et parfaite pureté qui sera possible en telle conjonction. Mais il faut auparavant bien prendre garde et avoir soin au poids.

Et, partant, lorsque cette conjonction est faite, toute la substance n'est rien autre chose qu'une essence ou être liquide et une vraie eau philosophale, dans laquelle tous les éléments — préalablement tous les célestes et ensuite tous les élémentaires et terrestres—sont enfermés; c'est-à-dire que toutes les qualités de l'un et de l'autre de ces deux derniers y sont encloses et cachées. Et d'autant que l'esprit mercurial est froid et moite et que, d'autre côté, l'âme ou soufre est chaude et sèche, cette liqueur ou essence susdite est alors la véritable première matière et semence des métaux et minéraux. Laquelle, par la science de Vulcain, peut et doit être portée, poussée et amenée jusqu'à sa plus grande perfection, c'est-à-dire rendue ou réduite en une médecine fixe; et en ce point, elle doit surpasser toute autre chose en fermeté et solidité.

C'est pourquoi remarque bien et prends garde que tous les métaux et minéraux n'ont qu'une seule et unique racine, par le moyen de laquelle ils ont tous pris leur naissance et même font leur génération ordinaire. Et celui qui connaît cette racine n'a pas besoin de détruire les métaux, ni de les ruiner en telle sorte que d'un métal soit pris et tiré l'esprit, de l'autre, le soufre et, enfin, de l'autre, le sel; car il y a une ville ou forteresse dans laquelle sont bien plus prochainement enfermés tous les trois : l'esprit, l'âme et le corps. Et c'est dans une seule et unique chose que nous les trouvons — laquelle est pourtant bien connue — par le moyen de laquelle l'on peut obtenir et acquérir ces trois essences minérales dont l'extraction nous cause avec grand renom leur heureuse possession. C'est une chose que je nommerai ci-après succinctement et en ferai plusieurs remarques.

Celui donc qui apprend à connaître cette semence aurée, ou autrement cet aimant susdit, et qui en la sondant diligemment découvre sa propriété, celui-là possède la vraie et droite racine de la vie et peut parvenir jusqu'au but auquel son cœur aspire avec tant de langueur. Vrai est qu'en mes précédents écrits des Douu défi, j'ai donné à connaître mon dessein d'un bout à l'autre à mes successeurs et descendants, lorsqu'on la pratique de ma cinquième clef j'ai paraboliquement démontré et fait voir comment on peut faire la grande pierre philosophale en tirant du soufre et du sel l'or le meilleur et le plus pur, et ce par l'aide du mercure, lequel il faut particulièrement et surtout chasser et pousser hors d'une minière crue et non fondue.

Or ce qui m'a par ci-devant mû à admettre sur l'or métallique le travail de la Pierre a été afin que les simples - auxquels l'autre ou second corps ou sujet dans lequel tous les trois principes se peuvent rencontrer est tout à fait inconnu, encore qu'il soit commun, et aussi est trop haut pour leur cervelle — y puissent acquérir et puiser davantage d'intelligence et en avoir tant plus grande connaissance et lumière, puisque même plusieurs anciens philosophes qui ont vécu devant moi ont acquis par cette voie la vraie pierre universelle de tous secrets et la santé, [et] moi-même semblablement, suivant la démonstration des livres que j'avais lus à leur invitation, après qu'avec de grandes peines, de grands frais et longueur de temps j'ai eu préparé heureusement pour la première fois dans mon cloître une telle pierre céleste, et icelle obtenue suivant cette pratique et méthode de procéder sur l'or purifié, comme en est fait mention dans ma première clef. Enfin le souverain Dieu des cieux m'a donné une plus grande grâce et bénédiction pour songer plus profondément à mieux faire cette pierre, jusque-là qu'il m'a illuminé de plus en plus à penser et ruminer en quelle chose ou sujet abondent le plus les esprits colorés et animés, lesquels Dieu tout-puissant a posés et enclos en cette chose. Partant, qui que ce soit ne doit avoir honte d'apprendre et d'éplucher ce qu'il y avait de plus caché auparavant dans la science. Car la terre se réserve encore beaucoup de choses dans ses entrailles secrètes, parce qu'elle ne saurait être entièrement découverte par les hommes en sa profondeur, à cause de leur entendement trop stupide et même à cause de la brièveté de leur vie. C'est pourquoi, comme j'ai reçu de Dieu de si grands dons et présents, ainsi j'ai fait voir et représenté à mes compagnons en Christ la même chose en mon traité des Douze clefs.

Mais celui qui est doué de plus grande intelligence et jugement que le vulgaire s'appliquera de tout son cœur et de tout son esprit à la recherche soigneuse et exacte de cette profonde science, afin de parvenir droit au but. Et ainsi celui-là trouvera une seconde et plus facile matière, laquelle est connue d'un chacun, presque nommée et comme montrée au doigt; et elle est douée d'une puissance et propriété très efficace, ainsi qu'ont remarqué les Anciens avant moi, lesquels en suite d'un soigneux exercice et d'une profonde spéculation ont enfin appris à connaître l'unique but et dessein auquel toutes choses doivent se rendre, ce que j'ai très bien conçu moi-même en mon esprit plus d'une fois. Cette connaissance ou science leur a moyenne et acquis, avec bien moins de temps et de peine, la possession de la grande pierre et conséquemment de la santé et des richesses, d'autant qu'en cette matière connue et de peu de valeur, l'essence minérale, le soufre et la couleur y sont encore bien plus efficaces et remplis de plus excellentes vertus que dans le meilleur or qui se puisse trouver, quoique très bien préparé et ouvert;, aussi, l'esprit mercuriel et le sel mystérieux y sont bien plus libres et ouverts et même y ont égalité de domination et s'en peuvent tirer ou extraire avec moins de peine en forme visible.

Quiconque aura bien pris garde à mes douze clefs et bien considéré ce qu'elles contiennent par une fréquente et réitérée lecture, celui-là aura aperçu et trouvé que la préparation entière de notre pierre est décrite depuis le commencement jusqu'à la fin sans aucun défaut, toutefois seulement comme elle doit être faite sur la base et fondement de l'or préparé. Mais nous avons dans la nature ou matière qui a été créée et ordonnée de Dieu le créateur, un or beaucoup meilleur et qui requiert pour le connaître un profond et savant personnage. Et d'autant que ce dernier or est étranger et inconnu aux novices ou écoliers, je n'en ai rien voulu enseigner ci-devant pour de justes raisons, m'étant contenté de décrire et expliquer seulement la matière en laquelle ces gens-là désirent de chercher leur semence.

D'abord en mes Douze clefs, je t'ai, à l'imitation des philosophes, fait mention et récit par similitude de la propriété et du travail de notre pierre ou baume, comment elle a été préparée selon la tradition des maîtres anciens qui est parvenue jusqu'à moi et que j'ai possédée comme un héritage particulier ; je t'ai aussi enseigné la direction du feu, la conduite et le changement des principales couleurs des planètes et la fin et accomplissement de toute l'œuvre avec tout ce qui en dépend.

Mais après ce discours général, vois mes douze clefs, car chacune comprend en soi son travail particulier.
La Première Clef t'enseigne de rechercher, si tu veux, ta semence dans un être ou substance métallique comme est l'or; comment c'est que tu la dois nettoyer en un souverain degré, la dépouillant premièrement de toute impureté et lèpre, en telle sorte que rien d'immonde ne se mêle avec notre fontaine, sinon seulement ce qui est de sa propriété pure et spermatique; et comment cette purification de l'or se fait par l'antimoine, lequel est allié par une très étroite amitié avec ce métal parfait. Et, partant, le soufre de l'antimoine peut nettoyer l'âme de l'or et le porter, quant à la couleur, à un très haut degré et splendeur excessive. L'or aussi peut réciproquement l'amender et améliorer l'âme de l'antimoine fort subitement en très peu d'heures et de temps, et la fixer constamment, en sorte qu'il peut élever l'antimoine en dignité, valeur et vertu; et ces deux peuvent être réduits ensemble non seulement en un métal blanc, mais aussi en une médecine si excellente pour l'homme que la santé d'icelui a de quoi se réjouir, comme je dirai ci-après quand je discourerai particulièrement de l'antimoine seul. De plus, je te donne cette instruction qui est qu'encore que l'antimoine ait promis en même temps à Saturne fraternité et compagnie — car les qualités de l'antimoine conviennent en quelque sorte avec celles de Saturne, pour quelques égards dans une harmonie entre eux semblable et égale —, toutefois après la fixation du soufre élevé et exalté de l'antimoine par le moyen de l'or, son plus proche ami, Saturne, ne peut s'attirer ni s'acquérir aucun butin d'icelui, d'autant que le roi a pris à soi cet antimoine dans sa salle d'or et l'a fait participant de son triomphant royaume; ce qui fait que dorénavant il est capable de souffrir l'ardeur et le froid et de les surmonter puissamment. Et ainsi il demeure victorieux et triomphant avec le roi et grande gloire et excellence. La purification donc de l'or se fait ainsi qu'il soit battu, bien délié et mince, et, après cette façon, qu'il soit versé et passé trois fois par l'antimoine; [qu'] ensuite le roi qui, en tombant à travers cet antimoine, est assis et posé au fond, soit refondu avant le soufflement avec un feu fort âpre, et puis chassé et purifié avec Saturne. Et lors tu trouveras l'or le plus haut, le plus beau et le plus hautement brillant que tu puisses désirer, semblable à la claire splendeur du soleil et d'un très agréable œil. Par après, cet or est disposé à donner son intérieur dehors, lorsque premièrement il est réduit de sa forte fixité en une forme capable d'être détruite, ce qui arrive quand, après son brisement, la mer du sel l'a noyé, dont puis après il doit échapper et se rendre visible.

La Seconde Clef Mais remarque, mon ami, et prends cette chose à cœur comme très importante à ton œuvre qui est que tu disposes adroitement ton bain en telle sorte que rien n'y soit ajouté que ce qui y doit être nécessaire, afin que la noble semence de l'or ne se gâte point par quelque contrariété ou hétérogénéité qui serait capable de détruire cette semence, laquelle étant détruite et démolie, il serait impossible de la remettre en bon état. Partant, prends garde et remarque avec soin à ce que ma précédente clef t'enseigne, et quelle matière tu dois prendre pour le bain composé de l'eau propre pour le roi qui y doit être tué et sa forme extérieure démolie et rompue, afin que sa pure âme en puisse sortir immaculée. Il te faut servir pour ce dessein du dragon et de l'aigle qui ne sont autre chose que le salpêtre et le sel armoniac, desquels deux, après leur union, doit être faite une eau-forte royale comme je te veux enseigner au dernier tour de mes tours de main, quand j'y décrirai des particularités de l'or aussi bien que des autres métaux et minéraux. Quand le roi aura été ouvert, ainsi que tu entendras au lieu ci-dessus remarqué, par l'amalgame qu'on en doit faire avec du mercure et du soufre qui l'empoignent et s'attachent tôt à lui en le dénouant et dégarrottant de sa ténacité, après il doit être brisé en tous ses membres; ce qui se fait en le faisant dissoudre dedans cette eau salée, en laquelle il est occis et tout à fait mortifié, en telle sorte qu'il est converti en une belle huile transparente, lumineuse et d'une splendeur hautaine.

Toutefois, il te faut savoir qu'une telle solution et déliaison ne suffit pas et que le roi pour cela n'a encore aucune intention de laisser sortir son âme hors de son corps fixe, comme tu peux expérimenter. Car si tu viens à séparer ton eau du corps résous du roi, c'est que tu ne le trouveras réduit qu'en une poudre d'or fixe, de laquelle tu ne pourras que très difficilement extraire l'âme qui y tient encore fort attachée. Suis donc ici mon instruction et doctrine, et porte après moi le joug que j'ai porté et expérimenté avec beaucoup de peine et de soin, et fais ainsi que je te veux maintenant enseigner.

Lorsque ton or est entièrement résous dedans cette eau susdite et qu'il a été réduit en une huile jaune, belle, laisse-le alors dans un vaisseau bien fermé digérer un jour et une nuit au bain-marie qui soit fort doux; et s'il s'y amasse quelques fèces, sépare-les et mets la solution pure et nette dans une forte cucurbite ou autre vaisseau et y adapte un chapiteau et récipient bien lûtes. Digéré et distille cette dissolution au sable médiocrement chaud, remuant et agitant quelquefois le vaisseau où est l'or et l'eau, et réitéré cela jusqu'à trois fois. Alors retire toute l'humidité par le bain-marie et tu trouveras au fond de l'alambic une belle poudre d'or que tu tiendras dans un vaisseau ouvert sur le feu de sable l'espace d'une heure, afin que toute l'aquosité s'en aille.

La Troisième Clef. Prends alors de bon esprit de nitre, une partie, et de l'esprit de sel commun, trois parties; verse ces deux esprits ensemble dans une cucurbite étant un peu chauds sur la poudre d'or ci-devant écrite, puis y adapte un chapiteau et récipient bien lûtes comme il faut; puis ayant bien remué et agité plusieurs fois ton or comme auparavant a été fait dans le sable, et réitéré la distillation tant plus tant mieux, tu apercevras que l'or deviendra de temps à autre plus volatil et que, finalement, il distillera et viendra au-dessus. Car par une telle répétition et distillation de tout ton or, la fermeté et fixité de son corps se détache et se divise en tous ses membres, lesquels sont ainsi brisés l'un avec l'autre, et sont rendus si ouverts que cet or ainsi atténué laisse ensuite aller son âme à un juge particulier. Sur quoi ma troisième clef t'instruira assez suffisamment. Mais observe qu'après ce travail achevé il faut que tu sépares avec un soin assidu de ton or qui a été distillé tous les esprits salins par distillation au bain-marie et ce, le plus doucement qu'il te sera possible, afin qu'il ne distille rien de la couleur de l'or et que ton or ne souffre aucun déchet. Puis, avec prudence et jugement, prends ton or ou les cristaux d'or dont tu as séparé l'eau et les mets sur un petit test propre à réverbérer, et le place dans le feu sous une moufle et lui donne premièrement un feu lent et doux une heure durant, jusqu'à tant que tout ce qu'il y a de corrosif s'en soit retiré entièrement; et alors tu auras une poudre d'or qui t'apparaîtra de couleur d'une belle écarlate, aussi subtile et belle qu'on puisse voir des yeux.

Mets dans une fiole nette cette poudre d'or et verse dessus icelle poudre de l'esprit récent de sel commun, lequel auparavant ait été réduit à une grande douceur suivant l'ordre dont je t'ai instruit dans mes tours de main. Bouche la fiole et la mets en quelque chaleur douce; car ainsi le doux esprit de sel ne peut plus dissoudre et rompre la poudre d'or comme il avait fait auparavant, d'autant que sa corrosiveté et acrimonie lui a été retranchée par l'esprit de vin qui lui a causé cette grande douceur. Laisse donc ta fiole dans cette chaleur non violente tant que l'esprit de sel se soit coloré en une couleur d'un souverain degré, belle, transparente et rouge comme un rubis. Retire doucement par inclination ton esprit teint et en remets de nouveau sur ton or et fais comme devant tant de fois que l'esprit de sel ne se puisse plus teindre. Après, mets dans un alambic tout ton esprit teint et en sépare toute l'humidité au bain-marie à douce chaleur; et au fond de l'alambic te demeurera le soufre de l'or en une poudre belle, délicate et subtile, de grand mérite et valeur, qui est une matière avec laquelle on peut, par le moyen d'une prompte et courte procédure, colorer l'argent en sa plus haute perfection et le changer constamment en le mettant en un état invariable, ainsi que mon livret en suite des Douze clefs te fait entendre.

Or quelqu'un, déjà pourvu d'un peu de science et d'un bon jugement, pourrait ici se tourmenter et être en peine pour bien juger de cette affaire et demander si cette âme, si ce soufre du roi ainsi tiré, extrait et sec, est justement la même âme dont les philosophes discourent et parlent, disant que leur œuvre, par le travail ou préparation philosophique de la pierre tant précieuse, requiert surtout trois choses, savoir un esprit moite, volatil, mercuriel; une âme sulfureuse, moite, volatile et un sel astral, sec. Lequel sel, après sa déliaison et dissolution, se doit faire reconnaître en même temps en une forme humide avec les deux premiers qui sont d'une forme aquatique.

Mais, se dira-t-il, comment se peut faire cela? vu que dans cette procédure n'est donnée aucune instruction de nul esprit mercuriel ni de nulle âme volatile. Ainsi il y est dit que l'âme du roi ou lion, c'est-à-dire le soufre ou l'âme de l'or, est demeurée au fond de l'alambic en une poudre subtile. Or je veux tenir un tel homme en suspens jusqu'à ce qu'il apprenne de lui-même à reconnaître la différence qui se peut rencontrer dans un sujet en lisant ce mien livre, laquelle j'éclaircirai et développerai suivant mon intention, en telle sorte que je lui ferai voir volontiers, sans rien omettre, la vérité, en l'instruisant selon son ardent désir et fort tourment, ainsi qu'un père fidèle envers son cher fils, et en lui faisant comprendre tout le but et dessein dans lequel est comprise et enfermée notre maîtrise, sans la connaissance de quoi les plus suffisants personnages, pour la plupart, sont tombés comme des étourdis dans les filets de l'erreur et se sont précipités dans un abîme sans fond et du tout perdus dans le désert de l'ignorance, d'autant que, submergés dans leur profonde ignorance, ils n'ont pu parvenir jusqu'à ce point de pouvoir comme maîtres découvrir ni s'imaginer avec vérité comment c'est que toutes choses naissent au monde et comment c'est qu'il faut que chaque âme ait un esprit, comme réciproquement chaque esprit une âme naturelle à son semblable, ni comment ces deux, esprit et âme, sont des substance spirituelles, et qu'il faut aussi que ces deux aient un corps dans lequel il est nécessaire qu'ils s'entretiennent et conservent et qu'ils y dressent ou établissent leur demeure. Mais quant à l'or aussi bien que l'argent, surtout principalement l'or, [il] est recuit et transmis en la plus sublime fixité qu'on ne puisse imaginer par tous les degrés qui lui ont été concédés et départis par la nature, de sorte que toute sa substance se trouve être entièrement ardente, n'étant que tout feu et très séchée, à l'exclusion de toute moiteur flegmatique dont l'argent n'est pas tout à fait dessaisi, encore bien qu'il ait atteint un degré de fixité sulfurique; car il demeure encore avec sa qualité naturelle dans un degré plus bas et ce, jusqu'à tant que le roi ait échauffé par sa semence brûlante son corps froid, ce qui dépend des particuliers qui font partie de cette opération, comme il en sera fait mention lorsque j'en traiterai clairement en leur lieu. Et ainsi il ne se peut du tout rencontrer aucune moiteur dans l'or qui soit aqueuse, si ce n'était qu'icelui fût remis en vitriol; mais cela requerrait un travail tout à fait inutile et de dépense inépuisable, si ce n'était que l'on voulût faire la pierre d'icelui vitriol d'or, duquel toutefois il faudrait avoir une grande quantité. Et alors l'on pourrait aisément rencontrer dans un tel vitriol un esprit commode et naturellement requis, doué d'une propriété et qualité blanche, comme aussi une âme et un sel d'essence magnifique. Mais l'on ne saurait comprendre combien de puissantes richesses ont été dissipées et perdues de plusieurs personnes par cette voie-là. C'est pourquoi je n'en veux faire ici aucune mention. Mais j'exhorte mes disciples, puisque la nature leur a laissé un plus court chemin, de le garder et suivre maintenant, de crainte qu'ils ne se précipitent dans une extrême pauvreté s'ils s'amusent à extraire le mercure de l'or quand il aurait été réduit dans la destruction et ruine de soi-même, ce qui ne fut oncques pratiqué par les Anciens pour ce que cela est tout à fait contre la nature. Car encore que l'or ait véritablement par cette voie une humidité en soi, ce n'est toutefois qu'un élément nu, pur ou simple et une humidité aqueuse, laquelle paraît après une telle résolution et qui n'est propre à quoi que ce soit; car l'eau et les autres principes ne se tiennent pas dans les autres éléments, mais les éléments reposent dans les principes et semences des métaux, de quoi j'ai aussi écrit ci-devant.

Pour ce, il ne se trouvera personne qui soit tellement maître qu'il puisse seulement faire notre pierre par une extraction d'icelle hors de l'or sec et entièrement recuit; car toute sa moiteur flegmatique est entassée et concentrée dans une coagulation sèche, arrêtée, figée et fixe. Ce qui ne se rencontre pas de même aux autres métaux, nonobstant qu'ils soient pareillement soumis à une coagulation dure et passés par le feu; ils ne sont pas toutefois encore cuits de part en part, ni amenés de leur naturelle et originaire racine à une pleine maturité, ce qui est bien à remarquer. Et que mes précédents écrits ne t'aheurtent point et ne te scandalisent aucunement, car ils te pourraient sembler pleins de contrariété à l'égard de ce présent livre et traité.

Car combien que je t'aie fait voir que l'esprit, l'âme et le corps proviennent à même temps d'une même essence ou substance métallique qui doit être préparée et extraite des métaux, et qu'entre tous j'aie nommé l'or pour le meilleur, toutefois j'ai fait en cela comme il appartient à un vrai philosophe et ainsi que les anciens Sages ont fait avant moi; mais avec ma protestation, tu auras sans doute fort bien remarqué que je t'ai fait connaître qu'il y a en la nature un sujet ou [une] matière particulière, ce qui te donnera occasion de méditer et penser avec plus de soin à la recherche de la nature et de bien examiner l'origine, le principe ou commencement de ce sujet particulier, vu que, par ci-devant, il ne m'a pas été loisible d'en déclarer davantage que ce que j'en ai dit, ni d'informer un chacun comme c'est que les portes de la nature sont verrouillées par dedans. Car en ce temps-là particulièrement je n'avais pas encore dessein d'écrire si intelligiblement, clairement et à découvert de ces choses qu'on a coutume de cacher, même aux plus bénins et meilleurs amis, jusqu'à tant que le Prince du ciel a changé mon esprit et m'a enjoint par son commandement de ne point enfouir en terre le talent que j'ai reçu de lui, comme il m'était advenu, mais de le laisser après moi à d'autres qui pareillement en soient dignes.

