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PHILALETHE (George Starkey) L'Entrée Ouverte au Palais Fermé du Roy




Eyrénée Philalèthe (George Starkey)
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L'Entrée ouverte au Palais fermé du Roy
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Préface de l'auteur

I

Ayant pénétré, moi, Philalèthe, Philosophe anonyme, les arcanes de la médecine, de la chimie et de la physique, j'ai décidé de rédiger ce petit traité, l'an 1645 de la Rédemption du monde et le trente-troisième de mon âge, afin d'acquitter ce que je dois aux Fils de l'Art et pour tendre la main à ceux qui sont égarés dans le labyrinthe de l'erreur. Ainsi apparaîtra-t-il aux Adeptes que je suis leur pair et leur frère; quant à ceux qu'ont séduits les vains discours des sophistes, ils verront et recevront la lumière, grâce à laquelle ils reviendront à une voie plus sûre. Et je présage, en vérité, que nombre d'entre eux sont éclairés par mes travaux.

II

Ce ne sont point fables mais expériences réelles que j'ai vues, faites et connues: l'Adepte le comprendra aisément en lisant ces pages. C'est pourquoi, les écrivant pour le bien de mon prochain, il me suffit de déclarer que jamais personne n'a parlé de cet art aussi clairement que moi; certes, ma plume a hésité souvent à tout écrire, désireux que j'étais de cacher la vérité sous un masque jaloux; mais Dieu me contraignait, et je n'ai pu lui résister, lui seul connaît les coeurs, à qui seul revient la gloire dans le cycle du Temps. D'où je crois que beaucoup, en ce dernier âge du monde, auront le bonheur de posséder ce secret; car j'ai écrit sincèrement, ne laissant au novice vraiment curieux d'apprendre aucun doute sans une réponse pleinement suffisante.

III

Et je sais déjà que beaucoup, comme moi, détiennent ce secret; je me persuade qu'il y en a bien d'autres encore, avec lesquels j'entrerai très prochainement, pour ainsi dire, en une intime et quotidienne communication. Que la sainte volonté de Dieu fasse ce qu'il lui plaira, je me reconnais indigne d'opérer de telles merveilles: j'adore cependant en elles la sainte volonté de Dieu, à qui toutes les créatures doivent être soumises, puisque c'est en fonction de lui seulement qu'il les créa et les maintient crées.
*

De la nécessité du Mercure des Sages pour l'Oeuvre de l'Élixir

I

Quiconque désire posséder cette Toison d'or soit savoir que notre poudre aurifique, que nous nommons notre pierre, est l'Or, seulement élevé au plus haut degré de pureté et de fixité subtile où il puisse être amené, tant par la nature que par l'art d'un habile opérateur. Cet or ainsi essencifié n'est plus celui du vulgaire: nous l'appelons notre or; il est le degré suprême de perfection de la nature et de l'art. Je pourrais, à ce sujet, citer tous les philosophes, mais je j'ai pas besoin de témoins, puisque je suis moi-même un Adepte, et que j'écris avec plus de clarté qu'aucun auparavant. Me croira qui voudra, me désapprouvera qui pourra; que l'on me censure même, si on le désire: on n'aboutira qu'à une profonde ignorance. Les esprits trop subtils, je l'affirme, songent à des chimères, mais le chercheur assidu trouvera la vérité en suivant la voie simple de la nature.

II

L'or est donc l'unique, le seul et véritable principe à partir duquel on peut produire de l'or. Cependant, notre or qui est nécessaire à notre oeuvre est de deux natures. L'une, portée à maturité, fixe, est le Laiton rouge, dont le coeur ou le centre est un feu pur. C'est pourquoi son corps se défend dans le feu où il reçoit sa purification, sans rien céder à la violence de celui-ci ni en souffrir. Cet or, dans notre oeuvre, joue le rôle du mâle. On l'unit à notre or blanc plus cru (notre second or, moins cuit que le précédent), tenant lieu de semence féminine, avec lequel il se conjoint et où il dépose son sperme; et ils s'unissent l'un à l'autre par un lien indissoluble, d'où se fait notre Hermaphrodite, qui a la puissance des deux sexes. Ainsi l'or corporel est-il mort avant d'être conjoint à sa fiancée, avec laquelle le soufre coagulant qui, dans l'or, est extraverti, devient introverti. Alors la hauteur est cachée, et la profondeur manifestée. Ainsi le fixe se fait-il volatil pour un temps, afin de posséder ensuite un état plus noble par son héritage, grâce auquel il obtiendra une fixité très puissante.

III

On voit ainsi que tout le secret consiste dans le Mercure, dont le Philosophe dit: "Dans le Mercure se trouve tout ce que cherchent les Sages". Et Geber déclare à son tour: "Loué soit le Très-Haut, qui a créé notre Mercure et lui a donné une nature qui domine le Tout. Certes, en effet, s'il n'existait pas, les Alchimistes pourraient se glorifier à leur aise, mais l'oeuvre Alchimique serait vain". Il apparaît donc que ce Mercure n'est pas celui du vulgaire, mais celui des Sages, car tout Mercure vulgaire est mâle, c'est à dire corporel, spécifié, mort, tandis que le nôtre est spirituel, féminin, vivant et vivifiant.

IV

Faites donc attention à tout ce que je dirai du Mercure, parce que, selon le Philosophe, "Notre Mercure est le Sel des Sages, et quiconque travaillerait sans lui ressemblerait à l'archer qui voudrait lancer une flèche sans corde". On ne peut, cependant, le trouver nulle part sur la terre. Le Fils n'en est pas moins formé pour nous, non pas en le créant, mais en l'extrayant de ces choses qui le renferment, avec la coopération de la nature, de façon admirable, et grâce à un art subtil.
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CHAPITRE 2

Les principes qui composent le Mercure des Sages

I

Le but de ceux qui s'appliquent à cet art est de purger le Mercure de différentes manières: les uns le subliment par l'adjonction de sels et le nettoient de diverses impuretés, les autres le vivifient uniquement par lui-même, et ils affirment avoir, par la répétition de ces opérations, fabriqué le Mercure des Philosophes; mais ils se trompent, parce qu'ils ne travaillent pas dans la nature, qui seule est perfectionnée dans sa nature. Qu'ils sachent donc que notre eau, composée de nombreux éléments, est néanmoins une chose unique faite de diverses substances coagulées à partir d'une seule essence. Voici ce qui est requis pour la préparation de notre eau (dans notre eau, en effet, se trouve notre dragon igné) : premièrement, le Feu qui se trouve en toutes choses, deuxièmement, la liqueur de la Saturnie végétable, troisièmement, le lien du Mercure.

II

Le feu est celui d'un soufre minéral. Cependant il n'est pas proprement minéral et moins encore métallique; mais sans participer de ces deux substances il tient le milieu entre le minéral et le métal, Chaos ou esprit: en effet, notre Dragon igné, qui triomphe de tout, est cependant pénétré par l'odeur de la Saturnie en un seul corps admirable; et pourtant il n'est point corps, puisqu'il est totalement volatil, ni esprit, parce que dans le feuil ressemble à du métal fondu. C'est donc, en vérité, un Chaos, qui tient lieu de Mère à tous les métaux; car je sais en extraire toutes choses, même le Soleil et la Lune, sans le secours de l'Élixir transmutatoire, ce qui peut être attesté par qui l'a vu aussi bien que moi. On appelle ce Chaos notre Arsenic, notre Air, notre Lune, notre Aimant, notre Acier, mais toujours sous divers aspects, parce que notre matière passe par différents états avant que du menstrue de notre prostituée soit extrait le Diadème royal.

III

Apprenez donc qui sont les compagnons de Cadmus et quel est ce serpent qui les a dévorés, et quel est ce chêne creux où Cadmus cloua le serpent. Sachez quelles sont les colombes de Diane, victorieuse du lion en l'apprivoisant, ce Lion vert, dis-je, qui est vraiment le Dragon babylonien, détruisant tout par son vénin. Enfin sachez ce qu'est le caducée de Mercure, avec lequel il opère des merveilles, et quelles sont ces Nymphes qu'il instruit par ses incantations. Apprenez tout cela, si vous voulez atteindre l'objet de vos désirs.
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CHAPITRE 3

De l'Acier des Sages

Les savants Mages ont transmis à leurs successeurs de nombreux enseignements au sujet de leur Acier, et ils lui attribuèrent une importance considérable. C'est pourquoi entre les Alchimistes ce fut une grande controverse de savoir ce qu'il fallait entendre par le nom d'Acier. Chacun l'a interprété à sa manière. L'auteur de la Nouvelle Lumière en a parlé sincèrement, mais de façon obscure.

II

La jalousie ne me portant point à rien cacher aux investigateurs de notre Art, moi, je le décrirai sincèrement. Notre Acier est la vraie clef de notre Oeuvre, sans laquelle le Feu de la lampe ne peut être allumé par aucun artifice: c'est la minière de l'or, l'esprit pur entre tous par excellence, un feu infernal, secret en son genre, extrêmement volatil, le miracle du Monde, l'assemblage harmonique des vertus des êtres supérieurs dans les êtres inférieurs. C'est pourquoi le Tout-Puissant l'a marqué de ce signe notable par lequel la nativité fut annoncée en Orient. Les Sages le virent en Orient et ils le regardèrent, émerveillés et ils reconnurent qu'un Roi sérénissime venait de naître dans le monde.

III

Et toi, lorsque tu auras vu son étoile, suis-la jusqu'au Berceau: tu y verras un bel enfant, en le séparant de ses impuretés. Honore ce rejeton royal, ouvre son trésor pour lui offrir de l'or; et après sa mort, il te donnera sa chair et son sang, médecine suprême pour les trois régimes de la terre.
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CHAPITRE 4

De l'Aimant des Sages

De même que l'acier est attiré vers l'aimant, et que l'aimant se tourne spontanément vers l'acier, de même l'Aimant des sages attire leur Acier. C'est pourquoi, l'Acier étant, je vous l'ai appris, la minière de l'or, il faut pareillement considérer notre Aimant comme la vraie minière de notre Acier.

II

En outre, je déclare que notre Aimant a un centre caché, où gît une abondance de sel. Ce sel est un menstrue dans la sphère de la Lune, et peut calciner l'or. Ce centre, par une inclination originelle, se tourne naturellement vers le pôle, où la vertu de notre Acier est élevée par degrés. Au pôle, se trouve le coeur de Mercure, qui est un vrai feu où est le repos de son Seigneur. Naviguant sur cette vaste mer, pour aborder à l'une et à l'autre des Indes, il gouverne sa course par l'aspect de l'étoile du nord que notre Aimant te fera paraître.

III

Le Sage s'en réjouira, mais le fou en fera peu de cas et ne s'instruira pans dans la sagesse, quand bien même il aurait vu le Pôle central tourné vers le dehors et marqué du signe reconnaissable du Tout- Puissant. Ils ont la tête si dure qu'ils verraient des prodiges et des miracles secs sans pour au- tant abandonner leurs faux raisonnements et entrer dans le droit chemin.
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CHAPITRE 5

Du Chaos des Sages

Que le fils des philosophes écoute les Sages, unanimes à conclure que cette oeuvre doit être comparée à la création de l'univers. Car, au commence-ment, Dieu créa le ciel et la terre, et la terre était vide et déserte, et les ténèbres couvraient l'abîme, et l'esprit de Dieu était porté sur la face des eaux. Alors Dieu dit: "Que la lumière soit!" et la lumière fut.

II

Ces paroles suffiront au fils de l'Art. Il faut, en effet, que le ciel soit conjoint avec la terre sur le lit de l'amitié et de l'amour; ainsi pourra-t-il régner avec honneur sur toute la vie universelle. La terre est un corps pesant, la matrice des minéraux, parce qu'elle les conserve secrètement en elle- même, tout en portant vers la lumière les arbres et les animaux. Le ciel est l'espace où les grands luminaires, avec les astres, exécutent leurs révolutions et, à travers les airs, il communique sa force aux êtres inférieurs; mais au commencement tous les corps confondus formèrent le Chaos.

III

Voilà, je vous ai dévoilé sincèrement et saintement la vérité: en effet, notre Chaos est comme une terre minérale, eu égard a sa propre coagulation, et néanmoins c'est un air volatil à l'intérieur duquel se trouve le Ciel des Philosophes, dans son centre, lequel centre est véritablement astral, irradiant par sa splendeur la terre jusqu'à sa surface. Et quel est le Mage assez sage pour inférer de ce que je viens de dire qu'il est né un nouveau roi, maître de toutes choses, qui rachète rases frères de l'impureté originelle, qui doit mourir et être exalté afin de donner sa chair et son sang pour la vie du monde?

IV

O Dieu plein de bonté, que tes oeuvres sont admirables! Tu as fait cela, et c'est un miracle qui paraît à nos yeux. Je te rends grâce, Père, Seigneur du Ciel et de la terre, d'avoir caché ces merveilles aux sages et aux prudents pour les révéler aux petits enfants.
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CHAPITRE 6

L'Air des Sages

L'étendue ou le firmament, est appelé Air dans les Saintes Écritures. Notre Chaos est aussi nommé Air, et cela n'est pas un secret notable, car comme l'air firmamental, notre air est le séparateur des eaux. Notre oeuvre est donc véritablement un système harmonique au monde majeur. En effet, les eaux qui sont sous le firmament nous sont visibles, a nous qui vivons sur la terre; mais les eaux supérieures échappent à nos regards en raison de leur éloignement. De même, dans notre microcosme, il y a des eaux minérales issues du centre qui apparaissent, mais celles qui sont enfermées à l'intérieur nous sont invisibles, et pourtant elles existent réellement.

II

Ce sont ces eaux dont parle l'auteur de la Nouvelle Lumière: elles existent, mais apparaissent seulement quand l'artiste le juge à propos. Ainsi, de même que l'air fait une séparation entre les eaux, de même notre Air empêche que les eaux excentrales ne pénètrent jusqu'à celles qui sont dans le centre. Car si elles y parvenaient et s'y mêlaient, aussitôt elles se joindraient d'une indissoluble union.

