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GRASSOT La Philosophie Céleste


Frontispice de La Philosophie Céleste

LA PHILOSOPHIE CELESTE,

Où il est traité de Dieu, de la Nature et de ses principes ; de l’union du Créateur aux Créatures ; du rapport qui est établi entre le Microcosme et le Macrocosme ; du retour de toutes les Créatures à l’Unité leur principe, par l’intermédiaire de l’Homme.

Suivi de l’Apologie de l’Œuvre Hermétique, où la porte de la vraie Philosophie naturelle est entièrement ouverte, et toutes ses opérations dévoilées.
EN TROIS PARTIES

Par L.GRASSOT, docteur en médecine de l’université de Montpellier.


CHAPITRE PREMIER

Qu’il faut connoître le principe avant toutes choses.

Il convient de connoître l’unité avant le nombre, le père avant le fils ; il faut donc connoître Dieu avant toutes choses, si l’on veut commencer par le principe et par la cause, avant que de descendre à l’effet ; c’est le véritable moyen d’établir un fondement solide, et de pénétrer dans les choses les plus ocultes. Comme la fin est toujours proportionnée à son principe, et que si le principe est bon, la fin est de même ; je commence par le véritable principe pour parvenir au but que je me suis proposé.

Beaucoup de philosophes considèrent la nature, mais bien peu se trouvent d’un sentiment conforme ; tous néanmoins se flatent d’avoir atteint au but désiré, et soutiennent leur sentiment avec opiniâtreté, persuadés qu’ils sont, d’avoir la vérité et la raison pour eux : n’en cherchons point d’autres causes que dans les variétés que nous offre la nature, dont les objets se présentent à nous sous des points de vue variés à l’infini : car de même que le cube, sans cesser d’être, peut présenter aux yeux de celui qui le change de face, savoir : la partie de dessus aulieu de celle de dessous, la partie de devant pour celle de derrière et les côtés, ainsi la nature, sans cesser d’être la même, a pu découvrir aux yeux d’un philosophe, une vérité qu’un autre aura saisi sous un point de vue tout différent.

On ne peut disconvenir qu’il n’y a qu’un principe, qui est éternel, infini, qui occupe le centre en toutes choses, et manifeste sa puissance à l’infini ; cette grande différence qui se trouve dans les créatures, est une preuve de son infinité ; puisque ce seul principe s’étant manifesté par la production des choses, et étant sorti comme hors de lui-même, a produit un nombre infini de créatures. Ce principe est la cause de toutes les essences, et l’être de tous les êtres.

Tous les composés naturels se changent l’un en l’autre, par une révolution continuelle auteur de leur principe ; et le principe est toujours le même : il ne peut être ni altéré ni changé ; c’est lui qui change les choses comme étant leur unique moteur ; lui seul est stable et permanent ; tout tourne autour de lui, comme une roue autour de son essieu, et ce mouvement durera jusqu’au renouvellement de toutes choses ; pour lors le centre sera à la circonférence, afin que tout soit égal pour l’éternité, et cette égalité fera l’harmonie; et la paix sera dans les choses renouvelées, parce qu’elles n’auront rien de contraire à combattre, tout étant lumineux au centre et à la circonférence.

CHAPITRE II

De l’unité, principe de toutes chose.

On ne sauroit mieux définir l’être, principe de toutes choses , qu’en disant qu’il est l’unité de toutes les essences, ou un tout infini, contenant toutes les formes et les choses visibles et invisibles ; il n’appartient qu’à ce tout d’être infini, attendu qu’il n’y a que lui qui ait une puissance sans bornes. Toutes les créatures, ne sont que comme des parties à son égard. Tout ce qui n’est pas principe ne peut être appelé un tout. Lorsque nous disons que le tout est plus grand que la partie, nous entendons que le principe est plus grand que le Principié ; car il n’y a que le principe qu’on puisse appeler un tout, parce qu’il subsiste de lui-même et que la partie, ne tient son être et sa durée que de lui. Pour démontrer cette vérité, je dis qu’un quarré, ou quelque figure géométrique que ce soit , est véritablement une partie à l’égard de son principe. Le point mathématique est le principe de toutes les figures géométriques ; et comme leur principe, il est un tout, et les figures ne sont que des parties écoulées de ce tout: Le point mathématique subsiste de lui-même, et les figures géométriques n’ont leur existence que de ce point rationnel, qui est leur principe et leur tout, duquel elles sortent comme tout autant de parties principiées de ce point. Puisqu’il est vrai qu’elles en sortent toutes , il faut donc convenir qu’elles y étoient contenues ; et parce que le contenant est plus grand que le contenu, il faut conclure , que le point mathématique est plus grand que toutes les figures géométriques. De cette manière on peut dire que le tout est plus grand que la partie, puisque le propre du tout est de n’être point contenu, d’être sans borne, et d’une étendue infinie, à l’égard de la partie : mais la partie est finie, bornée et contenue, et par conséquent moindre que le tout. L’unité, principe des nombres est un tout à leur égard, attendu qu’elle les contient tous. Et les nombres sont des parties à l’égard de l’unité, qui est sans bornes à leur égard, puisqu’elle contient une infinité de nombres, et qu’elle a la puissance de les mettre tous en acte.

Il convient de remarquer que ces deux principes, le point mathématique et l’unité des nombres, nous démontrent dans leurs productions l’unité éternelle, principe principiant universel de toutes choses. Notre ame étant une émanation de l’essence divine, produit ces deux principes intellectuels et infinis, à l’imitation de l’infinité son principe:

Je dis donc que cette unité éternelle, principe infini de toutes choses, c’est le verbe de Dieu ; ce principe éternel est un tout infiniment plus grand que toutes choses, parce qu’étant l’unité simple, il est le tout infiniment parfait, et le principe inépuisable, qui a la puissance de produire à l’infini, sans que non essence en soit altérée ni changée. C’est cette unité éternelle, qui est la cause et le principe de la nature angélique ; de la céleste, et de toutes ses parties ; ainsi que de la nature élémentaire, et de toutes ses compositions. Et pas une de ces choses, ne peut être l’unité éternelle, attendu qu’elle est infinie, et qu’elles sont toutes bornées et finies à l’égard de leur principe. De sorte que le tout étant plus grand que la partie, et toutes les choses du monde, tant visibles qu’invisibles, il ne peut y avoir d’autre principe de toutes choses, que l’unité éternelle ; puisqu’il n’appartient qu’à elle de contenir, de créer, et de comprendre toutes choses ; d’être un tout parfaitement uni, de toutes les choses, qui ont été, qui sont, et qui seront ; de donner l’être, la vie, le mouvement et la durée à toutes les créatures. Soyons donc convaincu que l’unité éternelle est le principe principiant universel de tout ce qui existe dans le monde intelligible, dans le céleste, et dans l’élémentaire ; et que ces trois mondes, quoique très-différens, n’ont cependant qu’un même et unique principe, qui est la source inépuisable de toutes les formes et de tout ce qui existe.

C’est donc à ce seul principe divin que nous devons des adorations, puisqu’il est l’essence de toutes les essences, l’être de tous les êtres, la forme de toutes les formes, le créateur, la vie, le moteur, le commencement, le milieu, la fin , et la durée de toutes les créatures. En un mot, c’est l’Alpha, Omega ; quiconque adore toute autre chose, est dans l’erreur, et embrasse un faux culte.

Lorsque les athées, pour combattre le principe, demandent où étoit le monde avant la création ? pour répondre a cette question , on doit dire qu’il étoit en Dieu, comme les nombres dans l’unité et comme les figures géométriques, dans le point mathématique, que l’artiste réduit de puissance en acte ; Dieu étoit un monde invisible qui est sorti comme hors de lui-même, de sorte que le monde étant sorti de l’unité, l’invisible s’est rendu visible ; je dis donc que le monde est un Dieu manifesté. Comme la perfection de l’ouvrage annonce l’excellence de l’ouvrier, ce grand univers nous démontre une souveraineté sans bornes, et sa beauté une intelligence supérieure ; de-là nous pouvons conjecturer que le tout n’a paru que pour l’indication de son auteur. Le monde a de la relation à son principe, parce qu’il est une unité : mais il est différent de son principe ; parce que le principe est une unité simple, et le monde est une unité composée. De cette connoissance nous passons à l’admiration de l’accord parfait et inviolable du supérieur avec l’inférieur, du spirituel avec le corporel, et du fini avec l’infini. Mais comme de la connaissance d’un extrême, on ne va pas à celle de l’autre, sans un milieu suffisant, nous découvrons que pour être sensible et uni mutuellement en ses parties comme il est, il devoit être subsistant, c’est-à-dire qualifié et distingué par ces degrés de perfection ; étant un principe établi que le nombre entier est terminé de dix, qui représente la même proportion ou l’unité, c’est-à-dire l’être ou l’essence de toute substance, demeure toujours simple, quant à son existence, quoique principe du nombre, ou de la composition, ou production externe, signifié par le nombre deux ; par ce même ordre nous trouvons que l’instant qui a paru avec le corps, est celui de la matière et de la forme, c’est-à-dire du subtil et solide universel, par lesquelles tout est produit dans la nature.

Je dis donc que tout composé, quant à l’ordre naturel, procédant du premier être créé, par le moyen de l’esprit et sel universel, tire son être ou essence de leur première et particulière union ; la consistance sensible ou existance, des premières qualités, moyennant leurs élémens et quantités, sa vie de leur forme déterminée, son progrès de leur vertu spécifique ou mouvement inné, et sa durée de son invariable révolution naturelle, après laquelle, comme fini, il retourne dans ses principes ; et ces principes se retrouvent dans l’unité de leur substance première, distinguée en eux, et par conséquent déterminé.

Relativement à cette cause, ils sont nommés universels, se portant de la simplicité à la composition, pour faire et refaire ce qu’ils ont fait, d’après leur établissement inviolable ; d’où dérive le mot de nature qui signifie naissance, ou réaction nouvelle, qu’on peut expliquer par la génération du nombre, de la ligne, de la superficie du cube et du cercle ; car cette unité, qui est le point indivisible en soi-même poussée, et comme étendue extérieurement par son auteur, qu’elle représente, parut alors sous le divisible, c’est-à-dire le nombre deux, qui est la diversité première des parties du composé, que l’esprit et sel universel représentent sous la ligne sensible. De-là ayant passé au produit sous le nombre trois, et le moyen interne de la ligne faite externe et triangulaire, il distingue l’essence particulière de chaque chose qui sont imperceptibles, et se reposant an nombre quatre qui est le centre du nombre trois ou triangle, et de ses lignes mises au-dehors en égale distance de leur point ou limites et autres aspects, sous le nom de cube ; ce nombre suivant lui et ce qu’il représente, rend la même essence sensible ayant corps ou profondeur.

De sorte que l’unité tirée au-dehors devient nombre, et se multiplie par association de pair ou impair. Le premier desquels est le deux, qui par sa combinaison propre, donne le quatre ; le second, est le nombre trois ou le cinq, qui derechef doublé, produit l’entier, qui est le nombre dix ; nombre parfait qui sans autre forme se multiplie et se répète à l’infini, ainsi que le cercle nous le démontre. Ces trois différentes associations de nombres, nous montrent le commencement, le milieu et la fin de toutes choses créées. Le deux, premier nombre pair, démontre les parties de la génération. Le trois, qui est le premier impair, témoigne l’essence particulière de chaque chose. Le quatre second pair désigne la composition. Le cinq, second impair, manifeste ce qui est engendré par leur union et combinaison dans son individu corporel. Pour perfectionner le tout, il le fait capable de mouvement qu’on appelle vie, et par son entier degré d’action, il lui associe derechef cet esprit universel, qu’il faut représenter par un second et dernier cercle, contenant le tout ; ce qui rend la quadrature du cercle parfaite, c’est-à-dire le corporel est entièrement uni au spirituel, ce que le nombre de douze signifie, contenant le deux qui compose, et le dix qui parfait.

Mais à l’instant que le même composé est parvenu au point de cette perfection, se trouvent borné de toute part, il retourne aussi-tôt sur ses pas, sort de la composition ou existence presqu’en même forme et même nombre, se rapetissant lui-même, agissant et se reposant toujours en son point ou unité première qui nous représente le centre de ce grand cercle universel qu’on ne peut imaginer.

C’est ainsi que l’auteur de l’univers se fait connoître aux créatures intelligentes, premièrement par les choses sensibles et corporelles, comme plus basses et prochaines de nous, ensuite celles qui sont plus élevées et qui fuyent non sens.

Pour bien entendre et ne point s’égarer, il faut donc faire une différence entre la puissance et l’acte, le genre, l’espèce et l’individu ; de cette manière on verra que l’individu montre l’existence corporelle ; la forme particulière découvre l’essence spirituelle, et leur vertu commune à plusieurs, fait voir l’espèce, et l’espèce le genre, comme l’acte, la paissance, qui représente le cahos ou total universel sans aucune distinction externe de soi qu’on peut très bien représenter par autant de cercles, l’un dans l’autre rendu peu a peu sensible, passant du plus bas de la simplicité au plus élevé de la composition.

CHAPITRE III

Que le verbe est l’image de Dieu. L’homme, l’image du verbe, et fait à l’image de Dieu.

Pour démontrer de quelle manière l’homme a été fait à l’image de Dieu, je dois expliquer ce passage de l’écriture, faciamus hominem ad imaginem, et similitudinem nostram ; puisque Dieu a fait l’homme à son image et similitude, il faut savoir qu’elle est l’image de Dieu. L’écriture nous apprend que c’est le verbe incarné qui est la splendeur de la gloire du père et la figure essentielle de sa substance ; dès-que l’homme est fait à l’image de Dieu, le verbe incarné étant l’image de Dieu, il faut donc dire que l’homme est l’image du verbe ; et l’homme ne peut être l’image du verbe, si le verbe n’est un homme-Dieu, et éternel qui s’est incarné dans le temps, et qui étoit éternellement la forme essentielle de l’homme dans la divinité. Car l’homme ne peut être l’image du verbe, qu’il n’ait du rapport et de la ressemblance an verbe : si cette ressemblance existe, on doit conclure que le verbe étoit éternellement la forme essentielle de l’homme dans la divinité ; et c’est par cette raison que Saint-Paul dit que le verbe est le premier engendré avant toutes les créatures. Primo genitus omnis creaturae. L’homme est l’abrégé de toutes choses, parce qu’il est l’image du verbe, qui est l’unité qui contient tout en lui, puisqu’il est l’image substantiel du père, qui est toutes choses ; l’homme est donc fait à l’image de Dieu, puisqu’il est l’image du verbe, et que le verbe est l’image de Dieu.
Mais il ne faut pas s’imaginer que ce soit en l’homme corrompu et sensuel que Dieu a imprimé son image ; l’homme extérieur et corrompu n’a aucun rapport ni aucune proportion avec la divinité. Je parle ici de l’homme véritablement essentiel, séparé de tout ce qui n’est pas substantiel. L’homme que nous voyons a des chose en lui qui ne sont pas toutes parties de substances, et qui sont séparables : c’est pourquoi i1 est sujet à 1a mort. Mais 1’homme essentiel séparé du simulacre, et dégagé de tout ce qui n’est pas de sa substance : cet homme intérieur tel qu’il doit être après la résurrection ; c’est lui qui est a l’image de Dieu. Si je dis que cet homme essentiel et intérieur, qui dans la résurrection doit être séparé du corruptible qui l’environne ; est celui qui est à l’image de la Divinité, on ne doit pas penser qu’il faille attendre la résurrection pour que cet homme essentiel soit à l’image de Dieu. Il l’est durant cette vie. Mais dans le pécheur, cette image est voilée par l’ombre du péché. Si les hommes réfléchissoient sur l’avantage qu’ils ont reçu dans leur création, d’être la parfaite image de l’unité éternelle, et d’avoir en eux la similitude de la divinité, ils devoileroient sans doute cette image, et ne feroient voir par leurs actions et par leurs pensées, que cet homme essentiel, qui a été créé pour l’éternité, et qui doit être renouvelé pour connoître parfaitement dans la gloire celui qui l’a créé à son image.

CHAPITRE IV

Que l’homme est la plus accomplie de toutes les créatures.

Quelqu’un dira peut-être, un ange qui est une intelligence simple et purement spirituelle, qui n’a rien en lui qui ne soit substantiel, n’est-il pas plus accompli que l’homme, qui est sujet à la mort ? Le ciel même et les astres qui sont d’une composition si parfaite, qu’ils dureront jusqu’à la fin des siècles, n’ont-ils pas plus de perfection que l’homme dont la durée est si courte, et 1a vie exposée à tant d’accidens, qui peuvent le faire mourir ? On pourroit peut-être avoir quelque raison de faire cette objection, si je n’avois pas dit que je parlois de l’homme essentiel et intérieur, sur qui l’ange n’a point d’avantage, et lequel en a beaucoup sur l’ange. N’est-il pas dit dans l’évangile, qu’après la résurrection glorieuse, les hommes seront comme les anges, dans les cieux, parce que l’homme essentiel et intérieur n’étant plus environné du simulacre corruptible, ni enveloppé dans les liens du pêché, qui le tiennent dans une perpétuelle captivité durant cette vie, sera spirituel comme un ange, et aura toutes les qualités angéliques. Il aura bien davantage, car il sera déifié parce qu’il sera uni à Dieu, son principe, comme je l’ai dit et le ferai voir ailleurs. Jesus-Christ nous confirme cette vérité dans son évangile , quand il dit que les hommes sont des dieux. Dii estis : Dieu a-t-il jamais donné un nom si glorieux aux anges ; et puisque l’esprit de vérité le donne aux hommes et non aux anges, ne faut-il pas conclure qu’ils ne sont pas aussi parfaits que l’homme. Mais l’homme meurt, et l’ange ne meurt point, dira-t-on ? Il est vrai qu’il se fait une séparation de l’homme terrestre et du céleste, du corruptible et de l’incorruptible, du matériel et du spirituel, à laquelle séparation on a donné le nom de mort ; mais il n’appartient qu’au simulacre, attendu que l’homme céleste ne meurt point, étant immortel et incorruptible ; et la mort qui ne fait que le séparer de la matière et du corruptible, aulieu d’altérer quelque chose de sa perfection, le dégage seulement de ses liens, le fait sortir de sa prison, et lui donne la liberté d’agir selon l’excellence de sa nature. Je parle des hommes qui doivent être régénérés pour la gloire, car il n’en est pas de même de ceux qui meurent dans le péché.