Mais il faut que je t'offre ici encore une règle sur les points que je t'ai écrits ci-devant, dont je te ferai ici présentement mention afin que [tu] m'accuses d'autant moins et que je ne tombe point dans le reproche de celui qui, après avoir approuvé une chose, la voudrait refuser incontinent. Considère donc maintenant tous ceux qui, depuis le commencement du monde, ont écrit doctement des métaux, et tu trouveras qu'ils ont été d'une même opinion et se sont tous accordés en un même sens, lorsque principalement ils ont dit que le premier métal et le dernier n'étaient qu'un métal et que le premier métal avait déjà acquis et recouvert par sa propriété métallique la semence métallique avançante, produisante ou poussante, laquelle lors ne fait autre chose sinon d'avancer incessamment et sans relâche la production et l'enfantement métallique, ce que ne fait pas une autre semence, comme j'ai déjà dépeint et décrit es minéraux et métaux dans ma première et seconde partie des mines, et comme pareillement j'ai montré en divers endroits de ce livre.

Plusieurs ont nommé le plomb, or et l'or, plomb, d'autant que non seulement ils ont été trouvés de même sorte et pesanteur pour quelques respects ; mais aussi une certaine pierre ou substance de haut lustre et splendeur unique et seule tient et reçoit le commencement et la première forme de sa perfection métallique et universelle de la planète de Saturne, laquelle est telle en soi qu'elle surpasse beaucoup l'entendement ou la conception des humains pour des raisons non nécessaires et trop longues à déduire en ce lieu. Et c'est justement ici qu'il est requis de la sagesse et de la science pour discerner et .rechercher avec soin en notre noble sujet métallique et es autres semblables les secrets de Dieu et de la nature qui nous y est découverte et offerte; mais d'autant que par la chute d'Adam l'homme s'est trouvé engagé dans un étrange aveuglement, il n'y a que la moindre partie des hommes qui puisse atteindre à la solution fondamentale de si grands secrets et autres choses cachées.

Mais d'autant que l'endurcissement est si grand dans le cœur des avaricieux qu'ils ne cherchent pour la plupart ces secrets et mystères de Dieu que par avarice et pour satisfaire à leur orgueil et vanité, c'est pourquoi les Anciens, portés et poussés à les déclarer à leurs successeurs par l'inspiration et commandement du Souverain, n'ont eu pour visée et pour but que d'en écrire seulement de telle façon que les indignes ne pussent comprendre de si merveilleux secrets, mais bien ceux qui méritent [de] les remarquer et observer, étant pour ce sujet éclairés d'une suffisante lumière, laquelle toutefois ne s'acquiert point sans la volonté spéciale de Dieu. Or ces Anciens ont souvent parlé dans leurs écrits d'une seule chose par laquelle ils ont en même temps compris ou entendu plusieurs choses et, tout au contraire, ils ont souvent fait mention de plusieurs choses, quoique par icelles ils n'aient voulu simplement entendre qu'une seule et même chose. A raison de quoi, quelques-uns d'entre ces philosophes démontrent que la pierre provient diversement, car ceux-ci veulent qu'elle prenne son origine d'une chose animale, ceux-là d'une semence végétable et ces autres d'une semence minérale. Mais il s'en trouve d'autres qui disent qu'elle se fait de semence minérale, animale et végétable tout à la fois. De toutes ces opinions cette-là seule est vraie, qui nous apprend que la pierre ne provient seulement que de la semence minérale ou métallique, car véritablement il faut tenir pour constant que la pierre ne dépend aucunement de la diversité des semences. Ce qui a rendu la science rare et obscure, en sorte que de plusieurs milliers, un seul y peut à peine parvenir, et pour cela la pierre est appelée science, joint aussi qu'un lourdaud accomparable à un bœuf ne la saurait faire entrer dans sa tête, et ainsi elle lui est inutile. Il est vrai que si la science de la pierre était si facile et commune, comme de brasser de la bière et cuire du pain, il en arriverait de grands inconvénients ou malheurs; et alors beaucoup de vices régneraient dans le monde, comme un chacun [le] peut aisément penser et se persuader; et c'est la raison pour quoi il faut couper les ailes à celui qui fait le compagnon et le suffisant et qui ne regarde que la magnificence et la gloire mondaine, en ne lui donnant pas la connaissance toute claire de cette merveilleuse science de laquelle Dieu donne lumière assez claire et significative à celui qu'il lui plaît de choisir et admettre pour ce sujet. Mais afin que je revienne à mon propos pour instruire le disciple inquiet en quelle manière l'on peut profiter avantageusement de l'or après que son âme est extraite, je dis en vérité que c'est beaucoup dire si je découvre assez clairement tout le secret du roi. Et partant, j'exhorte un chacun d'en bien user. Prends donc bien garde si tu as le manteau de pourpre du roi à en remercier Dieu hautement et ne sois point porté d'une mauvaise inclination envers le prochain. Partant, après que tu auras cette âme ou semence de l'or, ouvre-la en vertu de la troisième clef et la rends en eau, car en notre science le corps, l'âme et l'esprit doivent être réduits en eau. Car alors ils coulent ensemble dans leur racine intérieure et l'un y empoigne l'autre et l'améliore de part en part en son entière et parfaite qualité, de sorte qu'il en provient la création d'un nouveau monde et d'une nouvelle terre, laquelle ensuite reçoit sa splendeur par l'âme qui l'élève à une vertu inconcevable à un chacun. C'est pourquoi il t'est ici nécessaire de savoir comment tu dois infuser ta semence d'or au nouveau corps pour le faire devenir en une substance coulante. Ici regarde autour de toi par tout le monde pour voir si tu y pourras rencontrer ce que tu dois avoir pour t'aider en ton opération. Et si tu ne trouves point ce qu'il te faut, ho! ho! ne t'en désespère point pour cela, mais prends courage et sois fortifié. Pense donc aux moyens comment tu pourrais prendre conseil du dieu Saturne et il ne te renverra ni ne t'abandonnera pas sans résolution; partant, il te fera présent dans la main d'une mine de splendeur auguste en sacrifice, laquelle est crue en sa minière et qui est provenue ou produite originairement de la première matière de tous les métaux. Si cette mine, après sa préparation qu'il te montrera, est transmise ou mélangée avec trois parties de bol ou de terre brique et puis que tu en fasses la sublimation, il t'arrivera qu'un noble sublimé montera sur le plus haut de la montagne en façon de plumettes ou alun de plume. Icelui sublimé se résout en son temps comme une belle eau, laquelle devient tellement efficace qu'elle transmuera incontinent toute ta semence d'or en sa première volatilité, moyennant une petite putréfaction, pourvu toutefois qu'on y ajoute de cette eau minérale tant que la semence d'or y soit entièrement dissoute. Et c'est ici que le surgeon ou rameau se conjoint avec sa tige, en sorte que tous ces deux montent l'un quand et l'autre par-dessus les plus hautes montagnes et y demeurent inséparablement l'âme et l'esprit, ou l'esprit et l'âme. Or il est besoin que tu aies de l'eau susdite davantage pour dissoudre le corps ou le sel et le coaguler avec ton eau en un nouveau corps clarifié, et que l'on ne se sépare jamais de l'autre en temps prospère ou adversaire, d'autant qu'ils sont d'une même nature, naissance ou caractère; car ils ont toujours été tels dès le commencement et tiennent tous leur origine et naissance de la vertu de cet oiseau volant.

Mais remarque surtout que cet esprit minéral est dans d'autres métaux, quoique toutefois il se trouve pareillement tout à fait et incomparablement très efficace dans un certain minéral d'où il peut être pris et préparé avec bien moins de peine et de frais. Il n'importe néanmoins d'où tu le prennes, pourvu que tu puisses purement et simplement apprendre à reconnaître en séparant les principes, lequel est l'esprit mercuriel, lequel est l'âme ou soufre et lequel est le sel astral, afin que tu n'entendes et ne prennes l'un pour l'autre; autrement tu commettrais une grande erreur. Mais tu trouveras que la nature du soufre d'or réside seulement en tous les métaux qui sont compris sous la rougeur ou couleur rouge et qui ont leur domination en même degré qu'un certain minéral à raison de leurs esprits de feu coloré. Et quant à la vertu aimantine, tu trouveras qu'elle est en son esprit de mercure blanc, lequel lie l'âme et dénoue le corps. Et, partant, l'astre de l'or ne se rencontre pas seulement dans l'or, en telle sorte qu'il soit nécessaire que par l'addition seulement de l'esprit de mercure et du soufre auré, la pierre philosophale puisse être faite. Car elle peut en même façon être artistement tout à fait préparée du cuivre et de l'acier comme de deux métaux non encore mûrs, lesquels tous deux, ainsi que le mâle et la femelle contiennent en soi les propriétés de la couleur rouge propre à la teinture fixe aussi bien que celle de l'or même, soit que l'on entreprenne d'opérer par la vertu de l'un de ces deux seulement ou des deux conjointement, étant passés auparavant dans une étroite union l'un de l'autre. De plus, aussi bien que de ces deux-là, la pierre peut être faite d'un minéral particulier connu dans l'Allemagne sous un nom qui vaut autant à dire qu'eau de cuivre, comme même du vert-de-gris brisé ou du cuivre commun réduit auparavant en vitriol; en toutes lesquelles choses l'âme du meilleur or se trouve tout à fait magnifique et peut en plusieurs rencontres servir d'aide avec un grand profit, ce qu'un simple paysan ne croira pas. C'est pourquoi remarque ici ce qu'il t'est besoin de remarquer.

Etends tes sens de tout ton pouvoir, parfais tes pensées et ne cesse point que tu ne viennes si avant que tu puisses savoir la conjonction ou composition secrète de la nature, aussi bien que sa solution, et tu trouveras ce qui t'est nécessaire de savoir, de quoi rends grâce à ton Créateur, use en à son honneur et sers-en ton pauvre prochain en sa nécessité.

Je te dis maintenant que cet esprit blanc est le vrai mercure des philosophes, lequel a été déjà devant moi et aussi viendra après moi, sans lequel esprit la pierre des Sages et du grand mystère ne peut être faite, ni universellement, ni particulièrement, encore moins aucune mutation ou transmutation particulière. Et est un tel esprit la seule excellente clef pour l'ouverture de tous les métaux aussi bien que leur clôture, car cet esprit est associable à tous les métaux, lesquels procèdent tous du sang et semence d'icelui, d'où ils sont sortis et nés, ainsi que je t'ai déjà dit plusieurs fois. Or cet esprit blanc est le droit et le vrai premier mobile tant cherché de plusieurs milliers de personnes, mais qui n'a été trouvé de pas un seul. Tout le monde le désire et le cherche bien loin; toutefois on le trouve bien près, vu qu'il vole et se meut devant les yeux d'un chacun.

Et sache que si tu nourris et repais cet esprit du soufre et du sel métallique, il faut que d'iceux trois il en provienne une matière qui n'est pas de beaucoup inégale à la grande pierre des anciens Sages. Il faut toutefois agir adroitement en cette opération et procéder avec ordre depuis le commencement jusqu'à la fin; car il faut que le sel corporel se dissolve en cet esprit et qu'il y soit ouvert, afin qu'ainsi il soit retourné et remis en sa première matière, c'est-à-dire en une autre matière qu'il n'était. Alors ces deux, ce sel et cet esprit, ne sont qu'une même substance d'une égalité et naissance uniforme, laquelle peut, par le moyen de la coagulation de l'esprit, devenir par la direction du feu en une constante fixation, et naître pour la troisième fois en un corps clarifié blanc, net et transparent. Et après qu'une telle blancheur, sapience ou science est parachevée, l'âme qui a été déliée ou solue peut derechef chercher son repos, c'est-à-dire pénétrer son corps semblable en pureté, s'unir avec icelui et y dresser sa demeure, en sorte que ces trois, l'esprit, l'âme et le corps, parviennent à demeurer et être un corps unique essencifié ou un corps éternellement glorifié.

Mais afin que tu sois informé de la manière par laquelle tu dois rendre derechef corporelles et constamment fermes tes deux semences [à savoir] l'esprit de sel de l'or, lequel on nomme en cette science un corps. Puis tu remarqueras maintenant qu'en la place et au lieu d'icelui tu ne prennes rien d'étrange. Et si tu veux savoir ce qu'il te faut faire, lis ma quatrième clef, dans laquelle la vérité est exposée devant les yeux d'un chacun, avec des témoignages et exemples singuliers. Mais toi, qui n'entends pas peut-être cette clef-là, entends et remarque en même temps sur toute chose cet avis clair et vrai qui est que non seulement tu aies soin jusque-là du corps de l'or, comme si tu n'avais à attendre de lui d'ailleurs aucun autre bienfait que son âme seulement. Je te dis donc fidèlement que tu te gardes bien d'imputer à ce noble corps une telle faiblesse. Car quand tu en auras tiré le soufre, c'est-à-dire l'âme, il reste au-dedans d'icelui corps le sel magnifique de gloire et de triomphante victoire, sans lequel sel ta semence spermatique ne peut être conduite en aucune coagulation ni dureté. Et c'est proprement ce sel duquel je t'ai maintenant discouru tout au long, te disant comment c'est qu'il te le faut travailler en l'extrayant de sa forme corporelle par le moyen de l'esprit de mercure en un premier être matériel, et puis comment ensuite il doit derechef retourner en un corps souverainement purifié et élevé. C'est pourquoi prends la terre d'or après que tu en as tiré la semence, âme, soufre, ou autrement le vrai sang du lion, et par la réverbération réduis-la en une poudre fixe et une cendre subtile et impalpable, de laquelle alors tu extrairas un sel grandement subtil, fin et délié, clair, luisant et blanc comme de l'ivoire; ce que [tu] feras en la manière dont je te veux instruire sur la fin de mes tours de main, lorsque je t'enseignerai à préparer le corps de l'or pour les particuliers et que je t'apprendrai de le réduire en une âme ou soufre, en un sel et en un argent vif. Alors avance-toi à la pratique pour les conjoindre ensemble et sois soigneux d'avoir égard qu'en l'assemblage ou conjonction tu ne mettes trop de l'un ou trop peu de l'autre; mais prends garde à la disposition du poids et au départissement de tes semences, et, pour bien t'y conduire selon le but ou la mesure assurée, ma sixième clef te réglera. Et continue en outre toute la pratique et procédure encommencée, te gouvernant en cette opération selon l'ordre que tu trouveras en ma septième, huitième, neuvième, [et] dixième clef, ainsi que je t'ai naguère prescrit, tant que le roi de gloire et d'honneur t'apparaisse dans sa souveraine robe de pourpre et en des habits tout de toile d'or, lequel est alors nommé un seigneur et monarque triomphant sur tous ses sujets depuis l'Orient jusqu'à l'Occident. Après quoi, rends grâce à Dieu. Sois soigneux à lui rendre tes prières et tes vœux. N'oublie pas les pauvres sur toute chose. Travaille à être un étroit observateur de la sobriété. Sois retenu à trop parler et garde le silence, car de parler trop c'est un plus grand péché qu'on ne croit, d'autant que c'est par cette voie-là que l'on pourrait déclarer cette science à quelque indigne. L'augmentation ou multiplication de cette pierre céleste, aussi bien que sa segmentation, n'a pas besoin d'être mentionnée en ce lieu, parce que déjà l'une et l'autre sont décrites et enseignées sans aucun défaut dans mes deux dernières clefs. Ne doute point aussi que celui à qui Dieu a octroyé tant de grâces ne soit fait participant de ses souhaits et qu'il n'obtienne du Souverain l'entière intelligence de ces deux miennes clefs; car rien de contraire ne doit être employé à notre être ou substance métallique, ni aucunement y entrer, soit au commencement, au milieu et à la fin, sinon l'esprit mercuriel et la médecine cuite, suivant le contenu de ma onzième clef.

Afin maintenant que je satisfasse au reste de ma promesse et que je dise davantage que ce que mes douze clefs peuvent et plus qu'elles ne contiennent, sache qu'aucun philosophe n'est pas entièrement obligé de travailler sur le métal de l'or dont je viens maintenant de faire une ample et longue déduction et découvrir le vrai fondement. Mais comme tu as aperçu ci-devant, c'est que toute la maîtrise et le chef-d'œuvre ne gît seulement qu'en ces esprits de feu colorés rouges des âmes métalliques. Et tout ce qui est de couleur rouge et se rencontre accompagné de soufre rouge et de feu, tout cela est allié à l'astre de l'or; et quand l'esprit mercuriel y est conjoint et qu'il y intervient, l'on peut procéder au travail particulièrement et universellement, en sorte que l'on pourra moyenner et produire une teinture par laquelle les métaux et le mercure vulgal peuvent être rehaussés et exaltés, suivant que l'on ordonne et dispose le travail ou procédure.

Or maintenant il faut que tu apprennes que telle âme ou soufre auré, tel sel et tel esprit se trouvent plus forts et vertueux dans Mars et Vénus aussi bien que dans le vitriol, comme ainsi soit que Mars et Vénus se peuvent ramener et réduire comme par rétrogradation en un vitriol très vertueux et efficace, dans lequel vitriol métallique se trouve ores ensuite sous un ciel tous les trois principes susdits, savoir mercure, soufre et sel; et chacun d'iceux s'en peut particulièrement tirer et obtenir avec peu de peine et de temps comme tu entendras quand je ferai présentement un récit succinct d'un vitriol minéral qui se trouve en Hongrie, tout à fait beau et dans un haut degré.

Si [tu] as maintenant [de] l'esprit, du jugement, de l'inclination et un ardent désir en ton cœur de bien et adroitement entendre mes clefs et autres livres et prétendre par tel moyen de découvrir et ouvrir les cadenas des métaux durement enfermés et propres à notre pierre, tu dois à bon droit avoir pris garde et entendu qu'en parlant d'iceux je n'ai pas seulement écrit du métal, de l'or, de son soufre et de son sel, mais j'y ai compris quand et quand et conformément les autres métaux rouges desquels l'occulte magistère se peut acquérir; et pour ce, ceux qui prétendent atteindre à cette fin doivent souvent réitérer la lecture des livres des philosophes, au moins s'ils en désirent avoir et puiser une droite intelligence qui, pourtant, n'advient point sans la volonté de Dieu. Mais pour ce que j'espère que ceux qui d'un vrai cœur fidèle sont portés à s'adonner à la science auront une plus assidue attention que non pas le monde vain et fol, c'est pourquoi je leur laisse ces miens écrits qui leur donneront un notable sujet de grand soulagement et de satisfaction, à cause qu'en iceux tout y a été si clairement déclaré qu'il n'est pas possible de faire mieux. Car il est bien à propos que l'on produise une lumière éclatante, belle et clairement purifiée, afin que le disciple commençant à apprendre ait une claire lueur devant ses yeux, sans aucune obscurité depuis le commencement jusqu'à la fin. Et c'est pour ce sujet que j'ai entrepris avec grande peine de mettre en exécution ce mien dessein, afin de découvrir à un chacun cette science, laquelle tous les Anciens ont tenue cachée jusqu'à cette heure sous le silence, la tenant étroitement serrée jusque dans la fosse.

Or toute mon intention n'a point été en obligeant autrui d'en acquérir de l'honneur et de la gloire, mais afin que, par la clémence prévoyante de Dieu, cette science ne soit point tenue pour fausse et qu'elle fût par conséquent découverte et révélée à quelques-uns des survivants, ou à tout le moins qu'elle soit exposée devant leurs yeux et que la possession d'icelle les rende disposés à secourir leurs pauvres frères chrétiens qui sont en grande nécessité, et qu'ainsi ils soient faits participants de la grâce et miséricorde de Dieu le père. Cependant, combien que )e sois grandement attristé du profond de mon cœur, en mon esprit et entendement, quand je pense à ce que j'ai fait et comme j'ai écrit si librement et si pleinement de cette science sans en rien cacher, ne sachant pas qui en sera possesseur après ma mort par l'instruction de ce mien livre, toutefois je veux espérer — que quiconque soit qui aura ce bonheur — qu'il aura pour recommander jour et nuit mes précédents avertissements contenus en ces présents écrits et en ceux de ci-devant, afin qu'il se serve de ce livre avec tant de prudence qu'il en puisse répondre devant la divine Majesté. Maintenant, touchant les avantages que le vitriol contient en soi, encore que pour raison j'en doive faire mention en mes tours de main lorsque je traiterai et écrirai des minéraux, néanmoins, vu que c'est un si notable et important minéral auquel nul autre en toute la nature ne peut être accomparé, joint que le vitriol se familiarise et est ami avec tous les métaux plus que toutes les autres choses et leur est très prochainement allié, puisque de tous les métaux l'on peut faire un vitriol ou cristal, car le vitriol et le cristal ne sont reconnus que pour une même chose; c'est pourquoi je n'ai point voulu retarder ni mettre en arrière paresseusement son lot et mérite, comme la raison le requiert, attendu que le vitriol est préférable aux autres minéraux et que la première place après les métaux lui doit être accordée. Car encore que tous les métaux et minéraux soient doués de grandes vertus, celui-ci néanmoins, savoir le vitriol, est seul suffisant pour en tirer et faire la très bénite pierre, ce que nul autre au monde ne saurait faire seul à son imitation, encore bien que particulièrement quelques-uns aident au progrès de la pierre en fournissant ce qui est propre de leur substance, ainsi qu'on pourrait dire de l'antimoine, lequel est assez suffisant, comme il doit être déduit en son lieu. Toutefois une si grande dignité n'a été jamais accordée à aucun autre métal ou minéral si avantageusement qu'au vitriol, à ce que la pierre des philosophes dont a été tant fait de mentions en puisse être tirée et extraite. C'est donc pourquoi les Anciens ont tenu ce minéral caché jusqu'au dernier point et l'ont celé à leurs propres enfants, ce que faisant avec tant de précaution, il ne faut pas s'étonner s'il n'a pas été connu de tout le monde, mais test] demeuré fort couvert et caché, quoique toutefois ils aient dit que la préparation de leur pierre se fait d'une seule et unique chose ou d'un seul corps qui a en soi la nature du soleil et de la lune et aussi du mercure, ce qui est très véritable et bien justement prononcé par iceux, d'autant que c'est une indubitable vérité.