III

Je dirai donc que le soufre externe, vaporeux, comburant, adhère tenacement à notre Chaos, à la tyrannie duquel il n'a pas la force de résister, si bien que, pur, il s'envole du feu sous l'apparence d'une poudre sèche. Mais si tu sais irriguer cette terre aride avec une eau de son propre genre, tu élargiras les pores de cette terre, et ce larron externe sera chassé au-dehors avec les opérateurs du désordre, l'eau sera purgée par l'addition d'un soufre véritable de ses ordures lépreuses et de son humeur hydropique super-flue; et tu auras en ta possession la fontaine du comte Trévisan, dont les eaux son proprement dédiées à la vierge Diane.

IV

Ce larron est un vaurien, armé d'une malignité arsenicale, que le jeune homme ailé abhorre et fuit. Et quoique l'eau centrale soit sa fiancée, il n'ose montrer l'amour si ardent qu'il éprouve pour elle, à cause des embûches du larron dont les ruses sont presque inévitables. Que Diane ici te soit propice, qui sait dompter les bêtes sauvages et dont les deux colombes (qui ont été trouvées volant sans ailes dans les bois de la Nymphe Vénus) tempéreront de leurs plumes la malignité de l'air; parce que le jeune homme entre aisément par les pores, ébranle aussitôt les eaux polaires supérieures, qui n'ont pas été étonnées par les mauvaises odeurs, et il suscite une nuée noire: tu y verseras des eaux, jusqu'à ce qu'apparaisse la blancheur de la Lune. Ainsi les ténèbres qui étaient sur la face de l'abîme seront-elles dissipées par l'esprit se mouvant sur les eaux.

V

Donc, sur l'ordre de Dieu, paraîtra la lumière. Sépare sept fois cette lumière des ténèbres et cette création philosophique du Mercure sera achevée; le septième jour sera pour toi un sabbat de repos. Depuis ce temps jusqu'à la fin de l'année révolue, tu pourras attendre la génération du fils du Soleil surnaturel qui viendra dans le monde vers la fin des siècles pour libérer ses frères de toute leur impureté.
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CHAPITRE 7

De la première opération de la Préparation du Mercure Philosophique par les Aigles volantes

I

Sache, mon frère, que l'exacte préparation des Aigles des Philosophes est considérée comme le premier degré de la perfection, lequel ne se laisse connaître que par un esprit habile. Ne crois pas en effet que cette science soit parvenue à aucun de nous par hasard, ou par une imagination fortuite, comme le pense sottement lamasse des ignorants: la recherche de la vérité nous a coûté un long et lourd labeur, de nombreuses nuits sans sommeil, beaucoup de peines et de sueurs. C'est pourquoi toi, studieux apprenti, sois forte-ment persuadé que sans effort ni travail tu n'arriveras à rien dans la première opération. Quant à la seconde, c'est la na-ture seule qui fait l'ouvrage, sans qu'il soit besoin d'y mettre la main, si ce n'est pour appliquer, au-dehors, un feu modéré.

II

Comprends donc, frère, ce que veulent dire les Sages quand ils écrivent qu'ils soivent mener leurs aigles dévorer le lion; moins il y a d'aigles, plus la bataille est rude et plus tardive la victoire; mais l'opération est parfaitement exécutée avec un nombre de sept ou neuf aigles. Le Mercure philosophique est l'oiseau d'Hermès, qu'on appelle tantôt "oison", tantôt "faisan", tantôt celui-ci, tantôt celui-là.

III

Lorsque les mages parlent de leurs Aigles, ils en parlent au pluriel, et ils en comptent entre trois et dix. Ils ne veulent néanmoins pas dire par là qu'il faille joindre à un poids donné de terre autant de mesures d'eau qu'ils mettent d'aigles, mais il faut comprendre qu'ils parlent du poids interne ou de la force du feu, c'est-à-dire sans doute qu'on doit prendre de l'eau autant de fois de l'eau au- tant de fois aiguisée qu'ils comptent d'aigles; cette acuation se fait par sublimation. Ainsi, chaque sublimation du Mercure philosophique correspond à une aigle, et la septième sublimation exaltera ton Mercure au point qu'il formera un bain très convenable pour ton Roi.

IV

Pour bien dénouer la difficulté, lis attentivement, ce qui suit: prends quatre parties de notre Dragon igné, qui cache dans son ventre l'Acier magique, et neuf parties de notre Aimant; mêle-les ensemble avec l'aide du torride Vulcain, de façon qu'ils forment une eau minérale où surnagera une écume qu'il faut rejeter. Laisse la coquille et prends le noyau, purge-le à trois reprises par le feu et le se], ce qui se fera aisé- ment si Saturne a regardé sa propre beauté dans le Miroir de Mars.

V

De là naîtra le Caméléon, c'est-à-dire notre Chaos, où sont cachés tous les secrets, non pas en acte, mais en puissance. C'est là cet enfant Hermaphrodite, empoisonné dès le berceau par la morsure du Chien enragé de Corascène, à cause de quoi une hydrophobie permanente, ou peur de l'eau, le rend fou et insensé; et alors que l'eau est l'élément naturel le plus proche de lui, il l'abhorre et la fuit. O Destins!

VI

Toutefois il se trouve, dans la forêt de Diane, deux colombes qui adoucissent sa rage insensée (si on les applique avec l'art de la Nymphe Vénus). Alors pour empêcher que cette hydrophobie ne le reprenne, plonge-le dans les eaux, et qu'il y périsse. A ce moment le Chien Noirâtre Enragé, suffoqué, incapable de supporter les eaux, montera presque jusqu'à leur surface: chasse-le à force de pluie et de coups, et fais le fuir bien loin: ainsi dis- paraîtront les ténèbres.

VII

Quand la Lune brillera en son plein, donne des ailes à l'Aigle, qui s'envolera, laissant mortes derrière elle les colombes de Diane qui, si elles ne sont pas mortes à la première rencontre, ne peuvent servir à rien. Réitère sept fois cette opération, et en- fin tu trouveras le repos, n'ayant simplement qu'à faire cuire; c'et la plus parfaite tranquillité, un jeu d'enfant et un ouvrage de femmes.
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CHAPITRE 8

Du travail et de l'ennui de la première préparation

I

Quelques ignorants, qui jouent aux Chimistes, s'imaginent que l'oeuvre entier, du début à la fin, n'est que pure récréation, où l'on ne trouve que du plaisir, et décrètent que la difficulté réside au-delà de ce travail; qu'ils profitent donc tranquillement de cette opinion; dans l'ouvrage qu'ils estiment si facile, ils ne rencontreront que du vent, grâce à leurs opérations oisives. Quant à moi, je sais par expérience qu'une fois acquise la bénédiction divine et un bon principe de départ, on ne peut réussir qu'avec beaucoup de peine, d'ingéniosité et d'assiduité.

II

Et certes, il n'est pas de travail si facile qu'on puisse considérer qu'il est un divertissement ou un jeu d'esprit, et qu'il mènera au but tant recherché. Au contraire, comme dit Hermès, il ne faut épargner aucune peine, ni d'esprit, ni de corps. Sinon, ce qu'a prédit le Sage dans ses paraboles se vérifiera: le désir du paresseux le féra périr. Aussi ne doit-on pas s'étonner que tant de gens se mêlant d'alchimie soient réduits à l'indigence, puisqu'ils fuient le travail sans craindre la dépense.

III

Mais moi qui connais l'opération pour l'avoir pratiquée avec soin, je sais à n'en pas douter qu'il n'est pas de travail plus ennuyeux que notre première préparation. C'est pourquoi Morien avertit sérieusement le roi Calid que beaucoup de sages se sont plaints de l'ennui que leur causait cette opération. Et je ne voudrais pas que cela fût pris métaphoriquement, car je ne considère les faits tels qu'ils apparaissent au commencement de l'oeuvre surnaturel, mais tels qu'on les rencontre dès l'abord. Rendre la masse bien disposée, dit le poète, c'est cela le travail, l'oeuvre. Et il ajoute: L'un, Jason, depuis un sommet connu te montre la toison d'or... L'autre, Hercule, t'enseigne quel fardeau tu dois subir et par quel labeur soumettre cette masse épaisse et ce poids énorme. C'est ce qui fait dire au célèbre auteur du Secret hermétique que le premier travail est un travail d'Hercule.

IV

On trouve en effet dans nos principes de nombreux éléments hétérogènes superflus qu'il est impossible d'amener à la pureté (la pureté qui convient à notre oeuvre) et qu'il faut donc complètement éliminer, ce qu'on ne peut faire si l'on ignore la Théorie de nos secrets, grâce à laquelle nous enseignons le moyen de tirer du sang menstruel de cette prostituée le Diadème Royal. Et quand on connaît ce moyen, il reste encore un grand travail, si lourd que, comme dit le Philosophe, plusieurs, épouvantés par les difficultés, ont abandonné l'ouvrage inachevé.

V

Ne crois pas cependant qu'une femme ne puisse entreprendre cet ouvrage, si elle le considère comme un travail sérieux et non comme un jeu. Mais une fois préparé le Mercure, que Bernard de Trévisan appelle sa fontaine, on trouve enfin le repos qui, selon le Philosophe, est bien plus désirable que tous les labeurs.
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CHAPITRE 9

Le pouvoir de notre Mercure pur tous les Métaux

I

Notre Mercure est ce serpent qui a dévoré les compagnons de Cadmus, ce qui n'a rien d'étonnant puisqu'auparavant il avait dévoré Cadmus lui-même, pourtant plus robuste que les autres. A la fin, toute- fois, Cadmus le percera de part en part, dès que par la force de son soufre il aura su le coaguler.

II

Sache donc que notre Mercure commande à tous les corps métalliques, et qu'il peut les résoudre en leur plus proche matière mercurielle en séparant leurs soufres; et sache que le Mercure d'une, deux ou trois aigles commande à Saturne, à Jupiter et à Venus; de trois à sept aigles, il commande à la Lune; enfin il commande au Soleil quand il en a de sept à dix.

III

J'en conclus que ce Mercure est plus proche du premier être des métaux qu'aucun autre Mercure; c'est pourquoi il pénètre radicalement les Corps Métalliques et manifeste leurs profondeurs sécrètes.
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CHAPITRE 10

Du soufre qui se trouve dans le Mercure philosophique

I

Le plus extraordinaire de tout, c'est que dans notre Mercure il se trouve un soufre non seulement actuel, mais actif et véritable et qui conserve néanmoins toutes les proportions et la forme du Mercure. Il est donc nécessaire que cette forme lui ait été donnée par notre préparation: cette forme est un soufre métallique, et ce soufre est un feu qui putréfie le soleil composé ou disposé.

II

Ce feu sulfureux est la semence spirituelle que notre Vierge (tout en restant immaculée) n'a pas laissé de recevoir, parce que la virginité peut supporter un amour spirituel sans en être corrompue, comme l'expérience le montre et comme l'a dit l'auteur du Secret hermétique. C'est grâce à ce soufre que notre Mercure est Hermaphrodite, c'est-à-dire qu'à partir du même degré visible de digestion il contient en même temps un principe actif et un principe passif. Et s'il est joint avec le Soleil, il le ramollit, le liquéfie et le dissout par la chaleur tempérée q'exige le composé; par le même feu il se 16 coagule lui-même, coagulation produit le Soleil et la Lune au gré de l'artiste.

III

Ceci te paraîtra peut-être incroyable, mais il est vrai que le Mercure Homogène, pur et net, grossi d'un soufre interne par notre artifice, se coagule soi- même sous la seule action d'une chaleur externe adéquate. Cette coagulation se fait en forme de crème de lait comme une terre subtile nageant sur les eaux. Mais quand on l'unit au Soleil, non seulement il ne se coagule pas, mais étant ainsi composé il prend de jour en jour un aspect plus mou jusqu'à ce que, les corps étant bien dissous, les esprits commencent à se coaguler en prenant une couleur très noire et dégageant une odeur extrêmement fétide.

IV

On voit par là que ce soufre spirituel métallique est vrai- ment le premier moteur, qui fait rouler la roue et tourner l'essieu en cercle. Ce Mercure est véritablement un or volatil non encore suffisamment digéré mais assez pur: c'est pourquoi, par une simple digestion, il se transforme en Soleil. Mais si on le joint au Soleil déjà parfait, il ne se coagule pas; mais il dissout l'or corporel, et après cette dissolution il reste avec lui sous une même forme; cependant la mort doit nécessairement précéder l'union parfaite, afin qu'après la mort ils soient unis non simplement dans une perfection une seule fois parfaite, mais plus de mille fois parfaite.
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CHAPITRE 11

De l'invention du parfait Magistère

I

Voici la façon dont les Sages d'autrefois, qui ont acquis la connaissance de cette science sans le secours des livres, ont été amenés à la posséder, avec la permission de Dieu. En effet je n'arrive pas à me persuader qu'aucun l'ait eue par une révélation immédiate, sauf peut-être Salomon, question que je préfère ne pas trancher. Mais quand il l'aurait acquise de cette manière, rien ne l'empêche qu'il l'ait obtenue par la recherche, alors qu'il avait simplement demandé la sagesse, que Dieu lui accorda pour qu'avec elle il possédât la richesse et la paix. Personne de bon sens ne saurait nier que celui qui a sondé la nature des plantes et des arbres depuis le cèdre du Liban jusqu'à l'hysope et la pariétaire n'ait pareillement pénétré la nature des minéraux, dont l'étude n'est pas moins agréable.

II

Mais pour revenir à notre sujet je dis qu'il y a lieu de croire que les premiers Adeptes, parmi lesquels je place Hermès, à avoir possédé le Magistère, comme les livres leur manquaient, n'ont pas recherché d'abord la plus grande perfection, mais se sont contentés d'élever les métaux imparfaits à la dignité Royale; et comme ils se sont rendu compte que tous les corps métalliques avaient une origine mercurielle, et que le Mercure était tout à fait semblable, quant au poids et à l'homogénéité, au plus parfait des métaux, qui est l'or, ils se sont efforcés de l'amener par la cuisson à la maturité de l'or; mais aucun feu ne leur permit d'y parvenir.