S’il est vrai que Dieu ait uni en l’homme, sa créature et son image, toutes les natures, l’intellectuelle, la céleste et l’élémentaire, comme il n’en faut pas douter, ne doit-on pas avouer que l’homme est la plus parfaite de toutes les créatures, et que si les anges, les cieux, les luminaires et toutes les créatures élémentaires ont des perfections, qu’elles sont toutes réunies dans l’homme essentiel, même durant cette vie ; puisqu’il est un petit monde et l’abrégé de toutes les créatures. Or, il est aisé de prouver que l’homme est l’abrégé de toutes les créatures. On ne peut pas contester que l’homme ne soit la parfaite similitude du verbe, le verbe étant un homme-Dieu, comme je l’ai démontré, ayant en lui toutes les natures. L’homme essentiel étant la parfaite similitude de l’homme-Dieu, a donc en soi toutes les natures. C’est une vérité dont la preuve n’est pas difficile. L’homme-Dieu est l’unité éternelle qui est le principe universel de tous les êtres supérieurs, inférieurs et moyens. Tous les êtres sortent de ce principe principiant. Comme à son imitation, de l’unité intellectuelle, principe des nombres, sortent tous les nombres, et toutes les figures géométriques du point mathématique ; ce point rationel est le principe de toutes ces figures, il les a toutes dans son centre : il faut nécessairement qu’elles y soient essentiellement, puisqu’elles en sortent. Il faut aussi que tous les nombres soient dans l’unité, dès que cette unité, leur principe, les produit et les met en puissance en acte ; comme toutes les créatures sortent du créateur, parce qu’elles sont essentiellement en lui. L’unité éternelle est cet homme-Dieu, principe de toutes chose, qui dans la création a manifesté tous ses nombres ou créatures, et a séparé par son esprit la nature intellectuelle, la céleste et l’élémentaire qui étoient essentiellement et éternellement en elle, puisqu’elle les a produites. Ensuite elle les a réunies en l’homme pour qu’il soit l’abrégé de toutes les créatures et l’image parfait de l’unité éternelle. C’est pourquoi il est appelé le microcosme, attendu qu’il est en tout ressemblant au macrocosme.

Mais il ne seroit peut-être pas suffisant pour quelques personnes d’avoir dit que l’homme est l’abrégé de toute la nature, si je ne démontrais sensiblement de quelle manière il l’est. Je dirai donc premièrement qu’il a la nature angélique, parce qu’il a un esprit intellectuel, et que cet esprit a l’invisibilité, la subtilité, la pénétration, et toutes les autres qualités d’une intelligence. L’homme a la nature intellectuelle, parce que durant cette vie même, il conçoit comme une intelligence une infinité d’objets ; son esprit est invisible comme un ange ; il va d’une extrémité du monde à l’autre dans un instant, sans passer par des milieux, il pénètre les corps les plus solides et compactes ; il va dans les lieux les plus inaccessibles ; il entre dans le plus profond de la mer, et va fouiller le globe de la terre jusque dans son centre, pour y examiner ce qu’il y a de plus secret; il monte même dans les cieux, y observe le mouvement des corps célestes, leurs influences, et leurs qualités ; il y lit tout ce qui se fait dans ce monde inférieur. Sa pénétration et sa subtilité vont si avant, qu’il s’élève jusque dans l’empirée y cherche Dieu dans sa gloire, et y conçoit une image de l’éternité. S’il n’agit pas en cette vie aussi parfaitement que l’ange, c’est à cause des liens et de la prison où il est enfermé. Et c’est dans cet état-là que l’écriture dit qu’il est un pas moins que les anges, parce que les anges jouissent déjà de la gloire, et l’homme n’est que dans l’espérance de la posséder un jour. L’écriture ne parle pas ici des hommes qui sont dans la gloire, attendu qu’ils sont dans un état parfait aussi bien que les anges. L’homme régénéré n’a pas seulement ce même avantage ; mais encore il a plus que l’ange, parce qu’il a les autres natures unies avec son intelligence, et l’ange n’a qu’une seule nature intellectuelle. L’homme essentiel a non seulement la nature intellectuelle, mais encore la céleste et l’élémentaire. Aussi l’unité éternelle voulant se réunir toutes les natures pour l’éternité, ne s’est pas revêtue de la nature angélique, parce que le verbe en s’unissant seulement à cette nature n’auroit pas réuni à l’éternité toutes les natures. Mais il s’est revêtu de l’humaine parce qu’il avoit fait l’homme un petit monde, un abrégé de toutes les créatures, un tout parfait et accompli; et c’est encore à cause de cette union du verbe avec l’homme, que nous pouvons dire avec raison, que l’homme a plus que l’ange, et qu’il est l’image la plus accomplie de la divinité.

CHAPITRE V

Que l’homme a la nature céleste, l’angélique, l’élémentaire ; et que Dieu agit directement sur l’ame , l’ame sur l’esprit, et l’esprit sur le corps .

On ne sauroit contester que l’homme ne soit composé de la nature céleste, dès qu’on demeure d’accord qu’il est un petit monde ; car il ne peut l’être, s’il n’est pas un abrégé du grand ; et s’il n’a en lui toutes les parties essentielles qui composent l’univers, et comme le grand monde est composé de la nature angélique, de la céleste et de l’élémentaire, il faut nécessairement que l’homme pour en être l’abrégé, et un petit monde, soit composé de ses trois natures ; s’il a la céleste, comme nous ne pouvons pas douter, il faut par conséquent qu’il ait en lui le principe des influences célestes. Et comme ce principe existe en lui depuis le moment de sa conception, comme les deux autres natures, il doit y agir dès l’instant même, aussi bien que l’intellectuelle et l’élémentaire. Mais pour être parfaitement pénétré de cette vérité, il faut savoir que Dieu agit directement dans l’ame, que l’ame agit directement dans l’esprit, et l’esprit agit directement dans le corps ; de sorte que l’ame agit indirectement dans le corps, et Dieu agit indirectement dans l’esprit et dans le corps. L’ame qui est un esprit intellectuel, n’ayant aucune proportion avec le corps, ne peut agir directement en lui; il faut un moyen qui tienne des deux natures, de la spirituelle et de la corporelle : et l’esprit est ce moyen par lequel l’ame agit dans le corps : Dieu agit directement dans l’ame, par la proportion qu’elle a avec lui ; et cette proportion vient de la simplicité, de la spiritualité, et de l’immortalité de l’ame. Dieu agit indirectement dans l’esprit et dans le corps parce que l’esprit n’a pas de proportion avec la simplicité de Dieu. Le corps en a encore moins à cause de sa composition. Aussi Dieu y agit plus indirectement que dans l’esprit.

L’ame étant la nature intellectuelle, elle agit dans l’esprit en souveraine par la puissance qu’elle a reçu de son principe ; elle gouverne comme il lui plaît l’esprit qui est la nature céleste, et l’esprit gouverne de même le corps qui est la nature élémentaire, et y fait toutes les mixtions matérielles, qui regardent la forme du corps, et toutes les mixtions des influences planétaires qui concernent les passions de l’homme. Nous ne pouvons être sans l’ame, l’esprit et le corps, ces trois parties étant les trois natures qui composent le monde ; car l’intellectuelle seule ne peut pas constituer l’homme, non plus que la céleste seule, ni l’élémentaire sans les deux autres. Dieu a voulu faire l’homme de ces trois natures, afin qu’il soit l’abrégé du grand monde, et l’image de son créateur.

CHAPITRE VI

Que le ciel humain agit en l’Homme dès le moment de sa conception.

La nature céleste ainsi que l’intellectuelle, sont en l’homme dés le moment de sa conception, afin d’agir sur l’élémentaire pour la composition des organes, et pour influer les passions : de sorte que ce ciel humain agit au même instant avec ses influences, et selon qu’il est disposé, y montre d’abord sa puissance, et continue en lui ses opérations, depuis sa conception jusqu’à sa mort, en cette manière.

Toutes les planètes de son ciel travaillent successivement à le former. Saturne commence, par sa froideur naturelle, à condenser et épaissir peu à peu la matière prolifique, jusqu’à ce qu’il la coagule en une masse informe ; et comme de cette masse il en doit sortir un petit monde, on peut la comparer au premier cahos que Dieu créa, pour en faire sortir le grand monde. Cette masse est achevée de former dans le premier mois, durant lequel Saturne opère ; et lorsqu’il a fait sa révolution, Jupiter y fait la sienne, et par sa chaleur il fait une digestion naturelle de cette masse, lui change sa première forme, et lui donne celle d’un embrion. Jupiter opère tout le second mois. Au commencement du troisième, Mars commence d’agir, et par sa chaleur et sa sécheresse, il divise et sépare les parties de cet embrion, et dispose l’organisation des principales parties du corps de l’homme ; de sorte qu’à la fin du troisième mois, l’embrion se trouve préparé aux opérations du Soleil ; qui, au commencement du quatrième mois, nourrit les esprits et fortifie cet embrion ; l’ame commence pour lors à le vivifier visiblement, en y faisant voir sa puissance et sa présence, par le mouvement et la vie ; ce que l’on ne peut nier, puisque c’est à cette époque que la mère le sent remuer dans son sein. Durant le cinquième mois, Mercure continue l’organisation du corps, et travaille à la forme des parties de l’homme, qui doivent être les organes des sens, et à toutes les ouvertures du corps, telles que la bouche, les narines, les oreilles et le reste. Vénus agissant le sixième mois, achève de former entièrement les yeux, les sourcils, et ce qui fait la différence des sexes. Enfin, c’est la mère de génération qui met l’a dernière main à l’organisation du corps de l’homme. La Lune opère le septièmes mois, et travaille par sa froideur et son humidité à faire sortir l’enfant du ventre de sa mère, de sorte que s’il naît dans ce mois il peut vivre ; et s’il ne naît pas, la révolution de Saturne qui recommence le huitième mois, affoiblit l’enfant par sa froideur et son débilement ; de manière que s’il naît dans ce huitième mois, il ne peut vivre. Ce qui est incontestablement prouvé par l’expérience. Mais ce mois n’est pas si-tôt fini que Jupiter refait sa révolution, et durant le neuvième mois, par sa chaleur et son humidité, nourrit l’enfant et répare ses forces, de manière qu’il naît heureusement, et peut vivre si le neuvième mois est révolu.

Tous les autres astres du ciel humain y opèrent de même, chacun selon sa puissance. Ces sentimens sent appuyés sur les vérités de la physique ; ceux qui connoissent parfaitement la nature, ne les désapprouveront pas.

Si les planètes du ciel, de l’homme opèrent successivement en lui depuis sa conception jusqu’à sa naissance, tel que je l’ai expliqué, c’est une nécessité déterminée de Dieu, qui les fait agir chacune selon sa puissance, pour former degré par degré le corps de l’homme. Mais ce ciel humain ne laisse pas d’agir aussi avec tous les luminaires ensemble, selon sa détermination. De sorte que sa position, au point de la conception de l’homme, et au moment de sa naissance, forme et détermine son tempérament, le dirige et le fait agir depuis sa naissance jusqu’à sa mort ; et l’homme, durant sa vie, montre la puissance de sa nature céleste, par les passions qu’il met en acte ; comme la joie, la tristesse, la colère, l’amour et la haine, l’inclination ou l’aversion aux sciences, à la guerre ou à la paix, à la religion ou à l’impiété ; et toutes les autres passions selon les degrés de mixtions des influences de son ciel ; les différences de ces mixtions font toutes les différences de tempérament et de caractère qui se trouvent entre les hommes ; car il y à autant de nuances différentes qu’il y a de différentes mixtions.

Mais il faut savoir comment et en quel temps ces trois paissances de l’ame, qui sont la végétative, la sensitive et l’intellectuelle, conviennent à la nature du fœtus ; à ce sujet je dirai que le sperme étant renfermé dans la matrice de la femme, il s’augmente aussi-tôt : cet accroissement vient de la puissance de l’ame végétative par une communication de celui qui engendre, en donnant son sperme ; ensuite suivant que la nature l’exige, il s’y joint une ame sensitive , et enfin une ame suivant l’espèce ; ces deux puissances , savoir, la végétative et la sensitive, sont distinguées par leurs opérations ; étant semblable cependant, quant à leur essence, quoique ce ne soit pas de la même manière : l’embrion vit premièrement comme une plante ; en second lieu, il a une vie animale, ensuite il vit comme un animal de telle espèce ; mais l’homme a de plus une vertu intellectuelle qui ne s’engendre pas avec la matière, mais qui lui est infuse et communiquée de Dieu, c’est ce qui le distingue des brutes et le fait considérer comme la fin et la perfection de toutes les formes qui sont dans l’univers, et qui en un mot le fait appeler microcosme.

CHAPITRE VII

Des inclinations d’amitié et d’inimitié qui se rencontrent entre les hommes.

D’après ce que je viens de dire sur les opérations que font en nous les planètes pendant la formation de l’embrion, on ne doit point douter du rapport qui existe entre le Ciel humain et le céleste ; et par ce rapport on est à même d’expliquer d’où provient la cause de l’amitié et inimitié qui se rencontrent parmi les hommes, dès le premier abord.

Il est reconnu par les sages scrutateurs de la nature, que les planètes ont entre elles une amitié et inimitié, des concordances et discordances, desquelles naissent la sympathie et antipathie qui existent dans tous les corps et composés de la nature : cette vérité est démontrée en physique et en chymie, et nous est désignée sons les noms d’affinité, attraction, adhérence et agrégation ; car la chymie a reconnu, que tous les êtres naturels n’ont pas une égale tendance pour se combiner les uns avec les autres. Il en est qui refusent absolument de s’unir, ou qu’au moins l’art ne peut parvenir à unir directement comme le fer et le mercure, l’eau et l’huile, etc. D’autres ne s’unissent que difficilement et à l’aide d’un temps très-long. De sorte que l’attraction chymique n’étant pas égale entre tous les corps, on peut d’après la connaissance de ce phénomène opérer sur-le-champ la séparation de deux corps dont l’union formait un composé ; cela étant admis, on peut conclure que la planète qui a présidé à la conception de l’embrion, à dû le douer de toutes ses qualités ; ce qui sera cause que deux personnes qui auront été formées sous la domination de deus planètes ennemies l’une de l’autre, ne pourront jamais sympatiser ensemble, et auront une aversion réciproque. De même que deux personnes qui auront été formées sous la domination de deux planètes amies l’une de l’autre, se verront avec plaisir et formeront une société agréable ; cette vérité se confirme tous les jours. Si on réfléchit un instant sur ce que je viens de dire, on reconnoîtra facilement que les hommes naissent tous avec des inclinations d’amitié ou d’inimitié réciproque, et l’on ne sera plus surpris de voir des personnes se haïr réciproquement sans aucun sujet. Il convient maintenant de faire connaître les planètes qui sont amies ou ennemies.

Mercure, Jupiter, le Soleil et la Lune, sont amis de Saturne, Mars et Vénus, lui sont très-contraires : toutes les planètes, excepté Mars, sont amies de Jupiter, et de même elles haïssent toutes Mars, à la réserve de Vénus ; Jupiter et Vénus aiment le Soleil ; Mars, Mer¬cure et la Lune lui sont contraires ; elles aiment toutes Vénus, à l’exception de Saturne : Mars et Mercure sont ennemis.

Il y a une inimitié ou contraire qui existe entre elles parce qu’elles ont des maisons opposées, comme Saturne au Soleil , et à la Lune ; Jupiter à Mercure ; Mars à Vénus ; et la contrariété ou inimitié est d’autant plus grande quand elles sont plus élevées et opposées, comme de Saturne et de Jupiter, de Vénus et de Mercure : mais aussi l’amitié est plus grande de celles qui ont la même nature, qualité, substance et puissance, ou vertu ; comme Mars et le Soleil ; Vénus et la Lune, Jupiter et Vénus, et celles qui ont leur exaltation dans celle d’une autre, sont amie : comme de Saturne et Vénus, de Jupiter et la Lune, de Mars et Saturne, du Soleil et Mars, de Vénus et Jupiter, de la Lune et Vénus.

De sorte que de la même manière que sont les inimitiés et contrariétés des corps supérieurs, sont les inclinations des choses qui leur sont sujettes dans les corps inférieurs.

CHAPITRE VIII

De la stupidité et subtilité de l’homme.

Les hommes sont en si grande quantité sur la terre, que l’arithmétique ne pourroit en soumettre le nombre, et cependant il ne s’en trouve pas un semblable à l’autre ; et la différence de leur esprit est si grande, qu’elle doit nous engager à reconnoître et chercher dans leurs productions, constitutions et formations, les causes de cette grande variété.

Je dis donc que l’ame étant divine, immortelle, immatérielle, et provenant de Dieu, nous ne pouvons pas imaginer que le créateur crée, les unes stupides et les autres pleines de subtilité ; il faut nécessairement que cela vienne de la part du corps, qui est le seul organe, dont l’ame se sert pour exalter sa puissance et ses facultés; de sorte que s’il y a quelque défaut aux corps humains, il empêche l’ame d’agir librement, et d’effectuer ce dont elle est capable, parce que l’organe qui est nécessaire pour produire en acte cette puissance de l’ame, manque : comme par exemple, un muet qui ne peut parler, ce n’est pas que son âme n’ait pu apprendre à discourir, mais c’est que les organes et parties corporelles qui sont nécessaires pour former la voix et la parole, ne peuvent répondre au désir de l’ame.

Il est de même de la stupidité, car ce n’est pas que l’ame soit stupide : mais cela vient du corps en qui les organes trop matérielles ne peuvent répondre au commandement de l’ame.

Voyons donc ce qui peut occasionner ces défauts au corps humain ; il sont plusieurs : la figure et conformité de la tête, trop grande et difforme ; petit cerveau, grande et abondante humidité, sont les causes externes de la stupidité des hommes; un tempérament froid et humide, abondance d’humidité mercurielle a peu de sel et peu du souffre, sont les causes internes et formelles de la même stupidité : dans ces tempéraments les esprits natures vitaux et animaux qui sont les Principaux agents pour mettre en exécution la puissance de l’ame, sont tellement engourdis, qu’ils ne peuvent pas manifester aucune autre faculté de l’ame, que celles des bêtes brutes, aulieu que s’ils étoient plus forts et vigoureux, et que la conformité des parties fut bien établie, ils manifesteroient les facultés de l’ame dans tout son éclat.

De sorte qu’on peut conclure par ce que je viens de dire, qu’un homme en qui le tempérament sera sec et chaud, est ordinairement sage, bon, rempli d’esprit et de subtilité, attendu que toutes ces qualités proviennent d’une température chaude et sèche, laquelle est produite par une abondance de souffre et de sel dans le sujet.

CHAPITRE IX

La nature agit en l’homme selon son essence déterminée de Dieu.

Pour expliquer cette vérité, je dis que comme l’ame, qui est l’intelligence en l’homme, domine et dirige la nature céleste, de même l’esprit qui est la nature céleste , domine et dirige le corps, qui est la nature élémentaire. Ce n’est pas que la nature céleste ne puisse opérer des choses où l’ame n’a point de part ; car comme Dieu qui agit dans l’ame, lui laisse la liberté d’agir aussi, quoique l’ame agisse dans l’esprit, l’esprit a la puissance d’agir quelque fois sans l’ame. Si les opérations de l’ame étoient toutes conformes à la volonté de son moteur, elle opéreroit toujours le bien, parce que la volonté de son créateur est le souverain bien. Mais comme Dieu lui a donné la liberté, elle agit quelque fois d’elle-même : ce n’est pas que son moteur ne concoure avec elle comme cause première : mais quand par le mauvais usage, qu’elle fait de la liberté qu’elle a reçu de son créateur ; elle opère sans son principe, et en quelque manière hors de lui, elle se laisse entraîner part l’esprit, qui la conduit aux passions déréglées ; et pour lors elle n’adhère plus au bien, et s’en éloigne en suivant les inclinations et la pente des sens, qui l’éloignent de son principe pour la plonger dans la matière ; c’est ainsi que le premier homme crée, s’est éloigné de son créateur, et s’est précipité dans la région des pères et mères qui n’étoit faite que pour les brutes.