Je trouve ici à propos de te dire qu'il faut que tu imprimes cet argument vivement en ton esprit et que tu dresses entièrement toutes tes pensées sur ces vitriols métalliques et que tu te souviennes que je t'ai confié cette connaissance qui est que l'on peut, de Mars et de Vénus, faire un magnifique vitriol dans lequel les trois principes se rencontrent, lesquels servent à l'enfantement et production de notre pierre. Tu dois aussi savoir que ces trois principes ou substances métalliques, qui sont esprit, âme et corps, ne sont pas moins aussi pour cela encloses, enserrées et gisantes en même temps et dans un vitriol minéral et dans un minéral même, suivant toutefois la différence des vitriols. Car le meilleur qui s'est montré le plus probable et approuvé par mon expérience est celui qui se tire et recueille en Hongrie; lequel est d'un haut degré de couleur, pas beaucoup dissemblable à celle d'un beau saphir bleu et a peu d'humidité en soi et peu de qualité minérale qui soit mauvaise. Et tant plus souvent icelui vitriol est dissous et coagulé, il s'élève d'autant plus en beauté et en une couleur si pure et transparente qu'on ne la peut regarder qu'avec étonnement. Un certain vitriol ainsi hautement gradué se trouve tout cru es mêmes lieux et endroits là où l'or, le cuivre et le fer croissent, et se voiture en grande quantité dans les pays étrangers, de sorte que souventes fois, il arrive qu'es lieux voisins des minières il ne s'en retrouve pas en abondance, mais peu. Et encore que ce vitriol ne soit nommé du vulgaire que de l'eau de cuivre, toutefois les anciens maîtres philosophes l'ont exalté en louanges à cause de son indicible vertu et dignité, et l'ont, pour ce sujet, appelé vitriol ou vitriolum, comme qui dirait victriolum ou vitriol de victoire, parce que son huile spirituelle tient et comprend en soi les trois principes de toute victoire. Quand tu auras recouvert un minéral d'une telle et si haute graduation et qui soit bien net et pur, ce qui s'appelle, comme j'ai dit, vitriol, prie lors Dieu qu'il te donne intelligence et sagesse pour continuer ton dessein. Et, après sa calcination, mets-le dans une retorte forte et bien fermée. Fais-le distiller dehors, premièrement à doux feu, puis à plus fort feu. Distille-[s-]en l'esprit blanc comme neige qui viendra en forme d'une horrible et épouvantable exhalaison ou vent, jusqu'à ce qu'il n'y vienne plus de lui-même et qu'il soit tout sorti. Remarque que dans ce vent ou esprit blanc sont cachés et enfermés tous les trois principes, lesquels sortent en même temps hors de leur demeure première d'une façon et manière comme invisible. Et pour ce, il n'est pas absolument nécessaire de rechercher ces principes dans les choses précieuses, puisque par le susdit moyen nous avons un chemin plus court et tout ouvert pour parvenir aux secrets de la nature et lequel est devant les yeux d'un chacun qui est capable de comprendre science et sagesse. Si donc maintenant tu prends cet esprit blanc ainsi extrait dehors par la distillation et que tu le délivres de son aquosité terrestre, tu trouveras et apercevras au fond du vaisseau de verre le trésor et le fondement de tous les philosophes du monde devant tes yeux et en tes mains, qui est inconnu du vulgaire; et c'est une huile rouge aussi pesante que l'or ou le plomb et épaisse comme sang et d'une propriété tout à fait brûlante et de feu. C'est le vrai or liquide des philosophes, dont l'assemblage est fait déjà par la nature seule de trois principes qui consistent en une âme, en un esprit et un corps. Et c'est aussi l'or philosophique — excepté un qui est sa solution ou déliaison — constant et permanent au feu et non sujet à aucune diruption; ou bien il s'évapore en même temps avec l'âme et le corps; et même ni l'eau ni la terre ne lui peuvent causer aucun dommage, d'autant qu'il a acquis et reçu sa première naissance et origine d'une eau céleste qui tombe en son temps ici-bas sur la terre. Or dans cette eau aurée, dépouillée de son flegme, est recelé et caché le vrai oiseau ou aigle, le roi avec sa splendeur céleste et son sel clarifié, lesquels trois tu trouveras tout nus, enclos en cette unique chose de propriété aurée et en acquerras tout ce qui est nécessaire à ton entreprise. Et, partant, prends le corps d'or que tu t'es acquis, et qui est élevé par-dessus tout autre or en dignité et vertu, et le mets dans sa solution ou déliaison juste et convenable, et t'apparaîtra, en temps certain et assuré, l'ange du souverain qui t'annoncera que c'est lui qui est le soluteur et dénoueur et celui qui met en évidence tous les mystères du monde. Reçois-le avec joie et le garde bien, car sa qualité est plus céleste que terrestre. C'est pourquoi il a un désir ardent d'être employé ou de s'en retourner derechef au lieu éthéré de là-haut, d'où aussi bien il est issu.

Quand tu as séparé ce prophète de sa matière qu'il laisse après lui, tu n'as plus aucune opération à entreprendre que comme mes douze clefs t'enseignent par leurs similitudes. Mais dans la matière ou substance qu'il a laissée après lui, tu y dois avoir et trouver l'âme nette et immortelle et puis ensuite le sel de gloire; lesquels tous deux il te faut exalter ou élever par l'esprit pour, par ce moyen, les obtenir afin qu'aucune chose souillée ou contraire ne vienne à y être mêlée. Et cette opération se fait en la même manière que je t'ai enseignée en mes Douze clefs, lorsque je t'ai instruit de tirer l'âme et le sel de l'or par l'eau saturnienne, au lieu de laquelle aussi cet esprit mercuriel spirituel pourrait être employé et mis en usage avec un plus grand avantage et profit. Mais remarque cette différence : c'est qu'il faut que le sel soit exactement tiré aussi avec l'esprit de mercure hors du corps mercuriel en la même façon que l'âme extraite; et, au contraire, le sel de l'or ne s'extrait et acquiert point avec l'eau saturnienne — d'autant qu'elle est trop faible pour le corps ou masse ferme de l'or —, ains avec une eau qui te sera déclarée dans la description des particuliers.

Remarque avec soin cette différence comme grandement importante : c'est que le sel de vitriol n'est pas si fermement serré, ni dans un corps si compact comme se rencontre le corps de l'or. Car le vitriol est un corps encore ouvert et qui n'est pas encore venu à aucune coagulation métallique ni passé par aucune fonte ou feu. Et ainsi un tel corps n'est point encore devenu compact. Partant, son propre esprit peut entrer librement là-dedans, se joindre et s'énamourer avec son semblable, si bien qu'il en peut suivre et être faite une extraction de sel tout à fait blanche comme neige, là où d'autre part, en ce qui est de l'or, il faut qu'un esprit plus tranchant et actif passe à travers icelui pour en détacher son sel, ainsi que tu entendras lorsqu'au même lieu j'en écrirai plus amplement. Or vois, mon ami, qui que tu sois, de quelle inclination je suis porté en ton endroit maintenant et comment j'ai dressé ma bonne volonté vers toi; vers toi, dis-je, qui ne me ferais jamais le semblable. Médite bien et prends justement garde avec combien d'intégrité et de fidélité je tourne et découvre toutes les fermetures et bandes ou barreaux dont toute la science philosophique est formée, garrottée et liée; ce qui auparavant ne fut jamais compris dans le sens et l'esprit d'aucun homme, encore moins expérimenté pour l'œuvre même, ni non plus mis au jour. Et toutefois, rien du tout ne m'y a porté, sinon les dons infinis de Dieu, ma bonne volonté et l'amour du prochain. Et ce que mes ancêtres et prédécesseurs n'ont point fait si parfaitement est demeuré jusqu'à moi sans qu'ils l'aient dit. Lors donc que tu as ainsi séparé tes trois substances ou matières minérales l'une d'avec l'autre et que tu les as mises à part par certaines portions et que tu en as séparé les fèces où elles gisaient cachées, prends garde alors que tu ne perdes rien d'aucune d'icelles par quelque déchet, amoindrissement ou rabais de leur poids. Car si cela était, tu ne pourrais point achever ni parfaire ton œuvre sans dommage et erreur. Partant, garde et retiens toutes tes trois substances, chacune en sa propre quantité, grandeur, poids et qualité pure; autrement ton ouvrage ne parviendra point à aucune fin comme elle doit être désirée.

Et c'est ici le but dans lequel ont erré tant de personnes, voire dont elles ont écrit et rempli tant de livres. Car tout ce qui sort de notre or philosophique et qui s'est départi en trois substances, il faut que tout cela rentre derechef et soit réduit en une seule chose qui est une forme neuve ou une substance amendée et rendue meilleure, et ce, sans déchet ni rapetissement; car il faut que rien n'en soit retranché ou ôté, sinon seulement les fèces terrestres dans lesquelles le sel de gloire a eu sa demeure. Et, partant, fais comme je t'ai enseigné. Joins tes matières, approchant, joignant et accouplant l'esprit à son corps afin qu'un tel corps soit aussi délié et élevé en un esprit ou vertu spirituelle et souveraine. Car en cette conjonction le corps se réduit en esprit et l'esprit se joint et lie avec son corps au profond de son être et substance, de sorte qu'après le changement de toutes les couleurs du monde ces deux substances minérales s'entremêlant et s'insinuant l'une dans l'autre produisent et engendrent un corps blanc comme neige, relevé au-dessus de toute blancheur. Or c'est ici le plus grand secret du monde et un mystère duquel il y a eu parmi les doctes savants et Sages de l'univers tant de disputes depuis le commencement du monde jusqu'à présent, qu'une chose qui se peut toucher et voir puisse être par rétrogradation ramenée en sa première matière, et puis d'une telle première matière être derechef, par la nature qui conduit tout, remise et rétablie en un nouveau et meilleur être clarifié. Et ainsi tu as créé et enfanté au monde la reine de l'honneur et la fille première nouvelle née des philosophes, laquelle, après sa droite et vraie perfection, est appelée l'élixir blanc, de quoi tous les livres sont remplis.

Or quand tu as amené ton travail jusqu'à ce point, tu es digne véritablement et à juste raison d'être reçu en la compagnie des légitimes philosophes et [tu] as fait entrer dans ton jugement plus d'art et de science que n'ont fait tous les autres suffisants qui veulent beaucoup babiller de ces choses cachées et ils n'ont toutefois jamais sondé la moindre connaissance d'icelles. Et, pour ce sujet, tu leur es par bon droit préférable, en telle sorte qu'avec déshonneur et honte, ils ne méritent [rien] sinon d'être assis au bas de tes pieds et de demeurer dans l'obscurité de l'ignorance, tant qu'ils soient rendus participants par la nature de son illumination et clarté.

Mais afin que tu puisses amener et conduire selon les moyens naturels la nouvelle créature philosophique en la vraie et souveraine perfection — après laquelle ton cœur a aspiré de tout temps — par les moyens que nature a permis, souviens-toi que ni l'homme [ni] la bête brute ne se peut tourner ni mouvoir sans une âme vivante et que l'homme perd son âme en cette vie par la mort temporelle et la recommande et sacrifie au Tout-Puissant, qui est celui d'où elle est originairement procédée, et à la miséricorde et mérite de Jésus-Christ. Après la séparation de cette âme, sa demeure qui est son corps reste toute morte puis ensevelie et couverte dans un sépulcre, là où il faut qu'elle pourrisse et devienne en poussière ou en cendre — malheur que nous avons hérité par la chute de nos premiers parents lorsqu'ils étaient dans le jardin du paradis terrestre.

Mais comme après une telle putréfaction nous serons tous ressuscites et viendrons à paraître tout nouveaux et clarifiés, et [que] l'âme qui était sortie de son corps recommencera sa demeure en icelui, ainsi ne se fera plus dorénavant aucune séparation du corps, de l'esprit ni de l'âme, d'autant que l'âme aura trouvé un corps glorifié et, pour ce, l'âme établira avec icelui corps une demeure dans une union si permanente et parfaite que ni le diable ni la mort ne la pourront plus jamais détruire, n'étant plus sujette à aucune corruption. Et c'est ainsi que les hommes qui étaient sujets à la mort demeureront dorénavant à toute éternité semblables aux meilleures et plus excellentes créatures créées de Dieu, ce qui ne peut jamais arriver autrement que par la mortalité ou séparation de l'esprit, de l'âme et du corps, et par leur réunion. Mais prions Dieu qu'il nous octroie une joyeuse résurrection. Or ce grand et haut exemple, lequel est tiré non des pensées humaines, non plus que d'aucune présomption ou suffisance ni de quelque cajolerie mal fondée, mais de la vraie parole de Dieu le créateur — laquelle il nous a déclarée par son prophète Moïse —, te donne à connaître et t'enseigne ce que tu dois maintenant entreprendre avec cette créature nouvellement née, afin que tu puisses moyenner et atteindre à sa droite et parfaite naissance sans aucun manque ni défaut, à la louange du très haut Père de lumière et de miséricorde, duquel toute bonne donation provient et procède; lequel seul nous donne ses bienfaits et nous les octroie par sa grâce comme étant ses fidèles fils et enfants, de quoi nous ne le pouvons suffisamment remercier à cette heure que jusqu'à tant que nous jouissions de la gloire éternelle.

Veux-tu maintenant appuyer comme il faut ton travail et le bien soutenir? Rejoins au nouveau corps anobli son âme que tu as auparavant ôtée, afin que ton compost, étant rempli en sa vertu et en son immense perfection, se puisse faire apparaître en sa perfectionnée force et vigueur. Car alors vient à naître et est né le roi rouge de toute gloire, élevé sur terre dans un être ou substance toute de feu et ayant un corps hautement clarifié par-dessus toute puissance terrienne, hors duquel sourd et provient la fontaine d'or, de l'eau de laquelle si quelqu'un boit, celui-là recevra un renouvellement de force en tous ses membres, et sera en lui renouvelée et réveillée une nouvelle vie, de quoi Dieu doit être éternellement loué et béni.
L'augmentation ou multiplication de ce très grand trésor, ensemble la fermentation d'icelui pour la transmutation des métaux, tout est donné à connaître ainsi que tu as déjà ci-devant pu (le] remarquer quand j'ai écrit de l'or où je dis ce qu'il faut faire. Prends-y donc bien garde, car en cela il n'y a qu'une sorte de manière et de procédure depuis le milieu jusqu'à la fin. Mais toutefois le commencement requiert un changement à cause des deux diverses matières.

A Dieu le Prince éternel des cieux et au trône de grâce Jésus-Christ soient, de bouche et de langue, louange et exaltation du profond du cœur; qu'icelui nous octroie grâce, vertu et bénédiction pour nous servir d'un tel trésor comme il faut, afin qu'après cette vie nous puissions entrer dans le royaume éternel des cieux. De ce que j'ai maintenant mis par écrit cette science, c'est l'amour du prochain qui m'y a porté. Et je n'ai rien avancé que je n'aie plusieurs fois fait et appris par la propre expérience, moyennant l'induction et conduite de la Nature bénigne. Et ainsi je suis devenu un pronostiqueur de toutes les choses naturelles et sais certainement quand ces miens présents écrits viendront à être mis au jour après ma mort, comme aussi ce qui arrivera de tous mes autres livres, pour le sujet desquels il me faudra souffrir et endurer, même dedans mon tombeau, quantité d'étranges jugements; car quelques-uns me condamneront à outrance et me voueront au diable pour avoir écrit si nettement et avec tant de lumière, et même il s'en trouvera d'autres qui ne voudront volontiers revenger entièrement tout à fait ces miens écrits, ains les tiendront et décriront comme fourberie, idolâtrie et œuvres diaboliques, comme déjà il est arrivé avant moi et arrive encore aujourd'hui à d'autres personnes illuminées en la nature. De plus, beaucoup ne croiront jamais cette grande opération du renouvellement de la santé contre tous les défauts et manquements de la nature humaine, non plus que l'amélioration et amendement des métaux et ne se persuaderont aucunement que tous ces beaux et véritables effets se trouvent et rencontrent en la chose du monde si peu estimable en apparence, sur quoi l'homme de fer et sa femme Vénus son épouse, ensemble avec le très resplendissant or, doivent avoir et retenir la supériorité. Ils ne pourront aussi croire que cette chose si abjecte soit amenée et conduite par science et adresse à un profit si immense ni à une si grande perfection; car parce que la science est grande et au contraire que la matière est simple et de peu d'apparence, cela donne tant plus de doute et de défiance.

Mais par la démonstration suivante je veux donner à un chacun un exemple probable par lequel les yeux de ceux qui voyagent en Emmaüs s'ouvriront afin qu'ils puissent connaître que je n'ai écrit aucune fausseté, ains découvert le tout nettement et clairement. Note que la préparation de la pierre philosophale s'enseigner sub modo preparationis vini . Et sache que les Anciens ont pris de la peine pour décrire la préparation de la pierre sous la manière de la distillation du vin et de son esprit, sans y admettre les flegmes étrangers, lequel esprit de vin s'appelle encore pour le jour d'hui chez les communs artistes le vrai et droit esprit secret et caché du vin ou la véritable essence de vin, là où au contraire l'on peut faire voir avec vérité et faire probablement connaître par une subite épreuve qu'un tel prétendu esprit de vin a en soi encore quantité d'aquosités nuisibles et insensibles qui ne sont autre chose que son mercure végétable; car l'esprit de vin qui est de feu est le droit feu et l'âme de vin. Or chaque soufre a son mercure originel caché en soi, combien que chacun selon son être et espèce, les végétaux selon leurs espèces, les animaux aussi selon leurs espèces et les minéraux selon aussi leurs espèces et leurs propriétés. De plus, ils ont ensuite enseigné comment on doit séparer l'esprit et le flegme l'un de l'autre en deux diverses parties, savoir qu'un tel esprit de vin devait être versé sur du tartre calciné à blancheur et puis distillé ou passé par le bec de l'alambic, en laquelle distillation le droit et vrai esprit caché ou essence de vin est séparé et détaché de son mercure végétable, comme je te veux fidèlement et loyalement instruire et enseigner dans mes tours de main. Et de la terre restante au fond de l'alambic, ils ont enseigné de tirer le sel et puis de l'ajouter à l'esprit rectifié, par le moyen de quoi il est fortifié et renforcé en son être ou substance, de sorte, se disent-ils, qu'enfin la pierre des philosophes en peut naître. Mais cela est fortement contraire à l'ordre de Dieu et de la Nature et est aussi peu possible que d'un ouvrage végétable en faire provenir un être animal et que d'un minéral un végétal. Partant, si quelque savant des Anciens a ainsi parlé, il faut conclure que ce n'a été que par similitude, et dire avec vérité que le travail et [la] pratique de la pierre ont été démontrés et en quelque façon compris sous la comparaison de la préparation de l'esprit et essence du vin. Comme donc tout maintenant tu viens d'être enseigné au regard du vin, ainsi notre or — non le commun — peut en même façon, voire par un plus court chemin, être dissous, détaché, séparé et enfin amené à sa première origine.

Mais tu dois savoir que cette solution et séparation n'a jamais été décrite par aucun des anciens sages philosophes qui ont vécu avant moi et qui ont su ce magistère; et s'ils en ont parlé, ce n'a pas été à découvert, mais par énigmes et figures seulement. Que si je fais tout au contraire, apprends que c'est l'amour du prochain qui m'y a mû, lequel amour je porte du plus profond intérieur de mon cœur envers tous ceux qui emporteront l'avantage de ce magistère sans fraude ni mélange de vices, et qui recevront tout ce que je leur offre, avec un cœur fidèle, [une] droite conscience et vraie connaissance en la crainte de Dieu.

Et tu dois ici tout d'abord être informé et tenir pour certain que notre or, tant de fois dénoté et montré, ne doit être entendu et estimé ni cru de pas un de ceux qui sont nos disciples et jeunes écoliers en la connaissance de ce haut mystère, pour être cet or fondu et entièrement recuit par la Nature. Car en ce dernier est cachée la cause de l'erreur, ensemble la dissipation des biens aussi bien que le commencement et la fin de tout ce travail perdu; quoique toutefois il faille avouer que par l'extraction de l'or commun, ainsi aussi que par celle des autres métaux, ce joyau se puisse acquérir avec beaucoup de profit et avantage, tant pour quelques richesses particulières que pour ce qui touche la santé de l'homme, comme il t'a été ci-devant démontré. Il te sera pourtant impossible de faire l'universel du monde d'un tel corps d'or compact et fixe sans l'esprit de mercure, et cela te sera toujours impossible jusqu'à tant que le Créateur de toutes choses distribue d'autres ordres ou moyens plus amples pour changer sa créature selon sa volonté. Or comme cela est impossible et ne se peut faire, ainsi il est impossible d'agir sans la créature de Dieu à son salut et utilité. Tu l'attends avec langueur; cherche-la en cette seule chose que je t'ai dite tant et tant de fois. Et crois-moi en souveraine vérité — laquelle Jésus-Christ est lui-même — que la pierre des philosophes n'est pas si étrange, rare et inconnue, ains elle serait commune et familière à beaucoup de puissants et potentats si Dieu l'avait permis et y eût mis cette disposition qu'elle se peut acquérir de l'or seul et que tous les trois joyaux de l'infinie fixité ou de fermeté vertueuse fussent cachés et enclos dedans l'or, et qu'avec profit et surcroît la pierre en peut être préparée et parfaite.