III

C'est pourquoi ils pensèrent que pour obtenir le feu nécessaire à la réussite la chaleur extérieure devait à tout le moins être accompagnée d'une chaleur interne. Ils ont donc recherché cette chaleur en plusieurs choses. D'abord, ils tirèrent des moindres minéraux, par distillation, des eaux extrêmement chaudes avec lesquelles ils corrodèrent le Mercure; mais quelque artifice qu'ils aient employé, ils ne purent par cette voie faire en sorte que le Mercure changeât ses qualités intrinsèques, parce que toutes ces eaux corrosives n'étaient que des agents extérieurs, comme le feu, quoique différemment; et ces menstrues, comme ils les appelaient, ne restaient pas avec le corps dissous.

IV

Pour la même raison ils ont rejeté tous les sels, sauf un, le premier être de tous les sels, qui dissout quelque métal que ce soit et coagule le Mercure de la même façon; mais cela ne se fait que par une voie violente; c'est pourquoi un agent de cette sorte est de nouveau séparé des corps qu'il a dissous, tout en ne perdant rien de son poids ni de ses qualités. Ainsi les sages observèrent-ils finalement que dans le Mercure il y avait des crudités aqueuses et des impuretés terreuses qui, profondément incrustées, empêchaient qu'il fût digéré, et qui ne pouvaient être éliminées qu'en renversant tout le composé. Ils apprirent, dis-je, qu'ils parvinrent à rendre fixe le Mercure dès qu'ils pourraient le débarrasser de ces scories. Il contient en lui-même, en effet, un soufre fermentatif dont le plus petit grain suffirait à coaguler le corps du Mercure tout entier, pourvu qu'on lui ôtât ses impuretés et ses crudités. Ils essayèrent donc différentes méthodes de purgation, mais en vain, parce que cette opération demande une destruction puis une régénération, pour lesquelles un agent intérieur est nécessaire.

V

Ils apprirent enfin que le Mercure avait été destiné à être un métal dans les entrailles de la terre, et que pour y parvenir il conservait un mouvement continuel aussi longtemps que le lieu et les autres caractères extérieurs demeuraient bien disposés. Mais si par hasard il se produisait quelque dérangement, ce fruit encore vert tombait de lui-même, de telle sorte que privé de mouvement il semblât privé de vie, car il est impossible de revenir immédiatement du manque à la possession.

VI

C'est un soufre passif qui se trouve dans le Mercure, alors qu'il aurait dû être actif; il faut donc y introduire une autre vie, de même nature, qui réveille la vie latente du Mercure: ainsi la vie reçoit la vie. Il est alors en fin radicalement transformé, et rejette spontanément de son Centre les impuretés et les scories, comme nous en avons suffisamment parlé dans les chapitres précédents. Or cette vie ne se trouve que dans le soufre métallique, que les mages ont recherché en Venus et dans des substances semblables, mais en vain.

VII

Enfin ils s'intéressèrent à un enfant de Saturne, et expérimentèrent son action sur l'or; et comme il avait la force de débarrasser l'or mûr de ses impuretés, ils furent amenés par l'argument du plus au moins à croire qu'il aurait le même effet sur le Mercure; mais l'expérience leur a montré qu'il con- servait ses propres scories. Alors ils se souvinrent de la maxime bien connue: sois pur, toi qui veux purifier autrui. Ils furent convaincus qu'il était impossible, malgré leurs efforts, de le purger entièrement, parce qu'il ne contenait aucun soufre métallique; il renfermait cependant en abondance le sel le plus pur de la Nature.

VIII

Ils surent donc qu'il n'y avait dans le Mercure que très peu de soufre, et qu'il était seule- ment passif; ils ne trouvèrent pas de soufre actuel dans cette postérité de Saturne, mais seulement du soufre en puissance. C'est pourquoi elle fit alliance avec un soufre arsenical brûlant, sans lequel elle devient folle et ne peut subsister sous une forme coagulée; et cependant elle est si stupide qu'elle préfère cohabiter avec cet ennemi, qui la tient étroitement emprisonnée, et se prostituer, plutôt que de renoncer à lui et d'apparaître sous une forme mercurielle.

IX

Alors, cherchant plus loin ce soufre actif, les mages le trouvèrent profondément caché dans la maison d'Aries. L'enfant de Saturne l'a accueilli avec avidité, étant elle-même une matière métallique très pure, très tendre et très proche du premier être des métaux, complètement dépourvu de soufre actuel mais capable de recevoir le soufre. C'est pourquoi elle l'attire à elle comme un aimant, l'absorbe et le cache dans ses entrailles. Et le Tout-Puissant, pour parachever cet ouvrage, lui imprime son sceau royal. Alors les mages se sont réjouis, non seulement d'avoir trouvé le soufre, mais de le voir tout préparé.

X

Ils tentèrent donc de s'en servir pour purger le Mercure, mais sans succès, parce qu'il y avait encore, absorbée dans cet enfant de Saturne, une malignité arsénicale mêlée à ce soufre; et bien qu'il n'y eût que très peu, eu égard à la grande quantité que le soufre en détenait dans sa nature minérale, elle empêchait cependant l'union de ce soufre avec le Mercure. C'est pourquoi ils essayèrent de tempérer cette malignité de l'air par les colombes de Diane, et ils y réussirent. Alors ils ont mêlé la vie avec la vie, ils ont humecté la sèche par la liquide, aiguisé la passive par l'active et vivifié la morte par la vive. Ainsi le ciel a-t-il été nuageux pour un temps; mais après de pluies abondantes, il a retrouvé sa sérénité. De là sortit un Mercure Hermaphrodite. Ils le mirent sur le feu et le coagulèrent en peu de temps; dans sa coagulation ils trouvèrent le Soleil et la Lune.

XII

Enfin ces sages, revenus à aux mêmes, remarquèrent que le Mercure ainsi purifié et non encore coagulé n'était pas encore un métal, mais qu'il était assez volatil pour ne laisser aucun dépôt au fond du vaisseau, dans sa distillation. C'est pourquoi ils l'ont appelé leur Soleil qui n'est pas mûr et leur Lune vive.

XIII

Ils considèrent également que, puisqu'il était le premier être de l'or, mais encore volatil, il pourrait devenir le champ où le Soleil une fois semé grandirait en vertu. C'est pourquoi ils y mirent le Soleil; et à leur grand étonnement, ce qui dans le Mercure était fixe devint volatil, le corps dur se ramollit, et ce qui était coagulé se trouva dissous, à la surprise de la nature elle-même.

XIV

C'est ce qui les porta à marier ces deux corps; ils les enfermèrent dans un verre qu'ils mirent sur le feu, et menèrent l'ouvrage, comme la nature l'exigeait, pendant une longue période. Ainsi fut vivifié le mort et mourut le vivant, le corps se putréfia, l'esprit s'éléva glorieux, et l'âme fut exaltée en une quintessence, médecine souveraine pour les animaux, les métaux et les végétaux.
*

CHAPITRE 12

De la manière de réaliser le parfait magistère en général

I

Nous devons rendre à Dieu d'éternelles actions de grâces pour nous avoir montré ces ar- canes de la nature, qu'il a cachés aux yeux du plus grand nombre. Je découvrirai donc fidèlement et gratuitement aux autres chercheurs ce qui m'a été gratuitement livré par ce grand donateur. Sache, en conséquence, que dans notre opération il n'existe pas de plus grand secret que la cohabitation des natures l'une sur l'autre, jusqu'à ce qu'à l'aide d'un corps cru on extrait d'un corps digéré une vertu très digérée.

II

Pour cela toutefois sont requises, premièrement, l'acquisition exacte des matières qui entrent dans l'oeuvre, leur préparation et leur adaptation, deuxièmement, une bonne disposition des éléments extérieurs, troisièmement, après cette préparation, il faut un bon régime, quatrièmement, il faut connaître à l'avance les couleurs apparaissant au cours de l'oeuvre, pour ne pas agir à l'aveuglette, cinquièmement, il faut de la patience, de peur que l'ouvre ne soit régi avec hâte ou précipitation. Nous allons parler de tout cela dans l'ordre, avec une sincérité fraternelle.
*

CHAPITRE 14

De l'emploi d'un soufre mur dans l'oeuvre de l'Élixir

I

J'ai déjà parlé de la nécessité du Mercure, et j'ai révélé, à propos du Mercure, de nombreux secrets qui avant moi étaient sans signification dans le monde, parce que presque tous les livres de chimie sont remplis d'énigmes obscures, ou d'opérations sophistiquées, ou encore d'une accumulation de paroles embarrassées. Moi je n'ai pas agi de même, soumettant à ce propos ma volonté au bon plaisir divin que, en cette ultime période du monde, me paraît désireux de dévoiler ces trésors. C'est pourquoi je ne crains plus que l'Art s'avilisse et disparaisse. Cela ne peut arriver, car la véritable sagesse se garde soi-même éternellement en honneur.

II

Plût à Dieu cependant qu'en l'or et l'argent, ces grandes idoles que le monde entier a adorées jusqu'à maintenant, fussent aussi communs que le fumier! Alors nous qui pratiquons cet art, n'appliquerons pas notre zèle à nous cacher, nous qui déjà nous croyons chargés de la malédiction de Cain, pleurant et gémissant; il semble que nous soyons écartés de la vue du Seigneur, et de la douce société de nos amis dont nous jouissions sans crainte autrefois. Nous sommes tourmentés comme si nous étions assiégés par les furies, et nous ne pouvons nous croire nulle part longtemps en sûreté, gémissant même et répétant souvent la lamentation de Cain au Seigneur: "Quiconque me trouvera, me tuera".

III

N'ayant osé prendre soin de notre famille, nous errons, vagabonds, de nation en nation, sans trouver aucune démeure assurée; et bien que nous possédions tout, nous devons cependant nous contenter de peu; en quoi trouvons-nous le bonheur, sinon dans la contemplation, où l'âme éprouve une grande satisfaction? Beaucoup, qui sont étrangers à cet art, croient que s'ils le possédaient ils feraient ceci et cela: c'est ce que nous avons cru autrefois, mais rendus prudents par les dangers, nous avons choisi une méthode plus sécrète. Quiconque a échappé une fois à une mort imminente deviendra, croyez-moi, plus sage pour le reste de sa vie. Il y a un proverbe qui dit que les femmes des célibataires et les enfants des vierges sont bien vêtus et bien nourris.

IV

J'ai trouvé le monde dans un état si corrompu qu'on ne rencontre pratiquement personne, parmi ceux qui se donnent un visage d'honnête homme ou affichent leur amour du bien public, dont le but personnel ne soit pas un intérêt sordide et indigne. Et aucun mortel ne peut rien faire dans la solitude, pas même des oeuvres de miséricorde, sans mettre sa vie en danger. Je l'ai éprouvé récemment à l'étranger: j'avais donné un remède à des malades affligés de misères corporelles et abandonnés de tous, et par miracle ils avaient recouvré la santé; on se mit aussitôt à parler de l'Élixir de sages, à tel point que j'ai subi plusieurs fois les pires ennuis, obligé de changer de vêtements, de me raser la tête et de coiffer une perruque, de porter un nom d'emprunt et de m'évader nuitamment, sans quoi je serais tombé aux mains des méchants qui me tendaient des embûches (à cause d'un simple soupçon, joint à leur soif exécrable de l'or). Je pourrais raconter de nombreuses histoires de ce genre, qui paraîtraient risibles à beaucoup de gens.

V

Ils diront en effet: "Si je possédais ces secrets, je me conduirais tout autrement". Qu'ils sachent cependant combien il est pénible aux gens d'esprit de vivre avec des imbéciles. Mais les autres gens d'esprit sont fins, subtils, perspicaces, ils ont les yeux d'Argus; certains sont curieux, d'autres machiavéliques, ils cherchent à pénétrer profondément la vie, les moeurs et les actions des hommes; en tout cas ce sont des gens avec qui, dès qu'on est de leurs amis, il est très difficile de dissimuler.

VI

Si j'avais l'occasion de parler avec un de ceux qui croient cela eux-mêmes (qu'ils feraient elle ou telle chose s'ils possédaient la pierre), et se je lui disais "Tu es l'ami d'un Adepte", il se mettrait aussitôt à réfléchir et me répondrait: "C'est impossible, je m'en serais peut-être aperçu; je vis si familièrement avec lui que je l'aurais senti". Toi qui penses cela de toi même, crois-tu que les autres n'aient pas une perspicacité égale à la tienne, pour voir qui tu es?

VII

Car il faut bien vivre avec des gens, sous peine de passer pour un Cynique ou un autre Diogène. Si tu te lies avec la plèbe, c'est indigne, mais si tu fréquentes la société des gens savants, il te faut toujours être sur tes gardes, de peur qu'ils ne te devinent avec la même facilité que tu crois avoir pour reconnaître en une autre personne un Adepte (parce que tu ignores un secret que tout le monde connaît), sous prétexte que tu as avec lui une certaine familiarité. Tu auras même de la peine à te rendre compte qu'on nourrit un soupçon à ton égard, et c'est un grave inconvénient, car la moindre conjecture suffira à ce qu'on te tende des pièges.

VIII

Si grande est la méchanceté des hommes que j'ai connu certaines personnes qui furent étranglées ou pendues par le seul soupçon qu'elles possédaient la Pierre philosophale, alors qu'elles étaient étrangères à notre art. Il suffisait que des gens désespérés eussent entendu dire qu'un homme avait la réputation d'être habile en cette science. Il serait fastidieux d'énumérer tout ce dont j'ai fait moi-même l'expérience, ce que j'ai vu et entendu à ce sujet, et plus encore en cet âge du monde que dans tous les précédents. L'Art d'Hermès sert de prétexte à tout le monde, de sorte que si tu fais la moindre chose en secret, tu ne peux faire trois sans te trahir.