L’homme n’auroit aucun attachement aux plaisirs de la terre, et ne feroit jamais de mal, si les opérations de son ame étoient toujours conformes à la simplicité de Dieu. Main comme l’ame est jointe à l’esprit, et l’esprit au corps ; et que pour aller au bien, il faut que l’ame monte jusqu’à la source, qui est Dieu ; lorsqu’elle descend, elle va à ce qui est opposé au bien, attendu que si se qui est en haut est le bien, il faut que ce qui est en bas soit le mal par opposition. De sorte que quand l’ame descend à l’esprit, elle commence à s’approcher de la composition, du mélange, et par conséquent du mal : parce que toute composition suppose le mélange, et le mélange, le changement, l’inconstance et le désordre, qui sont opposés à la simplicité de Dieu, qui est le principe de l’ordre éternellement immuable. Si quand l’homme meurt, son âme est dans ce mélange et dans l’esclavage du corps, qui pour lors a une domination absolue sur l’esprit et sur l’âme, il les mène toutes les deux à son domicile, qui est la corruption et les ténèbres, la mort éternelle et la source de tous les maux. Mais si au contraire le corps monte à l’esprit, et l’esprit à l’âme, la composition viendra à la simplicité, qui est le principe ; pour que le corps soit renouvelé en l’esprit, l’esprit en l’âme, et l’ame en Dieu. De sorte que l’âme les mènera tous deux à son domicile qui est l’incorruptibilité, la lumière, la vie éternelle et la source de tout bien.

CHAPITRE X

Pourquoi l’homme est nommé Microcosme ou petit Monde ?

II n’est pas difficile de définir la raison pour laquelle l’homme est considéré comme l’abrégé de l’univers, attendu qu’il en contient toute l’anatomie, et nous devons croire, que si les anciens philosophes ne l’ont nommé que petit monde, c’est en égard de sa corpulence, qui est comme un atome à celle de l’univers ; mais s’ils eussent considéré la perfection, la beauté de son corps et de son âme, ils n’auroient certainement point hésité à le gratifier du nom de grand monde. Dieu est infiniment plus grand que le monde, et n’a cependant aucune quantité ; ce titre ne lui est donc donné qu’en raison de sa perfection spirituelle : et si de toutes les créatures, l’homme seul est 1a plus parfaite et la plus belle ; si, dis-je, seul de toutes les créatures corporelles, il a en son âme l’image de Dieu, et qu’il contient l’essence de toutes les natures, comme c’est chose indubitable, je conclus résolutivement qu’il serait proprement nommé le grand monde.

Ayant considéré la nature des cieux, des élémens, des pierres, des métaux et minéraux, des arbres, des plantes, des oiseaux, des poissons, et de tous les animaux ; l’homme seul, semblable aux anges, orné de l’image de Dieu, a bien plus que tout cela en lui, et d’une plus belle façon ; car, comprenant toute la perfection des créatures, d’une manière céleste, en a d’autres dont elles sont privées ; ce qui le rend bien plus grand que toutes ensemble : aussi est-il nommé, par excellence, créature simplement, ayant en soi réuni, ce que les autres ont en parties.

Enfin, on peut dire qu’il n’existe rien dans l’ordre de la création, qui ne soit dans l’homme, de qualité plus noble. Le ciel, à cause de sa forme, de sa splendeur, de son mouvement, et autres qualités dont nous ressentous les effets, est, suivant Aristote, entre toutes les parties du monde qui sont sans ame, la plus belle et la plus divine. Mais je trouve qu’en la fabrication de la tête de l’homme, le ciel terrestre surpasse en artifice tout cela ; car, outre la figure ronde, on y voit l’ovale aux yeux, la pyramidale au nez, le cylindre, le cube et autres qui entrent en sa composition. Si, le ciel a ses astres, la tête a ses sens, dont la lumière brille avec plus de couleur ; par ses deux luminaires, il éclaire toutes choses ; et la. tête, par ses yeux, nous fait voir tout. Le ciel lance d’en haut ses influences, et la tête influe par tout le corps : le mouvement circulaire du ciel, le droit des élémens, et le composé de tous les corps, se trouvent en l’homme ; ses os secs et compactes sont ses rochers, son eau au cerveau froid et humide, est une mer du Levant, dont les eaux ruissellent continuellement sur la langue, et son flux et reflux parvient jusqu’aux yeux ; le cœur est sa Méditérannée, qui transmet, par ses artères, à tous les membres, le nectar de la vie, pour embelir et vivifier ce beau tout. Ses artères et ses veines, ne sont-ce pas autant de fleuves et de rivières qui coulent pour arroser et humecter toutes les parties de son être ; dans la partie la plus élevée de son corps, est contenue la quintessence des élémens ; aulieu du feu austral, il a un très-pur sang, dans lequel réside l’ame en forme d’un souverain, par 1e moyen de l’esprit vital. L’envelope de son être est sa terre, en laquelle est renfermé son feu central qui opère continuellement.

L’ame en l’homme représente Dieu dans l’univers ; elle gouverne, comme je l’ai déjà dit, l’esprit, et l’esprit le corps : quand l’ame a conçu quelque chose, l’esprit le comprend, le fait sentir au corps, et les membres obéissent et exécutent au même instant ce que l’ame a conçu ; car, le corps, de lui-même, ne sait et ne peut rien, attendu que tous les mouvemens qu’il opère, c’est 1’esprit qui les provoque par le commandement de l’ame ; de sorte que le corps n’est à l’esprit que comme un instrument dans les mains de l’artiste. Ce sont la les opérations que l’ame fait en lui et qui le distinguent des brutes. Qu’on n’allègue point une prérogative empruntée des sens extérieurs des animaux sur ceux de l’homme, d’autant qu’il les dévance tous d’une façon qui surpasse leurs facultés. Que l’on considère l’instinct des animaux y trouvera-t-on quelque chose qui ne soit en l’homme, mais d’une manière bien plus excellente ; car, sa forme est d’être droit planté sur ses pieds, et son regard donne vers le ciel, son sens commun, son imagination ont plus de force, d’énergie et de discernement ; sa mémoire est plus capable et plus ferme ; il fait des opérations, que la brute la plus intelligente ne saurait imiter. De plus, si Dieu a dit : faisons l’homme à notre image et similitude, pouvons-nous lui refuser la supériorité que le créateur a bien voulu lui donner par-dessus toutes choses : et n’est-ce pas pour l’établir souverain sur les autres créatures de se monde, qu’il l’a doué pa préférence, de la pensée, de l’intelligence et de la parole ; ce qui lui donne 1a puissance de discerner tout ce qui se fait entendre et comprendre; ce qui se meut et qui croît ; de voir dans leur centre qu’elles sont leurs essences, leurs qualité et propriété ; afin de pouvoir en juger, pour les diriger et les employer comme il lui plaît, pour son utilité et son agrément.

CHAPITRE XI

Cause de la mortalité de l’homme.

L’homme (selon l’écriture et les théologiens) avoit été créé immortel, et Dieu l’avoit placé dans un lieu composé de vrais élémens, non élémentés, mais très-purs, tempérés et conjoints ensemble en leur plus grande, perfection : de manière que comme ils étoient incorruptibles, tout ce qui habitoit leur centre, devoit être exempte de corruption et par conséquent de mort ; c’est pourquoi Dieu y avoir placé l’homme, sa créature chéris, comme devant être sa demeure, pour y vivre exempt de peines et de maladies, parmi mille délices et plaisirs innocens, jusqu’au temps où Dieu auroit voulu le faire passer dans la gloire. En attendant il était le souverain de toutes les créatures élémentaires et avoit un empire si absolu, qu’il sembloit que le monde n’avoit été créé que pour lui. Mais après qu’il eût transgressé les commandemens de son créateur, il fut banni du paradis terrestre, pour être aussi-tôt précipité dans la région corruptible et élémentée ; qui n’avoit été créée que pour les brutes. Mais n’y pouvant subsister sans alimens, il fut contraint de se nourrir des productions corruptibles de ce séjour élémenté, qui infectèrent les purs élémens dont-il avoit été créé, et le firent tomber peu à peu dans la corruption, jusqu’à ce qu’une qualité prédominant sur l’autre, eût entièrement corrompu son être : alors il fut attaqué de plusieurs infirmités ; la séparation des élémens se fit et la mort s’en suivit ; mais Dieu qui sait le passé, le présent et l’avenir, ayant prévu la chute de l’homme avait créé le verbe avant toutes choses afin de le regénérer et de le ramener à lui pour toujours par un lien indissoluble.

Comme les enfans du premier homme n’avoient pas été créés dans le séjour des élémens purs, et qu’ils avoient été engendrés dans ce monde composé des élémens élémentés corruptibles et passifs ; ils se trouvèrent plus près de la corruption, et par conséquent de la mort, attendu qu’une sémence qui n’est formée que par des aliment corruptibles, et auxquelles il faut que l’homme donne la mort avant de pouvoir les employer à sa nourriture, ne peut pas produire des choses de longue durée ; de sorte que plus les hommes seront éloignés de leur source, plus ils auront pénétré dans la corruption ; ils seront conséquemment plus sujets aux maladies et vivront moins long-tems. On ne peut nier cette vérité, puisque nous voyons que notre vie est plus courte que n’étoit celle de nos premiers pères ; et l’espèce humaine décliner à peut-être jusqu’au point que l’homme ne pourra plus procréer son semblable.

A l’égard da 1a brièveté plus ou moins grande de la vie de l’homme, elle provient du mélange des principes de nature qui entrent en sa composition, attendu que ceux en qui ce mélange est plus ou moins bien proportionné, vivent plus ou moins long-tems ; il y a aussi des lieux où l’air est plus pur les uns que les autres, et qui par leur salubrité empêchent que la nature de l’homme ne se détruise si promptement. De sorte que ceux qui les habitent jouissent d’une bonne santé et vivent très-long-temps.

Mais les intempérés accourcissent leur vie par leur mauvais régime et leur dérèglement ; l’expérience nous fait voir aussi que les enfans des valétudinaires ne sont pas de longue durée. Enfin nous pouvons dire qu’il est resté à la postérité d’Adam pour héritage toutes ces infirmités, incommodités et ces misères. Etant tous exposés à la faim, à la soif, aux déréglemens, à la rigueur des saisons et à tous les désordres que nous voyons ici-bas ; rien ne peut nous en exempter, nous y sommes tous sujets plus ou moins ; et nous ne pouvons jamais nous flatter d’être dans un état où nous ne soyons point soumis au changement. Nous cherchons par-tout le bonheur parce que nous sentous qu’il en existe un, mais ce n’est pas en ce séjour d’exil que nous pouvons nous flater de le trouver : son siège étant très-élevé, et n’ayant rien de terrestre, pour parvenir à le connoître, il faut nécessairement abandonner toutes affections pour les choses d’ici-bas, élever notre esprit à ce qui est au-dessus de nous, et sur-tout examiner ce que nous sommes ; car ce ne sera jamais que par une parfaite connoissance de nous-mêmes, et de ce qui nous entoure que nous parviendrons à connoître cette source divine, qui a pour sujet le seul ouvrage du créateur, puisqu’elle est la mère de toute intelligence et de toute faculté attendu que c’est d’elle que procède la connoissance qui instruit l’homme, le rend bon et lui donne l’amour d’un Dieu qui le comble de bienfaits. Il faut en un mot que la nature intellectuelle, et la céleste se séparent de l’élémentaire, afin que l’ame puisse retourner au point central d’où elle est sortie ; c’est alors que l’homme essentiel pourra jouir de tout le bonheur pour lequel il se sentoit créé, et qu’il cherche envain dans ce séjour de peine, où le vrai bien ne peut exister.

De toutes les conditions auxquelles l’homme est assujéti, la mort lui paroît la plus humiliante et la plus terrible ; mais s’il fait réflexion sur tout ce que j’ai dit à l’égard de sa création et de son existence, il s’en réjouira au lieu de s’en alarmer, et conviendra que c’est pour lui, le moment le plus heureux ; car on peut comparer le temps que l’homme est obligé de passer sur 1a terre, à celui d’un forçat, qui étant condamné à trente ans de galère, désire de voir arriver le moment qui doit le délivrer de son esclavage, et lui donner la liberté de retourner dans le sein de sa famille.


SECONDE PARTIE.

Où  il est traité de la substance, des élémens, des principes terminés, et de l’union du créateur avec ses créatures.

CHAPITRE PREMIER

Pour connoître parfaitement les choses, il faut étudier leur cause, afin de pouvoir descendre de la cause à l’effet. Ayant commencé par le principe principiant universel de tout ce qui existe, je vais parler de ses effets, et faire voir toutes les gradations naturelles, et la proportion que les créatures ont avec le créateur, ainsi que celle qu’elles ont entre elles. Car sans cette connoissance on ne peut pénétrer dans les opérations secrètes de la nature, parce que ce sont ces gradations et cette proportion, qui font l’ordre et l’harmonie de toutes choses. Etant une vérité incontestable, que Dieu en créant l’univers, a tout fait avec nombre, poids et mesures. Voulant établir une juste proportion dans toutes les choses, afin qu’elles soient nécessaires les unes aux autres ; attendu que sans cette proportion, toutes les créatures seroient dans une perpétuelle confusion ; et il n’y auroit entre elles ni liaison, ni union, ni gradation. Il n’y auroit même jamais eu de manifestation de l’éternité dans le tems, ni de retour de ce qui est dans le temps à l’éternité, non-plus de moyen participant pour le renouvellement de toute choses, ainsi que de génération et de durée. Il n’y auroit point d’union du créateur à la créature ; la cause ne produiroit pas ses effets ; il n’y auroit point d’union du principe avec le principié, ni du ciel avec la terre, ni du mâle avec la femelle, de la forme avec la matière, de l’agent avec le patient, de l’unité avec les nombres, du point physique avec les figures géométriques, ni du centre avec la circonférence. Et comme sans l’union de toutes ces choses, le monde seroit dans la confusion, ou plutôt dans le cahos ; et que c’est par ce moyen que toutes les créatures subsistent dans ce bel ordre déterminé du créateur ; il faut conclure que la proportion fait l’harmonie de l’univers, et que c’est par elle que toutes les créatures retourneront au créateur, et le tems à l’éternité

Celui qui connoîtroit parfaitement 1a proportion que les créatures ont avec le créateur, et celles qu’elles ont entre elles, seroit tout aussi heureux en ce monde qu’on le peut être, parce qu’il posséderoit la science des mystères divins et de ceux que Dieu a caché dans la nature. Celui qui sauroit la proportion que les élémens ont avec la substance, pourroit les réduire à leur principe. Celui qui connoîtroit la proportion élémentaire feroit la combinaison des élémens, connoîtroit leur force ainsi que leurs vertus ; et pourroit faire que l’art imiteroit parfaitement la nature. De même celui qui connoîtroit la proportion que les astres ont entr’eux, opéreroit par l’harmonie de leurs influences toutes ces merveilles que faisoient les anciens sages d’Egypte.

Mais que ne feroit pas celui qui comprendroit la proportion qu’il a avec l’unité éternelle son principe ?…….

CHAPITRE II

De la substance et de ses gradations.

Étant une vérité que l’unité ternaire est le principe éternel et infini de toutes choses, le créateur, l’ètre, la vie, la forme essentielle et le moteur de toutes les créatures. Il convient d’expliquer l’ordre des principes naturels ; et quel est ce premier principe créé, duquel l’unité éternelle a fait toutes choses, afin de découvrir, comment elles ont été faites pat le créateur; ce qu’elles sont et comme elles se font dans la nature, ce que la plupart des hommes ignorent, parce qu’ils ne savent pas que l’unité étemelle est sortie comme hors d’elle-même, en créant la substance ou point naturel, principe de toute quantité, et première créature, laquelle fut très-différente de son principe ; l’unité ternaire étant spirituelle et invisible, et la substance créée étant matérielle et visible. Ce que nous pouvons très-bien concevoir par la comparaison de l’unité intellectuelle qui produit le nombre, et du point mathématique ou rationel qui produit le point physique et matériel.

Mais comme rien ne peut produire sans un moteur, l’esprit de l’unité divine est l’agent universel de la substance pour la production de toutes les créatures. Et c’est ce qu’entend Moyse quand il dit dans la génése, spiritus domini incubaba aquis. Ces eaux n’étoient autre chose que la substance cachée sous le simulacre d’une vapeur qui servit de sujet à cet esprit éternel et infini : de sorte que l’unité incréée et le nombre créé étant unis, firent ce parfait principe naturel, que nous appellons nature-essence, et que les anciens sages ont nommé Hejoly, qui signifie Dieu opéré avec moi. De ce principe substantiel qui est la forme et la matière universelle de toutes choses, Dieu fit les élémens qui sont les principes succédant, et de la combinaison des élémens, il en fit un limon déterminé à la génération des individus ; lequel contient en soi toutes les vertus élémentaires en puissance et non en acte. Et c’est ce limon qui est la sémence de toutes choses.

Mais il ne seroit pas suffisant de dire que ce limon est la sémence de toutes choses, si je ne prouvois pas ce que je dis. C’est un axiome reçu des philosophes, que toutes choses se résolvent en ce qu’elles ont été. L’expérience nous apprend que tous les individus se résolvent en limon pour la génération et la multiplication de leur espece ; il faut donc conclure que tous ces individus ont été limon ; lequel est leur matiere prochaine. Après cette disgression qui ma paru nécessaire, je reviens à la substance, et je dis qu’elle est le principe des élémens ; que les élémens sont le principe du limon, et que ce limon est le principe des individus. Le premier est le principe primordial, naturel, naturalisant. Le second est le principe succédant, naturel, élémentant. Et le troisième est le principe moyen et engendrant ; c’est la l’ordre des gradations que l’unité éternelle a établi dans la nature. Toutes les choses du monde vont successivement l’une après l’autre : la substance va devant les élémens, la cause devant l’effet, le moteur devant la chose mue, de même que le point mathématique va devant le point physique, et le point physique devant la ligne, la ligne devant la superficie, et la superficie devant le corps. L’unité va devant les nombres, et le composant devant le composé : et cet ordre que Dieu a établi dans la nature doit être imité en toutes choses.

Celui qui veut connoître la nature doit se faire une idée véritable de ces principes et de leurs gradations, afin que ses connoissances soient parfaites : on doit remarquer que le principe créé substantiel ne peut engendrer directement le principe séminal, ni les principes succédans, qui sont les élémens ne peuvent pas non-plus produire directement les individus ; parce que le créateur a établi cette gradation dans la nature, voulant que toutes les créatures fussent nécessaires les unes aux autres, et que chacune agit selon sa détermination, et fut une partie proportionnée de ce tout accompli.

CHAPITRE III

L’art imite la nature et la nature le créateur.

J’ai dit ailleurs que toutes les choses du monde imitent leur principe. Toutes les productions naturelles nous démontrent cette vérité. Quand l’homme, par exemple, conçoit la forme d’un édifice, son idée n’est pas l’édifice en acte ; mais l’entendement humain produit cette idée, et successivement l’idée se manifeste en produisant l’édifice. Quand l’animal engendre son semblable, i1 donne premièrement la sémence qu’il contient, qui est la matière prochaine, laquelle est successivement changée en animal. Ces gradations sont nécessaires à la génération de l’animal. Il passe d’un degré à l’autre successivement pour imiter le principe principiant, dans ses productions naturelles : de même le point mathématique ne fait pas le point physique, la ligne, la superficie, et le corps en même-tems, et par une seule et même opération. Nous voyons qu’il produit toutes ces formes l’une après l’autre ; et ainsi successivement le point rationel fait les gradations géométique. Il en est de même de toutes les productions qui se font en ce monde, tant les naturelles que les artificielles, afin que l’art puisse imiter la nature, et la nature son créateur. L’homme ne peut développer sa raison que sur les raisons naturelles ; et il lui est impossible d’imaginer aucune forme, ou de produire aucune idée dont le modèle ne soit dans la nature.