Mais parce que mon dessein n'est pas d'user de prolixité en ce livre, puisque sans cela un chacun a les yeux ouverts et n'est pas aveuglé pour chercher et pour chasser la Nature qui déjà se fait assez connaître en ce mien livre — car il la peut par vraie illumination et jugement ou entendement solide fort bien concevoir en son esprit pour sonder son dessein, pour commander à ses mains qu'elles ne passent pas négligemment par-dessus les choses les plus importantes et qu'elles ne les jettent pas au loin par mépris, et pour ne pas donner le prix aux choses inutiles en les prenant et s'en servant comme aveugle, en tombant par ce moyen et se précipitant dans la fosse multipliquement profonde — je te veux produire et prouver la vérité, te considérant comme [un] disciple qui apprend, qui aime l'art et la science, qui désire retrancher toute fausse opinion, qui veut être un vrai disciple propagateur et imitateur et enfin qui a assez de cœur pour n'agir qu'avec honneur et vérité. Je te veux, dis-je, prouver la vérité par cette pure et claire preuve qui suit, et te dis ici par ce discours en vérité de toute vérité que tu peux dissoudre et ramener en sa première matière, par une voie tout à fait courte, notre or qui est celui qui a été ramassé dans un corps minéral par la nature. Ce qui se fait ainsi. Prends l'esprit minéral que tu sais bien, qui est l'or des secrets philosophiques dans lequel notre mercure, soufre et sel sont enclos. Verse-le sur du tartre calciné à blancheur, peu à peu ou goutte à goutte, car ces deux matières contraires bruiront fort. Laisse-les reposer l'une avec l'autre si longtemps que leur dispute et débat soit cessé et que notre or se soit caché et rendu invisible dans le champ végétal ou dans le ventre de la pierre du vin qui est le tartre susdit; et alors couvre ton alambic de sa chape et [de son] récipient bien fermés et lûtes. Et puis distille premièrement au bain, doucement et lentement, en après plus fort et avec bon feu, et s'envolera l'oiseau d'Hermès, lequel est volatil et fuyant, c'est à savoir en se retirant de notre or par une telle distillation ou sublimation, et [il] s'en ira seoir sur les hauts chevrons ou pinacles du temple pour contempler alentour de soi en quelle part il veut aller; mais il se logera incontinent dans le récipient, lequel doit être net et grandement sec. Et quand tu apercevras qu'il commence à voler lentement, alors prends ton alambic et, l'ayant retiré hors du bain, mets-le dans les cendres chaudes; donne-lui du feu plus fort et l'oiseau volera plus rapidement et plus précipitamment; tiens ce feu de cendres si longtemps qu'il s'en soit tout envolé et que le dragon rouge cache sa rougeur sous une couleur rouge qui veut venir en suite d'une fumée blanche ou autrement sous une vapeur aigre, brûlante, nubileusement rouge; quand donc ce dragon veut commencer à suivre après son volage frère, alors cesse de faire du feu.

Après, quand toutes les gouttes sont tombées hors de la chape, prends garde et serre toute l'eau que tu trouveras dans le récipient comme un trésor décacheté des arcanes secrets; car par cette voie tu as atteint la science, [le] jugement et [la] sagesse, ensemble le fondement et le désir de tous les philosophes, et par le moyen de cette brève et prudente preuve tu as aperçu en quoi consiste cette connaissance et où c'est qu'il faut chercher, trouver et rencontrer cette eau philosophique; laquelle n'est pas à estimer comme une eau simple et commune, mais c'est la vraie eau infaillible du ciel dont j'ai écrit parfois au commencement en tant de mes écrits si souvent répétés; laquelle eau s'épand et provient par une manière spirituelle des vertus du ciel ici-bas en terre et est celle qui commence, finit et accomplit la naissance et perfection de tous les métaux; à cause de quoi une telle eau a été nommée par les Anciens, mercure; et moi je l'appelle esprit de mercure.

Si maintenant tu procèdes et agis comme il faut en ton travail et que tu saches repaître et abreuver cet oiseau avec du soufre et du sel de métal, tu viendras à la fin d'un grand ouvrage qui ne sera pas beaucoup dissemblable à la grande pierre des philosophes. De plus, cet esprit de mercure te fournira et te rapportera dans les particuliers d'indicibles avantages et plusieurs bons événements. Mais il faut que tu saches et sois averti que ce que je viens de dire n'est pas la vraie et droite solution des philosophes, mais une telle qui seulement fait dans les particuliers ce qui est de son devoir avec toutefois étonnement, et est ensemble un miroir où l'on voit reluire et paraître notre mercure, notre soleil et lune, par où l'on peut montrer en un instant et prouver à l'incrédule Thomas l'aveuglement de son ignorance crasse. Mais la droite solution des trois premières substances maîtresses et autorisantes, je te l'ai rapportée et décrite dès le commencement : elle ne s'expédie pas si promptement, ains demande du temps et de la patience et une diligente assiduité pour d'un en faire trois. Ce qui se fait seulement par et en soi-même sans aucun mélange de choses étranges, sinon de ce qui est seulement caché et gisant dans cette chose; car la fontaine de salut et de santé, l'âme de l'illumination et le sel du corps glorifié est tout et seulement en cette unique chose provenue d'un, de deux et de trois et est une, deux et trois qui doivent revenir à une seule et unique matière; ce qui est la vertu aurée de tous métaux, élevée au-dessus de toute puissance par le moyen de l'aigle et corps blanc, lesquels ne se trouvent point tous ensemble en pas une chose qu'en celle-ci seulement, ou en ce qui lui est de plus près et allié. Cette chose est tenue en fort haut honneur par les Sages, savants et entendus, mais mésestimée et honteusement traitée par les aveugles ignorants. Mais celui à qui les yeux sont une fois ouverts s'arrête très volontiers ensuite à la seule vérité et devient si désireux de cacher la matière et de la taire en présence des méchants que, nuit et jour, il rumine et pense aux moyens comment il pourra cacher cette matière aux méchants et indignes. Ainsi je conclus par là mon troisième livre ou ma troisième partie.

Mais avant que je commence le quatrième livre des particuliers, je veux nécessairement faire quelque mention du vitriol, du soufre et de l'aimant des Sages philosophes. Tu dois donc savoir, mon ami, tout maintenant que ma présente description touchant l'essence du vitriol consiste proprement en l'expérience des plus relevés et plus grands hommes, le triomphe et [la] victoire de tous, lesquels et la science héritée depuis le plus ancien jusqu'à moi et puis parvenue jusqu'à toi se rencontrent et retrouvent en leur éclat dans l'excellente famille de ce précieux minéral. Lequel se trouve caché dans la terre à la façon et ressemblance d'un certain sel minéral qu'on nomme vitriol, duquel on se sert ordinairement pour la teinture de plusieurs draps, étant difficile de s'en passer, car il atteint, aborde, mord et perce à travers les étoffes par sa corrosiveté et morsure transcendante et aiguë; lequel minéral ou sel vitriolique est distingué d'avec toute sorte d'autres sels en ce qui touche ses qualités et propriétés; car ce sel minéral est grandement merveilleux et d'une propriété grandement brûlante et de feu, comme témoigne très bien son esprit, lequel est double en lui dans sa nature; ce qui est comme un miracle naturel, car il ne se trouve point deux esprits en aucun des autres sels; partant, ce sel vitriolique est comme un hermaphrodite entre les autres sortes de sels. Cet esprit est blanc ou rouge, comme on le demande ou comme on le veut avoir. Il fait beaucoup dans la médecine et a des effets qui sont incroyables et peut exécuter grande chose.

Mais ce sel vitriolique contient en soi un soufre brûlant dont sont privées toutes les autres sortes de sels. C'est pourquoi, comme je viens de faire mention, il a aussi un bien plus grand effet et peut beaucoup plus opérer et agir que d'autres sels, et même pénétrer dans les corps métalliques pour la transmutation; car il aide et sert non seulement à les ouvrir, mais leur donne aussi puissance pour opérer sur d'autres et à en faire ou produire des fruits plus excellents et ce, par sa chaleur intrinsèque ou son ardeur intérieure. Quand on sépare les substances du vitriol par le moyen du feu, lors va, passe ou monte en premier lieu l'esprit en forme ou fumée blanche. En après sort l'esprit de qualité rouge; et dans la terre qui reste se trouve en dernier lieu le sel qui peut aiguiser son mercure, lequel avait été chassé dehors, et même aussi son soufre lorsqu'ils sont conjoints tous ensemble. Mais ce qui demeure après l'extraction du sel est une terre morte et qui n'a plus aucune vertu ni efficace. Que cela te suffise maintenant, toi qui désires acquérir entendement et science. Regarde et prends justement garde à ce que le Créateur a permis d'être représenté devant tes yeux dans la nature de trois substances qui te sont maintenant évidentes et apparentes.

Mais sache que comme tu trouves dans le corps entier du vitriol trois choses différentes, qui sont l'esprit, l'huile et le sel, tu as pareillement dans son propre esprit — qui a été chassé et poussé hors de la matière sans aucun mélange de l'huile qui doit passer avec lui—, c'est-à-dire dans sa fumée blanche, trois diverses choses que tu en peux extraire qui ne paraissent autrement à l'œil que comme auparavant dans le corps entier du vitriol, qui ne doit être reconnu et tenu que pour un miroir de la science philosophique présenté aux yeux des hommes.

Si donc tu as bien et adroitement séparé du vitriol un tel esprit blanc ou fumée blanche, tu as en icelui derechef trois principes, desquels seuls — toute adustion exceptée — la pierre des philosophes a été uniquement et seulement faite depuis le commencement du monde jusqu'à maintenant. Car de cet esprit bien produit tu as sujet d'en attendre de nouveau, premièrement un esprit blanc, de forme claire et transparente, puis une huile de qualité rouge et, ensuite de ces deux, un sel cristallin. Lesquelles trois substances après leur droite mixtion n'enfantent autre chose que la grande pierre des philosophes; car l'esprit blanc de forme transparente est uniquement et seulement le mercure de tous les philosophes; mais l'huile rouge est l'âme, et le sel est le vrai corps aimantique ou magnétique, ainsi que je t'ai ci-devant instruit au long. Et comme maintenant la vraie teinture aurée et argentine est mise au jour quand elle est tirée hors de l'esprit de vitriol, ainsi de son huile rouge se peut réciproquement faire une teinture cuivrée spécifique. Partant, ces deux teintures sont distinguées l'une de l'autre par une grande différence et dissemblance et sont bien éloignées en vertu au regard du centre, nonobstant qu'elles habitent en un même corps et possèdent un même logement et une seule hostellerie. Mais il n'importe; car le Créateur a ainsi voulu et ordonné que ces teintures fussent cachées à cause de ceux qui sont indignes de les connaître : ce qu'il te faut soigneusement remarquer et bien méditer si tu veux être un disciple philosophe et vrai imitateur de ce qui t'a été enseigné, car en cette connaissance gît enclose et cachée la visée et le but de toute perfection; autrement l'on sera accablé du faix et [de la] lourde pesanteur d'une grande et irréprochable erreur, puisque même la sagesse du monde ne peut pas comprendre comment il se peut faire que l'esprit blanc du vitriol et son huile suivante ou subséquente diffèrent l'un de l'autre de tant de force et de vertu.

Touchant les qualités et propriétés de ces deux matières du vitriol, apprends que purement et simplement de l'esprit droitement détaché et amené en ses trois principes n'en peut venir seulement que de l'or et de l'argent; mais de l'huile, rien que du cuivre, comme tu trouveras en l'épreuve démonstrative. Mais apprends en outre, touchant cet esprit de vitriol, qu'en son huile qui demeure après lui, le cuivre ou le fer s'y rencontre et que là où l'un de ces deux se retrouve, la semence de l'or d'ordinaire n'en est pas loin; comme aussi pareillement où la semence de l'or se rencontre, le fer et le cuivre n'en sont pas éloignés, à cause de leur amour et vertu aimantine attractive, à laquelle comme esprits colorés ils se portent continuellement ensemble d'une manière invisible. Et pour ce, Vénus et Mars surpassent en couleur tous les autres métaux et sont teints d'une teinture d'or beaucoup plus abondamment qu'eux; car en ces deux métaux se trouve plus tôt et en bien plus grande abondance la racine de la couleur et teinture rouge que non pas en l'or même, comme mes autres livres démontrent et enseignent plus amplement; lesquelles propriétés tingentes se trouvent amplement dans les mines, principalement du vitriol qui surpasse de bien loin la vertu des métaux que je viens de citer, parce que son esprit est tout or et toute rougeur ou une teinture non cuite ou, si vous voulez encore, toute crue; car je te dis en vérité, laquelle Dieu est lui-même, que ceci ne se trouvera point autrement. Or il faut qu'un tel esprit, comme il a été dit ci-devant, soit divisé en certaines parties diverses et différentes, comme en un esprit, en une âme et en un corps. L'esprit est l'eau des philosophes, l'âme est le soufre et le corps est le sel; lesquels, encore bien qu'ils soient visiblement séparés l'un de l'autre, toutefois, pour ce qu'ils se portent une grande amitié invariable et inévitable, ils ne peuvent jamais être séparés radicalement, comme il se verra clairement en la composition qui ensuivra ci-après. Car, à cause des divers mélanges de ces substances, l'une reçoit la vertu de l'autre facilement et volontiers et, comme un aimant, l'attire à soi avec désir et avidité; et toutes enfin se réduisent par leur conjonction et union en une seule substance rendue meilleure qu'elles n'étaient durant leur déliaison et séparation.

Ce que je viens de dire est le commencement, le milieu et la fin ou le but de toute la science philosophique en laquelle a été trouvée et inventée richesse et santé avec longueur de vie. Et l'on pourrait dire plus facilement et prouver par l'effet même que cet esprit est une essence et un être de vitriol, vu que tant l'esprit que l'huile se distinguent et discernent de loin; car ils n'ont jamais été unis en la racine vitriolique, puisque l'esprit s'en sépare premièrement et puis, après l'esprit, vient l'huile; en sorte que chacun d'iceux se peut acquérir et recevoir séparément. Et cet esprit de feu pourrait beaucoup plus proprement être nommé une essence, un soufre et une substance de l'or, vu qu'il se trouve tel en sa qualité [et] propriété aurée; et quoiqu'il soit esprit, il se trouve toutefois caché et gisant dans le corps du vitriol. Or cette eau ou cet esprit d'or, qui est chassé et poussé hors du vitriol, a son soufre et son aimant contenu dedans lui. Son soufre est l'âme et feu brûlant, toutefois non consumant; mais l'aimant est son propre sel, lequel sel en la réunion et assemblage desdites substances retient dedans soi le soufre et le mercure, et [ils] s'unissent si étroitement tous ensemble que ni la joie ni le trouble ne les peuvent rendre en aucune façon séparables. Premièrement, dans cet esprit de mercure, non grandement cuit et par conséquent presque tout cru, est délié et extrait un esprit par une chaleur douce et non âpre. Après, avec cet esprit ainsi délivré, se tire et s'extrait, suivant l'art et la manière aimantine, l'âme sulfurique. Ce qu'étant fait, alors le sel se trouve fourré et caché dans la terre d'où il est tiré dehors en la même façon avec l'esprit mercuriel comme avec son propre aimant. Ainsi l'un est toujours l'aimant de l'autre et [ils] s'entreportent un tel amour qu'on ne saurait s'en imaginer un plus grand. Et, en cette opération, le dernier et celui du milieu sont extraits par le premier, comme ainsi soit qu'ils sont nés en la même façon, d'où semblablement ils ont leur premier être et origine. En cette séparation et déliaison c'est l'esprit ou mercure qui est le premier aimant, témoignant sa vertu aimantine envers le soufre et les âmes qu'il attire et fait venir à soi comme étant leur aimant. Puis cet esprit étant derechef absous et rendu libre, c'est-à-dire détaché de l'âme par le moyen de la distillation, il reprend de nouveau sa vertu aimantine envers le sel qu'il retire secondement à soi hors de la terre morte, de sorte qu'après la séparation de l'esprit le sel paraît et est trouvé dans sa pureté. Mais quand on a continué l'opération et procédure jusqu'à la fin et qu'on a bien observé les règles et les mesures, on entreprend et en vient à la composition. L'on met donc l'esprit et le sel cuire ensemble dans le fourneau philosophique et alors l'on voit toute la manière par laquelle cet esprit céleste agit et travaille magnétiquement pour attirer à lui son propre sel; car il le dissout et délie dans le temps de quarante jours, de sorte qu'il devient tout semblable à une eau, ainsi que l'esprit est lui-même et comme semblablement ledit sel l'a été avant sa coagulation, dans laquelle solution et destruction paraît lors la plus grande et épaisse noirceur et obscurité qui jamais ait été vue sur la terre. Mais lorsque après le changement de cette noirceur il apparaît une couleur blanche luisante et resplendissante, le jeu se trouve bien renversé; car le sel qui venait d'être délié et était naguère coulant et aqueux se transforme maintenant en une matière sèche et en un aimant qui, dans cette solution et altération, empoigne son propre esprit, qui est l'esprit de mercure, et le tire à soi, à la façon d'un aimant par sa force et vertu, et le cache et met à couvert dans son ventre sous la forme d'un corps sec, clair et beau. Et ainsi ce sel porte l'esprit quand et lui par une vraie union dans la plus haute coagulation et la plus constante fixité qu'on puisse dire et ce, par la seule continuation modérée du feu et degré tempéré d'icelui. Quand donc le roi de la couronne blanche est né de la sorte et que l'épuisement de toute l'humidité a été parachevé et mis ou rendu dans une condition de parfaite siccité et fixité, il ne paraît rien autre chose que de la terre et de l'eau, dans lesquels les autres éléments sont insensiblement cachés, quoique ces deux premiers éléments retiennent le dessus ou la domination. Et combien que l'esprit soit demeuré terre et ne puisse jamais plus être vu en sa forme aquatique, il ne laisse pas dans ce double corps nouveau-né de demeurer encore en sa vertu et propriété aimantine, car aussitôt qu'après sa fermeté blanche son âme, qui lui avait été ôtée et réservée, lui est rendue et ajoutée, il la tire encore une fois à lui comme un aimant et se joint, unit et lie avec icelle, tellement qu'ils viennent tous à être élevés en la plus haute couleur et rougeur du monde, avec clarté et lumière transparente, pure et nette. Voilà comme tu as brièvement une claire instruction au sujet du vitriol, soufre et aimant. Prie Dieu qu'il te fasse la grâce d'entendre tout comme il faut, use[s-]en dignement et n'oublie pas ton pauvre prochain.

Pour conclure ce mien discours, j'en veux faire encore dépendre ceci en peu de paroles, te mettant devant les yeux une preuve naturelle avec laquelle tu pourras incontinent renverser par terre le suffisant qui prétend être sage et lui arracher sa lance ou bouclier. Regarde donc maintenant et sache que l'on peut faire un vitriol particulier de chacun de tous les métaux, mais entre autres et surtout de Mars et de Vénus, qui toutefois sont des métaux tout à fait durs et approchant des fixes. Voilà une réduction d'un métal en un minéral, car les minéraux deviennent métaux; aussi ont été tous les métaux premièrement minéraux. Partant, les minéraux sont [la] prochaine matière des métaux et non toutefois la première. Apprends aussi que plusieurs autres réductions se peuvent faire du vitriol, comme d'en chasser un esprit par la vertu du feu; puis quand cet esprit a été chassé, c'est donc une réduction d'un minéral en une essence spirituelle, car chaque esprit minéral retient dans sa réduction la propriété métallique. Mais pourtant cet esprit n'est point encore la première matière des métaux. Qui voudrait maintenant être si grossier et absurde de ne pouvoir entendre ni croire plus avant que, par ces réductions et versions, cet esprit minéral ne puisse aussi parvenir et être réduit à la première matière et finalement être la semence de tous les métaux et même de tous les minéraux, combien qu'il ne soit pas de besoin de détruire les métaux puisque dans les minéraux on y trouve leurs semences toutes nues et figées; lesquelles semences minérales en sont facilement extraites pour s'en servir à la réduction des métaux. Ah! Dieu éternel! que pensent ou que peuvent bien penser ces gens qui sont aveugles et insensés ? Hé! c'est un travail entièrement facile et pour même un enfant. L'un provient et procède de l'autre, tout de même comme du bon blé qui enfin se peut cuire facilement en pain. Mais le monde est aveugle et le sera jusqu'à la fin. Ainsi je veux m'abstenir d'écrire davantage et je te recommande au Souverain.


QuatrIÈME LIVRE

Le dernier Testament de frère Basile Valentin de l'ordre de Saint-Benoît ou les opérations et tours de
main par lesquels est enseigné comment les métaux et minéraux se peuvent utilement préparer.




P
renez une partie de pur et fin or fondu et passé trois fois par l'antimoine et six parties de vif-argent purifié et passé auparavant par le cuir. Faites-en un amalgame et y broyez du soufre commun deux fois autant pesant que l'amalgame. Mettez ce mélange dans un test de pot de terre sous un moufle, le remuant doucement et continuellement avec une verge de fer courbée; et prenez garde qu'il ne s'échauffe pas trop, [de] crainte que la matière ne se lie ou ne se tienne trop compacte; et remuez tant que l'or se réduise en chaux comme une belle poudre ou fleur jaune. Et alors vous aurez une chaux d'or bien préparée.

Après, prenez salpêtre et sel armoniac, de chacun une partie, et les mêlez avec une demie-partie de cailloux, le tout en poudre subtile, et les distillez en une eau qui en distillera très forte. Mais sachez que pour faire cette eau forte, il est requis une grande industrie et application de main particulière, car autrement elle ne réussirait pas bien qu'avec un grand danger. Celui qui est exercé et expérimenté aux opérations chimiques devrait sans doute trouver la méthode de cette distillation sans mon instruction, car elle est assez facile à comprendre et il n'est pas à propos de déclarer toutes choses clairement et nettement aux lourdauds et ignorants qui n'ont pris aucune peine, par leurs travaux et sueurs, en l'exercice de la chimie. Mais toutefois, parce que j'ai promis, et ce plus d'une fois, que je ne cacherai rien de l'opération manuelle, c'est pourquoi je vous enseignerai entièrement de tout ce qu'il faut faire. Prenez donc une bonne cornue lutée qui puisse retenir les esprits et ne soit point poreuse, ayant la même figure que les cornues vulgaires, excepté qu'il faut en la partie supérieure de son dos un canal droit élevé, long d'un bon empan et large en telle sorte qu'il contienne le circuit de deux doigts tout autour. Mettez-la dans le fourneau distillatoire, et que ce fourneau demeure ouvert par en haut et que le canal qui est sur le dos de la cornue soit tout droit élevé. Adaptez à cette cornue un grand récipient, lequel soit fermement luté. Puis faites du feu dessous qui soit premièrement doux, puis plus fort jusqu'à ce que la cornue commence à rougir. Alors prenez une cuillerée de votre matière mélangée; versez-la dans la cornue par le canal que [vous] boucherez vitement avec un linge mouillé. Lors les esprits viennent vitement avec bruit dans le récipient; et quand ces esprits seront rassis, versez-y une autre cuillerée de matière, et continuez ainsi tant que la matière soit toute distillée. Laisser bien rasseoir tous les esprits jusqu'à ce qu'ils soient réduits en eau. Et ainsi vous aurez une eau dissolvante, grandement forte, qu'on appelle eau de géhenne, par le moyen de laquelle la chaux d'or préparée et même l'or cru en lamines est dissous en un moment en une dissolution jaune, belle et épaisse, comme j'ai fait mention ci-devant au troisième livre; et notez que cette eau n'est autre que celle même dont je vous ai instruit en ma deuxième clef. Cette eau a cette propriété et vertu non seulement de dissoudre efficacement l'or, mais aussi de le rendre volatil et de le faire passer par l'alambic. Et alors l'on peut extraire l'âme de l'or hors de son corps ainsi rompu, ouvert et fracassé.