IX

Ces précautions exciteront l'ardeur de certains à examiner de plus près ta conduite, et ils parleront de fausse monnaie. Et que ne diront-ils pas? Mais si, au contraire, tu agis un peu plus ouvertement, on trouvera que tu fais des choses insolites, que ce soit en Médecine ou en Alchimie; si tu possèdes une grosse somme d'or et d'argent et que tu veuilles en vendre, on se demandera vite d'où provient cette quantité d'or fin et d'argent très pur, puisqu'on n'en trouve presque nulle part ailleurs qu'en Barbarie ou en Guinée, et sous la forme d'une poudre extrêmement tenue: alors que le tien, d'un titre plus élevé, sera sous la forme de lingots. Cela ne manquera pas de faire beaucoup murmurer.

X

Les marchands ne sont pas si stupides, même si, comme des enfants, ils jouent avec toi, disant qu'ils achètent les yeux fermés, qu'ils ne voient rien et que l'on peut venir en toute confiance; si tu vas chez eux, en un clin d'oeil ils en découvrent assez pour te jeter dans le plus grand embarras. L'argent que nous produisons grâce à notre science est si fin qu'il ne peut provenir d'aucun pays. Le meilleur, qui vient d'Espagne, ne vaut guère plus que le sterling anglais, et encore se présente-t-il sous la forme de pièces assez grossières, qui sont passées en fraude malgré l'interdiction des lois des royaumes. Si donc tu mets en vente une grande quantité d'argent pur, tu t'es déjà trahi; et si tu veux mettre de l'alliage (sans être orfèvre), tu mérites la peine capitale selon les lois d'Angleterre, de Hollande et de presque tous les États, qui prévoient que toute altération du titre de l'or et de l'argent, fût-ce pour l'accorder à la balance de l'orfèvre, est passible de la peine capitale si elle n'est pas exécutée par un professionnel patenté.

XI

Je l'ai éprouvé moi-même, lorsque j'ai essayé de vendre naguère six cents livres d'argent très fin, à l'étranger, déguisé en marchand car je n'avais osé y mettre de l'alliage, presque chaque nation ayant son titre particulier pour l'argent et pour l'or, que les orfèvres connaissent bien; à tel point que si j'avais prétendu l'avoir fait venir d'ailleurs ils en auraient aussitôt demandé la preuve, et fait appréhender le vendeur. Ceux à qui je l'apportai me dirent tout de suite que c'était de l'argent fabriqué par art. Je leur demandai comment ils pouvaient l'affirmer, et ils me repondirent simplement que je ne leur apprendrais pas à distinguer l'argent venu d'Angleterre, d'Espagne ou d'ailleurs, et que celui que je leur présentais n'était pas de ce genre. Ce discours me fit m'évader furtivement, en abandonnant et mon argent et sa valeur, sans jamais rien réclamer.

XII

Si néanmoins tu feins que cette grande quantité d'or, et surtout d'argent, a été apportée de l'étranger, pense qu'une telle chose ne saurait se faire sans être connue. Le patron du navire dira qu'il n'a pas transporté une telle masse d'argent, et qu'elle n'aurait pu être chargée sur le bateau à l'insu de tous. Et ceux qui apprendront cette histoire, qui viennent en cet endroit pour trafiquer, riront en disant qu'il n'est pas vraisemblable qu'on puisse se procurer une telle quantité d'or ou d'argent et la mettre sur un navire, alors que les interdictions sont si strictes et les fouilles préventives si sévères. Cette affaire fera aussitôt du bruit non seulement dans ce pays, mais même dans les royaumes voisins. Instruit par les dangers courus, j'ai décidé de rester caché, et de te communiquer cet art à toi, qui rêves de l'acquérir, curieux de voir ce que tu feras pour le bien public lorsque tu seras un Adepte.

XIII

Ayant donc enseigné plus haut la nécessité du Mercure dans notre oeuvre, j'ai fait remarquer à propos du Mercure des particularités que personne parmi les Anciens n'avait révélées avant moi; ainsi je dis que, d'autre part, on doit chercher le soufre sans lequel le Mercure ne pourra subir la congélation nécessaire à l'oeuvre surnaturel.

XIV

Le soufre dans cet oeuvre tient lieu de mâle, et quiconque aborde sans lui l'art transmutatoire ne réussira jamais, tous les Sages affirmant qu'on ne peut faire aucune teinture sans leur laiton ou leur airain, cet airain étant, sans doute possible, l'Or qu'ils appellent ainsi. Le fameux Sendivogius a dit à ce propos: "Le savant reconnaît notre pierre jusque dans le fumier, tandis que l'ignorant ne croît pas qu'elle existe même dans l'or". C"est dans l'or, l'Or des Sages, que se trouve la teinture aurifique; bien que ce soit un corps parfaitement digéré, cependant il se réincrude dans un seul corps, notre Mercure, et de Mercure il reçoit la multiplication de sa semence, moins en quantité qu'en qualité.

XV

Et bien que nombre de Sages semblent de façon sophistique le nier, tout est pourtant véritablement comme je l'ai dit. Ils prétendent, par exemple, que l'or vulgaire est mort, tandis que le leur est vivant; pareillement, le grain de blé est mort, c'est-à-dire que son activité germinale a été supprimée, et il resterait ainsi éternellement s'il était conservé dans un air ambiant sec; mais qu'on le jette dans la terre, et il reprend bientôt sa vie fermentative, s'enfle, devient mou, et germe.

XVI

Il en va de même avec notre or: il est mort, c'est à dire que sa force vivifiante est scellée sous l'écorce corporelle; en quoi il ressemble au grain, avec des différences cependant, en proportion de l'écart assez grand qui sépare la graine végétable, de l'or, métallique. Et de même ce grain qui reste inchangé tant qu'il est dans l'air sec, est détruit par le feu et est vivifié seulement dans l'eau, de même l'or, qui est incorruptible malgré toute attaque et dure éternellement, est réductible dans notre eau seulement, et alors il est vivant et devient notre or.

XVII

Quand le blé est semé dans le champ par le laboureur, il change de nom et prend celui de semence, au lieu de celui de froment qu'il portait aussi longtemps qu'on le gardait dans le grenier pour faire le pain et autres nourritures de ce genre aussi bien que pour les semailles. De même l'or, tant qu'il est sous la forme de bagues, de vaisselle ou de monnaie, est vulgaire; mais dès qu'il est mêlé à notre eau, il est philosophique. Dans le premier état, on dit qu'il est mort, parce qu'il resterait inchangé jusqu'à la fin du monde; dans le second, on le dit vivant, parce qu'il est en puissance; cette puissance peut en quelques jours être convertie en acte: à ce moment, l'or n'est plus or, mais le Chaos des Sages.

XVIII

Les Philosophes ont donc raison de dire que l'or philosophique est différent de l'or vulgaire; et cette différence réside dans la composition. On dit, en effet, qu'un homme est mort quand il a entendu sa sentence de mort; de même dit-on que l'or est vivant lorsqu'il est mêlé à une telle composition, soumis à un tel feu, dans lequel doit recevoir nécessairement et vite la vie germinative et montrer quelques jours plus tard les effets de sa vie naissante.

XIX

Ainsi les mêmes sages qui disent que leur or est vivant t'ordonnent à toi, qui poursuis des recherches dans l'art, de revivifier la mort. Si tu connais la méthode et qu'après avoir préparé l'agent tu exécutes le mélange selon les règles, ton or ne tardera pas à devenir vivant: mais dans cette vivification, ton menstrue vivant mourra. C'est pourquoi les Mages conseillent de vivifier le mort et de mortifier le vivant; cependant il est d'abord leur eau qu'ils appellent vive, et ils disent que le temps de la mort du premier principe et celui de la renaissance du second ont la même durée simultanée.

XX

D'où l'on voit qu'il faut prendre leur or quand il est mort et leur eau quand elle est vive; mais si on en fait un composé que l'on cuit pendant un bref moment, la semence de l'or devient vivante, tandis que meurt le Mercure vivant, c'est-à-dire que l'esprit est coagulé par le corps dissous; et l'un et l'autre se putréfient en même temps en forme de boue, jusqu'à ce que tous les membres du composé soient dispersés en Atomes. Voilà donc en quoi consiste la nature de notre Magistère.

XXI

Le mystère que nous tenons caché avec tant de soin est la préparation du Mercure proprement dit. On ne peut le trouver sur terre tout préparé pour notre usage, et cela pour des raisons particulières connues des Adeptes. Avec le Mercure nous amalgamons parfaitement cet or pur, purgé au suprême degré de pureté, réduit en limaille ou en lamelles, nous l'enfermons dans un récipient de verre et le faisons cuire à feu continu: l'or est dissous par la vertu de notre eau; et il revient à sa plus proche matière, dans laquelle la vie de l'or emprisonnée est libérée, et il reçoit la vie du Mercure dissolvant qui est à l'égard de l'or ce qu'est la bonne terre pour le grain de blé.

XXII

L'or dissous dans ce Mercure se putréfie, et ainsi doit-il en être obligatoirement, par une nécessité de la nature. Car après la pourriture de la mort renaît le corps nouveau, de la même essence que le premier, mais d'une substance plus noble, qui reçoit proportionnellement différents degrés de vertu selon les quatre qualités des éléments. Tel est l'ordre de notre oeuvre. Telle est toute notre Philosophie.

XXIII

C'est pourquoi nous disons qu'il n'y a rien de secret dans notre oeuvre, à l'exception du seul Mercure, dont le Magistère consiste à le préparer comme il faut, à en extraire le Soleil caché en lui, et à le marier avec l'or dans une juste proportion; et à régir le feu comme le Mercure le demande; parce que l'or par lui-même ne craint pas le feu, et plus il est uni au Mercure, plus cela le rend capable de résister à ce feu; la difficulté de cet oeuvre est donc d'accommoder le régime de chaleur à la tolérance du Mercure.

XXIV

Mais si l'on n'a pas préparé son Mercure selon les règles, même si l'on y joint l'or, cet or restera l'or vulgaire, puisqu'il sera uni à un agent extravagant, dans lequel il ne se transforme pas davantage que si l'on l'avait laissé dans le coffre; et aucun régime de feu ne fera dis- paraître sa nature corporelle, s'il n'y a aucun agent vivant pour l'accompagner.

XXV

Notre Mercure est une âme vivante et vivifiante, et c'est pourquoi notre or est spermatique, comme le blé semé est une semence, alors que le même blé enfermé dans un grenier reste un simple froment, mort. Même si l'on en- fouit sous terre une boîte (ou, comme le pratiquent les habitants des Indes occidentales, qui mettent leurs récoltes à l'intérieur d'une fosse dans la terre, à l'abri de toute vapeur d'eau), s'il ne reçoit la vapeur humide de la terre, il est mort, c'est-à-dire qu'il reste improductif et bien loin de végéter.

XXVI

Je sais que beaucoup condamneront cette doctrine et diront: "Cet homme affirme que l'or vulgaire est le support matériel de la pierre, avec le Mercure courant; mais nous savons que c'est le contraire". Allons, messieurs les philosophes, regardes dans vos bourses: vous qui savez tant de choses, y trouvez-vous la pierre? Moi je la possède, sans l'avoir reçu de personne (si ce n'est de mon Dieu) ni l'avoir dérobée: je l'ai, je l'ai faite, je la garde chaque jour en mon pouvoir, je l'ai souvent travaillée de mes propres mains. J'écris ce que je sais, mais ce n'est pas pour vous.

XXVII

Traitez donc vos eaux pluviales, vos rosées de mai, vos sels, parlez à tort et à travers, vantez votre sperme plus puissant que le démon lui-même, accablez-moi d'injures; soyez sûrs que votre langage insultant me désole! Je le dis, l'or seul et le Mercure sont nos matières. Je sais ce que j'écris, et Dieu, qui scrute les coeurs, sait que j'écris la vérité.

XXVIII

Et il n'y a pas lieu de m'accuser de jalousie, puisque j'écris d'une plume audacieuse, dans un style inhabituel, en l'honneur de Dieu, pour l'utilité de mon prochain et pour condamner le monde et les richesses; car déjà l'Artiste Elie est né, et l'on dit des merveilles de la Cité de Dieu. J'ose même assurer que je possède plus de richesses que n'en dispose tout l'univers connu; mais les embûches des méchants ne me permettent pas de m'en servir.

XXIX

C'est avec raison que je méprise et déteste cette idolâtrie de l'or et de l'argent, avec lesquelles tout s'apprécie, et qui ne servent qu'à la pompe et la vanité du monde. Quelle infamie, quelle vaine pensée vous pousse à croire que si je cache mes secrets, c'est par jalousie? Vous-vous trompez: j'avoue être profondément attristé d'être un vagabond errant par toute la terre, comme si le Seigneur me chasserait de sa vue.

XXX

Mais il est inutile de parler: ce que j'ai vu, touché et travaillé, ce que je détiens, possède et connais, c'est la seule compassion que j'éprouve pour les chercheurs qui me pousse à le dévoiler; et aussi l'indignation à l'égard de l'or, de l'argent et des pierres précieuses, non pas en tant que créatures de Dieu, car à ce titre ils sont honorables et je les honore, mais parce que les Israélites, et le reste du monde tout autant, les idolâtrent. C'est pourquoi, comme le veau d'or, je souhaite qu'ils soient réduits en poussière.

XXXI

J'attends et j'espère que dans peu d'années l'argent sera comme les ordures et que ce soutien de la bête de l'Antéchrist s'écroulera en ruines. Le peuple en est fou, et les nations insensées prennent pour Dieu ce poids inutile. En quoi cela est-il compatible avec notre rédemption prochaine, si longtemps attendue? Lorsque les places de la nouvelle Jérusalem se couvriront d'or, lorsque ses portes scintilleront des perles fines et des pierres les plus précieuses et quand l'Arbre de Vie planté au milieu du paradis donnera ses feuilles pour la santé du genre humain?