On ne peut douter de cette vérité, lorsqu’on sait que Dieu a créé une substance, et que de cette substance il en a fait les élémens, desquels il a fait les sémences, qui sont les principes terminés à la génération des individus ; Dieu a fait la substance primordiale, laquelle est très différente de son principe, puisqu’elle est la créature, et son principe le créateur. La substance fait deux principes différens, qui sont, les élémens, et le principe séminal terminé, que j’ai nommé limon, matière prochaine des individus. Quoique ce limon ne soit qu’une seule chose, cela n’empêche pas qu’il fasse plusieurs choses différentes ; comme l’animal par exemple, qui est composé de plusieurs choses différentes l’une de l’autre, ainsi des autres genres ; et ce principe terminé fait toutes ces différences à l’imitation de la substance, son principe naturel.

Dieu a mis ces différences dans les créatures, afin qu’elle puissent combiner, et s’unir les unes avec les autres, attendu que les différences sont absolument nécessaires pour l’action et pour l’union des choses ; car il n’y a point de génération sans union, laquelle suppose deux choses différentes relatives a un principe. Une seule chose peut bien être principe des différences, comme nous voyons que la substance l’est ; mais elle n’est pas les différences : quoiqu’elle les produise. Dieu voulan faire le monde avec toutes ces différences, créa premièrement la substance ; pour qu’elle fût le sujet dans lequel il devait agir, pour en tirer toutes les formes naturelles du monde, et être par conséquent le principe naturel de toutes les différences, mais comme la substance étant seule, ne pouvoit rien produire, n’ayant pas de sujet sur lequel elle peut agir ; son moteur infini la divisa en élémens, ou substances élémentaires, afin qu’elle eût un sujet, qui lui fût propre à pouvoir agir naturellement. Il fallut aussi que les élémens fusent combinés en un limon, afin que ces principes succedants eussent un sujet convenable pour se circuler, et qu’en se circulant dans ce vase déterminé, ils fissent, par leur cornposition, un tout parfait individué, qui est la fin et l’intention de la nature.

On voit par les gradations des principes naturels que la premiere substance a les élémens cachés dans son centre, puisqu’elle les produit, et qu’elle est occulte dans le centre des élémens, dés qu’ils retournent par rétrogradation à la substance ; les élémens produisent le limon, principe terminé à la production des genres ; et ce limon est rétrogradé aux élémens. Les individus sortent et fluent de leur point sémital ; qui est leur matiere prochaine ; et par ce flux et reflux continuel de la nature, ces individus font sortir de leur centre, cette ma¬tiere prochaine , et la font couler pour la gé. nération et innltiplication de leurs espèces. De sorte que tous les principiés sont au centre de leurs principes, et les principes au centre de leurs principiés.

Je dis que les principes naturels, quoique très-différents, sont tous les uns dans les autres ; pour faire voir la proportion qu’ils ont entr’eux, et que cette proportion les fait agir les uns dans les autres, par la relation qu’ils ont à un seul principe. L’unité infinie agit dans la substance, parce que la substance est dans le centre de l’unité infinie. La substance agit dans les élémens, parce qu’ils sont dans son centre, et les élémens agissent l’un dans l’autre, pour la composition nouvelle des choses ; parce qu’ils sont l’un dans l’autre ; et ils agissent tous dans le limon déterminé à la génération, parce que ce limon est caché dans leur centre.

Si, comme je l’ai dit, l’art imite la nature, et l’un et l’autre imitent le créateur ; il en doit être de même des principes artificiels et des naturels. Le point mathématique agit dans le point physique, parce que le physique est dans le mathématique. Le point physique agit dans la ligne, parce que la ligne est cachée dans son centre ; aussi n’est-elle autre chose que le flux et l’écoulement du point. La ligne, par ces mêmes raisons, agit dans la superficie, qui n’est qu’une composition de plusieurs lignes, et la superficie agit dans le corps, parce ‘quelle contient en soi, le corps ; et le corps sort de 1a superficie son principe. De même l’unité agit dans le nombre, et le nombre dans les numérés, parce qu’ils sont réciproquement les uns dans les autres. Il en est ainsi de toutes les autres choses.

La proportion seuls entre les causes naturelles, ne seroit pas suffisante pour qu’elles puissent combiner ensemble pour la production des choses ; il faut aussi qu’il y ait de la différence, afin qu’elles puissent agir l’une sur l’autre, attendu qu’il n’y a de proportion ni d’action dans la nature, qu’entre les choses différentes. Il est impossible que les semblables agissent les uns sur les autres ; mais au contraire agit sur son contraire, comme le créateur agit sur la créature, le ciel sur la terre, la forme sur la matiere, l’agent sur le patient ; l’unité simple incréée dans la substance, qui est l’unité créée, comme le principe créé primordial, agit dans les principes succedants et élémentants ; les élémentants dans les terminés, les terminés dans les individus, et comme enfin, le feu agit sur l’eau et l’air sur le feu. La contrariété vient de la différence sans laquelle il n’y auroit point de proportion ; cette proportion fait l’union, et l’union des causes naturelles fait et entretien ce bel ordre, que Dieu a établi dans l’univers, sans lequel le monde ne pourroit subsister.

CHAPITRE IV

Qu’il n’y a que Dieu qui puisse créer plusieurs choses d’une seule, et que rien ne se fait sans le concours du premier moteur.

Dieu n’a pas donné à ses créatures le pouvoir de produire plusieurs choses d’une seule, il s’est réservé cette puissance, et voulant que toutes les créatures fussent nécessaires les unes aux autres, il les a faites toutes différentes, pour que l’une serve d’agent et l’autre de patient ; que la matiere serve de sujet à la forme, l’air de nouriture au feu et l’eau à la terre ; et ce pour que l’alimenté ne puisse se passer de l’aliment : de sorte que toutes les choses naturelles sont dépendantes les unes des autres. Il n’y a que Dieu seul, qui est indépendant ; toutes les espèces créées lui sont soumises, comme à leur principe et il les a comme enchaînées par la proportion qu’il a mis entr’elles, laquelle unit les différences et fait toutes les productions naturelles et artificielles ; et entretient, comme je l’ai dit, l’harmonie, sans laquelle le monde ne seroit pas un tout parfait et accompli, relatif à son créateur, qui est le principe de l’ordre et la perfection même.

On pourroit peut-être objecter que je soutiens deux choses différentes, en disant qu’il n’appartient qu’au créateur de produire plusieurs choses différentes d’une seule : ayant dit ailleurs que le point rationel fait toutes les figures géométriques du seul point physique : que l’unité intellectuelle fait tous les nombres de l’unité matérielle : que le végétal donnant la sémence de ce seul point séminal, fait plusieurs formes différentes, et ainsi de l’animal ; cette objection se détruira d’elle-même lorsqu’on se rappellera que j’ai dit, que le principe est le créateur la cause, 1’être, l’essence, 1a forme, la vie et le moteur de toutes choses, sans qui rien ne se fait. C’est ce principe éternel et infini, qui a créé la substance, de laquelle il a produit les élémens, et des élémens les principes moyens terminés à la génération des individus. C’est ce moteur universel qui fait sortir tous les nombres de l’unité intellectuelle, parce qu’il est le moteur de l’intelligence ; et qui par cette même raison fait sortir du point rationel toutes les figures géométrique. C’est lui aussi qui produit du point séminal, toutes les formes différentes, qui constituent l’animal ; et de même du végétal et du minéral, il a créé la substance de laquelle il a fait toutes les choses du monde, et avec laquelle il opère toujours. De sorte que les créatures ne sont jamais sans la substance, sans les élémens et sans le principe séminal. Toutes ces choses opèrent ensemble et le créateur avec elles: rien ne se fait sans son concours. Mais cela n’empêche pas, que les causas secondes n’agissent chacune selon sa détermination, et que celles que le créateur a fait naître libre, ne puissent agir avec toute leur liberté.

Quoique toutes les choses ont leur principe déterminé, et en découlent comme de leur source , elles sortent toutes néanmoins de l’unité, et y retoutrnent chacune de sa manière déterminée : c’est ce que les anciens philosophes ont expliqué par cet axiome : D’un plusieurs, et de plusieurs, un. De l’union de l’homme et de la femme, il en résulte un troisième, parce que ces deux sont venus d’un, qui est le premier homme, lequel avait en lui tous les hommes en puissance, et qui en étant tous sortis, sont le flux et l’écoulement de leur principe ; comme la ligne, est le flux et l’écoulement du point ; les nombres, le flux et l’écoulement d’un ; les végétaux le flux et l’écoulement de leur point séminal ; et toutes les créatures, le flux et l’écoulement de la substance.

Le point physique produit une infinité de figures géométriques ; l’unité nombre produit une infinité de nombres, le point séminal terminé à l’animal, produit une infinité d’espèces animales, selon notre manière de concevoir : il en est de même des végétaux. Et comme j’ai déjà dit, toutes ces productions, par l’intermédiaire de l’homme, retourneront à l’unité, tel que je le démontrerai dans un chapitre, parla similitude des nombres. Chaque figure géométrique, est une unité relative au point physique son principe ; quoique la ligne soit composée de plusieurs points, et la superficie de plusieurs lignes, la ligne et la superficie, sont des unités, et ainsi des autres figures géométriques. Tous les nombres viennent d’un qui est leur principe matériel : toutes fois deux est différent d’un ; trois est différent de deux et d’un ; mais quoiqu’ils soient réellement différens en forme numérale, ils ne laissent pas de s’unir en un nombre, qui est un produit tout-à-fait différent des nombres qui le constituent. Par exemple, deux et trois font cinq et parce que deux et trois ont été engendrés d’un, en imitation de leur principe, duquel ils sont la similitude ; par leur combinaison ils composent cinq, qui est une unité relative à l’unité première numérale leur principe, et ainsi des autres nombres. Chaque anima1 est une unité composée de plusieurs parties sorties d’un point de sémence ; et toutes ces parties quelques différentes qu’elles soient, ne laissent pas de faire un tout accompli : de même que plusieurs voix différentes font une harmonie, qui est un tout accompli de la musique : c’est leur fin comme la fin de la nature animale est l’individu animal, lequel est une parfaite harmonie animale. Et ce tout individué a la puissance de produire hors de lui-même plusieurs individus, qui seront tout autant d’unités sorties d’un, et composées de plusieurs : Il en est de même de toutes les choses du monde, par relation à la substance, leur principe naturel. D’un il en résulte plusieurs et de plusieurs, un.

On peut donc conclure de tout ce que je viens de dire de la substance, qu’elle est la nature-essence et le principe naturel de toutes choses : parce que l’esprit éternel et infini opère avec elle ; i1 agit au centre de la substance, qui est le sujet de l’esprit, lequel est un acte simple à l’égard de la substance, laquelle reçoit tous les changemens des formes que l’esprit fait en elle. Mais cet esprit qui opère, est inaltérable, et ne peut être changé ; il est toujours le même, contenant tout, et n’étant contenu par aucun sujet, quoiqu’il soit en tout. De même l’unité, qui est le principe des nombres, agit dans le nombre et contient tous les nombres ; et les nombres ne peuvent les contenir. Le nombre peut être augmenté ou diminué ; mais l’unité simple ne peut être changée ni altérée, parce qu’elle est leur principe ; l’unité est le moteur des nombres ; sans elle ils ne peuvent avoir l’existence : elle est leur centre, et les nombres sont sa matière. Il en est de même du centre du monde, qui est l’esprit, éternel et infini. Il est le moteur de toutes les créatures ; sans lui elle n’aurait ni vie ni mouvement ; ni être. Il est leur centre, elles sont sa circonférence. Il est leur forme ; et les créatures sont la matière : et quoiqu’il n’ait ni forme ni matière, il est pourtant toutes choses, puisqu’il est leur principe, qu’il les contient et les produit toutes.

Si cet esprit éternel et infini n’eût pas agi dans la substance, elle n’auroit rien produit d’elle-même ; parce qu’elle eût été sans moteur. Mais l’unité éternelle l’ayant créé pour être le sujet naturel, duquel il vouloit faire toutes choses, l’anima par son esprit ; et pour lors elle eût la puissance de produire toutes les créatures. Les anciens sages ont appellé cette nature-essence androgine, participant de toutes les natures, comme les contenant toutes, et ayant la puissance de se changer en toutes les formes visibles et invisibles. De sorte que quand la substance est légère et subtile, on l’appelle esprit ; quand elle est pesante et solide, on la nomme corps ; quand elle est chaude on l’appelle feu, lorsqu’elle est humide on lui donne le nom d’air ; lorsqu’elle est froide et condensée, celui d’eau ; et quand elle est sèche, on la nomme terre et selon les différentes situations ou elle se trouve, et les différentes formes, on lui donne des noms différens.

CHAPITRE V.

Des élémens, et comme ils ne sont autre chose que la substance, sous différentes formes.

Comme très-peu de personnes savent ce que c’est que les élémens, le nombre de ceux qui connoissent la nature est bien petit ; car, comment pourroit-on la connoître, si on en ignore les principes ? Et l’on ne peut pas savoir les principes, si on ne possède la science des élémens, laquelle est inconnue à la plupart des philosophes modernes parce qu’ils prennent les choses au pied de la lettre, et qu’ils ne connoisent pas la nature-essence, qui est le principe naturel de toutes choses, ni les gradations des causes naturelles qui en résulte, ni les différences, ni 1a proportion qui fait l’union des choses qu’elle produit ; et qui enfin ne savent pas ce que c’est que la nature, laquelle comme j’ai dit au traité de la substance, est divise en trois situations différentes. La première est celle de laquelle les élémens sont produits ; la seconde est l’élémentaire ; la troisième est la séminale qui tient le milieu entre les élémens et les individus. Ce sont trois principes différens, mais d’une même racine, un premier, un succédant et un prochain. Le premier et le second font indirectement la génération, et le troisième 1a fait directement. Le premier est indéterminé ; on peut l’appeller esprit corporel ou corps spirituel. Le second est celui qu’on nomme les élémens, qui par leurs mixtions font toutes les différences des corps naturels. Et le troisième a l’idée déterminée des genres pour leurs productions, et leurs forces et vertus y sont en puissance. Ce principe prochain terminé est enfermé dans chaque individu : et au centre de ce principe se trouvent les élémens engendrans et élémentans.

Ayant dit que toutes les choses naturelles sont faites de la substance, et qu’elle est en toutes, parce qu’elles sont toutes substantielles ; il convient de faire voir que les élémens ne sont autre chose que ce principe substantiel, et quoiqu’ils soient différents de leur principe, ils ne laissent pas que d’être substanciels, parce qu’ils sont la substance même sous une autre forme. De sorte que ce qu’ils étoient au centre de la substance, ils le sont à la circonférence ; c’est-à-dire, que les élémens étant substantiels au centre de leur principe naturel, ils le sont de même à la circonférence, et comme j’ai dit que le principe terminé à la génération des individus est le résultat des élémens, il faut démontrer de quelle manière ce principe séminal est ce résultat.

Toutes choses se resolvant en ce qu’elles ont été, si le principe terminé se resout en élémens par la circulation naturelle, il faut donc convenir qu’il a été composé d’élémens, et qu’ils étoient nécessairement en lui; car s’ils n’y étoient pas, il n’y auroit aucune différence ; et s’il n’y avoit point de différence, il n’y auroit ni composition, ni union, ni harmonie, attendu que l’harmonie ne provient que de l’union ; l’union ne peut exister sans composition ; la composition sans la différence, et la différence sans les élémens, .1esquels quoique différens, doivent s’unir en un seul composé qui est un tout accompli, qui n’est ni l’un ni l’autre des composans, mais une unité composée, engendrée et engendrante.

Cette différence de concordance fait l’union harmonique matérielle en toutes les choses de 1a nature. Pour trouver ce principe élémentaire séminal, il faut décomposer ce qui est composé et, recomposer ce qui est décomposé, alors on aura les élémens élémentans, et par leur union on formera une unité ; la substance est la figure de l’unité et le principe de toutes quantités, comme le point physique est le principe de toutes quantités géométriques. Elle est la mère factrice des élémens, elle est également en tous ; elle est leur moteur naturel, qui les change en toutes les différentes formes que nous voyons ; et qu’on appelle accidens, à cause des différens changemens qui se font continuellement de l’un en l’autre. Mais c’est improprement qu’on les nomme accidens, parce que Dieu qui est infini, opère dans la substance sans changement de sujet.

Toutes choses doivent avoir de la relation à 1eur principe : un est relatif à l’unité, son principe, quatre est relatif à deux, et deux à un, quoiqu’ils soient tous différens ; et parce que leurs fotmea sont différentes ; doit-on dire qu’une forme est un accident à l’égard de l’unité, son principe, ni que deux soit un accident à l’égard d’un, ni quatre à l’égard de deux. Quatre n’est-il pas aussi essentiel que deux, et deux aussi essentiel qu’un, puisqu’ils proviennent tous deux d’une même essence, et d’un seul principe, qui est l’unité nombre de l’unité intellectuelle ; on ne peut pas dire non-plus que les élémens ne soient aussi substantiels et essentiels l’un que l’autre. Quelques différences qu’il y ait entr’eux, cela n’empêche pas qu’ils ne soient de la même substance que leur principe, de sorte qu’on ne peut pas dire, que l’un soit un accidens à l’égard de l’autre, ni qu’ils soient des accidens à l’égard de leur principe ; attendu que ces différentes formes élémentaires ne sont autre chose que la multiplicité du point de la nature, lequel est parfaitement essentiel par relation à son principe, qui est la cause essentielle de toutes les essences. La substance étant relative à son principe, est une ; et étant unique, elle ne peut faire que des effets qui lui sont proportionnés et relatifs ; et si ces effets lui sont relatifs, ils doivent être substantiels et non pas accidentels ; attendu qu’elle est substantielle en toutes ses gradations. L’accident est tout ce qui n’est pas partie de substance ; et ce qui n’est point partie de substance ne peut être substanciel, ni relatif à 1a substance. Les choses qui sont au dedans de la substance quelques différentes qu’elles soient ne peuvent être qu’essentiellement en elle. Et cette différence étant passée du centre à la circonférence, ne doit pas être appellée accident, quoiqu’elle soit différente de son centre, à moins qu’on veuille dire, que la circonférence est un accident à l’égard du centre ; ce qui ne se peut, non-plus que de dire, que les créatures sont des accidens à l’égard du créateur.

Ce que je viens de dire est bien opposé aux sentimens de ceux qui prétendent que l’ame de l’’homme est faite de rien, et qui ensuite disent que l’homme est fait à l’image de Dieu. Quelle contradiction ! et comment peut-on oser dire, que Dieu qui est l’être parfait et éternel ait pour similitude une chose faite de rien ? Quelle proportion y auroit-il entre ce qui est éternellement, et ce qui n’a jamais été ? Si l’ame de l’homme, ou plutôt, si l’homme essentiel n’eût pas été caché en Dieu, comme l’arbre dans son principe essentiel végétal ; il n’auroit jamais été produit. Ainsi donc ce qui étoit invisible dans l’éternité a été rendu visible par la manifestation de l’éternel dans le temps ; parce que, comme j’ai dit ailleurs 1e tems n’est autre chose que la manifestation de l’éternité.

CHAPITRE VI

Que les parties constitutives des individus ne peuvent être des accidens.