Mais sachez que le sel commun donne le même esprit que le sel armoniac, pourvu qu'il soit poussé comme je vous enseignerai ci-après. Et si vous prenez trois parties de cet esprit de sel et que vous y ajoutiez une partie d'esprit de nitre, alors vous aurez une eau d'une plus grande vertu et beaucoup meilleure que ladite eau de sel armoniac; car cet esprit dissout l'or bien plus promptement et n'est pas si corrosif que celui du sel armoniac, faisant passer l'or ainsi dissous par l'alambic en le rendant volatil et plus disposé pour laisser extraire son âme. Partant, servez-vous de l'une ou de l'autre de ces deux eaux, comme il vous plaira de choisir, en prenant celle-là qui vous sera le plus facile à faire.

Maintenant, prenez, de votre chaux d'or préparée, une partie et, de l'une ou de l'autre eau, trois parties. Mettez-le tout dans une cucurbite couverte de sa chape bien fermement lutée et tenez-la sur cendres chaudes, y laissant dissoudre l'or. Retirez doucement la dissolution et versez sur ce qui ne sera point dissous trois fois autant de votre eau, continuant ainsi tant que tout votre or soit dissous; laisser refroidir et séparez les fèces; puis versez toutes vos dissolutions dans une cucurbite nette et lutée de son alambic ou chape. Laissez digérer au bain-marie à lente chaleur l'espace d'un jour et d'une nuit. Si une dissolution fait des fèces, séparez-les comme ci-devant, puis remettez-la digérer au bain-marie par neuf jours et neuf nuits. Après, distillez doucement l'eau jusqu'à ce que votre dissolution demeure en consistance d'huile dedans la cucurbite. Renversez l'eau que [vous] venez de distiller sur votre dissolution et continuez cette distillation et reversement d'eau tant qu'elle sorte ou distille faible, insipide et sans forces. Mais il faut que les vaisseaux soient toujours bien lûtes.

Enfin mettez sur votre dissolution, qui est en consistance d'huile, de nouvelle eau qui n'ait point encore été employée, et la digérez bien fermée par un jour et une nuit; puis mettez votre alambic dans le sable et distillez aussi cette eau jusqu'à consistance épaisse comme auparavant. Puis, ayant chauffé l'eau que [vous] venez de distiller, remettez-la sur votre dissolution dans l'alambic que [vous] reluterez bien. Puis distillez en continuant à distiller, et remettez l'eau sur la dissolution tant que tout votre or soit passé en liqueur par l'alambic. Prenez garde toutefois qu'à chaque distillation vous donniez toujours le feu plus fort d'un degré. Quand donc votre or sera tout passé en eau, alors distillez au bain-marie fort lentement le flegme jusqu'à consistance d'huile épaisse, puis mettez la cucurbite en lieu frais et il s'y formera des cristaux transparents qui sont le vrai vitriol de l'or que vous retirerez et mettrez à part, et [vous] redistillerez au bain-marie le reste de la dissolution restante, jusqu'à consistance assez épaisse que [vous] remettrez en lieu frais pour laisser se former des cristaux en quantité. Continuez la distillation ou évaporation de la dissolution restante, jusqu'à ce qu'il ne se forme plus aucun cristal. Prenez tous ces cristaux d'or et les mettez dissoudre dans de l'eau commune distillée, puis y ajoutez du vif-argent bien purgé, trois fois autant que pèsent les cristaux ou vitriol d'or; remuez et agitez le tout durant quelque temps. Plusieurs, couleurs apparaîtront, et l'or tombera au fond en amalgame et l'eau s'éclaircira. Faites évaporer doucement cet amalgame dans un tais de pot, en le remuant toujours avec un fil de fer, et il vous restera une belle poudre d'or de couleur de pourpre et d'un beau rouge comme écarlate; laquelle poudre se dissout incontinent dans le vinaigre distillé en une couleur rouge comme sang. Quand vous aurez cette poudre il faut que vous en tiriez sa teinture ou son âme avec l'esprit de vin préparé par le moyen de l'esprit de sel commun, en sorte que tous les deux soient changés et convertis en grande douceur, ce qui est un artifice de grande conséquence en cette opération; et par ce moyen vous aurez la teinture de l'or aussi haute en couleur qu'un rubis transparent. Et le reste de l'or demeure en un corps blanc qui ne peut plus donner ni communiquer de teinture à aucun esprit de vin.

Mais notez que cet esprit de vin acué par celui du sel ne saurait être bien fait sans une instruction ou enseignement particulier. Et si cet esprit n'est doux, il ne fera rien qui vaille en cette opération et ne pourra extraire de teinture. C'est pourquoi je vous enseignerai ici, selon ma promesse, comme un mystère, ce qu'il faut que vous fassiez pour acquérir un doux esprit de sel. Mais prenez garde de bien procéder en son opération ou préparation, car il requiert une subtile application de main et un artiste fort expert. Autrement cet esprit mal préparé n'attirerait qu'une couleur verte ou faible au lieu d'une couleur rouge. Remarquez donc diligemment la préparation suivante.

Prenez d'excellent esprit de sel bien déflegmé et privé de toute aquosité, et que cet esprit de sel soit extrait et tiré en la manière et façon que je vous enseignerai à la fin de ma dernière partie. Prenez donc de cet esprit de sel, une partie; joignez-y demie-partie d'esprit de vin très bon et souverainement bien rectifié, qui ne contienne en soi aucun flegme ni aucun mercure végétable; mais qu'il soit un pur soufre de vin, lequel soit aussi préparé ainsi que je vous montrerai en ma dernière partie. Le tout étant mis dans une cucurbite, lutez-la bien avec sa chape et récipient. Distillez tout ensemble à feu assez fort, en telle sorte qu'il ne demeure rien au fond de la cucurbite. Prenez tout ce qui a distillé et le pesez et y joignez derechef la moitié de son poids d'esprit de vin, et distillez comme auparavant le tout à plus fort feu. Peser encore et faites ainsi jusqu'à trois fois, et à chaque fois distillez-le plus fort. Puis mettez toute votre distillation, dans une cucurbite bien fermée et lutée, en putréfaction par quinze jours ou tant que le tout soit devenu tout à fait doux par une très lente chaleur du bain-marie. Et ainsi l'esprit de sel est préparé par celui du vin et a perdu sa saveur âcre, tellement qu'il est propre pour tirer sa teinture de l'or.

Prenez maintenant votre poudre d'or qui est préparée en couleur de pourpre rouge comme un rubis et y versez de votre esprit de sel adouci par l'esprit de vin, et qu'il surnage de deux travers de doigt. Digérer à lente chaleur jusqu'à ce que l'esprit de sel devienne teint d'une couleur fort rouge; alors retirez par inclination cet esprit teint et en remettez d'autre sur votre or. Lutez bien le vaisseau et digérez comme auparavant à chaleur lente tant que l'esprit soit teint bien rouge, et continuez ainsi tant que la couleur ou la teinture de l'or soit toute extraite et que le corps de l'or demeure entièrement blanc au fond de l'alambic en façon de chaux vive. Mettez à part cet or blanc, car il contient en soi le sel de l'or, lequel a beaucoup de puissance et de vertu en la médecine, comme il sera dit ci-après.

Maintenant, prenez tous vos esprits teints et les distillez ensemble à très lente chaleur au bain-marie pour en séparer le flegme, et vous trouverez au fond de l'alambic une poudre fort rouge, belle et agréable, qui est la vraie teinture ou soufre de l'or pour la santé de l'homme. Adoucissez bien cette teinture d'or avec de l'eau de pluie, et ainsi elle deviendra fort belle, subtile et délicate. Prenez alors ce soufre d'or et aussi autant de soufre de Mars extrait comme je vous enseignerai incontinent ci-après lorsque je parlerais du Mars. Broyez ces deux soufres ensemble et les mettez dans un alambic bien net. Versez autant d'esprit de mercure — la procédure ou opération duquel je vous ai enseignée en la troisième partie ou livre de ce mien testament, et que je vous ai priés de tenir secrète en grande conscience, voire même sur votre âme, salut et béatitude — et qu'il surnage de deux doigts afin que les matières s'y puissent dissoudre; et laissez-les dissoudre à doux feu tant qu'on ne voie plus rien au fond et que votre matière soit toute changée en eau d'or de la couleur d'un rubis. Distillez le tout ainsi conjoint et il sera une seule chose, comme il était venu ou engendré d'une seule chose. Conservez votre matière en vaisseau bien clos afin que rien ne s'évapore. Puis y ajoutez six fois autant pesant de chaux de lune pure et de coupelle, laquelle ait été précipitée avec du sel commun net, et puis adoucie et desséchée. Ce mélange étant mis dans un vaisseau très bien luté, fixez-le par le feu jusqu'à ce que rien ne monte plus, mais que le tout demeure fixe au fond du vaisseau. Alors prenez cette matière fixe et la faites fondre dans un creuset dans un fourneau à venta fort feu tant qu'elle soit très bien fondue. Et ainsi vous avez conjoint l'époux avec l'épouse qui seront convertis en or d'un sublime degré. Dont vous rendrez à Dieu des grâces immortelles.

Maintenant, il ne sera pas hors de propos que je dise ici, en instruisant mon disciple, que cette opération est d'une grande utilité, qu'il est requis un grand artifice pour la bien faire et pour extraire comme il faut cette âme ou soufre de l'or, le faisant paraître en sa perfection; puis comment il le faut rendre potable afin qu'il donne à l'homme une grande santé, force et vertu, à quoi appartient aussi le sel de l'or qui y est grandement utile et efficace, et comment cela se doit parachever. Partant, j'en ferai mention en mon dernier livre. Ici donc je me contenterai de vous enseigner seulement ce qu'il faut que vous fassiez pour diviser le corps blanc de l'or, afin que vous en tiriez son sel et son vif-argent.

En voici la pratique : prenez le corps de l'or, après que vous en avez tiré son âme, et le réverbérez doucement par [une] demi-heure, en sorte qu'il devienne plus corporel ou compact. Après, versez dessus icelui sel réverbéré de l'eau de miel bien rectifiée, forte et corrosive. Digérez à petite chaleur l'espace de dix jours, et cette eau ou esprit de miel attirera à soi le sel de votre or. Et quand tout ledit sel sera extrait, distillez au bain-marie tout l'esprit, et le sel d'or vous restera au fond de l'alambic. Adoucissez bien ce sel avec de l'eau commune distillée, que vous distillerez dessus icelui en y remettant de nouvelle [eau] par des distillations réitérées, tant qu'il soit bien adouci. Puis clarifiez-le avec de l'esprit de vin. Et alors vous aurez le sel d'or, duquel vous saurez en son lieu ses vertus excellentes et puissantes pour la médecine du corps humain.

Prenez la matière qui vous reste après que l'eau de miel a extrait le sel. Versez sur cette matière de l'esprit de tartre, lequel esprit sera décrit pour le bien faire ci-après, parce qu'il est digne et excellent pour la médecine. Digérez-les ensemble l'espace d'un mois, puis poussez le tout par une cornue de verre dans de l'eau froide. Et vous aurez l'argent-vif de l'or courant, lequel plusieurs savants cherchent, mais vainement. Sachez que d'ailleurs la Nature contient en soi d'autres merveilles. C'est que le corps blanc de l'or qui a été dépouillé de son âme peut derechef être teint et réduit en très pur or, ce qui est un secret connu de peu de monde. Je veux toutefois vous l'enseigner et révéler afin que vous puissiez dire que je vous ai laissé une œuvre entière et parfaite, laquelle je vous déclare au nom du Créateur.

Vous aurez sans doute observé et retenu secrètement en votre cœur ce que je vous ai dit de la pierre universelle des philosophes avec vérité infaillible en mon troisième livre, là où je vous ai enseigné, sous un étroit silence, que cette pierre universelle gît et consiste seulement dans l'esprit blanc du vitriol et que tous les trois principes ne se peuvent point trouver ailleurs qu'en ce seul esprit blanc duquel il les faut tirer et extraire, et réduire un chacun d'iceux en un certain ordre ou état. Afin donc que vous donniez la teinture au corps blanc de l'or qui vous est resté et que vous le réduisiez derechef en or pour ne rien perdre, prenez pour ce sujet le soufre des philosophes, lequel suivant son ordre est le second principe qui a été extrait par l'esprit de mercure. Versez d'icelui soufre sur le corps blanc du roi. Digérez au bain-marie par l'espace d'un mois, puis fixez le tout au feu de cendres et enfin au feu de sable, jusqu'à ce qu'il vous apparaisse une poudre brune fixe; laquelle vous ferez fondre avec un bon fondant fait de plomb, et elle se fondra ou liquéfiera en bon or aussi pur qu'il était auparavant, sans qu'il soit diminué de couleur et vertu ni qu'il y ait rien à redire.

Mais notez que, pour faire l'opération dont il est ici question, il ne faut pas que le corps blanc de l'or soit dépouillé de son sel dont j'ai fait mention en la Répétition de mes Douze clefs où je vous renvoie.

De plus, l'on peut par un autre moyen faire de l'or un vitriol très beau et transparent dont voici la pratique qui suit.

Prenez de bonne eau régale faite par le sel armoniac, une livre. Cette eau régale se fait ainsi. Ayez une livre de bonne eau forte commune et y mettez dissoudre quatre onces de sel armoniac, et ce sera eau régale; laquelle vous rectifierez tant de fois qu'elle ne laisse plus aucunes fèces au fond de l'alambic et qu'elle monte ou distille belle et claire. Prenez puis après de l'or en feuilles déliées, lequel a été auparavant passé par l'antimoine. Mettez cet or dans une cucurbite et y versez autant de votre eau régale qu'il en sera besoin pour le dissoudre; et, quand la dissolution sera faite, versez-y un peu d'huile de tartre ou du sel de tartre dissous en eau commune, qui est la même chose, et cela fera du bruit; lequel étant cessé, reversez-y encore de la même huile de tartre, en continuant ainsi jusqu'à ce que tout votre or qui était dissous soit précipité au fond du vaisseau et qu'il ne s'en puisse plus rien précipiter, en sorte que l'eau régale devienne toute claire; ce qu'étant fait, versez cette eau hors de dessus votre or ou chaux d'or; puis vous l'adoucirez dix ou douze fois avec de l'eau claire commune; et quand votre chaux d'or se sera bien rassise, ôtez-en l'eau par inclination et séchez cette chaux d'or à l'air où les rayons du soleil ne donnent ou ne luisent point, et gardez-vous de la sécher au feu; car aussitôt que cette chaux d'or sent la moindre chaleur, elle l'allume et apporte beaucoup de dommage, car la partie volatile d'icelle s'envole avec tant de force et d'impétuosité qu'il est impossible de l'empêcher. Mais pour éviter que cette chaux ne s'enflamme, versez dessus icelle du vinaigre distillé et l'y faites bouillir en grande quantité, remuant sans cesse votre chaux d'or afin qu'elle ne s'attache point au fond du vaisseau, par l'espace de vingt-quatre heures; et ainsi elle perdra son pet ou bruit; prenez toutefois bien garde qu'il ne vous arrive point ici de mal par quelque négligence. Otez après par inclination le vinaigre de dessus votre chaux d'or et, l'ayant adoucie, séchez-la bien. Cette chaux ou poudre d'or sans aucun corrosif se peut distiller par l'alambic par quelques moyens particuliers en une liqueur rouge et transparente comme sang et très belle; ce que l'on peut estimer être une grande merveille, car elle se conjoint et unit très volontiers avec l'esprit de vin; après quoi, par un certain moyen de coaguler, l'on fixe le tout en un corps d'or assez facilement. Mais ne divulguez point au vulgaire de si grands secrets ou mystères. Et comme maintenant je vous en instruis par cette mienne doctrine claire et manifeste, soyez aussi de votre côté très soigneux et désireux à conserver sous le silence tous les mystères ou secrets que je vous ai ici donnés par écrit, et donnez-vous garde d'en donner aucune connaissance à qui que ce soit; car autrement vous seriez enfant de l'esprit malin et réduit sous sa puissance en tous les lieux de l'univers. Ecoutez donc attentivement mes paroles suivantes, car je veux vous rendre participant de ce grand secret et le commettre à votre conscience ou sincérité. Prenez donc de bon esprit de vin qui soit très bien et parfaitement rectifié, sur lequel vous verserez quelques gouttes d'esprit de tartre; puis prenez de votre poudre d'or une partie, à laquelle vous ajouterez trois fois son poids de fleurs de soufre commun très bien faites et subtiles. Mêlez-les tous deux ensemble en les broyant. Mettez ce mélange dans un tais de pot sous un moufle. Faites-y feu médiocre et, le soufre étant évaporé, il vous restera une poudre d'or, laquelle vous jetterez toute rouge de feu dans votre susdit esprit de vin. Puis faites sécher cette poudre ou chaux d'or à lente chaleur; puis y mêlez encore trois fois son pesant de fleurs de soufre et faites évaporer comme devant tout le soufre sous un moufle, et faites rougir à plus fort feu la chaux ou poudre d'or qui vous restera et puis la jetez toute rouge dans votre dit esprit de vin. Et continuez cette opération jusqu'à six fois, et enfin cette chaux d'or sera devenue légère et molle comme du beurre un peu ferme. Séchez cette chaux d'or légèrement, car elle se liquéfie et fond facilement.

Alors prenez une cornue lutée ayant un tuyau sur le dos. Lutez-y bien un récipient, puis la posez vide dans une forte terrine remplie de sable et lui donnez premièrement un feu lent et puis plus fort, jusqu'à ce que la cornue commence presque à rougir dans le sable. Alors versez-y par le tuyau votre chaux d'or mollifiée; mais qu'elle soit bien desséchée et un peu échauffée auparavant, car autrement votre cornue qui est de verre se romprait; et bouchez bien le tuyau. Et soudain viendront des gouttes rouges dans le récipient. Continuez le feu dans ce degré jusqu'à ce que rien ne monte ou ne distille plus et qu'il ne tombe plus de gouttes dans le récipient. Mais notez qu'il faut avoir mis dans le récipient de très bon esprit de vin qui soit très bien rectifié, trois fois autant pesant que votre chaux d'or, afin que les gouttes d'or y tombent.

Puis prenez cet esprit de vin dans lequel les gouttes d'or sont tombées et le mettez dans un pélican sigillé hermétiquement et le faites circuler par un mois; et il deviendra en une pierre rouge comme sang, fondante et fluante au feu comme cire.

Broyez cette pierre rouge en poudre avec trois fois autant de chaux d'argent; fondez-les ensemble dans un fort creuset; puis votre matière étant refroidie, mettez-la dissoudre dans de l'eau-forte et il se précipitera une poudre noire; laquelle vous fondrez dans un creuset et vous trouverez autant de fin or que la chaux d'or, l'esprit de vin et la moitié de la chaux d'argent pesaient ensemble; mais l'autre moitié de la chaux d'argent reste sans teinture et l'on s'en peut servir ainsi qu'auparavant. Si vous venez bien à bout de ces opérations, rendez en grâce à Dieu; mais si vous y manquez, ne m'en imputez pas la faute, car je ne saurais vous instruire plus clairement. Or quand vous voudrez faire le vitriol d'or, prenez votre chaux d'or après qu'elle a perdu son pet par le vinaigre distillé et qu'elle a été adoucie; et versez dessus icelle de bon esprit de sel commun mêlé avec de l'esprit de salpêtre, lequel esprit de salpêtre est fait comme celui du tartre; et l'or s'y dissoudra. Ce qu'étant fait, distillez votre dissolution jusqu'à la pellicule, puis la laissez en lieu frais, et il se fera un beau et pur vitriol d'or. Mettez-le à part, ayant retiré le reste de votre dissolution, laquelle vous distillerez encore jusqu'à la pellicule et la remettez en lieu frais et vous aurez encore du vitriol d'or. Et continuez tant que toute votre dissolution soit consommée. Si maintenant vous désirez faire la pierre des philosophes et de 'nos anciens maîtres philosophes avec ce vitriol d'or, comme quelques ignorants prétendent aujourd'hui, prenez garde si votre bourse est bien garnie; car il faut que vous fassiez état de préparer dix ou douze livres d'un tel vitriol et alors vous en pourrez venir à bout. Mais le vitriol de Hongrie, ou quelque autre venant des montagnes, vous suffira pour votre dessein. Au reste, vous pouvez de ce vitriol d'or en tirer son soufre et son sel avec l'esprit de vin, ce qui est très facile et n'a point besoin d'être décrit ou expliqué.