XXXII

Je le sais, mes écrits seront estimés par beaucoup comme l'or le plus fin, et l'or et l'argent, grâce à mon travail, prendront aussi peu de valeur que le fumier. Croyez-moi, jeunes apprentis, et vous, leurs pères, le temps est à nos portes (et je ne dis pas cela sous l'empire d'une vaine illusion, mais je le vois en esprit) où nous, les Adeptes, nous reviendrons des quatre angles de la terre, où nous ne craindrons plus les embûches dressées contre notre vie, et où nous rendrons grâces à Dieu notre Seigneur. Mon coeur me murmure des merveilles inouïes, mon âme tressaille à l'idée du bonheur de tout Israël de Dieu.

XXXIII

J'annonce tout cela au monde comme un crieur public, afin de ne pas mourir inutile au monde. Que mon livre soit le précurseur d'Elie, afin qu'il prépare la voie royale du Seigneur. Plût au ciel que les gens d'esprit du monde entier connussent cet art! Alors l'abondance extrême de l'or, de l'argent et des pierres précieuses les rendrait peu estimables, et l'on apprécierait seulement la science qui les produirait. Alors, enfin, la vertu toute nue, parce qu'elle est aimable en elle-même, serait en honneur.

XXXIV

Je connais plusieurs personnes qui possèdent l'Art, et qui en détiennent les vraies clefs: toutes souhaitent le silence le plus rigoureux à son sujet. Pour moi, l'espérance que j'ai en mon Dieu me fait pense autrement, et c'est pourquoi j'ai écrit ce livre, dont aucun des Adeptes mes frères, avec lesquels je suis quotidiennement en rapports, ne sait rien.

XXIV

Dieu a accordé le repos à mon coeur en me donnant une foi inébranlable, et je ne doute pas qu'en usant de mon talent je servirai le Seigneur, à qui je le dois, et le monde mon prochain, et surtout Israël; je sais que personne ne peut le faire fructifier autant que moi, et je prévois que des centaines d'esprits peut-être seront éclairés par mes écrits.

XXXVI

C'est pourquoi je n'ai pas consulté la chair ni le sang, et je n'ai pas, en écrivant cet ouvrage, recherché l'accord de mes frères. Dieu fasse, pour la gloire de son nom, que je parvienne au but que j'espère. Alors tous les Adeptes qui me connaissent se réjouiront de la publication de ces écrits.
*

CHAPITRE 14

Des circonstances qui se produisent et qui sont requises pour l'Oeuvre en général

I

J'ai dégagé l'Art chimique de toutes les erreurs vulgaires et, après avoir réfuté les sophismes et les songes curieux des rêveurs, j'ai enseigné que l'Art doit avoir pour principes l'Or et le Mercure; j'ai montré que le Soleil est l'or, sans aucun doute ni ambiguïté, et que cela ne doit pas être pris métaphoriquement, mais dans un vrai sens philosophique; et j'ai déclaré sans la moindre équivoque que le Mercure est le vif-argent.

II

J'ai démontré que le premier est parfait par nature, et qu'il peut s'acheter; mais que le second doit être fabriqué par Art et qu'il est une clé. J'ai accumulé des raisons si claires et évidentes qu'à moins de vouloir fermer les yeux pour ne pas voir le Soleil, il est impossible de ne pas s'y rendre. J'ai assuré, et je le répète, n'avoir pas affirmé cela sur la foi que j'accorde aux écrits d'autrui: j'ai vu et je connais ce que j'ai sincèrement rapporté; j'ai fabriqué, j'ai vu et je possède la Pierre, le grand Élixir.

III

Et je ne suis pas jaloux de ce savoir; au contraire, je souhaite que tu l'obtiennes par mes écrits. En outre, j'ai fait con naître que la préparation du Mercure philosophique est très difficile; sa principale difficulté est de trouver les Colombes de Diane, qui sont enveloppées dans les embrassements éternels de Vénus, et que seul un vrai Philosophe peut voir. Cette seule connaissance est la perfection de la Théorie; elle ennoblit le Philosophe qui la détient en lui faisant voir tous nos secrets; tel est le noeud gordien que celui qui débute dans l'art ne saura jamais dénouer si le doigt de Dieu n'est là pour le guider; et c'est si difficile qu'il faut bénéficier d'une grâce particulière de Dieu pour parvenir à son exacte connaissance.

IV

J'ai donné tant de détails, ce que nul autre n'a fait auparavant, sur la fabrication de cette eau, que je ne saurais en dire davantage sans indiquer la recette. Je l'ai fait, d'ailleurs, mais sans désigner les éléments sous leurs propres noms. Il me reste à te décrire l'usage et la pratique, qui t'apprendront facilement à distinguer les qualités ou les défauts du Mercure, et ainsi tu pourras le modifier et le corriger à ton gré. Quand vous possédez le Mercure animé et l'Or, il reste la purgation accidentelle de l'un et de l'autre; puis les fiançailles; et troisièmement, le régime.
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CHAPITRE 15

De la purgation accidentelle du Mercure et de l'Or

I

L'or parfait se tire des entrailles de la terre; on l'y trouve en morceaux ou sous forme de sable. Si tu peux l'avoir intact, il est assez pur; sinon, purge-le soit avec de l'antimoine, soit par le cément royal, soit en le faisant bouillir dans l'eau-forte; et, après l'avoir réduit en grains et en limaille, fais-le fondre: il est prêt.

II

Notre or produit par la nature, parfait pour notre usage, que j'ai trouvé et dont je me suis servi, c'est à peine si un artiste sur cent mille le connaît, sauf s'il a une connaissance très approfondie du règne minéral; en outre cet or se trouve dans une matière que tout le monde peut rencontrer; mais comme il est mêlé à beaucoup d'éléments superflus, nous le faisons passer par nombre d'épreuves et de combinaisons, jusqu'à ce que toutes les scories soient éliminées et qu'il ne reste de lui que ce qui est pur, avec, néanmoins, quelques éléments hétérogènes; cependant nous ne le faisons pas fondre, sinon son âme tendre périrait, et il serait aussi mort que l'or vulgaire; mais lave-le dans l'eau qui consume tout (sauf notre matière); alors notre corps devient comme un bec de Corbeau.
III
Le Mercure, lui, a besoin d'une purgation interne et essentielle, qui consiste en l'addition graduelle d'un soufre vrai, suivant le nombre des Aigles: il est alors radicalement purgé; ce soufre n'est rien d'autre que notre Or. Si tu sais les dissocier sans violence, puis exalter l'un et l'autre séparément, et de nouveau les conjoindre, tu obtiendras d'eux une conception qui te donnera un fils plus noble qu'aucune autre substance sublunaire.

IV

C'est Diane qui peut achever cet oeuvre, si elle est enveloppée dans les inviolables embrassements de Vénus. Prie le Tout-Puissant de te révéler ce mystère, que j'ai expliqué à la lettre dans mes précédents chapitres, où le secret a été clairement traité; il n'y a pas un mot ou un point superflu, et il n'en manque pas un.

V

Mais outre cette purgation essentielle, il faut au Mercure une purification accidentelle pour laver les fèces externes que l'opération de notre vrai soufre a rejetées du centre à la surface. Ce travail n'est pas absolument nécessaire, cependant il accélère l'oeuvre, et c'est pourquoi il convient de le faire.

VI

Prends donc de ton Mercure que tu as préparé avec le nombre d'Aigles convenable, et sublime-le trois fois par le sel commun et par les scories de Mars, en le broyant en même temps dans du vinaigre et un peu de sel ammoniac, jusqu'à ce que le Mercure disparaisse. Alors dessèche-le et distille-le à la retorte de verre, avec un feu graduellement augmenté, jusqu'à ce que tout le Mercure soit monté. Répète trois fois, ou plus, cette opération, puis fais bouillir le Mercure dans de l'esprit de vinaigre pendant une heure dans une cucurbite ou un verre à fond large et à col étroit, en l'agitant fortement de temps en temps. Décante alors le vinaigre, et lave l'acétosité avec de l'eau de fontaine versée de façon répétée. Enfin, fais sécher le Mercure, et tu admireras son éclat.

VII

Pour t'épargner la sublimation, tu peux le laver avec de l'urine, ou avec du vinaigre et du sel, puis le distiller au moins quatre fois, après avoir épuisé toutes les Aigles, sans addition, en nettoyant à chaque fois la retorte en acier avec de la cendre et de l'eau; enfin fais-le bouillir dans du vinaigre distillé pendant une demi-journée, en l'agitant fortement de temps en temps. Enlève le vinaigre noircissant et mets-en de nouveau; enfin lave avec de l'eau chaude. Tu peux, en redestillant l'esprit de vinaigre, le libérer de sa noirceur: il gardera la même vertu.

VIII

Tout cela sert à ôter l'impureté extérieure, qui n'adhère pas au centre, mais est un petit peu plus obstinée à la surface; voici comment tu la verras: prends ce Mercure, préparé avec sept ou neuf de ses aigles; mélange-le avec de l'or très pur; fais l'amalgame sur du papier très propre, et tu verras qu'il salit le papier d'une noirceur très sombre. Tu pallieras cette impureté par la distillation dont j'ai parlé, par l'ébullition et l'agitation. Cette préparation fait avancer considérablement l'oeuvre en l'accélérant.
*

CHAPITRE 16

De l'Amalgame du Mercure et de l'Or et du poids convenable de l'un et de l'autre

I

Tout cela étant préparé selon les règles, prends une part d'or purgé, en lamelles ou en fine limaille, et deux parts du Mercure; mets-les dans un mortier de marbre que tu auras préalablement chauffé, par exemple en le plongeant dans l'eau bouillante, (il sèche dès qu'il en est tiré, mais conserve longtemps la chaleur); broie ta composition avec un pilon d'ivoire, de verre, de pierre ou de fer (ce qui n'est pas très bon), ou de buis; ceux de verre ou de pierre sont les meilleurs. Moi, j'ai l'habitude de me servir d'un pilon de corail blanc.

II

Broie donc fortement le composé, jusqu'à ce qu'il soit impalpable, broie-le avec autant de soin que le font les peintres quand ils préparent leurs couleurs; s'il est aussi malléable que du beurre, ni trop chaud ni trop froid, à condition toutefois que, placé sur un plan incliné, il ne laisse pas s'écouler le Mercure comme de l'eau hydropique sous la peau, alors que la consistance est bonne; s'il est trop sec, tu y rajouteras juste ce qu'il faut d'eau pour obtenir cette consistance.

III

Le loi de ce mélange est que la matière soit bien molle et souple, et qu'on puisse néanmoins la mettre en petites boules, comme le beurre, qui est très mou et cède sous La pression du doigt mais que les femmes, lorsqu'elles le lavent, peuvent rouler en boulettes. Remarque combien cet exemple est juste, parce que le beurre, si on l'incline, ne laisse pas s'échapper quelque chose de plus liquide que la masse tout entière: ainsi est notre mélange.

IV

La nature intrinsèque du Mercure doit être dans cette proportion: qu'il y ait deux ou trois parties de Mercure pour une du corps, ou encore qu'il y ait trois parties du corps pour quatre de l'esprit, ou deux pour trois; et selon la proportion de Mercure, l'amalgame sera plus ou moins ferme; mais souviens-toi toujours qu'il faut pouvoir le coaguler en petites boules, et que ces petites boules, séparées, se durcissent de telle façon que le Mercure n'apparaît pas plus brillant dans la partie inférieure que dans la supérieure. Note que si tu laisses reposer l'amalgame il durcit de lui-même.

V

I l faut donc juger de la consistance de la composition en l'agitant; si elle est aussi souple que du beurre, qu'elle se laisse mettre en boulettes et que, placées avec précaution sur du papier propre, ces boulettes durcissent en reposant, sans être plus liquides au centre qu'à la surface, alors la proportion est juste.

VI

Cela fait, prends de l'esprit de vinaigre, et fais-y dissoudre le tiers de son propre poids de sel ammoniac. Mets dans cette liqueur, avant leur amalgame, le Mercure et le Soleil, dans un verre à long col; puis laisse bouillir fortement pendant un quart d'heure; retire alors ta mixture du verre, et mets de côté la liqueur; fais chauffer un mortier, et broie fortement et soigneusement, comme nous l'avons vu, la composition; puis ôte-lui toute sa noirceur avec de l'eau chaude. Remets-la dans la même liqueur, fais-la bouillir de nouveau dans le même verre, broie encore fortement, et lave.

VII

Recommence cette opération jusqu'à ce qu'il te soit très difficile de tirer quelque couleur de l'amalgame; alors il sera aussi clair que l'argent le plus pur et de la blancheur étonnante du mieux poli. Examine bien la température de la composition et prends garde qu'elle soit tout à fait conforme aux règles que j'ai données; sinon, ramène-la aux justes proportions et procède comme je l'ai indiqué plus haut. C'est un travail difficile, mais tu verras ta peine recompensée par les signes qui apparaîtront dans l'oeuvre.

VIII

Enfin, fais bouillir ton composé dans de l'eau pure, en procédant à plusieurs décantations, jusqu'à ce que toute la salure et l'acrimonie sont parties. Alors, enlève l'eau et fais sécher l'amalgame, ce qui ira assez vite. Pour en être tout à fait assuré, (trop d'eau gâte l'oeuvre, car la vapeur risque de briser votre vaisseau, même s'il est grand), remue-le avec la pointe d'un couteau sur un papier propre, en le déplaçant, jusqu'à ce que tout soit parfaitement sec. Procède alors comme je vais t'indiquer.
*

CHAPITRE 17

Des proportions du vaisseau, de la forme, de la matière, et la matière de le boucher

I

Prends un verre ovale et arrondi, assez grand pour contenir dans sa sphère une once d'eau distillée au plus, et pas moins si c'est possible: il faut essayer de s'approcher de très près de cette mesure. Le verre doit avoir un col d'un paume ou dix doigts de hauteur, être bien clair et épais; plus il sera épais, mieux il sera, pourvu que tu puisses distinguer les actions qui se feront au-dedans. Il ne faut pas qu'il soit plus épais à un endroit qu'à un autre. Mets dans ce verre une demi once d'or avec une once de Mercure; et si tu ajoutes le triple de Mercure, tout le composé ne doit pas excéder deux onces: telle est la proportion requise. Si le verre n'est pas épais, il ne pourra pas résister au feu, parce que les vents qui sont formés dans le vaisseau par notre Embryon le briseront. Il faut sceller le verre par en haut avec beaucoup de soin et de prudence, qu'il n'y ait pas la moindre fêlure ni le moindre trou, sinon l'oeuvre périrait. Ainsi vois-tu que l'oeuvre, dans ses principes matériels, ne dépasse pas le prix de trois ducats ou trois florins d'or; même la fabrication d'une livre de notre eau ne coûte que deux couronnes. Certes, je l'avoue, il faut quelques instruments, mais ils ne sont pas très chers, et si tu possédais mon appareil à distiller, tu n'aurais pas besoin de ces verres qui se brisent facilement.
 