L’unité nombre produit tous les nombres, et comme elle est essentielle, les nombres qu’elle produit lui sont co-essentielles, dés qu’elle les produit de sa propre essence et substance. Le point principe de toute quantité fait la ligne : il falloit donc que la ligne fut cachée en lui, puisqu’elle en est produite. La ligne fait la superficie, et la superficie le corps. Ce sont trois formes réellement différentes l’une de l’autre, et quoiqu’elles soient distinctes, elles sont toutes produites successivement par le point, qui est leur principe matériel. La ligne n’est pas le point, ni le point la ligne ; et ainsi des autres. Et cependant la ligne n’est pas un accident, à l’égard du point, puisqu’elle est composée de point, et qu’elle en est le flux et l’écoulement ; ni la superficie n’est pas un accident à l’égard de la ligne, dèsqu’elle est composée de lignes, non-plus le corps un accident à l’égard de la superficie, puisqu’il est composé de superficie. Il en est de même des autres figures géométriques, lesquelles sont toutes substancielles, puisqu elles sont toutes remplies de leur principe.

On peut dire de même que la sémence des animaux est une, et qu’elle ne laisse pas de produire toutes les.parties différentes qui constituent l’animal ; comme sont les yeux, les dents, les cheveux, la peau, la chair, les os, les muscles, les veines, le sang, tous les différens fluides, les esprits vitaux, et autres parties qui sont enfin nécessaires pour constituer l’harmonie animale. Si cela ne nous étoit pas connu, qui seroit celui qui pourroit se le persuader. Et quoique nous voyons tous les jours que toutes ces différentes choses sont produites d’un seul principe séminal, nous ne sommes pas pénétrés de notre propre expérience, et nous n’y réflechissons même pas, parce que ces choses nous paroissent trop communes. Ce sont cependant des vérités qui peuvent nous conduire à de plus grandes connoissances, et qui devroient détromper ceux qui disent que 1es parties essentielles et constitutives des individus sont des accidens. S’il étoit vrai qu’elles le fussent, il .faudroit donc dire, que toutes les formes différentes qui composent l’animal lui sont accidentelles.

Je vais donner une autre preuve sensible de cette vérité dans les végétaux. Les feuilles ne sont pas un accident à l’égard de l’arbre, non plus les fleurs à l’égard des feuilles, ni le fruit à l’égard des fleurs ; l’arbre étant caché aussi bien que toutes ses parties dans le centre de sa sémence, de même que toutes les figures géométriques dans le point physique. La sémence de l’arbre étant essentielle, produit essentiellement l’arbre avec toutes ses parties, sans lesquelles l’arbre ne peut être. Quelques incrédulles pourroient peut-être objecter, que l’hiver les arbres qui ont perdu les feuilles, les fleurs et les fruits, ne laissent pas d’être des arbres, et que par conséquent toutes ces choses n’étoient pas des parties essentielles à ces arbres ; mais seulement des accidents sans lesquels ces arbres peuvent exister ; je répondrai que ce sont bien des arbres, mais qu’ils ne sont pas parfaits, attendu qu’ils n’ont pas toutes leurs parties essentielles en acte. Car si ces arbres demeuroient toujours en l’état qu’ils sont ; l’hiver, ils ne produiroient rien ; et par conséquent manifesteroient la mort, et ne seroient plus des arbres, puisqu’ils seroient sans action. On ne pourroit donc pas les mettre au nombre des végétaux puisqu’ils n’auroient plus la puissance de végéter. Mais dès que ces arbres reproduisent par la végétation toutes en parties, il faut qu’elles soient nécessaires et essentielles à la perfection de leur forme, et convenir que l’arbre n’est plus arbre, s’il n’a toutes ses parties en acte ou en puissance ; attendu que ce qui est au-dedans l’hiver est semblable à ce qui est au dehors l’été. Car c’est indifférent que l’arbre soit au-dedans de sa sémence ou au-dehors ; la sémence étant substancielle, l’arbre est substanciel en toutes ses parties ; ce qu’on ne peut nier, puisqu’avant d’être passé de puissance en acte, il est contenu avec toutes ses parties essentielles dans son point séminal : de même que le nombre est contenu dans l’unité, deux en un, et quatre en deux : de même que la créature est contenue dans le créateur ; le fils dans le père ; les figures géométriques dans le point, les élémens dans la substance, l’air dans le feu, et le feu dans l’air. Tout est uni en une nature-essence en puissance, et tout est produit par elle substantiellement. Et quoique dans la nature il y ait une infinité de choses différentes elles sont néanmoins toutes substantielles, parce qu’elles sont toutes faites de la substance. Et ce qu’on doit appeller accident dans les choses naturelles, est hors de la substance, c’est-à-dire, que c’est un mélange qui n’a aucune proportion avec elle. J’expliquerai ailleurs ce que c’est qu’accident, afin de mettre a même de faire une parfaite différence de ce qui est réellement naturel, et de ce qui est contre nature, et qui empêche la perfection des choses. En attendant on peut conclure d’après ce que je viens dire, que les élémens étant le premier effet de la substance, et la substance elle-même dans les formes élémentaires, on ne doit pan les appeller accidens, non-plus que les autres choses naturelles, puisqu’elles sont faites da la mixtion des élémens, qui sont substantiels, et par conséquent de la substance, laquelle Dieu a remplie d’une infinité de formes, puisqu’elle est remplie de lui-même, qui est l’infinité : Dieu étant par tout par essence, présence et puissance. Ainsi , on peut dire avec vérité, que tout ce qu’il y a de naturel dans le monde est essentiel et fait d’un principe essentiel, et tout ce qui est accident est contre nature.

CHAPITRE VII

De la proportion qui fait l’union des élémens pour les productions naturelles.

Les élémens étant substantiels comme on n’en peut douter, d’après les preuves que j’ai donné de cette vérité, ils ont de la proportion entr’eux , et cette proportion vient de ce qu’ils sortent tous d’un même principe. Ce sont des nombres différens qui sont produits de l’unité nombre, et s’unissent par leur composition en une unité. Ce sont des lignes différentes que Dieu a tiré d’un seul point, et qui retournent à ce point comme à leur centre substantiel. Ces nombres ont de la proportion entre eux, comme ces lignes en ont entre elles, les élémens ont de la proportion entr’eux, parce qu’ils sont faits de la substance, leur principe naturel, et qu’ils y retournent comme à leur centre. D’ailleurs on ne peut douter de leur proportion, parce que sans elle ils ne s’uniroient jamais pour la composition. Mais étant reconnu que les élémens sont les principes de toutes compositions naturelles, il faut demeurer d’accord qu’ils s’unissent; et par conséquent qu’ils ont de la proportion, et de la différence, attendu qu’il n’y a de proportion qu’entre les choses différentes : il faut aussi qu’ils soient différens pour être les principes naturels, parce que les choses semblables en nature, ne peuvent rien produire, comme je l’ai démontré. Les élémens étant les principes des choses, leurs différences sont absolument nécessaires pour la composition des corps naturels, afin que par leur plus on moins de mixtion ils puissent faire cette grande diversité de sujets qui se trouvent dans la nature : si cette convenance de proportion n’existoit pus dans les élémens, ils ne cornbineroient jamais ensemble ; et au lieu de produire un composé parfait, il n’en résulteroit qu’un mélange confus, sans distinction et sans ordre. Et il n’y auroit ni animaux, ni végétaux, ni minéraux, ni aucune de ces choses, qui sont nécessaires à la parfaite harmonie de l’univers.

Pour connoître les différences qui existent entre les élémens, et la proportion qui les unit, il n’y a qu’a observer de quelle maniere les nombres s’unissent. Deux et quatre font six ; lequel n’est ni l’un ni l’autre des nombres qui l’on produit : d’où peut venir cette union ? Elle provient de la relation intérieure de ces nombres à un même principe. Un est principe matériel numérant de deux et de quatre, et comme un est la premiere unité numérante ; tous les nombres sont la similitude, c’est à dire qu’ils sont des unités par relation à leur principe.

Sans sortir des nombres, voici une autre preuve de cette proportion intérieure. Quatre est caché en deux, puisqu’il est produit par le multiple de deux, et deux est caché en quatre, puisqu’il en fait partie. De sorte que quatre est le flux et l’écoulement de deux, et deux peut être reproduit de quatre. Ces deux nombres étant donc cachés l’un de l’autre, deux trouve dans le centre de quatre, une chose qui lui est semblable, qui est de même principe, de même navire, et de même forme ; de sorte que ce qui est au centre, est conforme à ce qui est à la circonfèrence. Et cette proportion fait leur union au point de centre. Ainsi donc sans autres moyens, deux et quatre s’unissent ; et de leur union, résulte six, qui est un troisième nombre, qui n’est ni deux ni quatre, mais une unité qui les contient tous deux dans son centre ; six est par conséquent leur circonférence : il en est de même des autres nombres, ainsi que des élémens.

Mais pour faire une juste application de ce que j’ai dit des nombres, il faut se souvenir que les élémens sont fait de la substance, leur principe naturel, comme les nombres sont faits d’un qui est leur principe numéral. Et que les élémens ne sont que le flux, l’écoulement et la multiplication de la suhtance ; comme les nombres ne sont que le flux, l’écoulement et la multiplication d’un. Et parce que 1a substance est une, les élémens qui sont des unités succédantes et dérivées, s’unissent et produisent par leur union une unité composée, relative à leur principe, et cette unité composée, n’est autre chose qu’une multiplication de substance, terminée à une forme, qui n’est ni élément ni substance ; mais un résultat élémenté substantiel. Comme six n’est qu’une multiplication d’unité terminée à une forme numérale, composée de plusieurs unités-nombres : mais comme les élémens dont je parle sont les principes de la mixtion, et de la composition naturelle, je dois prévenir que ce ne sont pas ceux que nous voyons, attendu qu’ils ne sont que des simulacres, qui ne font pas parties de substance comme font les élémens intérieurs et substantiels, qui sont les vrais principes naturels élémentans, ou plutôt la substance elle-même divisée en plusieurs formes différentes, que nous nommons élémens ; lesquels ne different de la substance, que parce qu’elle n’a point de qualité en puissance, comme étant leur principe. Mais lorsqu’elle a passé aux formes élémentaires, par la division que le principe éternel en a fait ; pour lors elle a en acte le chaud, l’humide, le froid et le sec, qui sont les principes succédans.

Si les élémens sont substantiels parce qu’ils sont fait de la substance, nous ne pouvons nier que les principes terminés à la génération, ne soient de même substantiels, puisqu’ils sont le monocule et le résultat des élémens, et que les individus ne sont autre chose que la substance individuée ; parce qu’ils sont sortit des principes terminés qui ne sont que la substance terminée. De sorte qu’on appelle improprement accidens, 1e chaud, l’humide, le froid et le sec, les couleurs et quelqu’autres parties intégrantes des individus : attendu que les élémens, les principes terminés et les individus, avec toutes leurs parties, ne sont autre chose que la substance élémentée, terminée, ou individuée. De sorte que tous ces degrés de combinaisons et de mixtions naturelles, ne soit que la multiplicité de la substance, sous différentes formes substancielles. De même que les nombres sont la multiplicité de l’unité-nombre, sous différentes formes numérales. Et ainsi que toutes les figures géométriques ne sont que la multiplicité du point physique, sous différentes forme géométriques.

La différence la plus frappante qui existe entre les élémens élémentans, et les élémens élémentés ; laquelle prouve la supériorité des premiers sur les derniers, est que l’art n’a aucune paissance sur les élémens élémentants, et qu’il en a beaucoup sur les élémens élémentés : la nouvelle chymie nous prouve cette vérité, par la décomposition qu’on est parvenu à faire de l’eau, ainsi que de l’air. Mais il n’en est pas de même des élémens élémentans, attendu qu’ils sont ce que l’unité-nombre est à l’égard des autres nombres, qu’on peut diviser parce qu’ils sont composés : mais l’unité-nombre de laquelle ils découlent est indivisible étant relative à l’unité éternelle son principe.

CHAPITRE VIII

Des principes terminés, et comme ils ont en eux tout ce qui leur est nécessaire pour la multiplication de leur genre.

Examinons premièrement quelle est leur origine, nous trouvons qu’elle est éternelle, puisque ce sont des essences émanées de l’essence divine, car après que Dieu eût produit l’abîme, son esprit éternel et infini, qui est le feu de l’amour divin, couvait cette première substance créée, pour en faire éclore les formes naturelles ; ce premier principe naturel ayant été rempli de toutes les idées de la volonté de son créateur pour la génération de toutes les choses naturelles, Dieu le divisa en substances élémentaires, qui sont les principes naturels succédens, et après cette division, il combina ces substances élémentaires, et en fit un principe prochain séminal terminé, lequel il divisa en trois genres, c’est-à-dire en sémence, animal, végétal et minéral : et détermina chacune de ces sémences, pour demeurer dans son propre genre, pour sa génération et sa multiplication. De sorte que les principes terminés ne sont autre chose que les sémences des genres ou leur matiere prochaine pour la multiplication de leurs especes ; ainsi donc tous les principes terminés ont ce qui leur est nécessaire pour la génération de leurs individus, sans que l’un ait besoin de l’autre pour multiplier son propre genre selon sa détermination. L’expérience nous le prouve tous les jours, dans le genre animal et dans le végétal ; mais il n’en est pas de même du minéral ; la différence qui existe entre les minéraux, comparés aux végétaux et aux animaux, est celle de ne pouvoir comme ces derniers, assimiler rien à leur propre substance. Ils n’obéissent qu’à la loi d’attraction, et l’on remarque tout au plus dans eux qu’un arrangement simétrique de leurs molécules intégrantes, bien éloigné de l’organisation végétale et animale. Si quelque fois le minéral paroit jouir d’un mouvement végétatif et d’accroître, ce n’est jamais par une intus-susception, mais bien par une juxta-position de molécules semblables à lui, qui sont chariés par l’eau, et qui, en vertu des lois de l’attraction, s’unissent dans un rapport géométrique et forment la cristalisation proprement dite ; action bien différente de celle que les végétaux et animaux exercent sur les corps qu’ils s’approprient et qu’ils changent en leur propre substance, par cette force vitale dont ils sont doués et dont les minéraux, participant de la matiere brute et inorganique, comme elle, sont absolument dépourvus. De là dérive la division de tous les corps de la nature, en deux grandes classes. Celle des corps organiques comprenant les animaux et les vegétaux, et celles des corps inorganiques comprenant toutes les fossilles ; depuis le cristal, le plus régulier et le plus simétrique, jusqu’à la masse piereuse la plus brute et la plue informe.

CHAPITRE IX

Que le principe terminé est un limon, et qu’il est dans l’animal et dans le végétal, et que l’animal et-le végétal sont dans ce limon.

Je dis que la matiere prochaine terminée à la génération est un limon, parce que ce principe terminé ou substance séminale, paroit à nos yeux sous la forme d’un simulacre humide, limoneux et glaireux, lequel étant coagulé dans son vaisseau naturel, est fait animal, si c’est celui du genre animal. Si ce limon après sa coagulation est fait animal, il faut donc que l’animal soit caché dans son centre, comme lorsque l’animal est à la circonférence, le limon est au centre ; de sorte que l’animal pour la production de son espece, tire de soi ce limon du centre à la circonférence. Ainsi on peut dire que le limon déterminé au genre animal, est fait animal, et que l’animal à son tour produit ce limon. De sorte que chaque chose donne ce qu’elle a, c’est là le flux et reflux de la nature animale.

Il en est de même du genre végétal. Lorsqu’on a semé le grain de bled, par 1a dissolution qui en est faite dans son vaisseau naturel qui est la terre. Ce grain donne premièrement son limon, et après sa végétation il produit le bled, dont il est le principe séminal, c’est-à-dire que le bled sort du centre de ce limon et vient à la circonférence ; dès qu’il en sort, il étoit donc contenu. De sorte que la sémence est dans le bled, et le bled dans la sémence. Voici donc le flux et le reflux dans le genre végétal, pareil à celui que nous avons observé dans le genre animal.

Or, comme j’ai dit que l’art imite la nature, et la nature son créateur, remarquons que l’unité éternelle fit toutes choses successivement ; que premièremment elle fit un, qui est la substance ; que de cet un elle en fit plusieurs, qui sont les élémens, qu’elle réunit ensuite en principe séminal terminé, lequel elle divisa en trois genres, qui sont, l’animal, le végétal et le minéral. Remarquons aussi que la nature, à l’imitation de son principe, va par degrés et ne passe jamais d’un extrême à un autre, sans passer par des milieux. Elle a un ordre régulier duquel elle ne s’éloigne point. Il faut donc que celui qui veut imiter la nature apprenne à connoitre par des exemples sensibles avec quoi, et comment, toutes choses se font ; car si l’on veut simplement faire quelques productions de la nature, il faut la suivre, afin de l’imiter ; mais si on veut faire quelque chose de plus excellent qu’elle ne fait, on doit remarquer en quoi, et par quoi, elle s’améliore.

Il faut savoir que tout, ainsi que la nature, est en la volonté de Dieu, qui la créée, et mise en toute imagination ; de même la nature s’est faite une sémence dans les élémens procédant de sa volonté, et quoiqu’elle soit unique, elle produit choses diverses ; c’est un vrai caméléon qui prend la forme et les couleurs de tous les germes qu’elle rencontre. De sorte que si on veut faire quelque chose de bon, il faut avoir cette sémence ou sperme, et la nature sera prête à faire son devoir. Elle agit sur le sperme comme Dieu sur le franc arbitre de l’homme. Et c’est une grande merveille de voir que la nature obéisse à la sémence, sans y être forcée, de même que Dieu accorde à l’homme vertueux tout ce qu’il desire, non qu’il y soit forcé, mais de son bon et libre vouloir.

Il n’est donc pas étonnant que les trois régnes de la nature aient entre eux une connextion très-forte, et une affinité intime, dès qu’aucun d’eux n’a des principes à part ni de mobile particulier. Depuis l’homme jusqu’au dernier individu, et dernier anneau qui termine la chaîne des êtres ; toutes les substances intermédiaires sont la voie de médiation par laquelle les deux extrémités sont correspondantes : cette opération se fait en donnant et recevant tour à tour ; et c’est par le mouvement et la chaleur que cet échange se perpétue, et fait naître sans cesse de nouvelles combinaisons et de nouveaux mixtes des débris des anciens, attendu que depuis l’instant de la création, l’être suprême n’a ni ajouté ni retranché un seul atome à la matière ; et quoique la variété des êtres est infinie, l’agent qui les produit n’est qu’un ; c’est par lui que tout naît, respire, végéte, s’alimente et se répare, soit par intus-susception, ou par juxta-position. La chaleur de l’astre suspendu au centre du monde, la pénétration des fluides, le temps dont la nature dispose en souveraine, l’élaboration qu’elle emploie pour approprier la matière brute aux corps organisés, l’aptitude de ces corps à recevoir de nouvelles matières ; la force de l’agent qui, en même temps qu’il resout et sépare les parties d’un mixte, en forme d’autres, sont autant de moyens, à l’aide desquels la matière hors organisée passe de l’état de mort où elle paroît être, à l’état de vie où nous la voyons. Cette nouvelle métamorphose la rend propre à produire à son tour d’autres êtres entièrement semblables à ceux dont elle est devenue une production vivante.

Ces métamorphoses successives et constantes, les nouveaux produits qui en résultent, exigent nécessairement une disposition de la part des corps qui doivent les subir et s’assimiler avec d’autres. Toute union demande une appropriation, celle-ci dépend de celle-là, et toutes deux exigent une disposition préliminaire, ut in mutuos amplexus coeant.