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renez de la chaux vive et du sel commun, de chacun égales parties; faites-les calciner tous deux dans un pot, dans un fort feu d'un fourneau à vent jusqu'à rougeur, afin qu'ils s'incorporent bien. Puis tirez tout le sel de votre chaux avec de l'eau chaude; et quand elle aura tout extrait, évaporez-la. Ajoutez à ce sel poids égal de nouvelle chaux vive. Calcinez comme auparavant et en tirez le sel. Faites ainsi jusqu'à trois fois, et votre sel de chaux vive sera bien préparé. Alors prenez de la chaux de lune séparée et la stratifiez avec votre sel de chaux vive dans une cucurbite de verre. Versez-y de très bonne eau forte qui soit faite d'égales parties de vitriol et de salpêtre, et qu'elle surnage un peu; puis distillez l'eau forte, faisant cela par trois fois, et distillez fortement à la dernière fois afin que la matière coule et flue bien dedans la cornue. Après, retirez votre lune et vous la trouverez belle et transparente comme de l'outremer. Cette lune ayant été ainsi préparée, versez-y du fort vinaigre distillé; digérez au feu et le vinaigre se teindra d'une couleur bleue, transparente comme un saphir, et attirera à soi la teinture de la lune; laquelle il faut séparer hors du sel qui s'est aussi dissous dans le vinaigre, et cette séparation se fait par ablution et adoucissement avec eau douce. Et alors vous trouverez le soufre de la lune, beau et net.

Prenez de ce soufre de lune une partie, de l'âme ou soufre extrait de l'or [une] demi-partie et de l'esprit de mercure six parties, ou bien quatre fois aussi pesant que ces deux soufres. Mettez le tout ensemble dans une cucurbite bien fermée et lutée et le laissez en digestion à douce chaleur tant qu'il s'en fasse une liqueur transparente brune ou d'un rouge brun et qu'elle soit toute distillée par l'alambic, en telle sorte qu'il ne reste ou demeure rien du tout au fond de l'alambic. Prenez cette liqueur et la versez sur la matière qui vous est restée de votre lune dont vous aurez extrait le soufre. Lutez bien le vaisseau. Digérez au feu de cendres, pour coaguler et fixer votre matière, l'espace de quarante jours ou jusqu'à ce que vous voyiez que le corps de votre lune soit entièrement sec, beau et brun et qu'il ne monte et n'évapore plus rien. Alors fondez votre lune à bon feu de fonte tant qu'elle ne fume plus et la jetez en lingot. Et ainsi toute la substance de votre lune sera changée et transmuée en or doux et malléable. J'ai déjà fait mention ailleurs de ce particulier de lune, à savoir à la Répétition de mes Douze clefs, où j'ai dit que l'esprit de sel peut bien aussi dissoudre la lune et la détruire, en telle sorte qu'on en peut faire une lune potable, de laquelle lune potable je traiterai en ma dernière partie où elle doit tenir lieu entre les médicaments. Mais sachez encore que l'on peut procéder plus outre avec la lune et qu'il la faut de surplus diviser et détruire comme il s'ensuit. Quand donc vous avez aperçu que tout le soufre de la lune est extrait et que le vinaigre distillé ne se veut plus du tout teindre et qu'on ne sent plus au goût aucun sel dans icelui vinaigre, séchez la chaux qui vous restera de la lune et la mettez dedans une cucurbite, puis y versez de l'eau de miel corrosive comme vous avez fait à l'or. Il faut toutefois que cette eau de miel soit claire et qu'elle ne fasse plus du tout de fèces. Digérez au feu par quatre ou cinq jours et cette eau attirera à soi le sel de la lune, ce que vous pouvez connaître quand vous verrez que l'eau se blanchit. Tout le sel de la lune étant ainsi extrait, distillez l'eau de miel; adoucissez le sel de lune, pour lui ôter toute la corrosion, avec [de l'] eau douce par plusieurs distillations; puis clarifiez votre sel de lune avec [de l'] esprit de vin. Mais quant à la matière qui vous est restée de votre lune après en avoir extrait le sel, adoucissez et séchez-la, puis versez dessus icelle de l'esprit de tartre et la digérez l'espace de quinze jours. Et après, vous procéderez comme vous avez fait à l'or. Et par ce moyen vous aurez le mercure de lune. Le susdit sel de lune contient aussi des vertus et opérations ou effets particuliers pour la santé de l'homme, dont )e vous instruirai semblablement en quelque autre lieu.

Mais en ce qui regarde les vertus excellentes qui sont contenues au sel et au soufre de la lune, soyez attentifs pour les bien comprendre par la pratique suivante, laquelle, quoique brève, est toujours véritable.

Prenez le soufre de couleur bleue que vous avez extrait de votre lune et clarifié ou rectifié avec [de l'esprit de vin; puis, l'ayant mis dans un matras, versez-y deux fois autant de l'esprit de mercure fait de l'esprit blanc du vitriol comme je vous l'ai enseigné en son lieu. De plus, prenez le sel de lune que vous avez extrait et clarifié et le mettez dans un autre matras; versez-y trois fois autant du susdit esprit de mercure. Lutez bien les deux matras. Digérez le tout à [la] douce chaleur du bain-marie l'espace de huit jours et de huit nuits. Mais soyez averti qu'il faut bien prendre garde de faire en sorte que rien ne manque du soufre ou du sel susdits, car il faut que vous les employiez en la même quantité ou poids que vous les avez extraits de la lune.

Après que vous les aurez ainsi digérés par huit jours, mettez-les tous deux ensemble dans un seul matras que vous sigillerez hermétiquement. Digérez au feu de cendres doux, jusqu'à ce que tous deux soient dissous ensemble et puis qu'ils soient réduits en une coagulation blanche et claire; finalement fixez-les par les degrés du feu et la matière deviendra aussi blanche que neige. Et par ce moyen vous aurez la teinture blanche, laquelle vous pouvez animer, fixer et amener au plus haut degré de rougeur avec l'âme de l'or dissoute et rendue volatile; vous la pouvez aussi fermenter à la fin et l'augmenter à l'infini en y ajoutant de l'esprit de mercure.

Et notez que cette pratique se peut aussi faire avec l'or, savoir est avec son soufre et son sel. Mais si vous avez bien appris à connaître le premier mobile d'iceux métaux, alors il ne sera pas besoin que vous détruisiez les métaux pour en faire cet œuvre, car vous pouvez la faire et accomplir en une suffisante perfection par le moyen de leur première essence.



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renez de l'huile rouge de vitriol ou de l'huile de soufre, une partie, et de l'eau commune de fontaine, deux parties. Mêlez-les ensemble et y faites dissoudre de l'acier en limaille; la dissolution étant claire et échauffée sur le feu, filtrez-la par le papier gris, puis évaporez-la doucement jusqu'au tiers. Après, mettez le vaisseau de verre où elle sera en quelque lieu frais et il s'y formera de beaux cristaux qui seront doux comme du sucre; lesquels sont le vrai vitriol de Mars. Retirez le reste de la dissolution par inclination et l'évaporez davantage, puis la laissez en lieu frais, et vous aurez encore beaucoup de cristaux lesquels vous ferez tous rougir légèrement sous un moufle en les agitant continuellement avec un fil de fer, et vous aurez ainsi une belle poudre de couleur de, pourpre, dessus laquelle vous verserez du vinaigre distillé, et il attirera l'âme de Mars par une douce chaleur du bain-marie.

Retirez le vinaigre teint par inclination et le distillez; et l'âme de Mars vous restera, laquelle vous adoucirez très bien et ainsi vous avez l'âme de Mars préparée; laquelle étant conjointe et unie avec l'âme de l'or par le moyen de l'esprit de Mercure, en les digérant tous ensemble il s'en fait une médecine qui teint la lune en or, comme je vous ai enseigné au particulier de l'or. Pour le sel il se tire comme celui de Vénus.

CHAPITRE IV


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renez autant que vous voudrez de Vénus. Faites-en du vitriol comme on a de coutume, ou bien prenez [du] vert-de-gris excellent chez les droguistes, qui vous servira de même, et broyez en poudre et y versez de bon vinaigre distillé. Digérez au feu tant que le vinaigre devienne vert, beau et transparent; alors retirez-le par inclination et en remettez d'autre sur la matière restante au fond du vaisseau ; et continuez cela en remettant du vinaigre et en le retirant jusqu'à ce qu'il ne se teigne plus et que la matière du vert-de-gris reste toute noire au fond. Mêlez ensemble tout votre vinaigre teint et le distillez jusqu'à une entière siccité, car autrement il se formerait un vitriol noir. Et alors vous trouverez un vert-de-gris très bien purifié, lequel vous broierez derechef et y verserez du suc qui soit exprime du raisin vert, c'est-à-dire du verjus. Digérez à douce chaleur et le suc se teindra, beau, clair et transparent, d'une couleur verte comme émeraude; et [il] attire à soi la teinture rouge de Vénus qui donne une belle couleur pour les peintres et qui sert à d'autres usages. Lorsque ce suc ne se veut plus teindre, mettez ensemble tout celui qui est teint et le distillez doucement jusqu'à moitié, puis mettez-le en lieu frais et il se formera un très beau vitriol duquel, quand vous aurez quantité suffisante, vous aurez assez de matière pour en faire la réduction et ensuite la pierre des Sages, si d'aventure vous étiez en doute de pouvoir parvenir à un si haut mystère par un autre vitriol.

J'ai parlé paraboliquement ci-devant de cette préparation dedans mon livre des Douze clefs au chapitre du vinaigre de vin, là où j'ai dit que le vinaigre commun ou l'azote n'est pas la véritable matière de notre pierre, mais que notre azote ou première matière doit être préparé par l'azote ; commun et par le vin qui est un suc tiré du raisin vert, comme aussi par plusieurs autres eaux. Ce sont les eaux par lesquelles le corps de Vénus peut être brisé et réduit en vitriol. Observez bien ceci et vous serez délivré de plusieurs soins et pensées.

Mais surtout remarquez que la voie universelle doit et peut être faite avec ce vitriol de Vénus en la même façon que je vous ai enseignée du vitriol universel et du vitriol commun de Hongrie en ma troisième partie, et même avec le vitriol de Mars. Mais afin que vous puissiez particulièrement opérez avec Vénus, vous devez savoir que vous pourrez venir à bout utilement de votre dessein si vous tirez du vitriol de Vénus son huile rouge et que vous y fassiez dissoudre du Mars, et que vous réduisiez en cristaux cette dissolution, comme je vous ai montré au chapitre de Mars. Car en cette dissolution et coagulation, Vénus et Mars s'unissent étroitement en un excellent vitriol, lequel si vous [le] rubifiez sous un moufle en une poudre très belle et si après vous le digérez avec du vinaigre distillé et que vous en tiriez la teinture tant qu'il [s'] en pourra extraire, alors vous aurez l'âme de Mars et de Vénus jointes ensemble en une double teinture.

C'est pourquoi, à cause de cette double puissance, si vous ajoutez à cette âme double de Mars et de Vénus l'âme de l'or selon le poids seulement ci-devant mentionné et le double de leurs poids de chaux de lune, vous pourrez les fixer comme je vous ai enseigné au particulier de Mars et de l'or. Mais notez qu'il y faut joindre deux fois leur pesant d'esprit de mercure selon l'un ou l'autre particulier qui ne sont qu'une même chose. Pour le sel de Vénus, tirez-le ainsi : quand le vinaigre ne se teint plus [en] vert, prenez la matière qui reste, séchez-la et y versez de l'eau de miel. Digérez à douce chaleur cinq ou six jours et le sel s'y dissoudra. Distillez cette dissolution; clarifiez le sel restant avec [l']esprit de vin, et vous aurez un sel parfait de Vénus pour la médecine.



L
a plupart du monde croit que le Saturne ou le plomb est une chose vile et un métal de nul prix. Mais encore que l'on s'en serve souvent à des choses fort abjectes, toutefois si nous connaissions bien son intérieur, nous nous en servirions pour des choses très utiles et excellentes. Or d'autant que je me suis proposé et résolu en ce traité et tours de main d'éclaircir tous mes précédents écrits et de laisser à la postérité celui-ci comme un testament digne de mémoire, par lequel les plus simples et moins intelligents puissent connaître et entendre ce que j'ai ci-devant mis par écrit, n'ayant rien dit que je ne sois prêt et disposé d'en porter témoignage en personne après même la résurrection de ma chair, parce que je n'ai introduit aucune fausseté — au contraire j'ai fait plus qu'il n'était besoin, car j'ai déclaré ça et là en mes écrits tout ce que les autres philosophes ont caché sous le silence. Je me suis donc proposé de manifester et donner par écrit, par un fondement suffisant, tous les particuliers desquels j'ai fait mention ci-devant en plusieurs endroits où je les ai décrits obscurément et d'une manière philosophique. Au reste, j'avertis volontiers en ma dernière vieillesse celui qui aura le bonheur de jouir de cette mienne dernière déclaration de prendre soigneusement garde de la tenir secrète sous la candeur et intégrité de la propre conscience.

Car il doit croire que la connaissance de ces miennes instructions et manifestations n'est point parvenue jusqu'à lui que par le conseil, [la] providence et singulière volonté de Dieu, le Créateur de toutes créatures, et que cette lumière qui conduit à la vraie Lumière ne doit point être publiée à un chacun, principalement à ceux qui sont indignes de si grands et précieux mystères et qui n'aiment pas leur Créateur avec fidélité, ni d'un cœur pur et net. C'est pourquoi il faut que celui qui jouira de cette déclaration se convertisse à Dieu d'un cœur pénitent et constant et qu'il garde et conserve ce précieux dépôt que je lui confie cordialement et qu'il tienne en secret tous mes écrits, tant ceux qui sont compris en mes précédents livres que ceux que ci-après je mettrai en lumière.

Je veux maintenant commencer par le Saturne, sans aucune parole à double entente, ni sans obscurité ni énigme, ainsi que j'ai déjà fait touchant les métaux précédents; car en ceux qui suivent on y trouvera aussi la vérité. Or c'est une chose très probable et démontrable que le Saturne est non seulement réputé par l'invention astronomique pour être le principal régent et gouvernateur des cieux, mais aussi que la pierre qui est le baume de tous les nobles philosophes et de cette vallée de misères, comme aussi de cette vie caduque, tire et prend son principe et sa coagulation seulement de la couleur noire de la planète de Saturne, laquelle toutes les autres suivent et imitent en tout ce qu'elles produisent de bon et de meilleur ; car la splendeur de cette planète de Saturne, qui est incorruptible et immortelle, éclaire et illumine tout le firmament du ciel. Mais encore qu'il semble que je devrais dire quelque chose de la naissance de Saturne et comment il tient et prend son origine et son principe du macrocosme comme de sa propre terre, toutefois, à cause que j'en ai ci-devant souventes fois fait mention en ayant discouru en plusieurs façons dans tous mes autres livres, je n'ai pas trouvé à propos d'en parler davantage en ce lieu, d'autant aussi que cela n'apporterait aucun avancement au dessein de mes disciples et que ce mien livre s'étendrait trop au long si je voulais décrire tout ce qui se pourrait dire de Saturne — dont je m'abstiens pour le présent —, n'ayant point d'autre intention maintenant que de déclarer et donner en lumière avec vérité et sincérité les choses qui ont été par ci-devant obscures et inconnues, faute d'avoir connu cette mienne déclaration ou instruction.

Vous devez donc savoir qu'il ne faut en aucune façon rejeter et mépriser le Saturne à cause de son apparence extérieure. Mais il récompensera suffisamment les travaux et les peines de celui qui est inquisiteur et amateur de la science, s'il opère philosophiquement avec icelui par une vraie procédure ou pratique. C'est pourquoi le Saturne doit être réputé plutôt un seigneur que non pas un serviteur. Et ainsi on le doit aimer et honorer non seulement par ce qu'il fait de merveilles pour la santé des hommes, mais aussi à cause que, par son moyen, les métaux sont abonnés et rendus bien meilleurs.

Or voici la préparation de Saturne. Prenez de la céruse blanche ou du minium rouge ou du plomb jaune, c'est-à-dire de la litharge, car l'un vaut l'autre. Toutefois la céruse est toujours plus excellente que les autres, car on a trouvé par la fin du travail qu'elle est meilleure et préférable aux autres. Mais elle se trouve rarement pure et sincère chez les droguistes. C'est pourquoi je conseille à l'Artiste pour une plus grande sûreté qu'il détruise et prépare lui-même le Saturne pour en faire de la pure céruse. Or la pratique pour la bien faire selon la coutume ordinaire est double ou triple. Je vous décris ici la meilleure méthode comme il s'ensuit.

Prenez d'excellent plomb pur et tendre tant qu'il vous plaira et le forgez sous le marteau en lamines déliées comme une monnaie de plomb très mince; car tant plus il est délié il en vaut mieux. Suspendez ces lamines dans une grande terrine [de] verre ou de grès sur de fort vinaigre commun dans lequel soit dissous de bon sel armoniac sublimé deux ou trois fois avec égal poids de sel commun. Puis couvrez bien le vaisseau ou terrine en telle sorte que rien ne se puisse exhaler. Digérez à feu de cendres légèrement chaudes afin que les esprits du vinaigre ou du sel armoniac puissent s'élever en haut et toucher les lamines de plomb. Et vous trouverez toujours, le dixième ou douzième jour, une tendre et délicate céruse attachée contre vos lamines, laquelle vous ôterez et détacherez avec un pied de lièvre ou avec un plumasseau. Et continuez ainsi tant que vous ayez fait assez de céruse. Mais si vous êtes assuré de recouvrer par achat de bonne et loyale céruse pour cette opération, vous vous exempterez de la peine de la faire vous-même.

Prenez de cette céruse autant que vous voudrez et la mettez dans une grande cucurbite. Puis ayez de fort vinaigre qui soit passé ou rectifié quelques fois par le papier gris; et après la dernière filtration, fortifiez-le avec la sixième partie d'esprit de sel commun qui soit sans flegme; puis distillez-les ensemble, et le vinaigre sera bien préparé. Versez de ce vinaigre préparé sur votre céruse, bonne quantité; puis ayant fermé votre cucurbite d'une chape borgne bien lutée, mettez-la au feu de cendres médiocre pour faire digérer votre matière, en l'agitant ou remuant souventes fois, et vous verrez qu'en peu de jours votre vinaigre commencera à se teindre de couleur jaune et il deviendra douceâtre. Alors retirez ce vinaigre teint par inclination et en remettez d'autre sur votre matière. Digérez comme auparavant et, en peu de jours, votre vinaigre se teindra comme a fait le premier. Continuez ainsi jusqu'à la troisième fois et ce sera assez. Ce qui reste de votre céruse dans le fond de la cucurbite est une matière assez difforme. Prenez tout votre vinaigre teint ou coloré et le filtrez afin qu'il devienne plus beau et transparent, de couleur jaune; et quand il sera tant filtré, mettez-le dans une grande cucurbite et en distillez ou évaporez au bain-marie deux tiers, et l'autre tiers qui vous sera resté est de couleur qui tire sur le rouge. Mettez et laissez tremper votre cucurbite dans de l'eau froide et les cristaux de Saturne se formeront bien plus tôt. Et quand ils se seront congelés, retirez-les avec une cuiller de bois hors du vinaigre qui vous restera en bonne quantité tout liquide. Mettez vos cristaux de Saturne [à] sécher doucement sur du papier, lesquels sont doux comme du sucre et servent à beaucoup de maladies provenantes de chaleur ou inflammation. Reprenez le vinaigre qui vous est resté liquide et le distillez ou évaporez comme devant au bain-marie; puis remettez-le en lieu frais et il se formera encore plusieurs cristaux de Saturne que vous sécherez comme les autres. Prenez tous ces cristaux de Saturne, lesquels vous paraîtront beaux et purs comme du sucre ou salpêtre. Puis pilez-les dans un mortier de verre ou de marbre en poudre très déliée et impalpable. Alors vous les réverbérerez à feu léger jusqu'à ce qu'ils rougissent comme du sang; mais prenez bien garde qu'ils ne noircissent point. Quand donc vous les aurez de la couleur d'une belle écarlate, mettez-les dans une cucurbite et y versez de bon esprit de genièvre distillé de son huile et plusieurs fois rectifié, beau, blanc et transparent. Couvrez et lutez bien la cucurbite. "Digérez à lente chaleur jusqu'à ce que l'esprit de genièvre se soit teint d'une haute couleur, rouge comme sang, belle et claire. Alors retirez-le de dessus ses fèces par inclination dans un vaisseau de verre n'y versant que le pur, en prenant bien garde que rien d'impur ne coule quand et quand. Après, versez de nouvel esprit de genièvre dessus les fèces et en tirez la teinture ou rougeur tant que l'esprit de genièvre ne se veuille plus teindre ou n'attire plus rien. Mettez les fèces restantes à part car elles contiennent en soi le sel.

Maintenant prenez tout l'esprit de genièvre qui est teint et, l'ayant filtré, distillez ou évaporez-le petit à petit au bain-marie; et il vous restera au fond de la cucurbite une poudre de très belle couleur de chair. Et c'est là le soufre ou l'âme de Saturne, sur laquelle vous verserez de l'eau distillée de pluie et ce, par plusieurs et divers versements en la distillant ou évaporant fortement à chaque fois, afin que ce qui y reste de l'esprit de genièvre s'en puisse entièrement séparer et que la poudre vous demeure fort bien adoucie et très pure. Puis la laissez bien bouillir en même eau que [vous] séparerez après par inclination de dessus votre poudre, laquelle ensuite vous ferez sécher doucement. Mais pour plus de sûreté, faites-la réverbérer légèrement afin qu'elle sèche mieux et que toute impureté s'en puisse tout à fait exhaler. Et étant refroidie, mettez-la dans un matras et y versez deux fois autant qu'elle pèse de l'esprit de mercure qui soit fait comme je vous ai enseigné et que j'ai étroitement confié à votre conscience en la troisième partie de l'universel. Puis sigillez hermétiquement le matras et le mettez au bain vaporeux, comme je vous ai enseigné au même lieu en la préparation de l'esprit de mercure; lequel bain vaporeux est appelé le fumier de cheval des Sages. Laissez donc votre matras dans ce fourneau des secrets par l'espace d'un mois et par ce moyen l'âme de Saturne s'introduira de jour en jour dans l'esprit de Mercure, en telle sorte qu'ils seront tous deux enfin inséparables par leur étroite conjonction et deviendront en une belle huile d'une haute couleur, rouge et transparente. Mais prenez bien garde de ne point gouverner le feu trop fort; car autrement l'esprit de Mercure, qui est fort volatil, s'envolerait et casserait le matras avec violence. Quand toutefois ils sont bien unis, il n'est pas besoin de si grande prévoyance, car une nature conserve et contient une autre nature semblable.