II

Mets dans ce verre une demi-once d’or avec une once de Mercure ; si tu ajoutes le triple de Mercure, tout le composé ne doit pas être en excès de deux onces : telle est la proportion. Si le verre n’est pas épais, il ne pourra résister au feu, parce que les vents qui se forment dans le vaisseau, par le moyen de notre Embryon, le briseront. Il faut sceller le verre par en haut avec beaucoup de soin et prudence, afin que la moindre fêlure ni le moindre trou ne détruise l’œuvre.

III

Ainsi vois-tu que l’œuvre, en ses principes matériels, n’excède pas le prix de trois ducats ou trois florins d’or ; fabriquer une livre de notre eau ne coûte que deux couronnes. Certes, je dois l’avouer, il faut quelques instruments, mais ils ne sont pas très chers, et si tu possédais mon appareil à distiller, tu n’aurais pas besoin de ces verres qui se brisent facilement.

IV

On trouve néanmoins des gens pour s'imaginer que toute la dépense excède à peine un ducat; on peut leur répondre que cela prouve qu'ils n'on jamais réalisé pratiquement l'oeuvre jusqu'au bout. Car il y a d'autres choses nécessaires à l'oeuvre, et qui coûtent de l'argent. Mais ces gens-là, s'appuyant sur les philosophes, prétendront que tout ce qui coûte cher dans notre oeuvre est mensonger. Je leur répondrai: qu'est-ce que notre oeuvre? Faire la pierre? Certes, c'est l'oeuvre final, mais l'oeuvre véritable est de trouver l'humidité dans laquelle l'or se liquéfie comme la glace dans l'eau tiède: trouver cela, c'est notre oeuvre.

V

Beaucoup s'acharnent à chercher le Mercure du Soleil, d'autres le Mercure de la Lune; mais en vain. Car dans cet oeuvre est mensonger tout ce qui coûte cher. J'affirme qu'il est possible avec un florin d'acheter autant du principe matériel de notre eau qu'il en faut pour animer deux livres entières de Mercure, afin d'en faire le vrai Mercure, des Sages que l'on cherche avec tant d'ardeur. De lui nous faisons un Soleil qui, lorsqu'il est parfait, a plus de valeur pour l'artiste que s'il l'avait acheté au prix de l'or le plus pur, car il résiste autant à toute épreuve, et il est bien le meilleur pour notre oeuvre.

VI

D'ailleurs, les vaisseaux de verre ou de terre, les charbons, les vases et les instruments de fer ne se donnent pas pour rien. Que les Sophistes cessent donc leurs ragots, leurs mensonges effrontés qui séduisent tant de gens. Sans notre corps parfait, notre descendance de Vénus et de Diane, qui est l'or pur, on ne peut obtenir une teinture permanente. Et notre pierre, d'un côté, quant à sa naissance, est vile, immaturée et volatile; de l'autre côté, elle est parfaite, précieuse et fixe: les espèces du corps et de l'esprit sont le Soleil et la Lune, l'or et le vif-argent.
*

CHAPITRE 18

De l'Athanor ou fourneau philosophique

I

On a parlé du Mercure, de sa préparation, de sa proportion et de sa vertu; du soufre également, de sa nécessité et de son emploi dans notre oeuvre. J'ai indiqué comment il fallait les préparer et enseigné comment les mélanger ensemble. J'ai aussi beaucoup parlé du vaisseau où l'on devait les sceller. Mais je te préviens qu'il faut comprendre tout cela avec un grain de sel, de peur qu'en prenant tout à la lettre, il ne t'arrive de te tromper bien souvent.

II

J'ai expliqué en effet avec une clarté inaccoutumée ces subtilités philosophiques; mais si tu n'as pas soupçonné les très nombreuses métaphores contenues dans les précédents chapitres, tu ne récolteras d'autre moisson que de la perte de temps, de la dépense et de la fatigue. Par exemple, lorsque j'ai dit sans aucune ambiguïté que l'un des principes était le Mercure, et l'autre le Soleil, que l'un se vendait couramment, et que l'autre devait être fabriqué par notre art, si tu ne sais pas quel est le dernier, tu ignores le sujet de nos secrets; mais tu peux, à sa place, travailler sur le Soleil vulgaire; prends garde toutefois de bien comprendre ce que je dis, parce que notre Soleil est un or de qualité qui résiste à tout examen, et c'est pourquoi il peut être vendu (une fois réduit en métal) sans scrupule.

III

Notre Or cependant ne saurait s'acheter, à quelque prix que ce fût, quand bien même tu en voudrais donner une couronne ou un royaume, car c'est un don de Dieu. Notre Or ne peut vous parvenir dans sa perfection (du moins communément) parce que, pour qu'il soit nôtre, il a besoin de notre art. Tu peux aussi, en cherchant bien, trouver notre Soleil et la Lune vulgaire. Car notre Or est la matière la plus proche de notre pierre, le Soleil et la Lune vulgaires en sont une matière proche, et tous les autres métaux une matière éloignée; quant aux éléments non métalliques, ils en sont une matière très éloignée, et même tout à fait étrangère.

IV

Moi-même je l'ai cherché et trouvé dans le Soleil et la Lune vulgaires. Mais faire la pierre à partir de notre matière est un ouvrage bien plus facile que d'extraire notre vraie matière de n'importe quel métal vulgaire. Notre Or, en effet, est un Chaos dont l'âme n'est pas mise en fuite par le feu, tandis que l'or vulgaire et un corps dont l'âme doit, pour être à l'abri de la force tyrannique du feu, se réfugier en un lieu bien fortifié. C'est ce qui fait dire aux Philosophes que le feu du Vulcain est la mort artificielle des métaux parce que tous ceux qui ont subi la fusion y ont perdu la vie. Alors que si tu sais pratiquer habilement cette fusion, soit à ton corps imparfait, soit au Dragon igné, tu n'as pas besoin d'autre clé pour tous nos arcanes.

V

Mais si tu cherches notre Soleil dans une substance moyenne entre le parfait et l'imparfait, tu peux le trouver; dissous alors le corps du Soleil vulgaire, ce qui est un travail d'Hercule et qu'on appelle notre première préparation, par laquelle est levé l'enchantement qui liait ce corps et l'empêchait de tenir son rôle de mâle. Si tu suis la première voie, il te faut employer un feu très doux du début à la fin; mais si tu suis la seconde, tu dois implorer l'aide du torride Vulcain, c'est-à-dire qu'il te faut appliquer le même feu que celui que nous administrons dans la multiplication, quand le Soleil corporel ou la Lune vulgaire servent de ferment à l'Élixir pour le parfaire. Ce sera pour toi un vrai labyrinthe, d'où tu ne sortiras que si tu agis avec sagesse.

VI

Quelque procédé que tu suives, soit avec le Soleil vulgaire, soit avec le nôtre, il te faudra opérer avec une chaleur égale et continue. Sache aussi que ton Mercure, dans les deux oeuvres, quoiqu'ils soient radicalement un, est différent dans sa préparation; et ta pierre, avec notre or, est parfaite deux ou trois mois avant que notre première matière ait été extraite du Soleil et de la Lune vulgaires; et l'élixir de l'un sera au premier degré de perfection et d'une beaucoup plus grande vertu que celui de l'autre à la troisième rotation de la roue.

VII

De plus, si tu travailles avec notre Soleil, il te faut faire la cibation, l'imbibition et la fermentation, qui feront croître sa force à l'infini; dans l'autre oeuvre, il te faut d'abord l'illuminer et l'incérer comme le Grand Rosaire l'explique abondamment.

VIII

Enfin, si tu travailles sur notre Or, tu peux calciner, putréfier et purifier par un feu de nature très doux, interne, avec l'aide extérieure d'un bain vaporeux comme celui du fumier. Mais si tu travailles sur le Soleil vulgaire, il faut par sublimation et ébullition adapter certaines matières, puis les unir avec le lait de la Vierge. Mais quelque chemin que tu suives, tu ne pourra arriver à rien sans feu. Ce n'est donc pas en vain que le véridique Hermès établit, à côté du Soleil qui tient lieu de père et de la Lune qui fait fonction de mère, le feu, comme le troisième gouverneur de tout. Mais ceci doit être attendu du fourneau vraiment secret qu'aucun oeil vulgaire n'a jamais vu. Il y a cependant un autre fourneau, que nous appelons le fourneau commun, qui est notre Henri-le-Lent, fait de briques ou de terre à potier, ou de lamelles de fer et d'airain bien jointes avec de la terre à potier: nous appelons ce fourneau l'Athanor, dont la forme, une tour avec un nid, me plaît beaucoup. Cette tour doit avoir à peu près deux pieds, ou un peu plus, de hauteur; neuf pouces, ou une paume commune, de diamètre par dedans, entre les lamelles, environ deux pouces d'épaisseur, en bas, de chaque côté; la partie basse contenant le feu, faite de terre à potier, sera plus épaisse que la partie supérieure, mais les raccords doivent être lisses, l'épaisseur diminuant insensiblement; il faut qu'elle ait une hauteur de sept à huit pouces. Au-dessus dus sol, ou fondement, il faut une petite porte, pour ôter les cendres, de trois ou quatre pouces de hauteur, ou un peu plus; qu'on y place une petite grille, avec une pierre qu'on y adaptera; un peu au-dessus de la grille, à la hauteur d'un pouce, il y aura deux trous pour permettre l'accès au nid, complètement clos d'ailleurs et soudé au flanc de la tour. Les trous auront un diamètre d'environ un pouce, le nid une capacité de trois ou quatre oeufs de verre, mais pas davantage. La tour et le nid ne doivent pas comporter la moindre fissure; il ne faut pas que le nid descende plus bas que le plateau, mais le feu peut toucher directement le plateau, et sortir par deux, trois ou quatre trous. Le nid doit avoir un couvercle avec une petite fenêtre, dans lequel un verre d'environ un pied de haut peut tenir, ou alors il lui faut être placé au sommet.

XI

Tout étant ainsi disposé, placer le fourneau dans un lieu éclairé; introduire les charbons par le haut, d'abord les charbons ardents, puis d'autres; enfin, pour que nul accès ne s'ouvre à l'air, condamner le haut grâce au couvercle, que l'on joindra avec des cendres tamisées. Dans un tel fourneau tu pourras mener l'oeuvre à bien, du début à la fin.
XII

Cependant, si tu en as la curiosité, tu peux trouver bien d'autres moyens d'administrer le feu convenable. Mais dispose l'Athanor de manière que, sans déplacer le verre, tu puisses appliquer à ton gré n'importe quel degré de chaleur, depuis la chaleur de la fièvre jusqu'à celle d'un petit réverbère, ou à celle d'un feu d'un rouge sombre, afin que, même à ce degré très élevé, le feu puisse durer de lui-même pendant au moins huit ou dix heures, sans que tu y rajoutes de charbon; travailler moins longtemps demanderait davantage de peine par la suite. Alors s'ouvre à toi la première porte.

XIII

Mais quand tu seras en possession de la pierre, tu auras avantage à rendre ce fourneau portatif (comme je l'ai fait moi même), parce qu'on peut le déplacer aisément, et que les autres opérations ne sont pas aussi difficiles ni aussi compliquées; elles demandent très peu de temps, et il n'est pas besoin du grand fourneau, qui serait plus pénible à transporter, même si, avec l'habitude, tu vas un peu plus vite à le dresser, pour mettre des charbons, avec moins de fumée, pendant l'espace de peut-être une semaine, ou au plus deux ou trois, pendant le temps de la multiplication.
*

CHAPITRE 19

Du progrès de l'oeuvre pendant les quarante premiers jours

I

Notre Mercure et notre Soleil une fois préparés, enferme-les dans notre vaisseau et régis-les avec notre feu; et dans quarante jours tu verras toute la matière convertie en une ombre, ou en atomes, sans aucun moteur ou mouvement visibles, ni chaleur perceptible au toucher, sauf que la matière sera chaude.

II

Mais si le mystère de notre Soleil et de notre Mercure te reste caché, ne travaille pas davantage; ce ne serait que pour toi qu'une dépense inutile. Cependant, si tu ne connais pas encore dans toute son étendue le procédé d'invention de notre Or, mais si tu as acquis la science de notre Mercure, sachant après quelle préparation il doit être uni au corps parfait, ce qui est un grand mystère, alors prends une part du Soleil vulgaire bien purifié, et trois parts de notre Mercure d'abord illuminé; fais-en un mélange, comme on l'a dit plus haut, et mets-le sur le feu, en lui donnant assez de chaleur pour le faire bouillir et suer; que cette sueur circule sans discontinuer, jour et nuit, pendant quatre-vingt-dix jours et autant de nuits, et tu verras que ce Mercure aura séparé et de nouveau réuni tous les éléments du Soleil vulgaire; puis fais-le bouillir encore cinquante jours, et tu verras pendant cette opération ton Soleil vulgaire transformé en notre Soleil, qui est une médecine du premier ordre.

III

C'est donc là, alors, notre soufre; mais il ne donne pas encore de teinture. Et crois-moi, telle est la voie qu'ont suivie de nombreux Philosophes, et ils ont trouvé la vérité; c'est une méthode très ennuyeuse, faite pour les riches et puissants de la terre, parce que, une fois le soufre obtenu, ne crois pas avoir la pierre, mais seulement sa vraie matière, chose imparfaite que tu peux chercher et trouver en une semaine par notre Voie, voie facile et rare que Dieu a réservée pour ses pauvres dédaignés et ses saints méprisés.