Par la connoissance des lois de cette appropriation, on peut expliquer tous les phénomènes naturels, et ceux qu’on nomme contre-nature : elle nous démontre non-seulement pourquoi un effet est produit à présent, et non pas dans un autre temps ; mais elle nous fait voir pourquoi cet effet arrive lentement ou avec rapidité, foiblement ou avec force ; pourquoi le même remède produit quelquefois des effets si différens, selon que la maladie d’un côté est le médicament de l’autre, sont plus ou moins disposés à agir l’un sur l’autre : c’est aussi par elle seule que nous pouvons obtenir des notions exactes sur la puissance, et la différence des causes et des effets dans tous les cas divers.

CHAPITRE X

De l’union du créateur avec les créatures par le verbe incarné.

Il était de toute impossibilité que l’homme pécheur puisse retourner à son principe ; si le principe lui-même n’eut eu la bonté de s’unir à sa créature. Il existoit une si grande disproportion, et un éloignement si considérable, entre Dieu et l’homme corrompu, qu’il auroit resté éternellement dans ce malheureux état, si la tendresse et la miséricorde infinie n’eût par un moyen tout puissant détruit cette grande opposition et disproportion, en s’unissant à l’homme par l’incarnation du verbe.

Ayant fait voir que l’homme était la plus accomplie de toutes les créatures, je dois faire remarquer ici, que par son péché il est déchu de cette supériorité. Il avoit été créé dans la pureté, dans l’innocence, et dans la justice ; par sa désobéissance, il a perdu tous ces avantages. Dieu l’avoit placé dans un séjour de délices, où il auroit vécu exempt de peines et de maladies, jusqu’au temps où le créateur eut voulu le faire passer dans la gloire pour laquelle il avoit été créé ; et dont il s’est éloigné en abusant du libre arbitre que Dieu lui avoit donné comme un avantage particulier, qui devait le mettre au-dessus de toutes choses. Mais au lieu de se servir de cet avantage pour le bien, il ne s’en servit que pour le mal, et sacrifia a un instant de jouissance erronnée, le bonheur éternel.

Il avoit été fait de la main de Dieu, à l’image du verbe éternel, et animé de l’esprit de vie. Mais il a profané cette image par le péché : il a entraîné dans le précipice de la mort éternelle cet esprit de vie, qui lui avoit été donné comme un guide fidèle, qui devoit le ramener à son principe, et, comme une vertu magnétique du verbe devoit l’attirer à Dieu.

L’homme ayant opéré seul dans sa sphère et de son propre mouvement, d’après le libre arbitre que Dieu lui avait donné à sa création, ne produisit que le mal, attendu qu’il ne pouvoit donner que ce qu’il avoit, qui étoit le néant ; n’ayant de lui-même ni bien ni être ; Dieu étant la source du bien et de toute existence. Tout ce qui est de l’homme n’étant donc ni l’être ni le bien ; ce qu’il a opéré, sans son créateur, a été opposé à l’être et au bien. L’homme n’étant point non-plus le principe de la vie, tout ce qu’il a fait sans son principe qui est la vie même a été opposé à la vie et n’a produit que la mort.

L’homme s’étant autant éloigné de Dieu que le mal est éloigné du bien, et que 1a mort est éloignée de 1a vie ; il étoit impossible de les reconcilier sans un moyen qui eût la puissance de faire cette reconciliation : Dieu seul avoit donc ce pouvoir, attendu qu’il fallait un moyen tout puissant et infini pour faire 1e retour de l’homme à Dieu, et le retirer de cet exil éternel, où le péché l’avoit jetté. Et cela ne pouvoit se faire que par l’union du verbe à l’homme, qui est ce moyen infini et tout puissant, participant des deux natures, de la divine et de l’humaine, c’est-à-dire, un Dieu-homme et un homme-Dieu.

Si nous regardons dans toutes les causes naturelles, nous trouverons que le moyen unissant, est toujours participant des deux extrêmes. Le créateur que la nature imite en toutes choses, voulant être le moyen unissant entre lui et l’homme, a subi la même loi, qu’il a prescrit à ses créatures : il a participé de ces deux extrêmes, en se bornant dans les dimensions d’un corps humain pour le retour de l’homme à Dieu. Il a fallu que l’invisible se soit rendu visible, afin de réunir le visible à l’invisible. Et que Dieu qui est tout esprit se soit corporisé par son verbe, pour réunir le corps à l’esprit. Voici la manière dont le créateur s’est uni à la créature.

Rien ne pouvoit donc faire ce retour, que le créateur lui-même. Et c’étoit une détermination de Dieu, que les temps ordonnés par lui étant accomplis, il réuniroit tout par le verbe ; tant ce qui est dans le Ciel, que ce qui est sur 1a terre.

Afin d’achever la perfection de ses créatures, l’unité éternelle voulût les rendre immortelles : pour cet effet il falloit qu’elle les unit à son essence pour leur renouvellement. Et pour faire cette parfaite union, l’unité éternelle s’unit à la nature humaine, qui étoit sa parfaite image et l’abrégé de toutes les natures. Elle s’unit à l’homme dans le temps pour réunir l’homme à Dieu dans l’éternité. De sorte que l’homme étant fait éternel par cette union, toutes les créatures seront éternelles en l’homme. C’est-à-dire, qu’elles seront toutes en unité en lui comme étant l’abrégé de l’univers, comme tous les hommes qui seront dans la gloire, seront en unité en Dieu.

L’homme est l’abrégé de toutes les créatures ; parce que ces trois natures qui composent le monde, savoir l’intellectuelle, la céleste et l’élémentaire, sont les trois parties essentielles de l’homme comme je l’ai démontré. De sorte que toutes les créatures, tant supérieures qu’inférieures, seront en unité en l’homme. Et tous les hommes en unité en Dieu, mais d’une manière bien différente ; car les hommes ne sont pas les parties essentielles de Dieu ; parce que Dieu est un tout qui n’a point de parties, étant le tout indivisible et immuable, et l’unité simple. Dieu n’est pas non-plus l’abrégé de toutes les créatures ; car pour être un abrégé, il faudroit qu’il fut borné ; et comme l’infini n’a point de bornes, Dieu étant l’infinité, on ne peut pas dire qu’il soit un abrégé.

Pour mieux concevoir cette vérité, examinons de quelle manière sont les nombres dans l’unité nombre leur principe ; ils y sont tous dans toute leur étendue, et essentiellement parce qu’ils en sortent tous essentiellement. Dans le point mathématique, toutes les figures géométriques existent essentiellement, elles y sont avec toute leur étendue. Tous les nombres sortent de puissance en acte de l’unité. Et toutes les figures géométriques sortent aussi de puissance en acte du point mathématique leur principe.
Il en est de même des hommes et de toutes les créatures, comme je l’ai expliqué ailleurs. Toutes les créatures sont sorties de Dieu leur principe, parce qu’elles y étoient essentiellement en puissance. Et Dieu s’est manifesté par ses créatures, comme nous voyons que l’unité-nombre se manifeste par les nombres, et le point mathématique par les figures géométriques, mais il y a cette grande différence, que les nombres retournant à l’unité leur principe, et les figures géométriques au point rationel, repassent de l’acte à la puissance, et ne sont qu’en puissance dans leur principe.

Mais les hommes au contraire seront éternellement en acte dans leur principe, et ils y seront d’une manière bien différente. Car ceux qui seront morts dans le péché ne ressusciterons que pour mourir éternellement dans les remords et la désolation. Mais les justes et les pécheurs convertis retourneront au principe, pour être tous en unité dans la gloire.

CHAPITRE XI

Que le verbe est le moyen proportionné pour unir l’homme à Dieu.

J’ai dit que l’unité éternelle ayant produit le monde dans le temps, hors de soi, a voulu se le réunir, afin de le rétablir par cette réunion dans l’éternité, de sorte que le verbe a fait deux choses, la première est qu’il s’est fait homme pour être créateur et créature tout ensemble, afin de réunir à Dieu toutes les créatures par l’homme qui en est l’abrégé, pour que le monde soit déifié en lui, et qu’il soit un avec son principe. La seconde est qu’il nous a fait un chemin aisé pour pouvoir retourner à Dieu, c’est-à-dire, que l’homme étant un extrême à l’égard du principe, parce qu’il est le principié, il a fallu que Dieu ait établi un moyen unissant entre lui et sa créature, pour que 1e principe et le principié fissent une moyenne nature entre les deux, qui fut Dieu-homme, et homme-Dieu. De sorte que le verbe est ce moyen unissant, qui est un sceau sacré, avec lequel Dieu nous scelle à sa marque, pour nous retrouver à la résurrection tel qu’il veut que nous soyons pour nous transmuer. Car nous ressusciterons bien tous ; mais nous ne serons pas tous transmués. Ceux qui n’auront pas de proportion avec ce sceau sacré, et qui par conséquent n’en seront point marqués, ne seront pas transmués pour la vie éternelle, parce que ce sceau est le principe de la vie et de l’immortalité.

Ayant imité le premier homme par le péché, nous devons aussi imiter le verbe dans sa pureté, dans sa justice, et nous séparer de tout ce que nous avons en nous, qui tient de la chair et du sang, attendu que la corruption ne peut pas s’unir à l’incorruptible. II n’y a que la chair du verbe qui puisse posséder le royaume de Dieu ; parce qu’elle est incorruptible, vivifiante et spirituelle. Mais toute autre chair doit être corrompue, purifiée et transmuée, pour pouvoir habiter le centre de l’incorruptibilité, de l’éternité et de la gloire.

CHAPITRE XII

De l’incorruptibilité de la chair du verbe.

Une union aussi parfaite que celle de la nature divine, avec la nature humaine, en la personne du verbe incarné, nous doit faire concevoir que sa chair est toujours vivifiante, parce qu’elle est inséparablement unie à l’esprit de la vie. De sorte que si nous considérons la chair du fils de Dieu dans sa conception et dans sa naissance, nous trouverons qu’elle est toujours vivifiante, parce qu’elle est remplie de l’esprit de Dieu, et qu’elle est la manifestation du verbe. Il est de même durant sa vie, dans sa mort et dans sa résurrection ; notre chaire est sujete à pécher mais la chair du verbe étoit impécable. C’étoit bien cependant une chair humaine et semblable à celle des pécheurs, mais jamais le péché ne l’avoit habitée. Elle ne pouvoit même pas pécher, parce que 1e verbe étoit conçu de l’esprit de Dieu, et que sa chair étant parfaitement unie à son esprit, et son humanité soumise à la divinité, il n’y avoit point de combat entre l’esprit et la chair, comme il y en a en nous. Car notre chair est opposée à l’esprit et l’esprit à la chair. Ils se font continuellement la guerre pour combattre nos passions, et nous empêcher de faire tout ce que nous voudrions ; il n’en est pas de même du verbe : comme sa chair étoit soumise à son esprit, qui étoit impécable, elle ne pouvoit pécher. L’esprit du verbe agissoit dans sa chair, laquelle n’opéroit que par l’esprit, ainsi donc la chair du verbe étoit vivifiante, parce que durant sa vie l’esprit de vie agissoit en elle. Elle a été de même dans sa mort, non-seulement parce qu’elle n’a pas éprouvé la corruption, mais aussi parce que sa mort nous a donné la vie éternelle. Après la résurrection du verbe, sa chair étoit immortelle, spirituelle et vivifiante, parce que l’esprit est la vie de toutes choses : le verbe étant la vie, nous ne pouvons être unis à lui sans être unis à la vie : c’est-à-dire, que nous soyons unis à Dieu pour vivre éternellement en lui.

CHAPITRE XIII

De la résurrection de l’homme.

Le corps de l’homme est mis en terre comme un corps tout animal, et il ressuscitera comme un corps tout spirituel. Nous aurons la puissance de nous montrer, ou de nous rendre invisibles comme les esprits parce que nous aurons un corps spirituel, capable de tout ce que peuvent faire les anges ; car nous serons leurs égaux ; de plus nous serons les enfans de la résurrection. Comme le verbe, nous aurons la pénétration, l’invisibilité, et toutes les puissances, attendu que la puissance infinie sera au centre et à la circonférence.

Lorsque nous serons dans la gloire, nous verrons le verbe tout autrement qu’on ne l’a vu sur la terre. Ce n’est pas qu’il ne fut, quoiqu’incarné, toujours éternel, infini et tout-puissant comme son père ; n’étant tous deux qu’une seule et même essence divine, mais les hommes ne pouvoient le voir tel qu’il étoit à cause de leur disproportion. Des hommes mortels ne pouvoient pas voir la vie dans l’éternité, et l’essence divine dans son étendue infinie : des hommes matériels, terminés et faibles ne pouvoient pas comprendre l’infinité et la toute-puissance du principe, quoique la divinité par un effet de sa bonté s’étoit mise à la portée de nos sens, en se rendant visible aux yeux des mortels en la personne du verbe incarné.

Mais lorsque nous serons transmués, nous le verrons comme il est, parce que nous aurons de la proportion avec lui. Nous verrons l’immortalité, parce que nous serons immortels, l’infinité parce que nous serons infinis, l’éternité, parce que nous serons éternels ; et la divinité parce que nous serons divins, étant unis à Dieu, notre principe.

On ne doit pas être étonné des ressources qui ont resté à l’homme après sa chute ; c’étoit un père qui veilloit sur son fils lors même qu’il s’éloignoit de la maison paternelle. Et le lieu d’où l’homme est sortit, est disposé avec tant de sagesse, qu’en rétrogradant sur ses pas, par les mêmes routes qui l’ont égaré, il est sûr de regagner le point central qu’il a abandonné, tel que je le démontrerai dans le chapitre suivant. De sorte que s’étant égaré en allant de quatre à neuf, il ne peut retourner à son principe qu’en allant de neuf à quatre, dans laquelle traversée il est obligé de subir la loi du nombre huit qui paroit effrayante. Mais si on refléchit sur ce que j’ai dit à ce sujet ; on s’y résignera sans peine, et l’on ne se plaindra pas de cet assujetissement, attendu que c’est la loi imposée à tous les êtres qui habitent le séjour des pères et mères ; et dès que l’homme y est descendu volontairement, il faut qu’il en subisse toute la rigueur.

Ne cherchons point à nous élever au-dessus de l’humanité, et nous sentirons que tout est pour le bien. Exister est un bonheur, mourir en est un plus grand encore, qu’il faut mériter en supportant les peines de la vie. L’homme céleste ne pourroit jamais être réuni à son principe, s’il ne se faisoit pas une séparation du corruptible d’avec l’incorruptible, laquelle séparation ne peut s’opérer que par la mort ou dissolution de la substance matérielle, qui sert d’envelope à la substance spirituelle. Cette idée me console dans mes afflictions, me fait supporter les vicissitudes de la vie, et me donne la certitude d’un avenir plus heureux.

CHAPITRE XIV

Démonstration numérale du retour de toutes les créatures s à l’unité par l’intermédiaire de l’homme.

On sait que les logarithmes sont des nombres en proportion arithmétique, qui répondent terme pour terme, à une pareille suite de nombre en progression géométrique, et la progression arithmétique. Comme je me suis servi dans tout le cours de cet ouvrage, de la similitude des nombres, pour démontrer la vérité ; j’ai dû prendre pour prouver le retour de toutes les créatures à l’unité leur principe par l’intermédiaire de l’homme, les neuf unités avec leurs logarithmes, afin d’établir un raisonnement solide et non idéal.

Les nombres univoques qui sont contenus avec leurs logarithmes dans le quarré, représentent les différentes espèces créées. La somme totale qui est 455559763, résultant de l’addition de tous ces nombres, démontre la réunion de toutes ces espèces, pour passer au seul genre animal, par une seconde addition : faites des nombres de ce total, en disant , 4 et 5 font 9, et 5 font 14, et 5 font 19, et 5 font 24 , et 9 font 33, et 7 font 40, et 6 font 46, et 3 font 49. Ce quarante-neuf dont le 4 appartient à la matière, et le 9 à la triple triplicité de l’essence divine, démontre l’union de la matière, avec l’essence divine, et cette union nous apprend les merveilles de cette sagesse très-parfaite qui sait unir les choses entièrement éloignées, et les élever au degré de perfection. L’addition du 4 avec le 9 produit le nombre 13, lequel contenant le nombre dix, qui appartient à la perfection, et le trois qui appartient à l’essence divine, nous annonce que l’essence de toute chose est entièrement unie au spirituel ; ensuite le 1 qui est de la composition du 13 représente la substance sortie de toutes les choses créées ; et le 3 désigne l’esprit éternel qui s’est uni à la substance pour régénérer l’homme qui est le medium par lequel toutes les natures doivent être rapportées à l’éternité. De sorte qu’en additionnant le 1 avec le 3, il résulte le 4, qui étant le nombre de la composition, appartient à l’homme qui a en lui toutes les espèces réunies comme je viens de le démontrer.

Ayant dit au septième chapitre de la seconde partie que le quatre est caché en deux, puisqu’il est produit par le multiple de deux, et que deux est caché en quatre, puisqu’il en fait partie. Que quatre étant le flux et l’écoulement du deux, le deux pouvoit être reproduit du quatre. Pour que les créatures puissent retourner à l’unité éternelle par les mêmes progressions qu’elles en sont sorties, il faut donc faire rentrer le quatre dans le deux qui l’a produit par son multiple ; pour cet effet, il n’y a qu’à le dédoubler en disant la moitié de 4 est 2. Lequel nombre est celui de la composition, et par conséquent de la génération contenant les deux genres ; mais comme il ne doit point y avoir de génération dans l’éternité, il faut donc que ces deux genres se réunissent en un seul ; c’est-à-dire, qu’il faut que le féminin rentre dans le masculin, d’où il est sorti, pour que tous les genres soient rapportés à l’éternité par l’homme régénéré ; de sorte que le deux ayant été produit par l’unité tirée au-dehors, doit rentrer dans l’unité d’où il est sorti. En conséquence je dis, la moitié de 2 est 1. Voici donc tous ces nombres retournés de la circonférence au centre, par les mêmes progressions qu’ils en sont sortis. C’est ainsi que toutes les choses créées retourneront à l’unité, leur principe, par l’intermédiaire de l’homme pour jouir de la gloire éternellement.

TABLEAU COSMOLOGIQUE



CHAPITRE XV

Réflexion sur la durée du monde physique.

Dans les mystères que Dieu à opéré, nous trouvons les figures des plus grandes vérités ; et quoique l’oracle divin ait dit à ses disciples qui l’interrogerent sur la durée du monde, qu’il n’y avoit que son père céleste qui connût le jour et l’heure de cette assemblée universelle qui doit se faire dans cette vallée tant renommée ; je dirai donc que le jour en effet, ni l’heure ne peuvent pas venir à notre connoissance ; mais à l’égard du temps, si nous le cherchons figuré dans les plus adorables mystères du créateur, nous conviendrons qu’il est probable que ce jugement universel doit arriver le septieme millenaire de la création, et nous faisant forts sur ce nombre de sept ; nous observerons que les oracles divins l’ont tous considéré comme un nombre sacré, et rempli de mystères ; le prince des philosophes, Aristote, Pythagore, Hypocrate, et nombre d’autres, l’ont aussi considéré de même : Je dirai donc que Dieu ayant créé l’univers en six jours, le septième il se reposa, or, s’il y a du rapport entre la conservation d’une chose et sa création, n’avons-nous pas sujet de dire que le nombre de sept ayant terminé l’ouvrage de la création du monde, le même nombre doit mettre fin à sa conservation.