Alors prenez cette huile ou âme dissoute de Saturne, laquelle est fort odoriférante et suave; retirez-la du matras en la versant dans [un] alambic bien luté; puis distillez-la toute seulement une fois. Et ainsi vous aurez une huile spirituelle de Saturne, laquelle contient l'esprit et l'âme unis inséparablement ensemble. Cette huile de Saturne a la vertu et la propriété de pouvoir transmuer le mercure précipité en très bon or. La précipitation du mercure se doit faire ainsi. Prenez [de l'] esprit de sel nitre, une partie, et [de l'] huile de vitriol, trois parties. Mêlez-les ensemble et y mettez une demi-partie de vif-argent qui soit fort bien purifié, le tout étant dans un alambic. Donnez-lui un feu au sable assez fort, sans toutefois que les esprits s'exhalent, l'espace d'un jour et d'une nuit. Puis distillez jusqu'à siccité et vous trouverez au fond de l'alambic le mercure précipité qui sera en quelque façon rouge. Versez-y derechef les esprits. Laissez digérer un jour et une nuit. Puis distillez les esprits et vous trouverez le mercure précipité un peu plus rouge qu'à la première fois; et les distillez alors très fortement et vous trouverez le précipité en une grande rougeur. Adoucissez-le avec de l'eau commune; distillez et puis laissez-le sécher; après, prenez deux parties de ce mercure précipité; mettez-le dans un matras et y verser une partie de votre huile spirituelle de Saturne. Digérez ou cuisez au feu de cendres jusqu'à ce que le tout soit fixé et qu'il n'apparaisse point aucune goutte attachée au matras. Alors vous fondrez cette matière, y ajoutant un peu de plomb; tout se fondra ensemble et vous donnera un or qui puis après peut être exalté en le fondant et passant par l'antimoine. Voilà l'enseignement que je vous donne de l'argent-vif.

Mais notez que l'argent ne doit point être préparé ni précipité par un autre moyen ou médium que par la seule huile de vitriol ou de Vénus, avec l'addition de l'esprit de nitre, encore qu'aucun argent-vif ne puisse être amené à une souveraine fixation par la précipitation; car la vraie et permanente coagulation du vif-argent se trouve et se parfait par moyen de Saturne, comme j'ai dit. Pilez donc votre mercure précipité et le broyez bien sur le marbre; mettez-le dans un matras et y versez, comme j'ai dit, de votre huile spirituelle de Saturne et elle entrera tout à l'instant et visiblement dans le précipité, en cas que vous ayez bien procédé en sa précipitation. Sigillez le matras hermétiquement et fixez votre matière au feu de cendres premièrement, et puis au feu de sable, jusqu'à sa plus haute fixation. Et ainsi vous avez lié le mercure de son vrai lien et l'avez rendu en une coagulation très fixe qui a réduit sa substance, sa forme et sa figure à une grande amélioration qui nous donnera beaucoup de profit et un riche revenu. Mais si du vif-argent vous n'en faites qu'un précipité blanc, vous n'en acquerrez seulement que de l'argent qui tiendra bien peu d'or.

Je veux encore vous enseigner une pratique sur Saturne qui vous causera encore un grand profit avec moins de peine. Afin donc que vous qui êtes mon disciple n'ayez point de sujet de vous plaindre de moi d'une seule pratique, travaillez à la suivante en cette sorte. Prenez de la susdite huile spirituelle de Saturne, deux parties; de l'astre d'or, une partie; du soufre d'antimoine dont la préparation suit ci-après, deux parties, et du sel de Mars, une demi-partie, c'est-à-dire la moitié autant que de toutes les choses précédentes. Mettez le tout dans un matras duquel il n'y ait que le tiers plein. Laissez fixer votre matière au feu. Alors le sel de Mars s'ouvre dans ce composé et est fermenté par son moyen. Et ainsi toute la matière commence peu à peu à se vêtir d'une couleur noire et à se rendre obscure en l'espace de dix ou au plus de douze jours. Et après, ce sel de Mars revient à se coaguler et enferme [en] soi tout le composé. Continuez à le coaguler, premièrement en une masse obscure, puis en une brune, et laissez le tout sans y toucher à une chaleur continuelle et égale. Et alors votre matière deviendra en une poudre qui sera rouge comme sang. Renforcez le feu jusqu'à ce que vous voyiez dominer l'astre de l'or, qui paraîtra resplendissant d'un éclat verdoyant ainsi que l'arc-en-ciel. Continuez un feu égal tant que cette couleur disparaisse entièrement, et puis il vous en proviendra une pierre rouge transparente et pondéreuse, laquelle il n'est pas besoin de projeter sur le mercure, car cette pierre teint tous les métaux blancs selon sa perfection et fixation en très pur or. Prenez cette pierre rouge fixe préparée ou de cette poudre, une partie, et du métal blanc tel qu'il vous plaira, quatre parties. Faites premièrement fondre le métal l'espace d'une demi-heure ou tant qu'il soit bien purifié, puis jetez-y votre poudre. Laissez-les fondre ensemble jusqu'à ce que vous voyiez qu'elle se soit incorporée dans le métal et qu'il commence à se coaguler et arrêter. Alors il sera transmué en or. Rompez le creuset et retirez votre or; mais s'il est infecté de scories et impuretés, passez-le par le plomb dans une coupelle, et il en sortira pur.

Mais si vous jetez votre poudre rouge en projection sur la lune, alors mettez-y-en davantage que sur le Jupiter ou sur le Saturne. Ainsi il ne faut qu'un lot, c'est-à-dire qu'une demi-once de poudre, pour teindre cinq onces d'argent en or. Tenez ceci pour une merveille et ne perdez pas votre âme en manifestant ce mystère. Opérez donc avec le sel de Saturne comme ci-devant, comme aussi seulement avec Mars et Vénus, mais au lieu d'eau de miel, servez-vous de vinaigre distillé et clarifiez leur sel avec [de l'] esprit de vin.



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renez de la pierre ponce chez les marchands. Rougissez-la au feu et puis éteignez-la dans de bon et fort vin qui soit vieil. Rougissez-la encore fortement et éteignez-la derechef comme devant.

Continuez ainsi jusqu'à trois fois et tant plus le vin est vieux, tant mieux vaut. Faites sécher puis après doucement votre 'pierre de ponce, et elle sera préparée. Prenez cette pierre de ponce et la réduisez en poudre subtile, puis ayez de fin étain réduit en lamines fort minces comme de l'épaisseur du sol; coupez ou rompez ces lamines en morceaux et les stratifiez avec votre poudre de pierre de ponce dans un pot de terre bien couvert et luté. Mettez le tout dans un fourneau de réverbère, donnant feu de réverbération, cinq ou six jours continuels, lequel soit de flamme; et observez diligemment les degrés du feu. Et ainsi la pierre ponce changera de couleur et attirera à soi la couleur ou teinture du métal. Puis broyez cette pierre ponce avec ce que vous avez premièrement de vos lamines de Jupiter et, l'ayant bien broyée, mettez-la dans une cucurbite et y versez de bon et fort vinaigre de vin qui soit distillé. Digérez au feu de médiocre chaleur et le vinaigre s'imprégnera de la teinture et deviendra d'un beau rouge jaunâtre. Distillez au bain-marie tout ce vinaigre teint, et la teinture de Jupiter vous restera au fond de l'alambic. Laquelle teinture ou âme de Jupiter vous adoucirez avec de l'eau distillée; puis séchez-la doucement. Cela étant [il] faut opérer avec cette teinture de Jupiter comme vous avez opéré avec l'âme de Saturne, c'est-à-dire qu'il faut que vous la dissolviez radicalement dans l'esprit de mercure et que vous distilliez le tout ensemble par l'alambic en une huile de Jupiter tingente. Prenez cette huile tingente de Jupiter, une partie, et la versez sur deux parties de mercure précipité rouge, lequel ait été précipité avec la propriété et sang vénérien; puis coagulez et fixez-les ensemble. Et ainsi ce bon et bienveillant Jupiter vous témoignant de la faveur a transmué ce mercure précipité en bon or, comme vous le verrez par la fonte. Jupiter a aussi cette vertu et pouvoir, c'est que les autres soufres étant conjoints et fixés avec lui, alors il convertit et change dix parties d'argent en or. Mais ne prétendez rien davantage de Jupiter, car il vous accorde et élargit paisiblement sa puissance tout entière.

Pour opérer avec le sel de Jupiter, vous y procéderez comme es autres sels. Mais celui-ci s'extrait par le moyen de l'eau de pluie distillée, et puis il doit être clarifié avec [de l'] esprit de vin.



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renez une demi-livre d'argent-vif sublimé par sept fois qui soit blanc comme neige; pilez et broyez-le en poudre subtile; versez-y bonne quantité de vinaigre excellent et bien fort; faites-le bouillir au feu l'espace d'une heure entière ou davantage, en remuant toujours avec une spatule de bois votre matière. Puis étant ôtée hors du feu et refroidie, laissez-la reposer tant que le mercure soit tout tombé au fond de la cucurbite et que le vinaigre soit devenu clair. Mais s'il est trop longtemps à se clarifier, versez-y quelque peu d'huile de vitriol, et tout le mercure achèvera de se précipiter au fond. Car le vitriol précipite le mercure, le sel de tartre précipite l'or, le Vénus et le sel précipitent la lune, le Mars précipite le Vénus, la lessive faite de cendre de hêtre précipite le vitriol, le vinaigre précipite le soufre commun, le Mars précipite le tartre et enfin le salpêtre précipite l'antimoine.

Après, ôtez par inclination le vinaigre de dessus votre mercure précipité et vous trouverez icelui mercure beau et clair, sur lequel vous verserez encore du vinaigre, faisant comme auparavant, ce que vous continuerez jusqu'à la troisième fois. Puis adoucissez bien votre mercure et le séchez doucement. Et votre mercure sera bien préparé. Prenez de l'âme ou soufre de Mars, deux onces; de l'âme de Saturne, une once. Faites-les dissoudre tous ensemble dans six onces d'esprit de mercure tant qu'ils soient si bien dissous qu'il n'y ait point de résidence au fond du vaisseau. Et ce sera une belle eau dorée comme si c'était une dissolution d'or transparente. Maintenant, faites un peu chauffer votre mercure préparé dans un bon et fort matras et y versez votre eau dorée un peu chaude et cette matière commencera à mener quelque bruit; bouchez le matras et ainsi le bruit cessera. Après sigillez-le hermétiquement; mettez-le dans un bain doux et le mercure se dissoudra en l'espace de dix jours en huile verte comme de l'herbe. Alors mettez votre matras au feu de cendres l'espace d'un jour et d'une nuit. Faites-y un feu modéré et doux, et l'huile qui était verte deviendra belle et jaune, dans laquelle jauneur est encore cachée la rougeur. Continuez-y le feu jusqu'à ce que cette huile soit séchée et transmuée en poudre jaune comme de l'orpiment et, quand rien ne monte plus, mettez votre matras dans le sable l'espace d'un jour et d'une nuit en y faisant un fort feu jusqu'à ce que la matière vous apparaisse d'une très belle couleur qui soit rouge comme un rubis. Et quand elle sera entièrement fixe et constante, fondez-la dans [un] creuset avec un bon fondant fait de plomb. Et alors vous aurez une livre et deux onces de bon or aussi haut et exalté que jamais la ' Nature ait engendré dans [la] terre.

Souvenez-vous des pauvres et de mes instructions et prenez bien garde de ne point hasarder votre salut entre les mains ou la puissance de l'esprit malin.


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renez de l'argent-vif sublimé autant de fois comme j'ai ci-devant dit et le revivifiez par la chaux vive; puis le mettez dans une cucurbite, l'y faisant dissoudre avec de l'eau très forte de salpêtre, à bonne chaleur. Après, distillez toute l'eau forte et dépouillez votre argent-vif qui sera resté au fond de toute sa corrosiveté avec du vinaigre, faisant bien bouillir le tout ensemble; puis ôtez le vinaigre en le mettant dehors et adoucissez ce qui vous restera avec de l'eau commune distillée et le faites puis après bien sécher. Et sur chaque livre d'icelui mercure, versez-y une petite mesure de très excellent esprit de vin, le tout étant dans une cucurbite bien bouchée; mettez-le putréfier par quelque temps à douce chaleur, puis distillez lentement ce qui pourra premièrement distiller; puis distillez à fort feu; prenez tout ce qui a passé et le mettez dans un alambic au bain-marié et en distillez doucement l'esprit de vin. Et ce qui vous restera au fond de l'alambic est une huile odoriférante qui est l'astre de mercure, lequel est un excellent remède pour les maladies vénériennes.

Mais parce que le sel de mercure a la même efficace et vertu en la médecine que l'astre de mercure, je n'ai pas jugé qu'il fût nécessaire d'écrire d'un chacun séparément, de sorte qu'il suffit de joindre ensemble leurs vertus et de les décrire en ma dernière partie au traité du sel de mercure. Prenez donc puis après cette huile odoriférante ou astre de mercure, lequel, à cause de sa grande chaleur, tient son propre corps dans une continuelle fluidité, et le versez sur la terre restante dont vous l'avez tiré ou distillé. Digérez cet astre de mercure et cette terre ensemble au feu, et cet astre ou huile attirera à soi son propre sel qui était caché dans la terre. Distillez toute cette huile et le sel de mercure vous restera au fond de l'alambic. Versez sur ce sel de mercure de nouvel esprit de vin pour dissoudre, puis distillez, réitérant à dissoudre et distiller tant que votre sel de mercure soit bien adouci. Et alors il est parfait et bien préparé pour la médecine. Je le manifesterai en la dernière partie. Le vif-argent ou mercure ne saurait rien produire plus que cela ni particulièrement ni universellement, et ne croyez pas que ce mercure-ci soit le mercure des philosophes comme il y en a plusieurs qui se le persuadent et imaginent.



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renez de bon antimoine de Hongrie; broyez-le en poudre subtile et déliée comme de fine farine et le calcinez sur un petit feu comme on a accoutumé de faire, le remuant continuellement avec une spatule de fer jusqu'à ce qu'il soit devenu blanchâtre et qu'il ne fume plus, de sorte qu'il puisse enfin souffrir une grande chaleur. Alors mettez cet antimoine calciné dans un creuset et l'y faites fondre à bon feu; puis versez-le hors du creuset et il sera en façon d'un beau verre rouge transparent. Broyez ce verre d'antimoine en poudre bien subtile et le mettez dans une cucurbite de verre qui ait un fond large et plat; versez-y de fort vinaigre distillé et, l'ayant bien fermée et lutée, digérez à une chaleur par un bon espace de temps. Et ainsi le vinaigre attirera à soi la teinture de l'antimoine et se teindra fort rouge. Retirez par inclination le vinaigre teint et en remettez d'autre tant qu'il ne se teigne plus. Distillez ce vinaigre teint et il vous restera une teinture en poudre jaune déliée. Adoucissez-la avec [de l'eau commune distillée, en sorte que tout le vinaigre en soit séparé; séchez cette poudre et y versez de l'esprit de vin très bien rectifié; digérez à lente chaleur et il se fera une nouvelle extraction en dissolution de teinture jaune fort belle; retirez-la par inclination et remettez sur votre matière d'autre esprit de vin, faisant ainsi jusqu'à ce qu'il n'attire plus de teinture. Après, prenez tout cet esprit de vin qui est teint et le distillez jusqu'à siccité. Et vous trouverez au fond de l'alambic une belle teinture en poudre fort jaune et belle qui est d'une vertu incroyable pour la médecine, car elle ne cédé quasi rien à l'or potable. Prenez donc deux parties de cette teinture en poudre jaune et une partie de soufre ou âme de l'or; broyez-les subtilement ensemble; après, prenez trois parties de soufre de Mars sur lequel vous verserez six parties de l'esprit de mercure; lutez bien le matras; digérez jusqu'à tant que ce soufre de Mars soit entièrement dissous, puis mettez dans cette dissolution la quatrième partie de votre matière broyée, composée du soufre jaune de l'antimoine et de l'âme de l'or, et lutez derechef le matras. Digérez tant que votre matière soit dissoute, puis y ajoutez encore une quatrième partie de votre dite matière; broyez, faisant ainsi jusqu'à ce que toute votre susdite matière soit dissoute en une huile épaisse et brune. Après [vous] distillerez cette huile jusqu'à tant que rien ne reste au fond de l'alambic.

Prenez cette huile ainsi distillée et la versez sur la chaux pure d'argent séparée, et fixez tout ensemble par les degrés du feu jusqu'à ce que toute votre matière soit tout à fait fixée; puis fondez-la dans un creuset à bon feu et la passez ou séparez par l'eau forte et il tombera la sixième partie d'or du poids qu'avait votre précédent composé. Et l'argent vous resservira toujours aux autres ouvrages. Or quand vous avez ci-devant pas inclination retiré la teinture de l'antimoine hors de la cucurbite et que le vinaigre ne se teint plus, il vous restera au fond de la cucurbite une poudre noire ; séchez-la, puis vous la broierez avec [un] poids égal de soufre commun jaune; mettez le tout dans un creuset et le lutez bien; laissez-le à feu médiocre tant que le soufre soit tout brûlé. Prenez la matière qui sera restée et la broyez en poudre déliée et y versez du vinaigre distillé. Digérez au feu et le vinaigre attirera à soi le sel de l'antimoine. Retirez ce vinaigre imprégné du sel par inclination et le distillez. Et ainsi le sel vous demeurera au fond de l'alambic. Adoucissez ce sel avec [de l']eau distillée, en la distillant dessus icelui par réitérée distillation, afin d'ôter toute l'acétosité ou aigreur du vinaigre. Et ainsi vous adoucirez et clarifierez votre sel jusqu'à ce que l'eau en sorte ou distille douce, belle et claire. Après que vous aurez pris toute cette peine et travail manuel, vous aurez un beau sel d'antimoine, l'extraction duquel toutefois vous pourrez faire en moins de temps comme je vous dirai ci-après. Et vous remarquerez que le sel de l'antimoine extrait selon l'opération suivante a les mêmes vertus que le soufre de l'antimoine en la médecine. Mais voici une opération pour avoir le soufre et le sel de l'antimoine bien plus prompte et subtile dont vous devez faire beaucoup d'état.



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renez du bon vitriol, du sel commun et de la chaux vive, une livre de chacun, et du sel armoniac, quatre onces. Pilez le tout et le mettez dans une cornue de verre; versez-y trois livres de vinaigre commun de vin; bouchez la cornue; digérez au feu l'espace d'un jour et d'une nuit, puis y appliquez un récipient et faites distiller votre matière comme on fait l'eau forte. Prenez la liqueur qui sera distillée et, à une livre d'icelle, ajoutez-y une livre de sel commun et: la distillez ou rectifiez encore une fois fort doucement, afin que rien d'impur ne distille et que la liqueur soit belle et claire. Alors prenez une livre de votre susdit verre d'antimoine en poudre subtile et y versez de votre liqueur rectifiée ce qu'il faut. Lutez bien l'alambic; digérez jusqu'à ce que tout soit dissous; retirez par inclination la dissolution et la distillez ou évaporez lentement au bain-marie. Et il vous restera au fond de l'alambic une matière épaisse, liquide et noire, laquelle sera un peu sèche. Mettez-la sur une plaque de verre dans un lieu frais et elle s'y dissoudra en une huile rouge qui laisse arrière soi quelques fèces. Coagulez cette huile rouge doucement sur le feu de cendres jusqu'à ce qu'elle soit bien sèche; mettez-la dans un matras et y versez de très excellent esprit de vin. Digérez, et l'esprit de vin attirera à soi une teinture rouge comme sang. Retirez par inclination l'esprit teint et en remettez d'autre jusqu'à ce qu'il ne tire plus de teinture rouge. Ainsi vous avez la teinture ou le soufre rouge de l'antimoine qui fait des merveilles dans la médecine — comme j'ai dit en la première procédure — et il ne cède guère à l'or potable. Or quand ce soufre d'antimoine a été ainsi parachevé, l'on peut avec icelui entreprendre et faire des opérations particulières, comme j'ai enseigné ci-devant.

Prenez la matière noire qui vous est restée après l'extraction dudit soufre d'antimoine et la séchez bien; puis tirez-en son sel avec le vinaigre distillé et l'adoucissez avec [de l'] eau commune distillée et le clarifiez avec [de l']esprit de vin. Et ainsi vous aurez le sel de l'antimoine bien préparé, lequel sel d'antimoine a de grandes vertus dans la médecine, dignes d'être observées et dont je ferai mention en la dernière partie. Et ainsi je conclus cette mienne quatrième partie. Mais d'autant qu'il se trouve encore plusieurs grands mystères en la Nature, l'on pourrait encore ajouter ici d'autres pratiques. Sachez toutefois que je vous ai enseigné tout ce qui est de plus grande importance et ce qui est de plus facile opération et d'un plus grand profit; car quant [aux] autres choses qui n'apportent aucune utilité et qui peuvent facilement séduire les disciples étudiants en telle sorte qu'ils n'en puissent tirer aucun avantage, si ce n'est un très petit, je n'en fais point ici de mention, parce que vous pourrez chercher et trouver telles choses à votre loisir lorsqu'il vous plaira de travailler. Si donc vous apprenez seulement à connaître et comprendre cette seule et unique chose de laquelle la santé et les richesses prennent leur source et origine, vous pouvez, en joignant tous les soufres métalliques avec elle, en tirer un grand profit. De quoi il est impossible à un seul homme de pouvoir écrire comme il faut entièrement, car il faut avouer qu'on en pourrait composer des volumes presque jusqu'à l'infini.

Priez Dieu avec ferveur et diligence qu'il vous fasse participant de sa miséricorde et de sa grâce.

Et sachez que de la pratique dérive une infinité de fontaines, lesquelles prennent toutes leur naissance et origine d'une unique et seule source. Mais si vous faites autrement que je vous recommande et invite au nom du Créateur du ciel et de la terre, tout votre travail ira à rebours et ne vous apportera aucun profit en ce monde, mais plutôt de la perte.