IV

J'ai décidé de vous parler longuement de cette méthode, bien qu'au début de ce livre j'eusse résolu de l'ensevelir dans un profond silence. C'est le plus grand Sophisme de tous les Adeptes: les uns parlent de l'or et de l'argent vulgaires, et ils disent vrai; les autres nient la même chose, et ils disent la vérité. Ému par la charité, je tendrai une main secourable, et j'interpelle tous les Adeptes et je les accuse de jalousie. Moi aussi j'étais décidé à suivre ce chemin de l'envie, mais Dieu m'a détourné de mon dessein: qu'il en soit loué éternellement!

V

Je dis donc que les deux voies sont vraies, parce que ce n'est qu'une même voie à la fin, quoiqu'elles soient différentes au commencement. Car notre secret tout entier se trouve dans notre Mercure et notre Soleil. Notre Mercure est notre voie, et sans lui rien ne se fera; de même notre Soleil n'est pas l'or du vulgaire, et pourtant dans l'or vulgaire se trouve notre Soleil, sinon comment les métaux seraient-ils homogènes?

VI

Si donc tu connais la méthode pour illuminer notre Mercure comme il faut, tu pourras l'unir à l'or vulgaire au lieu de notre Soleil (note toutefois que la préparation du Mercure doit être différente selon l'or utilisé). Avec le régime convenable, tu obtiendras notre Soleil après cent cinquante jours: en effet, il provient naturellement du Mercure.

VII

Si les éléments de l'or vulgaire sont dispersés par notre Mercure, et qu'ils soient de nouveau réunis, la mixture tout entière, grâce à l'action du feu, deviendra notre Or; joint ensuite au Mercure que nous avons préparé et que nous appelons notre lait de la Vierge, cet or cuit te donnera assurément tous les signes décrits par les Philosophes, à condition que le feu soit tel qu'ils l'ont indiqué.

VIII

Mais si à notre décoction d'or vulgaire (quelque pur qu'il soit) tu joins le même Mercure que l'on unit d'habitude à notre Or, quoique, pour parler généralement, les deux viennent de la même source, et si tu lui appliques le même régime de chaleur que les Sages disent dans leurs livres avoir appliqué à notre pierre, tu es sans aucun doute dans la voie de l'erreur: c'est le grand labyrinthe où tombent presque tous les débutants, parce que les Philosophes, dans leurs livres, parIent de deux voies qui sont véritablement la même au fond si ce n'est que l'une est plus directe que l'autre.

IX

Ceux donc qui parlent du Soleil vulgaire, comme je le fais quelquefois dans ce petit traité, et comme l'ont fait Artéphius, Flamel, Ripley et beaucoup d'autres, il faut toujours le comprendre ainsi: que le Soleil philosophique doit être fait du Soleil vulgaire et de notre Mercure, et que ce Soleil, par une liquéfaction répétée, donnera un soufre et un vif-argent fixe, incombustible et fournissant une teinture à toute épreuve.

X

Semblablement, et selon cette façon de comprendre, notre pierre existe dans tous les métaux et les minéraux, parce qu'on peut, par exemple, extraire de ceux-ci le Soleil vulgaire, d'où l'on tire facilement notre Soleil proche: je veux dire que notre Soleil se trouve dans tous les métaux vulgaires, mais qu'il est plus près dans l'or et dans l'argent. C'est pourquoi, dit Flamel, quelques-uns ont travaillé en Jupiter, d'autres en Saturne; mais pour moi, dit-il, j'ai travaillé dans le Soleil et je l'y ai trouvé.

XI

Il y a cependant dans le règne métallique une chose d'origine merveilleuse, dans laquelle notre Soleil est plus proche que dans le Soleil et la Lune vulgaires, si tu le cherches à l'heure de sa naissance; cela fond dans notre Mercure comme la glace dans l'eau tiède, mais cela ressemble en quelque sorte à l'or. Cela n'apparaît pas dans la manifestation du Soleil vulgaire, mais, par la révélation de ce qui est caché dans notre Mercure, cette même chose peut être trouvée après une digestion de cent cinquante jours dans ce Mercure; c'est là notre or, recherché par la voie la plus longue, et pas encore aussi puissant que celui que la nature nous a donné.

XII

Cependant, à la troisième rotation de la roue, tu trouveras le même dans les deux, avec cette différence que dans le premier tu le trouveras en sept mois, tandis qu'il te faudra un an et demi, sinon deux, pour le trouver dans le second. Je connais les deux voies, mais je conseille la première comme la plus facile à tous les gens ingénieux; j'ai néanmoins indiqué la plus pénible pour ne pas attirer sur ma tête l'anathème de tous les Sages.

XIII

Sache donc que c'est la seule difficulté qu'on éprouve à la lecture des livres des hommes les plus sincères: elle vient de ce que tous donnent des variantes à propos d'un seul régime. Et quand ils parlent d'une opération, ils prescrivent le régime d'une autre; j'en ai été longtemps embarrassé, avant de me dépêtrer des mailles de ce filet. C'est pourquoi je déclare que la chaleur doit être dans notre oeuvre la plus douce possible pour la nature, si tu as bien compris celui-ci.

XIV

Si tu travailles avec le Soleil vulgaire, cet oeuvre n'est pas proprement notre oeuvre, mais il y mène tout droit, en son temps. Il y faut cependant une cuisson assez forte et un feu proportionné; puis il faut procéder par un feu très doux, avec notre Athanor à tour, que je trouve vraiment digne d'éloges.

XV

C'est pourquoi, si tu as travaillé sur le Soleil vulgaire, prends soin de réaliser le mariage de Diane et de Vénus au début des noces de ton Mercure; puis place-les dans le nid, et, avec le feu requis, tu verras le tableau coloré du Grand oeuvre, à savoir le noir, la queue du paon, le blanc, le citrin et le rouge. Recommence alors cette opération avec le Mercure, qu'on appelle le lait de la Vierge, en lui donnant le feu du bain de rosée, et tout au plus celui du sable tempéré avec les cendres; et tu verras non seulement le noir, mais le noir plus noir que le noir, et toute la noirceur, de même que le blanc et le rouge parfait, et cela par un doux procédé. Dieu, en effet, n'était pas dans le feu, ni dans le vent, mais sa voix appela Elie.

XVI

Si donc tu en connais l'art, tire notre Soleil de notre Mercure: alors tous les secrets émergeront d'une seule image, ce qui, crois-moi, est une chose plus parfaite que toute la perfection du monde, selon le Philosophe qui dit "Si tu peux mener à bien l'oeuvre à partir du seul Mercure, tu auras trouvé l'oeuvre le plus précieux de tous". Dans cet oeuvre, il n'y-a rien de superflu; tout, grâce au Dieu vivant, se transforme en pureté, parce que l'action se fait sur un seul sujet.

XVII

Mais si tu commences le travail par l'oeuvre du Soleil vulgaire, alors l'action et la passion se feront dans deux choses, dont il ne faut prendre que la substance moyenne, et rejeter les impuretés. Si tu médites profondément ce que je viens de te dire en quelques mots, tu posséderas le levier qui soulève toutes les contradictions apparentes des philosophes. C'est pourquoi Ripley enseigne de faire la roue trois fois, au Chapitre de la calcination, où il parle expressément du Soleil vulgaire; sa triple doctrine des proportions s'accorde avec ces proportions, où il est d'ailleurs très mystérieux, parce que ces trois proportions servent à trois opérations.

XVIII

Il y a une opération très secrète, et purement naturelle, qui se fait dans notre Mercure avec notre Soleil, et c'est à cet oeuvre qu'il faut attribuer tous les signes décrits par les sages. Cet oeuvre ne se réalise ni avec le feu, ni avec les mains, mais seulement avec une chaleur intérieure: la chaleur extérieure ne fait que repousser le froid et vaincre ses symptômes.

XIX

Il y a une deuxième opération, dans le Soleil vulgaire et notre Mercure, qui se fait avec un feu ardent, pendant un long temps où l'un et l'autre cuisent, par l'entremise de Vénus, jusqu'à ce que la pure substance de l'un et de l'autre soit exprimée, ce qui est le suc de la Lunaire. On le recueille, après en avoir ôté les impuretés. Ce n'est pas encore la pierre, mais notre vrai soufre, qu'il faut cuire encore avec notre Mercure qui est son propre sang, jusqu'à ce qu'il devienne une pierre de feu, très pénétrante et tingente.

XX

Il y a enfin une troisième opération, mixte, qui se fait en mêlant l'or vulgaire et notre Mercure, en poids convenable, et en ajoutant un ferment de notre soufre en quantité suffisante. Alors s'accomplissent tous les miracles du monde, et se réalise un Élixir capable de donner à son possesseur les richesses et la santé.

XXI

Cherche donc de toutes les forces notre soufre. Tu le trouveras, crois-moi, dans notre Mercure, si les destins t'y appellent. Sinon, cherche notre Soleil et notre Lune dans le Soleil vulgaire, avec la chaleur et le temps qu'il convient; mais cette voie est remplie d'épines, et je me suis engagé devant Dieu et devant l'équité à ne jamais dire clairement, en paroles nues, les deux régimes en les distinguant. Je fais néanmoins le serment que, pour le reste, j'ai dévoilé toute la vérité.

XXII

Prends donc le Mercure que j'ai décrit, et joins-le au Soleil, son grand ami; et après sept mois, ou neuf, ou dix au plus de notre régime de chaleur, tu obtiendras certainement ce que tu désires. Mais au bout de cinq mois tu verras notre Lune en son plein. Et ce sont les vrais termes nécessaires pour achever ces soufres dont la cuisson répétée te donnera notre pierre et les teintures, moyennant la grâce de Dieu, à qui toute gloire et tout honneur soient rendus éternellement.
*

CHAPITRE 20

De l'arrivée de la noirceur dans l'Oeuvre du Soleil et de la Lune

I

Si tu as travaillé sur le Soleil et la Lune pour y chercher notre soufre, examine si ta matière est enflée comme de la pâte, bouillante comme de l'eau, ou plutôt comme de la poix fondue. Parce que notre Soleil et notre Mercure ont une image emblématique dans l'oeuvre du Soleil vulgaire avec notre Mercure. Ton fourneau allumé à feu vif, attends vingt jours, temps pendant lequel tu remarqueras diverses couleurs; vers la fin de la quatrième semaine, du moins si la chaleur a été continue, tu verras une verdeur aimable qui ne disparaîtra pas avant dix jours ou environ.

II

Alors réjouis-toi, parce que certainement, avant peu, tu verras tout noir comme du charbon, et tous les membres de ton composé seront réduits en atomes. Cette opération, en effet, n'est rien d'autre que la résolution du fixe dans le non fixe, afin que l'un et l'autre conjoints par la suite ne forment plus qu'une matière unique, en partie spirituelle et en partie corporelle. C'est pourquoi le Philosophe dit: "Prends un chien du Khorassan et une petite chienne d'Arménie, accouple-les, et ils t'engendreront un fils, de la couleur du ciel". Parce que ces natures, après une brève décoction, se changent en un brouet semblable à l'écume de mer ou à une brume épaisse teinte d'une couleur livide.

III

Et, je te jure sous la foi du serment que je n'ai rien caché que le régime; mais si tu es un sage, tu le déduiras très facilement de mes paroles. Si donc tu veux bien le connaître, prends la pierre dont on a parlé plus haut, mène l'opération comme tu le sais, et il en résultera les choses remarquables que voici: premièrement, dès que la pierre aura senti son feu, le soufre et le Mercure couleront ensemble sur le feu, comme de la cire; le soufre brûlera et changera de couleur de jour en jour; le Mercure, lui, restera incombustible, tout en étant quelque temps teinté des couleurs du soufre, mais il n'en sera pas imprégné et il lavera complètement le laiton de toutes ses impuretés. Remets le ciel sur la terre autant de fois qu'il faudra, jusqu'à ce que la terre ait reçu une nature céleste. O sainte nature, qui seule accomplissez ce qui est impossible à tout homme!

IV

C'est pourquoi, quand tu auras vu dans ton verre les natures se mêler, comme un sang coagulé et brûlé, sois sûr que la femelle a subi les embrassements du mâle. Attends donc dix-sept jours après la première dessiccation de ta matière, que les deux natures se transforment en un bouillon gras; elles circuleront ensemble, ainsi qu'une brume épaisse ou que l'écume de Mer, comme on l'a dit, dont la couleur sera très obscure. Alors crois fermement que la progéniture royale a été conçue, parce que, à partir de ce moment, tu remarqueras dans le feu et sur les parois du vase des vapeurs vertes, jaunes, noires et bleues. Ce sont des vents fréquents pendant la formation de notre embryon, et il faut les retenir avec soin, de peur qu'ils n'échappent et que l'oeuvre soit réduit à néant.

V

Prends garde aussi à l'odeur, que par hasard elle ne s'exhale par quelque fissure, car la force de la pierre en subirait un dommage considérable, c'est pourquoi le Philosophe ordonne de conserver soigneusement le vase avec sa ligature; et je te préviens qu'il ne faut pas interrompre l 'oeuvre, ni bouger le vase ni l 'ouvrir, ni cesser la cuisson à aucun moment; mais continuer à cuire jusqu 'à ce que tu voies l 'humeur consommée, ce qui se produira au bout de trente jours; alors réjouis-toi et sois assuré de t 'être engagé dans la bonne voie.