De sorte que comme il a été créé dans l’espace de six jours, il durera six-mille ans, pendant lesquels, l’homme sera obligé de travailler, et au septième millenaire sera le repos universel des créatures, comme au septième jour fut le repos du créateur. Car les sept jours doivent nous figurer les sept mille ans, attendu qu’un siècle n’est qu’un jour pour la divinité : pour calculer ce raisonnement, si nous voulons de sept mille ans accomplis, ôter tous les septièmes jours qui sont destinés pour 1e repos, qu’on appelle jour du sabat, qui signifie cessation d’ouvrage, il ne restera plus que six-mille ans, et le septième sera la cessation générale de toutes les choses créées ; alors les cieux cesseront de mouvoir, les astres de verser leurs influences, le soleil ne dorera plus la terre de ses rayons, et la terre ne lui enverra plus ses vapeurs, la mer ne sera plus dans cette agitation violente ; les vents n’exciteront plus les tempêtes ; les champs ne produiront plus de fleurs, et toutes les créatures désisteront de se mouvoir ; un repos universel succèdera au mouvement. N’est-ce pas encore pour fortifier cette pensée qu’on nomme J.C. soleil de justice ? et de vrai, le soleil ne fût-il pas créé le quatrième jour, ainsi que J.C. est venu au monde dans le quatrième millenaire, l’an trois mille neuf-cent-quarante-quatre de la création, comme le remarque Jean Cavion, en la chronique qu’il a faite depuis le commencement du monde, et à quoi s’accorde ce qu’en dit St.-Paul, qu’il est venu en la plénitude des temps ; de vrai, la plénitude de sept n’est-elle pas quatre ; ainsi on peut donc conjecturer que la fin des siecles arrivera au septième millenaire ; David, le roi des prophètes, en prédisant la venue du verbe incarné, ne l’a-t-il pas mis au milieu de siècles in medio annorum vivifica illud. Et le soleil ne tient-il pas le milieu entre les sept planetes, et comme cet astre de grace, de vraie lumière, et soleil de justice, ayant laissé écouler trois-mille ans de la création du monde avant sa venue, ne devons-nous pas penser qu’il n’existera que trois-mille ans après lui, dont le dernier se peut comparer à la lune, qui est inconstante, variable et sujete à éclipse ; pour nous donner à connoître que le septième millenaire sera dans les éclipses de persécution, qui feront naître de l’inconstance dans les esprits les plus assurés, et de l’erreur dans les plus clairvoyans.

Le prophéte Esaïe, en s’expliquant sur les signes qui doivent précéder cette descente redoutable du souverain juge, n’a-t-il pas dit qu’il arriveroit après que le soleil nous auroit éclairé de ses rayons sept fois ; lux solis erit septempleciter sicut lux septem dierum in die, qua alligaverit dominus vulnas populi sui ; et pour nous confirmer dans cette croyance, souvenons-nous de ce que Dieu dit à Moïse. Tu travailleras six jours et tu te reposeras le septième, qui sera appelé le jour du seigneur.

Effectivement, le jour du jugement n’est-il pas le jour du seigneur ? le prophète Hélie n’a-il pas dit : le monde durera six-mille ans, savoir ; deux-mille ans sans lois, deux-mille ans jusqu’à la venue de J.C. et deux-mille ans après sa venue, desquels il y en a déjà 1892 de passés ; il ne nous en resteroit donc plus que 198 d’assurés, après quoi dans le septième millenaire, ce jour redoutable arriveroit, et nous serions tous rassemblés dans cette grande vallée. Mais à qu’elle époque que puisse s’effectuer cette prédiction, je puis dire avec certitude, beati omnes qui timent dominum, qui ambulant in viis ejus.

TROISIEME PARTIE

Où la porte de la vraie philosophie naturelle est entièrement ouverte.

CHAPITRE PREMIER.

La philosophie a pris naissance avec le monde, parce que de tout temps les hommes ont pensé, réfléchi et médité pour trouver les moyens de vivre en société ; mais la conservation de son être n’était pas un objet moins intéressant ; et pourroit-on penser qu’il se soit oublié pour ne s’occuper que de ce qui était autour de lui ; sujet à tant de vicissitudes, en bute à tant de maux, fait d’ailleurs pour jouir de tout ce qui l’environne, il a sans doute cherché les moyens de prévenir ou de guérir ses maladies, pour conserver plus long-temps une vie toujours prète à lui échapper. Il a donc fallu raisonner sur les êtres de l’univers et méditer long-temps, pour découvrir ce fruit de vie et cette source de richesses ; mais Dieu, n’ayant pas donné cette connoissance à tous les hommes, elle demeura toujours renfermée dans un cercle très-étroit de personnes, qui n’en firent part qu’à quelques amis dont ils avoient éprouvé la prudence et la discrétion
.
Mais comment pouvoir se communiquer d’âge en âge ces secrets admirables, et les tenir en même-temps cachés au public ? le faire par tradition orale, s’eût été risquer d’en abolir jusqu’au souvenir ; la mémoire est un meuble trop fragile pour qu’on puisse s’y fier, et les traditions de cette espèce s’obscurccissent à mesure qu’elles s’éloignent de leur source, au point qu’il est impossible de débrouiller le cahos ténébreux qui les ensévelit. Il n’y avoit donc point d’autre ressource que celle des hiéroglyphes, des symbôles, des allégories, des fables et autres, qui étant susceptibles de plusieurs explications différentes, pouvoient servir à donner le change, et à instruire les uns pendant que les autres demeureroient dans l’ignorance ; c’est le parti que prit Hermès ; et après lui, tous les philosophes hermétiques en ont fait autant, et ils amusoient le peuple par des fables, dit origine, lesquelles, avec les noms des Dieux du pays, servoient à voiler leur philosophie. Mais il est temps que le voile se déchire, et que la lumière sorte du cahos, qu’elle se montre dans tout son brillant, et qu’Harpocrate rompe le silence ; car c’est un vol, j’ose dire, que l’homme fait à la société , lorsqu’il lui cache les découvertes qu’il a pu faire, qui tendent à son bonheur et à une conservation générale. Je sais que c’est un sort donné à la nature, d’êtres persécutés en ses plus beaux ouvrages, et a l’art d’être blâmé en ses plus riches entreprises. Il semble que le temps, qui termine les maux les plus invéterés, au lieu de le détruire, lui donne toujours de nouvelles forces, et accroît les rigueurs de ses effets pernicieux ; mais cela ne m’arrête point, et je prie le lecteur d’être très-persuadé que je n’ai d’autre intérêt, ni d’autre, vue que de manifester la vérité à ceux qui aspirent à sa connaissance.

CHAPITRE II

Le grand oeuvre des sages tient le premier rang entre les belles choses, la nature sans l’art ne le peut achever, et l’art sans la nature ne l’ose entreprendre ; c’est un chef d’oeuvre qui borne la puissance des deux ; ses effets sont si miraculeux, que la santé qu’il procure et conserve aux vivans, la perfection qu’il donne à tous les composés de la nature, et les grandes richesses qu’il produit d’une façon toute divine, ne sont pas ses plus hautes merveilles. Si Dieu l’a fait le plus parfait agent de la nature, on peut dire sans crainte, qu’il a reçu le même pouvoir du ciel, pour la morale. S’il purifie les corps, il éclaire les. esprits, s’il porte les mixtes au plus haut point de leur perfection, il peut élever nos entendemens jusqu’aux plus hautes connoissances ; ce qui fait que plusieurs philosophes ont reconnu en cet ouvrage un symbô1e accompli des adorables mystères de la religion : il est le sauveur du grand monde, puisqu’il purge toutes choses, des taches originelles, et répare par sa vertu le désordre de leur tempérament ; en cela il représente le Christ. Il subsiste dans un parfait ternaire de trois principes purs, réellement distincts, et qui ne font qu’une même nature, en cela il est un beau symbôle de la triade sacrée. Il est originairement l’esprit universel du monde corporifié dans une terre vierge, étant la première production ou le premier mélange des élémens, au premier point de sa naissance, pour nous figurer un verbe humanisé dans le sein d’une vierge : et revêtu d’une nature corporelle, il est travaillé dans sa première préparation, il verse son sang, i1 meurt, il rend son esprit, il est enseveli dans son vaisseau, il ressuscite glorieux, il monte au ciel tout quintessencié, pour examiner les sains et les malades, détruisant l’impureté centrale des uns et exhaltant les principes des autres : en quoi il nous figure les travaux et tourmens du sauveur, l’effusion de son sang sur la croix, sa mort, sa sépulture, sa résurrection, son ascension, et son second avènement pour juger les vivans et les morts ; de sorte que ce n’est pas sans sujet qu’il est appelé par les sages, le sauveur du grand monde, et la figure de celui de nos ames ; on peut avec raison dire, que s’il produit des merveilles dans la nature, introduisant aux corps une très-grande pureté, il fait aussi des miracles dans la morale, éclairant nos esprits des plus hautes lumières.

Toutes ces merveilles qui ont charmé le coeur des sages, ont irrité l’esprit des ignorans, qui, ne pouvant élever leur pensée plus haut que la portée de leur sens, se sont efforcés de tout temps à faire passer cet élexir de vie pour une chimère. Ils ne peuvent comprendre qu’une substance élémentaire puisse guérir toute sorte de maux ; ils ne conçoivent pas que par l’usage de cette médecine universelle, on peut conserver une santé parfaite, et prolonger sa vie. Ils ont peine à se persuader que cette médecine puisse agir sur tous les corps da la nature, d’une façon si étonnante. Ils ne sauroient s’imaginer que les minéraux, les végétaux, et toutes sortes d’animaux trouvent dans son usage la délivrance des maux qui les abaissent et la possession des biens qui les relèvent ; que les métaux grossiers et impurs, puissent devenir or ; un fruit amer puisse être rendu doux, un crystal frangible puisse acquérir la dureté du diamant ; et leur foiblesse fait qu’ils accusent les sages d’impostures, et les philosophes d’erreurs, pour avoir dit publiquement que cet élexir de vie, non seulement étoit possible, mais qu’eux-mêmes l’avoient fait, et avoient reconnu par expérience tous les effets qu’on lui attribue.

Cette ignorance a pris si fortement racine, que de tenter à faire sortir les esprits de l’erreur dans laquelle ils sont plongés, pourroit passer pour une espèce de témérité et de présomption. Mais j’aime mieux m’exposer à la censure des ignorans, que de me taire, étant persuadé d’avoir l’approbation des savans, qui me considèreront comme un ami de la philosophie, et j’aurais la gloire d’avoir ouvert la porte d’un ouvrage aussi précieux, aux amateurs de la science hermétique. De sorte que ceux qui n’ont travaillé jusqu’à présent que par un desir aveugle, et sans un raisonnable fondement, sur de fausses et éloignées matières, pourront connoître le véritable sujet d’où il faut extraire la véritable : du moins j’aurai le plaisir d’avoir combatu le mensonge, et pris le parti de la vérité. Ce sont les principaux motifs qui m’ont engagés à cette entreprise, et qui m’obligent à démontrer à tout le monde, que l’élexir des philosophes est un ouvrage possible à la nature, pourvu qu’il soit aidé et secourue par l’art.

CHAPITRE III

Afin de procéder clairement et méthodiquement, il convient de savoir que toutes les choses sublunaires sont simples ou composées, les simples sont celles qui composent les mixtes, et qui ne contiennent qu’une qualité prédominante des quatre radicales : les composées sont celles qui procèdent du mélange des simples, et qui sont mélangées de ces quatre premières : ces substances simples se nomment élémens, parce qu’elles sont les principes primitifs dont tout le reste est composé ; et en effet nous connoissons que tous les mixtes seulement sont composés du chaud, du froid, du sec, et de l’humide ; d’où provient que ces élémens se trouvent opposés et agissant à raison de leur contrariété les uns contre les autres, s’altèrent doublement par rémission et intention ; cette double altération, change le premier et vrai tempérament nécessaire à la durée de chaque chose et en fait un autre, propre à produire un nouveau mixte. Aussi nous reconnoissons que les êtres qui n’ont point de contraires, ne sont pas sujets à la corruption, et sont immortels, pourvu qu’il n’y ait aucune autre cause qui les puisse détruire : comme il arriveroit en l’ame raisonnable, si elle n’étoit pas capable d’agir hors de son corps, je veux dire qu’en cela l’être n’étant que pour l’action, il ne peut subsister dans l’état de ne pouvoir agir.

Je ne dis pas cependant que les qualités soient contraires dans toute leur étendue, puisque par tout elles s’accordent pour composer les différens tempéramens : je veux seulement dire qu’elles ne se combattent qu’en une certaine latitude, le tempérament ne consistant pas dans un indivisible : mais lorsqu’elle sortent de cette latitude, elles détruisent suffisamment le tempérament qui conserve le mixte, et en composent un autre ; de-là vient cette corruption générale que nous voyons dans tous les composés de cette basse région.

CHAPITRE IV

Tous les composés de ces élémens se réduisent en trois principes, qui sont souffre, sel et mercure, qui, selon leurs divers mélanges, composent toutes les choses sublunaires, quoiqu’infinies en nombres, en propriétés et en vertus ; je n’entends point parler de ces trois principes vulgaires et secondaires, mais bien des primitifs et célestes.

C’est un beau sujet de méditation, et un digne motif d’admirer l’auteur de la nature ; de voir que cette grande variété, de plantes, de fleurs, de fruits, de pierreries et de métaux, cette diversité d’espèces parmi les animaux, ne proviennent que du divers mélange de trois principes. Cette vérité est très-évidente, puisque dans la résolution de tous les composés, nous y trouvons ces trois choses qui sont une partie terrestre, une acqueuse et une sulfureuse : nous y trouvons aussi un corps, une ame et un esprit: C’est pourquoi nous voyons que tous les mixtes se conservent et s’entretiennent par ces trois principes ; attendu que chaque chose n’est entretenue et conservée que par les mêmes principes, dont elles sont composées. Et quoique les minéraux, les végétaux et les animaux paroissent se nourrir diversement, ils n’ont pourtant qu’un même aliment composé de ces trois principes célestes et primitifs ; et cet aliment commun est le beaume de la nature, qui conserve tout, et se trouve par-tout ; il est attiré dans nos jardins, par les fleurs et les simples ; dans les montagnes et cavernes, par les minières, et dans les animaux, par leur estomac ; et dans nos habitations il est attiré et fixé par le feu. C’est pourquoi tous les philosophes s’accordent à dire que le sujet de l’oeuvre hermétique est dans la maison d’un chacun, et que celui qui le cherche autre part est dans l’erreur : les plantes et les minéraux le sucent dans la terre immédiatement, et les animaux le sucent par l’entremise des plantes et des animaux-mêmes ; comme la nature minérale et végétale, n’est pas aussi parfaite que l’animal, elles le sucent sans préparation, et moins déterminé ; mais parce que les animaux sont plus parfaits, et exercent les opérations des sens, ils le sucent plus préparé et plus conforme à leur tempéramment ; mais c’est toujours le même beaume préparé diversement qui les nourrit et les conserve chacun à leur mode, suivant leur genre et constitution ; et quoique souvent il soit enveloppé de crasse, d’impureté et d’immondicité, la vertu et chaleur naturelle de chaque chose, ne laisse pas de l’attirer à soi quand elle est assez forte, et sépare d’une façon toute miraculeuse ces hétérogènes et étrangères envelopes, d’où vient que nous voyons que les animaux jettent autant d’excremens en apparence qu’ils ont pris d’alimens ? c’est qu’ils ne retiennent que ce beaume qui est en chaque chose, et qui est en très-petite quantité : le surplus n’est qu’un déguisement et une prison où il est enfermé. Cet aliment universel nous étoit figuré par la manne qui contenoit toute sorte de saveurs, est qui s’accommodoit au goût de tous les peuples au désert ; nous remarquons aussi, que les terres qui sont privées de ce beaume qu’on appelle vulgairement sel, sont stériles, et n’apportent rien, et que tout meurt à mesure qu’il manque de cet esprit de vie.

CHAPITRE V

Puisque tout est composé de ces trois principes, il faut nécessairement qu’il y ait un composé général de ces trois choses qui en procéde immédiatement, parce qu’aussitôt que les élémens agissent les uns sur les autres, ce n’est pas pour porter d’abord leur mélange au dernier degré de perfection où la nature peut atteindre ; attendu qu’agissant sagement en tout ce qu’elle fait, elle marche pas à pas, et elle avance degré par degré ; jamais elle ne saute en ses ouvrages d’un extrême à un autre, elle passe toujours pas un medium, et cela s’observe et se remarque en toutes ses opérations dans les trois régnes ; son intention est bien d’aller au plus haut degré de perfection, mais non sans passer par les milieux qui lui doivent conduire : quand elle travaille dans les minières, comme elle est sage et qu’elle suit toujours les mouvemens de son auteur, elle n’entend pas faire de l’or dans son premier pas ; dans le régne végétal, elle veut bien faire des simples et des arbres parfaits, mais non pas en un jour ; dans le genre animal elle prétend former, élever et organiser un corps avec toute la beauté qu’elle est capable, mais non sans faire différentes démarches. Et comme travaillant dans un règne particulier et déterminé, elle va pas à pas, aussi auparavant que de passer dans le particulier, elle commence par le général, et par la première action de ses élémens, elle fait un mixte universel et général qui se rencontre par toute la terre, cet élément étant la matrice et le vaisseau universel de la nature ; et de ce mixte général tous les autres sont composés ; c’est de lui qu’ils prennent leur naissance, qu’ils s’élèvent, s’entretiennent, se conservent et se nourrissent ; il forme et enrichit les minéraux et les métaux ; il nourrit les animaux, et fait croître les plantes : c’est ce premier ouvrage des élémens, plus estimés par les sages, que l’or du Perrou ; c’est le sujet vil et précieux, c’est cette matière qui n’est pas la première, mais quasi la première ; c’est cet or des philosophes et sa sémence, c’est cette pierre Minérale, végétale et animale, et qui cependant n’est ni minérale, ni végétale, ni animale, c’est ce mercure qui contient tout ce que cherchent les sages ; c’est cette eau qui ne mouille point les mains ; c’est ce Prothée qui se revêt de toutes les couleurs ; c’est ce poison, cet antidote ; c’est ce feu de nature ; c’est ce bain du roi et de la reine, ce fils du soleil et de la lune ; c’est l’androgine des sages ; c’est cette Vénus hermaphrodite qui contient les deux sexes, mâle et femelle ; c’est le froid, le sec, l’humide et le chaud ; en un mot, c’est la matière, le sujet et le feu des sages.