Or quoiqu'il semble que je devrais ajouter quelque chose en cette partie après les métaux touchant à la vertu et puissance des minéraux selon leur ordre, toutefois à cause que je vois que les minéraux ne peuvent rien pour la vraie transmutation métallique, mais seulement pour la médecine, en faveur de laquelle ils ont des qualités dont les effets ne se peuvent assez dignement admirer, c'est pourquoi j'en traiterai seulement en la dernière partie après la vertu des sels métalliques où je montrerai amplement les merveilles que le Tout-Puissant a mises et enfermées en iceux minéraux.


CINQUIÈME LIVRE


O
u dernière partie du Testament de frère Basile Valentin, là où il est parlé brièvement du médicament ou médecine miraculeuse, laquelle le Créateur de toute grâce et miséricorde a mise et enfermée dans les métaux et leurs sels et dans les minéraux, comme aussi dans les autres plantes, nobles et moins nobles, pour le soulagement et rétablissement de la santé du corps humain en cette vie présente et pour la guérison des maladies.

 


A
vant que je commence à déclarer la vertu des sels métalliques et des minéraux, et semblablement de toutes les autres nobles plantes, premièrement je décrirai et proposerai brièvement la préparation de l'or potable, d'autant qu'à lui seul, comme étant le couronnement ou perfection de tous les médicaments de l'univers, est dû le premier lieu. Et cela très justement et à bon droit, comme au contraire les sels métalliques et [ceux] des minéraux n'ont été doués seulement que d'une vertu particulière et bornée pour la santé des hommes.

C'est pourquoi j'ai raison de commencer mon discours par le vrai or potable et même d'en décrire de différentes sortes. Et parce que cette partie est la dernière de mon Testament, j'entreprends d'y donner et mettre au jour une entière connaissance de l'or potable pour celui qui entend et aime dignement cette science, espérant que Dieu après mon décès permettra qu'il jouisse de ce mien livre. Au reste, je ne dirai rien ici que ce que j'ai moi-même expérimenté avec succès et grands travaux. Partant, s'il a plu à Dieu de te rendre assez heureux pour jouir de cette vraie science, je t'exhorte et conjure de la tenir très secrète en ton cœur, [de] crainte qu'au lieu de la bénédiction de Dieu tu n'aies sa malédiction. Or la préparation de la pierre est unique comme la pierre même est uniforme, laquelle tire ou emprunte sa première origine et naissance de la vraie semence du premier mobile astrologique, qui est appelé esprit de mercure, duquel je t'ai écrit ci-dessus amplement. Mais sache en toute vérité que nulle teinture universelle ou particulière, nul or potable ni aucune autre médecine universelle ne se peut préparer et trouver comme celle-ci, laquelle a et reçoit comme étant toute céleste son essence et origine spirituelle du ciel astral. Et pour cela, garde le silence jusqu'à la mort; et alors fais héritier ton prochain de ce trésor, comme tu vois que j'ai fait. Car si je ne t'avais fidèlement instruit, tu ne connaîtrais que peu de choses de ce secret. Toi, dis-je, qui ordinairement ne t'amuses qu'à des folies comme étant un aveugle ignorant et extravagant, puisque ton talent n'est qu'à transcrire des récépissés ou remèdes de médecine de quelque pharmacopée impertinente et ignorante. Mais pourquoi perds-tu ton temps, tes soins et peines-tu en t'occupant si vainement en ton seul Galien et [en] te plongeant dans un abîme de ténèbres dont l'habitation est chez tous les diables infernaux dans la partie la plus profonde de l'enfer ? Et tu te dois assurer que ton corps et ton âme n'auront point d'autre demeure si tu es si téméraire que de divulguer la moindre chose de ces secrets et mystères si relevés.

Mais afin que maintenant je te déclare ma proposition, je te dirai premièrement ce que c'est qu'une médecine universelle et le grand or potable. Ensuite de quoi, je te décrirai un autre or potable qui se fait et compose de l'âme ou soufre corporel de l'or souverainement purifié; et puis il est préparé par le moyen de l'esprit universel, lequel y est mis et conjoint. Et après ce dernier or potable, je ferai suivre une médecine particulière qui sera un demi-or potable dont j'ai, par plusieurs expériences, éprouvé et expérimenté les puissances et vertus particulières, beaucoup plus excellentes que quantité d'autres médicaments. Et semblablement j'ajouterai et mettrai ici la description de l'or potable, lequel à bon droit contient en soi les vertus de l'or même, comme l'on a fait souventes fois l'expérience.

Or le souverain et principal or potable que Dieu a créé et mis dans toute la nature n'est autre chose que la substance de notre pierre, digérée, préparée et fixée, avant que d'avoir été fermentée. Et il n'y a point en tout te monde ni en tout le circuit de la terre une plus grande et plus excellente médecine ni un plus admirable or potable que cette susdite médecine ou substance fixe de notre pierre avant sa fermentation. Et il est impossible d'en trouver ou donner au public une meilleure. Car c'est un baume céleste, duquel les premiers principes descendent du ciel et se forment dans la terre. Et après que cette substance a été préparée par une très grande et exacte purification, elle est enfin amenée en une souveraine perfection. L'origine et le premier principe de laquelle quintessence céleste j'ai déjà ci-devant suffisamment décrit, de sorte que je ne trouve pas qu'il soit nécessaire d'en parler davantage. Comme donc cette substance souveraine, étant parfaitement cuite et digérée, est la plus grande et principale médecine des hommes, de même pareillement cette même matière ou substance, après sa fermentation, est une teinture et médecine universelle, la plus grande et la plus puissante qu'on puisse trouver ni inventer pour tous les métaux en général ; lesquels par cette médecine sont conduits dans leur souveraine perfection et santé, savoir est qu'ainsi ils sont transmués en très pur et très fin or. Et cette première substance fixée comme j'ai dit est le principal or potable et la plus grande médecine universelle de tout l'univers et dont l'on pourrait écrire plusieurs livres. Mais d'autant que j'en ai donné la description et préparation avec toutes ses circonstances en la troisième partie de ce mien Testament, je n'ai que faire de m'y étendre ici davantage et, partant, je n'en dirai pas autre chose. Toutefois je te veux maintenant déclarer à plein comment tu dois faire mon or potable avec l'or commun et vulgaire grandement purifié.


P
rends l'âme de l'or extraite avec un doux esprit de sel commun, comme je t'ai enseigné aux particuliers de l'or, lorsque le corps de l'or est resté tout à fait blanc. Retire de dessus cette âme ou soufre d'or l'esprit de sel, et puis adoucis-la par dix ou douze fois. Finalement, nettoie-la, [de sorte] qu'elle soit fort pure, et la sèche. Après, pèse-la et y verse quatre fois autant d'esprit de mercure. Lute bien l'alambic et le mets au bain-marie vaporeux; et laisse putréfier ta matière doucement tant que tu vois que l'âme de l'or soit toute dissoute en eau ou en sa première matière. Il se produira de ces deux une liqueur qui sera rouge comme sang, belle et transparente, en sorte que nul rubis qui soit au monde ne lui est à comparer. Mais prends garde ici que quand l'âme de l'or commence à se dissoudre et à entrer en la première matière de son essence, on voit premièrement sur le bord du verre où la matière touche, un certain cercle fort beau, tout à fait vert; après celui-ci, un autre qui est bleu et ensuite un cercle jaune; et ensuite l'on aperçoit toutes les couleurs de l'arc-en-ciel qui sont agréablement entremêlées l'une avec l'autre; mais elles ne durent pas longtemps.

Or quand toute l'âme de l'or s'est dissoute entièrement dans l'esprit de mercure et qu'il ne se voit plus aucune résidence dans le fond de l'alambic, alors versez-y deux fois autant pesant d'esprit de vin du plus excellent et du plus purifié et essencifié. Lute bien ton alambic d'excellent lut. Digère et putréfie doucement le tout ensemble l'espace de douze ou quinze jours. Puis distille le tout ensemble et il distillera ou passera par le bec de l'alambic une matière liquide qui sera rouge comme un très beau sang et tirera sur une couleur toute dorée et transparente. Continue et réitère cette distillation tant de fois que rien de corporel ne reste au fond de l'alambic. Et ainsi tu auras le droit et vrai or potable, lequel tu ne pourras jamais réduire en un corps. Mais prends garde auparavant de commencer ta dissolution et l'extraction de l'âme aurifique que ton or soit grandement bien purifié et purgé.


V
oici encore un or potable qui se fait et prépare par art. Et encore qu'icelui ne puisse pas être réputé pour un vrai or parfait ou potable, toutefois il faut avouer qu'il est quelque chose de plus qu'un demi-or potable. Car il est puissant en sa vertu dans plusieurs maladies dont on serait incertain de pouvoir être guéri par la nature des autres médicaments ordinaires, lesquelles maladies toutefois ont été extirpées par le moyen de cet or potable. Or ce demi-or potable se peut faire de deux manières, la dernière desquelles est meilleure et plus efficace que la première, et même elle est plus longue à faire et d'un plus grand travail. La préparation de la première manière de ces deux demi-or potable est telle : Prends l'âme de l'or, laquelle a été extraite par l'esprit doux de sel commun. Adoucis-la très diligemment et nettement. Laisse-la sécher et la mets dans une grande fiole de verre, et y verse de l'huile rouge de vitriol qui soit sans flegme et qui auparavant ait été déflegmée et rectifiée par la cornue, en sorte qu'elle ait été rendue claire, belle, blanche et transparente. Et prends bien garde que quand cette huile de vitriol se charge d'une couleur rouge, c'est signe que l'âme de l'or s'y est laissée dissoudre. Mais sois soigneux de ne verser sur l'âme de l'or qu'autant de ton huile de vitriol qu'il en faudra justement pour sa dissolution. Puis tu mettras ta dissolution [à] putréfier au bain-marie, à feu médiocre, voire un peu plus que médiocre, tant que tu vois que l'âme de l'or soit parfaitement bien dissoute dans cette huile de vitriol. Et s'il se fait quelques fèces, il faut que tu les ôtes et que tu mettes la dissolution dans une cucurbite. Puis y verse dessus deux fois autant d'esprit de vin très excellent et très bien rectifié, comme je t'enseignerai en cette partie. Ferme et lute bien la cucurbite afin que l'esprit de vin ne se puisse point évaporer. Après tu mettras [à] putréfier ta matière au bain-marie, à doux feu, l'espace d'un mois. Et alors l'acrimonie de l'huile de vitriol s'adoucira par l'esprit de vin qui lui fait perdre toute son âpreté. Et ainsi il s'en fait une excellente médecine. Distille le tout ensemble tant de fois qu'il ne demeure aucune résidence au fond de la cucurbite. Et alors tu auras là un plus que demi-or potable en façon d'une belle liqueur fort jaune.

Mais sachez que l'on peut procéder en la même manière avec quelques-uns des autres métaux. Car premièrement tu en pourras faire un vitriol métallique duquel tu tireras facilement l'esprit que tu joindras en la même façon de ci-devant au soufre ou âme que tu verras s'y dissoudre. Laquelle dissolution tu digéreras puis après avec [de l'] esprit de vin tant que le tout devienne une médecine comme j'ai dit, laquelle ensuite produira et fera reconnaître sa vertu.

Autre demi-or potable

L
'autre manière de préparer ce demi-or potable, lequel n'est pas véritablement plus qu'un demi-or potable, mais lequel toutefois passe de beaucoup en sa force et vertu médicinale celui que je viens de décrire. Et voici comment il convient de la faire.

Prends l'âme de l'or extraite comme j'ai dit ci-devant. Mets-la dans une cucurbite et y verse du soufre des philosophes qui a été extrait et lequel est l'autre principe qui a été tiré de la terre des philosophes avec l'esprit de mercure; et [il] faut que ce mercure ou esprit de mercure ait été derechef retiré par la distillation de dessus cette terre des philosophes jusqu'à consistance d'huile, laquelle est le soufre des philosophes.

Verse donc sur l'âme de l'or de ce soufre des philosophes ce qui suffira pour la dissoudre. Laisse ta matière au bain-marie tant que l'âme de l'or soit dissoute. Et sur cette dissolution, versez-y davantage de très bon esprit de vin très bien rectifié. Digère derechef le tout à doux feu, puis distille-le jusqu'à ce qu'il ne demeure rien au fond de l'alambic. Et ainsi tu as une médecine qui ne cède que de deux degrés au vrai or potable. Voilà la principale manière de faire l'or potable corporel. C'est pourquoi je conclurai et puis j'enseignerai et décrirai brièvement, mais par une véritable manière, comment la lune qui est plus prochaine de l'or en sa perfection, peut être rendue potable et comment il faut préparer cette lune potable en la façon et méthode suivante.


P
rends le soufre de couleur céleste ou l'esprit de lune qui a été extrait avec le vinaigre distillé comme je t'ai enseigné au particulier de la lune. Adoucis ce soufre et puis le rectifie avec [de l']esprit de vin. Laisse-le sécher et le mets dans une cucurbite, et y verse trois fois son poids d'esprit de mercure, lequel se prépare et s'acquiert de l'esprit blanc de vitriol, comme je t'ai montré en son lieu fidèlement. Ferme et lute bien la cucurbite, et mets [à] putréfier ta matière à la vapeur du bain-marie jusqu'à ce que ton soufre de lune soit tout dissous, sans qu'il n'y demeure rien au fond du vaisseau. Et alors digère le tout ensemble par quinze jours entiers. Puis distille ta dissolution jusqu'à ce qu'elle ne laisse point de résidence au fond. Et alors tu as la vraie lune potable, laquelle fait des effets que je n'oserais dire être miraculeux, comme tu le verras dans les occasions qui se présenteront.


P
rends de très bon vin et en tire l'esprit, lequel tu rectifieras sur du tartre calciné selon l'art à une souveraine et grande blancheur, en telle sorte qu'il soit parfaitement brûlé. Puis mets cet esprit de vin rectifié dans une cucurbite et sur une mesure d'icelui ajoutez-y quatre onces de sel armoniac bien sublimé. Couvre ta cucurbite de sa chape et y joins un fort grand récipient, lequel tu poseras et feras tremper dans un vaisseau d'eau froide à cause des esprits volatils. Distille doucement au bain-marie et il restera quelque peu de chose au fond de la cucurbite. Et note qu'en cette distillation il faut que tu humectes souvent la chape avec des linges mouillés en eau froide afin de la rafraîchir. Et ainsi les esprits les plus subtils passeront dans le récipient, de sorte que par ce moyen tu auras l'esprit igné du vin.


P
remièrement, il faut que tu saches que le tartre des philosophes n'est pas le tartre commun, pour ouvrir nos serrures ou secrets, mais c'est un autre tartre ou sel qui vient toutefois d'une même racine. Et c'est une de nos clefs secrètes pour ouvrir tous les métaux, laquelle se fait ainsi : Fais une lessive de cendres de sarments de vigne qui soit la plus forte que tu pourras. Puis fais-la cuire et bouillir jusqu'à siccité entière. Et il te restera au fond du chaudron une matière luisante, laquelle tu feras réverbérer à feu de flamme l'espace de trois heures, la remuant et agitant continuellement avec quelque verge de fer, tant que ta matière soit devenue fort blanche. Après, dissous cette matière dans de l'eau de pluie distillée, laisse rasseoir les fèces et filtre ta dissolution. Puis dessèche-la doucement dans des vaisseaux de verre jusqu'à siccité. Et ainsi tu auras le vrai tartre ou le vrai sel de tartre des philosophes, duquel l'on peut tirer le véritable esprit. Remarque bien ceci : comme il a été dit ailleurs des pierres précieuses et de leurs vertus et propriétés, de même je te dis maintenant qu'il se trouve plusieurs pierres de vil prix, et même des plantes, qui sont de pareille efficace et vertu en leur opération, quoique les ignorants n'en croient rien et qu'ils ne puissent comprendre cette vérité à cause de leur grand aveuglement et ignorance. Ce que je ferai ici reconnaître par l'exemple de la chaux vive dont on ne fait pas grand état comme étant réputée pour une pierre vile et abjecte. Et toutefois elle contient en soi de puissantes et très efficaces vertus contre des maladies des plus obstinées et violentes. Mais d'autant que la chaux vive a des propriétés et vertus merveilleuses et triomphantes qui sont presque inconnues d'un chacun, je veux ici pour une heureuse conclusion en déclarer les arcanes et mystères à tous les fidèles amateurs ou admirateurs des choses naturelles et surnaturelles, auxquels principalement j'ai révélé en ce mien livre les principaux mystères de la nature.

J'enseignerai donc premièrement et révélerai comment il faut extraire l'esprit de la chaux vive, ce qui demande et requiert un artiste ou opérateur bien expérimenté et bien adroit. Car cette opération ne réussira pas à celui qui n'a pas de solides fondements en cette préparation.


P
rends de la chaux vive récente autant qu'il te plaira. Broie-la en menue poudre sur une pierre bien sèche, puis la mets dans un alambic de verre et y verse de très excellent esprit de vin, mais point davantage que ce que la chaux vive en peut boire, en telle sorte que l'esprit de vin ne surnage point. Après couvrez votre alambic de sa chape et y joignez un récipient, le tout bien luté. Puis distillez au bain-marie tout l'esprit et le remettez sur la chaux vive et le redistillez et réitérez cela jusqu'à huit ou dix fois. Et par ce moyen l'esprit de la chaux vive est fortifié en sa gloire et vertu par l'esprit de vin et en est rendu bien plus igné et vigoureux. Ce qu'étant fait, retire cette chaux vive préparée hors de l'alambic et la broie derechef très subtilement et y mêle la dixième partie de sel de tartre qui soit très beau et pur et ne laissant plus aucune féce. Maintenant pèse toute ta matière conjointe et y ajoute autant de pesant de sel de tartre, c'est-à-dire de cette matière qui est restée après que tu as tiré ton sel de tartre — qui est proprement la cendre de serment lessivée, c'est-à-dire dont on a tiré le sel comme ci-devant — et que cette matière soit bien desséchée auparavant que de l'ajouter et mêler. Mêle donc et broie bien le tout ensemble, puis mets toute ta matière dans une cornue bien lutée, n'en emplissant seulement que la tierce partie et y ajoute un grand récipient fort bien luté. Mais note bien qu'il faut que tu aies un vaisseau de verre qui ait deux canaux larges d'un doigt, dans l'un desquels soit ajouté le grand récipient dans lequel tu auras mis un peu d'esprit de vin, et que le tout soit bien luté ensemble. Alors donne feu doux et eau à la cornue et le flegme passera le premier dans le premier vaisseau qui a un double canal. Et quand le flegme aura ainsi distillé, donne un plus fort feu, et un esprit blanc distillera dans le grand récipient, très beau et éclatant à la vue comme l'esprit blanc de vitriol. Cet esprit ne contient point de flegme mais il monte insensiblement par le canal dans le grand récipient, là où il se revêt de l'esprit de vin comme étant un feu qui s'insinue et se joint dans un autre feu.

Mais tu dois savoir que si la chaux vive n'était auparavant préparée avec l'esprit de vin et qu'icelui ne fut ensuite retiré et distillé, cette chaux vive ne ferait rien qui vaille. Car par cette distillation il n'en sort que le flegme, lequel s'il demeurait avec la chaux vive, elle perdrait toute efficace et vertu. C'est pourquoi l'on peut dire que la nature est imperscrutable et qu'elle tient enfermées dedans soi plusieurs merveilles qui ne peuvent pas être toutes connues par les humains. Or quand cet esprit de chaux vive est tout distillé et entré avec l'esprit de vin, alors retire le récipient, jette le flegme et conserve soigneusement l'esprit de vin et l'esprit de chaux vive joints ensemble. Et note que ces deux esprits se séparent difficilement l'un de l'autre par la distillation, car ils s'entre-aiment grandement et l'esprit de chaux vive a accoutumé en cette distillation de se transporter toujours dedans l'esprit de vin. Pour donc en faire la séparation, prends ces deux esprits unis et les mets dans un vaisseau de verre qui soit large, puis y mets le feu et l'esprit de vin seul s'allumera, brûlera et se consumera. Mais l'esprit de la chaux vive restera dans le vaisseau de verre. Conserve-le soigneusement. Et ainsi tu as en vérité un arcane que peu d'autres surmontent en excellence si tu t'en sais bien servir. Cet esprit de chaux vive a tant de vertus et de propriétés qu'il serait impossible de les décrire à moins que d'en faire un discours particulier qui serait trop prolixe et trop ennuyeux. Cet esprit dissout les yeux de cancre et aussi les cristaux de roche les plus durs. Et si tu mêles ensemble ces trois choses et que tu les distilles par réitérées distillations, alors trois gouttes de cette liqueur distillée prises avec un peu de vin chaud rompent et fracassent telle pierre que ce soit dans le corps de l'homme et la font sortir entièrement avec toutes ses racines et ce, sans aucune peine ni douleur.

Or cet esprit de chaux vive est au commencement d'un bleu céleste; mais quand il est doucement rectifié, il devient d'eau, blanc, clair et transparent et laisse peu de fèces après soi. Il dissout les pierres et perles précieuses, celles même qui sont très fixes, comme au contraire il a cette propriété de pouvoir fixer par sa vertu et immense chaleur les esprits très volatils. Si quelqu'un est tourmenté et affligé des gouttes en quelque façon que ce soit, cet esprit de chaux vive en est le maître, les faisant dissoudre et les guérissant radicalement, en sorte que même toutes les nodosités et enflures ou tumeurs disparaissent et s'évanouissent tout à fait.

Grâces soient rendues du fond du cœur à la toute puissante et sainte Trinité, Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, pour tous les bénéfices, dons et présents qu'il nous a donnés et élargis en cette vie, ne nous ayant rien laissé de caché ni à moi, ni à vous autres, selon que je me l'étais proposé. Et je puis dire que je n'ai rien entrepris en mes desseins que je ne l'aie fondé et établi au Nom de Dieu, auquel en soit la louange perpétuelle en toute éternité. Ainsi soit-il. Tout ce qui a esprit donne et rend louange au Seigneur. Alléluia.


FIN