CHAPITRE VI

Mais comme la nature a ses limites en toutes ses opérations, tant à raison des impuretés et des ordures qu’elle ne peut séparer dans sa composition, et premier mélange des élémens en ses principes, que par l’indisposition de la matière et du lien où elle travaille pour faire son mélange, ainsi que le défaut de la chaleur nécessaire à réitérer et pousser plus avant ses mêmes opérations : de-là vient que son premier composé général est impur et moins élevé, et par conséquent ses principes généraux ; c’est une tâche ou un pêché originel qu’ils tirent de leur source, c’est une souillure qui vient du père et de la mère, qui est communiqnée à tous les mixtes particuliers par voie de génération ; les crasses, les féces, les terrestréités, les flegmes et autres impuretés semblables que nous voyons aux métaux imparfaits, sont des effets de ce péché ; l’âpreté, l’aigreur, la crudité, les indigestions, l’immaturité et autres pareils défauts qui se remarquent aux végétaux, sont des ruisseaux qui découlent de cette source ; les maladies et les infirmités que les animaux éprouvent sont des marques de ce venin ; et il n’y a rien dans 1a nature sublunaire qui n’ait été conçu et engendré avec ce péché et cette tâche originelle : l’or même qui est le plus parfait de tous les composés d’ici-bas n’en est point exempt ; il est vrai que son sel, son soufre et son mercure sont les plus épurés, mais ils ne sont point exempts de certaines tâches centrales, moins grossières à la vérité que celles qui se rencontrent dans les autres métaux, comme il paroit par leurs dissolutions. De plus, il n’est pas autant élevé qu’il pourroit l’être, n’ayant dans le mélange et constitution de ses trois principes que le poids, la teinture et la fixation qui lui sont nécessaires, et n’en pouvant communiquer aux autres : ce que nous remarquons dans tous les mélanges qui se font des différens métaux avec l’or ; car après tous ces travaux pénibles, on retrouve toujours l’or au même état qu'il étoit auparavant, et les métaux qu'on avoit amalgamés ne sont nullement exaltés ; nous voyons aussi que la nature demeure des centaines d'années à faire le plus beau et le plus riche de ses mixtes ou composés élémentaire ; c'est à raison de ses impuretés originaires qui amortissent la force et la vigueur des actions de la nature, qui manquant de chaleur nécessaire pour porter et pousser ses digestions au point qu'elle voudroit, est contrainte de continuer le même, pour faire dans un grand laps de temps, ce qu'elle pourroit faire en peu, par des opérations plus fortes et vigoureuses.

CHAPITRE VII

Or si ce mixte général, impur dans sa naissance, qui infecte tous les mixtes particuliers de son premier venin, étant leur fondement et leur nourriture, était exempt de ses impuretés et tâches otiginelles, et si le mélange des principes qui font sa composition étoit exalté en eux-mêmes, et rendu, plus parfait ; il est certain qu'il auroit le pouvoir d'exalter, é1ever, et perfectionner toutes choses : car si dans sa foiblesse et dans son mélange imparfait, il fait, il nourrit, élève et conserve tant de belles espèces dans les trois règnes ; que ne feroit-il pas si son mélange étoit pur et parfait, il produiroit sans doute des mixtes beaucoup plus beaux ; il les nourriroit plus abondamment, les porteroit à un point plus élevé, et les conserveroit plus long-temps : mais il est vrai, et personne n'en peut douter, que l'art se joignant à la nature, peut donner cette perfection et cette pureté, en suppléant à tous les défauts de nature ; ce qu'il peut faire en séparant les ordures et les parties hétérogènes des trois principes généraux ; leur fournissant une matière pur, un lieu ou un vaisseau plus convenable que n’est celui où la nature fait ses opérations, qui est rempli de crasse et de mille sortes d'imondicités : secondement en administrant un feu plus proportionné, plus fort, et qu'il gouverne plus à son gré, pour réitérer avantageusement, et avec snrcroit, les mêmes opérations que la nature pratique en ses ouvrages, et son mélange qui sont digestion et distilation ; purifier ces trois principes en rejettant les crasses et les parties grossières du sel, les aquosités superflues du mercure, et les parties adustibles du soufre, en perfectionnant le sel, le soufre et le mercure ; en digérant, évaporant et distillant plus fortement, et plus souvent que ne le peut faire la nature, qui sans l’aide et le secours de l’art est défectueuse et n’a pas assez de chaleur pour pousser et réitérer ses opérations.

CHAPITRE VIII

Si la nature aidée de l’art peut rendre le mixte général parfait, il est indubitable qu’étant appliqué aux mixtes particuliers, impurs et imparfaits, il les perfectionnera, et portera leurs principes dans la dernière pureté. Etant joint avec les métaux imparfaits , il en fera de l’or, qui est le terme de la nature au genre minéral : pareillement il rendra des végétaux capables de produire promptement les meilleurs fruits dans leur espèce, et guérira les animaux de toutes les maladies auxquelles ils sont sujets, et sera la panacée et medécine universelle à tous les mixtes et composés de la nature ; parce que le bien par inclination essentielle envers se qui lui est semblable et proportionné, s’y joint et s’y attache ; de sorte que le très-grand biens qui existe dans ce mixte parfait, rencontrant dans les mixtes particuliers quelque chose de bon, il l’embrasse et s’y unit si étroitement qu’il 1’accroit et l’augmente ; et par raison contraire ayant une aversion essentielle contre le mal, il rejete toutes les impuretés qu’il rencontre dans les mixtes ; et par conséquent il purifie, il perfectionne, il exalte, il conserve, il guérit les sujets où il est appliqué suffisament, et comme il faut.

C’est sur ces fondemens que ce sont appuyés tous les philosophes, quand ils ont attribué tant de merveilles à leur élixir, quand ils ont dit qu’étant appliqué à l’or, il exaltoit sa teinture et sa fixation avec exubérance ; de manière qu’il en pouvoit communiquer abondamment aux métaux imparfaits, qu’en jettant un grain pesant dans l’eau et en arrosant toutes sortes de plantes, il les faisoit produire en peu de temps les meilleurs fruits, et même au plus fort de l’hiver ; qu’étant bu dans les liqueurs convenables aux maladies du corps humain, il les guérissoit très-promptement, rompait le calcul, nétoyoit la lépre, purifioit le sang, confortoit la chaleur naturelle, réparait l’humidité radicale, chassoit l’intemperie ; en un mot donnoit la santé, la force et toute la vigueur que l’animal étoit susceptible d’avoir ; qu’étant joint en verre, il 1e rendoit malléable, au cristal qu’il en faisoit un diamant, aux pierreries, il augmentoit leur dureté, leur brillant, leur couleur, leur beauté et leur prix.

Ce n’est pas aussi sans raison qu’ils ont dit que cet élixir se pouvoit multiplier en quantité et en vertu jusqu’à l’infini, puisque plus il se fait de digestion d’un sujet, de distillation et d’évaporation, plus il se dépure et s’exalte ; l’art ne peut-il pas réitérer ces trois opérations autant qu’il lui plait, il peut aussi administrer plusieurs fois les principes qui le composent, ce qui le multipliera autant qu’on peut le désirer.

CHAPITRE IX

ENIGME

Sur la matière des philosophes, qui sert à former la médecine universelle.

La matière forme sa demeure d’elle-même dans un puit par le secours de vulcain ; le vulgaire ne peut savoir sa véritable source, les élémens y sont renfermés confusément ; c’est un cahos obscur, toute l’eau qu’on en tire est amère, aigre et douce comme miel ; c’est un vieux saturne noir qui contient en lui tout ce qu’il lui faut, sans avoir besoin d’aucune chose étrangère ; sa mine est si étroite qu’à peine on y peut entrer ; les montagnes et les plaines la possèdent, elle se trouve aussi dans les châteaux et chaumières, sur terre, sur mer et dans tous les lieux du monde, se faisant voir et connoître de toutes les créatures ; les pauvres la possèdent comme les riches ; on crache dessus et la foule aux pieds dans une saison de l’année ; le vent la porte dans son ventre, et comme l’aigle elle fend l’air et s’échappe à nos yeux, voltigeant au-dessus de nos têtes, elle s’éloigne toujours de la terre ; elle est pierre par ressemblance et n’est aucunement pierre, elle est chaude, froide, humide et sèche ; elle seule fait sans y rien ajouter, l’élixir des sages : elle est plus abondante dans le Nord qu’en Espagne ; elle pousse des vapeurs puantes, dont on est obligé de s’écarter, sa nourriture étant en partie la terre ; elle monte au Ciel et du Ciel redescend en terre, renfermant très-précieusement en elle les influences célestes ; elle ne peut être consumée par le feu le plus violent, c’est un phénix qui renaît de ses cendres : elle renferme sel, soufre et mercure, corps, esprit et ame ; les trois règnes animal, végétal et minéral tirent leur vie d’elle ; elle est, en apparence exténuée comme une momie par sa couleur, cependant e11e est très-vivante ; quoiqu’elle soit méprisée, elle est plus riche que tout le Pérou, et les savans n’ont rien de plus précieux ; c’est une Vierge qui n’a pas été touchée, c’est une fille grise à voile noir, qui porte dans son sein cet inestimable lait virginal qui sert à nos besoins ; en elle est renfermée l’eau où le roi et la reine se baignent et se purifient de leur lèpre ; Brumblin dit : Prenez la matière qu’un chacun connoît, privez-1à de sa noirceur, ensuite fortifiez son feu à son temps, car elle le peut souffrir, il s’en suivra couleurs diverses ; la première sera safranée, la seconde comme de la rouille, la troisième comme pavots, et la quatrième comme rubis ; lorsqu’elle est ainsi, le corps est spirituel, teignant et purifiant tous les corps imparfaits, et vous avez tout le secret.

La matière ressemble à l’oeuf des volailles ; auquel on n’ajoute rien que la chaleur ; la coque est, le vaisseau de verre, laissez-le couver à sa mère par un bain doux, pendant sept de nos mois philosophiques qui sont composés de quarante jours, il se formera un poulet qui aura la crête rouge, le plumage et les pieds noirs, quand vous l’aurez, n’oubliez pas les pauvres.

Les adeptes disent, notre matière est par tout ; sa conception se fait dans l’enfer, sa naissance est sur la terre, trouvant sa vie au Ciel, et après sa mort elle obtient la béatitude et subsistera sans interruption jusqu’à la consommation des siècles ; quiconque connoît cette divine matière peut facilement déveloper les énigmes les plus obscures que les auteurs ont employés pour la voiler ; on doit l’appeler matière divine, d’autant que Dieu n’en a donné la connoissance qu’à ceux qu’il a cru en être dignes.

CHAPITRE X

J’ai jugé à propos de rapporter ici le neuvième chapitre de Calide, tel que je l’ai trouvé dans la toison d’Or, attendu qu’il est très-conforme à1’énigme précédente, ainsi qu’à l’opération philosophique ci-après ; voici comme i1 s’explique :

O frère il te faut prendre la pierre honorée et précieuse, que les sages ont nommé magifiée, cachée et scelée, et la mettre en sa cucurbite avec son alambic, et y séparer ses natures, et les quatre élémens, savoir : la terre, 1’eau, l’air, et le feu lesquels sont le corps, l’ame, l’esprit et la teinture. Et quand tu auras séparé l’eau de la terre, et l’air du feu, garde chacun d’eux à part, et prend ce qui est descendu au fond du vaisseau, qui sont les féces s, les lavant avec feu chaud jusqu’à ce que sa noirceur en soit ôtée, et que son épaisseur s’en aille et la blanchit de la bonne blancheur, en faisant sortir les accidens des humidités : alors tu auras une chaux blanche, en laquelle il ne sera point d’obscurité ténébreuse, ni immondicité, ni chose contraire. Puis après retourne aux premières natures qui sont sorties d’elle et sublimées, et les mondifies semblablement de leur immondicité, noirceur et contrariété, réiterant sur elles plusieurs fois, jusqu’à ce quelles soient subtilisées, purifiées et atténuées, et quand tu auras fait ceci, tu connoîtras que Dieu aura eu déjà pitié de toi. Et saches, frère, qu’en cette pierre n’entre pas garib, c’est-à-dire, autre chose. Les sages travaillent avec elle, et d’elle sort la médecine, de laquelle on donne toute perfection. Rien ne se mêle avec elle, ni en aucune partie d’elle, ni autour, et elle se trouve en tout temps, en tous lieux, et en la maison de toutes gens. L’invention de laquelle n’ennuie pas, ne travaille celui qui la cherche en quelque lieu qu’il soit. C’est une pierre vile, noire et puante, qui ne coûte presque rien : Elle est un peu pesante ; on l’appelle l’origine du monde, parce qu’elle sort comme les choses germinées.

Ceci est la révélations et ouverture de celui qui la cherche. Mais il ne faut pas croire que tous ceux qui la connoitront puissent faire l’oeuvre des sages ; si Dieu ne les favorise de ses grâces, une multitude d’événemens leur empéchera de pouvoir l’entreprendre ou de le conduire jusqu’à la fin désirée. Car il la donne à qui il veut, et l’ôte de même.

CHAPITRE XI

PROCÉDÉ PHILOSOPHIQUE,

Sur la matière qui est très-clairement désignée par l’énigme précédente, et le chapitre de Calide.

La matière étant un cahos noir et confus, il faut faire la séparation du pur d’avec l’impur, commençant par séparer le grossier et piler le bon, que vous passerez au tamis fin. Mettez-en deux livres ou trois au p1us, dans une grande cornue de verre bien lutée avec un gros balon. Placez-là au fourneau, il faut que la cornue ait la moitié de vuide ; faites distiller à feu de flamme de bois ; alors les élémens se sépareront et la fumée montera et passera en nuage dans le récipient, avec la puanteur semblable à celle d’un cadavre dont il faut s’écarter étant pernicieuse, et dans laquelle se trouve l’esprit et l’ame, rouge comme le sang ; autour du récipient s’attachera l’esprit cristalin, et dans la tête morte restant au fonds, sera le corps fixé ou terre feuillée, que vous garderez ; il faut réitérer ce travail avec d’autres nouvelles matières jusqu’à ce que vous soyez assez pourvu de cette liqueur spirituelle, mercurielle et soufrée ; à la fin de chaque dissolution prenez la tête morte, reverberez-là le plus fortement possible, et la conserver : prenez l’esprit cristalin ou mercuriel, où il est attaché, et que l’air a coagulé, conservez-le aussi dans un vaisseau bien bouché, car il s’évaporeroit facilement à l’air de l’atmosphère, c’est pourquoi i1 faut vuider auparavant la liqueur puante comme soufre et la conserver bien bouchée.

Prenez suffisamment de la première matière bien nette, joignez y la tête morte soufrée, joignez y aussi l’esprit cristalin ou mercuriel, et celui qui ne sera pas clair, pur et transparent, mettez le tout dans des cornues de verre bien lutées avec leur récipient de même nature ; si vous avez une cornue assez grande pour tout contenir, il n’en faudra pas d’autres. Distillez à feu de charbon, alors le tout passera plus subtilement, perdant quelque chose de sa puanteur, principalement si le tout a été purifié et corrompu ensemble, pendant quelques jours, ensuite calcinez et reverberez la tête morte, comme vous avez fait ci-devant, après quoi mettez-là dans une cornue, versez dessus ce qui aura été distillé ; cette calcination et dissolution doivent être réitérées plusieurs fois jusqu’à ce qu’il vous parroisse que la matière terrestre et combustible lui soit ôtée ; c’est ce que les philosophes appellent donner des aigles ; quoique la matière diminue par ces réitérées opérations, elle en sera plus subtile et plus efficace, étant aussi plus propre pour le travail de l’oeuvre ; prenez la liqueur qui aura passé par la cornue, et où se trouve l’ame rouge de la nature, mettez-la dans une cornue, et faites distiller doucement, cohobez et continuez jasqu’a ce que tout passe rouge dans le récipient ; pendant cette opération, prenez la tête morte, reverberez-là encore une fois, et faites l’extraction de sel fixe avec de l’eau de pluie distillée, puis évaporez toute l’extraction au bain Marie, et procédez comme on a coutume de faire quand on tire les sels, de cette manière seront séparés et purifiés les trois principes ou élémens ; c’est le premier travail, composition et union du mercure, soufre et sel des philosophes, dans laquelle l’or se dissout comme de la cire.

Prenez de cet esprit cristalin mercuriel et aérien qui a été subtilisé par l’ame soufrée ignée et aqueuse, et par le sel tiré de la tête morte terrestre et fixe autant qu’il a donné, ajoutez y 1a dixième partie de   qui est de la même nature que le dissolvant, et qui a été ouvert auparavant par le mercure et fleur de soufre, mettez le tout dans l’oeuf philosophique, lequel doit rester vuide aux trois quarts, afin qu’il soit libre de monter et descendre, c’est-à-dire, de circuler, et qu’il soit bien fermé hermétiquement, mettez-le alors au fourneau philosophique de manière qu’il reçoive la chaleur de tout côté également, et que la chose dans laquelle il sera enclos soit aussi de verre, afin que l’on puisse voir comme la matière se gouverne.

CHAPITRE XII

Régime du feu.

Ayez grand soin que les esprits volatils ne se séparent pas tout à fait de la matière fixe qui reste au fonds, mais plutôt qu’ils se joignent toujours à propos, car autrement tous les soins et les peines seroient perdus. Par ce feu ainsi conduit, la matière universelle se pourrit, se régénère et se parfait seule dans un seul vase, un seul fourneau, un même feu, et la nature seule fait tous les autres travaux avec son feu intérieur qui est excité par le feu extérieur philosophique ; l’artiste n’a donc plus rien à faire que d’avoir soin du feu et d’y employer 1a miséricorde de Dieu, ce qui a fait dire aux adeptes, qu’une femme en filant sa quenouille peut faire l’oeuvre des philosophes ; mais ils n’entendoient pas parler de la préparation de la matière, attendu qu’elle est très-pénible, et demande beaucoup de soin et de précision. Le feu philosophique est très-nécessaire à l’oeuvre, puisqu’il excite avec les vertus célestes, le feu naturel qui existe dans la matière, et qui est la lumière et la vie métallique.

CHAPITRE XIII

De la fermentation et multiplication.

Lorsque la bénédiction divine vous aura donné le fils du     et de la   , ayant obtenu sa régénération de la nature, qu’il se sera revêtu de son manteau de pourpre ; ce qui arrivera en huit ou neuf mois, suivant le soin qu’on en aura pris, et selon les grâces que Dieu y aura répandues ; si on veut fermenter et augmenter l’élixir, il faut avoir une bonne provision des trois principes préparés comme il a été dit, et les fermenter avec l’élixir, parfait, pour cet effet on prend une partie d’élixir et dix parties des trois principes ou premier    , qu’on aura conservés, les mettre dans l’oeuf philosophique, et le gouverner comme auparavant ; si on réitère plusieurs fois cette multiplication, on aura en très-peu de temps ce qui s’est fait en plusieurs mois ; de cette maniere on peut augmenter en qualité et quantité jusqu’à l’infini.

CHAPITRE VII

De la projection.

Faites fondre quatre parties de   métallique bien purifié, lorsqu’il est en fonte, jettez dessus une partie de votre élixir, envelopé dans un peu de cire jaune, en forme d’une petite balle, recouvrez le creuset et continuez le feu pendant une demie heure, ensuite versez le tout dans un autre creuset bien propre, il se formera une masse que vous pulvériserez et que vous garderez pour projeter comme ci-après :

Prenez mille parties de métail ou vulgaire bien purgé, et faites fondre si c’est du métail, et si c’est du, il faut qu’il ne fasse que bouillonner ; retirez la crasse qui peut se trouver dessus ensuite jettes-y une partie de votre poudre, couvrez le creuset, continuez le feu une demie heure, et vous aurez du     beaucoup plus fin que celui des minières ; il faut avoir le soin de toujours enveloper votre élixir dans un peu de cire pour le jeter dans le creuset.

Il y a des adeptes qui faisant la projection sur du métail, lorsqu’il est fondu, y jettent un bout de chandelle, qui s’enflamme aussitôt, purifie la crasse qui vient sur le métail sans y toucher, ensuite ils jettent la poudre de projections comme il est dit, dans 1e creuset.


FIN