VI

Veille donc sur ton ouvrage, parce que peut-être deux semaines après ce moment tu verras toute ta terre sèche et extraordinairement noire. Alors c 'est la mort du composé: les vents cessèrent et toutes les choses l 'abandonnèrent au repos. Ce sera là cette grande éclipse du Soleil et de la Lune pendant laquelle aucun des luminaires n 'éclairera la terre et disparaîtra la mer. Alors notre Chaos est achevé: sur le com mandement de Dieu il en naîtra tous les miracles du monde, dans l 'ordre qui est le leur.
*

CHAPITRE 21

De la combustion des fleurs et du moyen de l 'éviter

I

Ce n'est pas une erreur légère, mais on la commet facilement, que la combustion des fleurs avant que les natures encore tendres ne soient complètement extraites des profondeurs où elles se trouvent. Cette erreur est particulièrement à éviter après la troisième semaine. En effet, il y a au début une telle quantité d 'humeur que si tu régis l 'oeuvre avec un feu plus fort qu'il ne le faut, le vase fragile ne supportera pas l 'abondance des vents et se brisera aussitôt, à moins que par hasard ton vase ne soit trop grand; mais alors l 'humeur sera tellement dispersée qu'elle ne reviendra plus sur son corps, du moins pas suffisamment pour le restaurer.

II

Mais lorsque la terre aura commencé à retenir une partie de son eau, et comme alors il n 'y aura pratiquement plus de vapeurs, le feu pourra être poussé outre mesure sans aucun inconvénient pour le vase; mais l 'oeuvre en sera gâté, et montrera une couleur de pavot sauvage, et à la fin tout le composé deviendra une poudre sèche, inutilement rubifiée. Tu jugeras par ce juste signe que le feu a été trop fort, au point qu'il a été contraire à la vraie conjonction.

III

Sache que notre oeuvre exige une véritable mutation des natures, qui ne peut se faire si l'union de l'une et de l'autre n'est totale. Mais si elles ne peuvent s'unir que sous la forme d'eau. Car il n'y a pas d'union des corps, mais un heurt, loin qu'il puisse y avoir union d'un corps et d'un esprit grâce aux plus petites particules; mais les esprits pourront bien s'unir entre eux. C'est pourquoi est requise l'eau homogène des métaux, à laquelle on prépare le chemin par une calcination préalable.

IV

Donc, cette dessiccation n'est pas vraiment une dessiccation, mais la réduction en atomes très subtils, grâce au crible de la nature, de l'eau mélangée à la terre; l'eau exige cette réduction, pour que la terre reçoive le ferment transmutatif de l'eau. Mais avec une chaleur plus violente qu'il ne convient, cette nature spirituelle, ayant été comme frappée à mort d'un coup de mallet, I'actif devient passif et le spirituel corporel, c'est-à-dire un précipité rouge, inutile; tandis qu'avec la chaleur convenable, la couleur serait la noirceur du corbeau, triste couleur certes, mais éminemment souhaitable.

V

On voit cependant au début de l'oeuvre véritable une couleur rouge assez prononcée; mais elle provient d'une abondance convenable d'humeur, et montre que le ciel et la terre se sont unis et ont conçu le feu de nature; c'est pourquoi tout l'intérieur du verre sera teint d'une couleur d'or; mais cette couleur ne durera pas, et bientôt naîtra le vert; il faut alors attendre un peu le noir mais si tu es patient tu verras tes voeux se réaliser; hâte-toi lentement, continue cependant d'appliquer un feu assez fort, et, entre Charybde et Scylla, comme un pilote expérimenté, dirige ton navire, si tu désires recueillir les richesses de l'une et l'autre des Indes.

VI

De temps en temps, tu verras comme de petites îles, des épis, des bouquets de diverses couleurs apparaître sur les eaux et sur les flancs du vase; ils se dissoudront rapidement et d'autres surgiront. La terre, en effet, avide de germination, produit toujours quelque chose: tu t'imagineras de temps en temps apercevoir dans le verre des oiseaux, des bêtes, des reptiles, et des couleurs agréables à voir et éphémères.

VII

Le tout est de continuer sans interruption le feu convenable, et tous ces phénomènes finiront avant le cinquantième jour en une poudre de couleur très noire. Sinon, la faute en reviendra à ton Mercure, ou à ton régime, ou à la disposition de la matière, à moins que par hasard tu n'aies déplacé ou agité fortement le verre, ce qui peut faire traîner l'oeuvre en longueur, ou même finalement le perdre.
*

CHAPITRE 22

De régime de Saturne, ce qu'il est, et pourquoi il est ainsi nommé

I

Tous les Mages qui ont écrit sur ce travail philosophique ont parlé de l'oeuvre et du régime de Saturne; beaucoup les ont compris de travers et ont été jetés dans diverses erreurs, certains à cause de leurs préjugés, d'autres à cause d'une trop grande confiance dans ces écrits: ils ont travaillé sur le plomb, mais avec peu de succès. Sache pourtant que notre plomb est plus précieux que n'importe quel or; c'est le limon où l'âme de l'or est jointe avec le Mercure pour enfanter ensuite Adam, et Eve son épouse. C'est pourquoi lui, le plus grand, s'est humilié, au point de prendre la dernière place; il lui faut attendre la rédemption de tous ses frères dans son sang. Ainsi le tombeau où notre roi est enseveli est-il appelé Saturne dans notre oeuvre et la clé de l'oeuvre de la transmutation. Heureux celui qui peut saluer cette planète à la marche lente! Prie Dieu, mon frère, qu'il te juge digne de cette bénédiction, parce que cette bénédiction ne dépend pas de celui qui la cherche ou la désire, mais uniquement du Père des Lumières.
*

CHAPITRE 23

De différent régimes de cette oeuvre

I
Sois assuré, toi l'apprenti studieux, que de tout l'oeuvre de la pierre il n'y a de caché que le régime, dont le philosophe a dit cette vérité que celui qui en aura la connaissance scientifique sera honoré par les princes et les puissants de la terre. Et je te jure, en toute sécurité, que si cela seul était clairement exposé, même les fous se moquèrent de l'Art.

II

Car une fois qu'on le connaît, tout n'est plus qu'un travail de femmes, un jeu d'enfants: il suffit de faire cuire. C'est pourquoi les Sages ont avec le plus grand art caché ce secret, et sois sûr que j'ai fait de même, quoique j'aie semblé avoir parlé du degré de chaleur; cependant, comme j'ai proposé et même promis d'écrire avec franchise dans ce petit traité, je dois au moins en faire quelque chose pour ne pas décevoir l'espoir et la peine des lecteurs studieux.

III

Sache donc que notre régime est unique et linéaire dans l'oeuvre tout entier: il s'agit de faire cuire et de faire digérer. Et cependant ce régime unique en contient beaucoup d'autres en soi-même, que des jaloux ont cachés sous des noms variés et décrits comme des opérations différentes. Moi, je manifesterai plus clairement la candeur que j'ai promise, ce que tu appelles une candeur inhabituelle de ma part, sur ce sujet.
*

CHAPITRE 24

Du premier régime de l'oeuvre, qui est celui de Mercure

I

Et d'abord je parlerai du régime du Mercure, qui est un secret dont aucun Sage n'a jamais rien dit; ils ont, par exemple, commencé au second oeuvre, c'est-à-dire au régime de Saturne, et n'ont montré au débutant aucune lueur avant le signe essentiel de la noirceur. Sur ce point est resté muet le bon comte Bernard le Trévisan, qui enseigne dans ses paraboles que le Roi, lorsqu'il vient à la fontaine, ayant laissé à l'écart tous les étrangers, entre seul dans le bain, vêtu d'un habit d'or qu'il ôte et remet à Saturne, dont il reçoit un costume de soie noire. Mais il ne dit pas combien de temps se passe avant qu'il quitte cet habit d'or et passe sous silence tout un régime de peut-être quarante ou même parfois cinquante jours; et pendant ce temps, privés de guide, les heureux débutants se livrent à des expériences hasardeuses. Certes, depuis l'arrivée de la noirceur jusqu'à la fin de l'oeuvre, l'artiste est chaque jour rassuré par les nouveaux signes qui apparaissent, mais je reconnais qu'il est ennuyeux d'errer pendant cinquante jours sans guide, sans indication et sans garantie. C'est pourquoi je dis que tout l'intervalle du temps depuis la première ignition jusqu'à la noirceur est le régime de Mercure; du Mercure philosophique, qui opère seul pendant tout ce temps, son compagnon restant mort jusqu'au moment propre. Et cela, personne ne l'a dévoilé avant moi.

II

Ainsi je dis que tout l’intervalle de temps depuis la première ignition jusqu’à la noirceur est le régime de Mercure ; du Mercure philosophique qui opère seul pendant tout ce temps, son compagnon ayant l’apparence de la mort jusqu’au moment propice. Et cela, personne ne l’a dévoilé avant moi.

III

Ainsi, une fois les matériaux conjoints, qui sont notre Soleil et notre Mercure, ne crois pas avec les Alchimistes vulgaires que le coucher du Soleil arrive bientôt. Assurément non. J'ai attendu beaucoup et longtemps avant que la paix fût faite entre l'eau et le feu, ce que les jaloux ont brièvement marqué quand ils ont nommé dans le premier oeuvre leur matière Rebis, c'est-à-dire une chose composée de deux substances, selon le poète: Rebis n'est qu'une chose étant faite de deux, Toutes deux unies en une; Il se dissout afin qu'en Soleil ou en Lune. Les Spermes soient changés qui sont principes d'eux.

IV

Sois donc assuré que, bien que notre Mercure dévore le Soleil, ce n'est pas néanmoins de la manière dont le pensent les Chimistes Philosophâtres. Parce que, même si tu le conjoins avec notre Mercure, après une attente d'un an tu récupéreras le Soleil intact et en pleine possession de sa vertu première, si tu ne l'as pas fait cuire au degré convenable de chaleur. Qui affirme le contraire n'est pas un Philosophe.

V

Ceux qui sont dans la voie de l'erreur croient que dissoudre les corps est une opération si facile qu'ils s'imaginent que l'or immergé dans le Mercure des Sages doit être dévoré en un clin d'oeil, comprenant mal ce passage du comte Bernard de Trévisan où il parle de son livre d'or plongé dans la fontaine et qu'il ne put récupérer. Mais ceux qui ont peiné sur la dissolution des corps peuvent attester de la difficulté véritable de cette opération. Moi-même, pour en avoir été bien souvent le témoin oculaire, je certifie qu'il faut une grande subtilité pour mener le feu, après la préparation de la matière, de façon à dissoudre les corps sans brûler leurs teintures.

VI

Fais donc attention à ma doctrine. Prends le corps que je t'ai dit et mets-le dans l'eau de notre mer, et fais-le cuire au feu continu qui convient jusqu'à ce que montent la rosée et les nuées et qu'elles retombent en gouttes, jour et nuit, sans interruption. Et sache que par cette circulation le Mercure monte en sa nature première, abandonne le corps au fond dans sa nature première, jusqu'à ce que, longtemps après, le corps commence à retenir un peu d'eau: et ainsi ils se communiquent mutuellement leurs qualités.

VII

Mais comme toute l'eau ne monte pas par la sublimation et qu'il en reste toujours une partie avec le corps dans le fond du vase, le corps est continuellement bouilli et filtré dans cette eau, tandis que les gouttes qui retombent pénètrent la masse résiduelle; et l'eau est rendue plus subtile par cette circulation continue et, enfin, elle extrait doucement et délicatement l'âme du Soleil.

VIII

Ainsi par l'intermédiaire de cette âme, l'esprit est réconcilié avec le corps et l'union de l'un et de l'autre est réalisé dans la couleur noire, au bout de cinquante jours au plus. Cette opération s'appelle le régime de Mercure, parce que le Mercure circule en s'élevant, tandis qu'en lui bout le corps du Soleil, en bas; et ce corps, dans l'opération, est passif jusqu'à l'apparition des couleurs; elles surviennent discrètement après environ vingt jours d'une ébullition convenable et continue; par la suite, ces couleurs se renforcent et se multiplient, variant jusqu'à la perfection dans la noirceur très noire, que le cinquantième jour te donnera la noirceur, si tu as de la chance.
*
*
CHAPITRE 25

Du second régime de l'oeuvre, qui est celui de Saturne

I

Achevé le régime de Mercure, dont l'oeuvre est de dépouiller le roi de ses vêtements d'or, de fatiguer le lion par de multiples combats et le harceler jusqu'à la dernière lassitude, alors paraît le régime de Saturne. En effet Dieu veut, pour mener à bien l'oeuvre engagé, et c'est la loi de cette scène, que la sortie d'un régime soit l'entrée d'un autre, la mort de l'un, la naissance de l'autre; a peine le Mercure a-t-il terminé son règne qu'entre son successeur Saturne, qui occupe le plus haut rang après lui. Le lion mourant, naît le corbeau.

II

Ce régime est également linéaire en ce qui concerne la couleur, parce qu'il n'y en a qu'une couleur, le noir très noir. Mais on ne voit pas de fumée, ni de vent, ni aucun symptôme de vie, mais tantôt le composé est sec, tantôt il bout comme de la poix fondue. O triste spectacle, image de la mort éternelle, mais quel messager agréable à l'artiste! Car ce n'est pas une noirceur ordinaire, mais brillante, plus que le noir le plus intense. Et lorsque tu verras ta matière, au fond du verre, s'enfler comme de la pâte, réjouis-toi: c'est que l'esprit vivifiant y est enfermé, et, quand il le jugera bon, le Tout-puissant rendra la vie à ces cadavres.

III

Toi du moins, prends garde au feu, que tu dois ici diriger avec un jugement sain, et je te jure sous la foi du serment que, si à force de le pousser, tu fais dans ce régime sublimer quelque chose, tu perdras l'oeuvre tout entier, sans recours. Sois donc content, avec le bon Trévisan, d'être retenu en prison pendant quarante jours et quarante nuits, et permets à ta tendre matière de rester au fond, qui est le nid de sa conception; sois certain qu'après la période déterminée par le Tout-puissant pour cette opération, l'esprit renaîtra glorieux et glorifiera son corps; il montera, dis-je, et circulera doucement, sans violence; il s'élèvera du centre vers les cieux, et redescendra des cieux vers le centre, recueillant la force de ce qui est en haut et de ce qui est en bas.
*

CHAPITRE 26

Du régime de Jupiter

I

Au noir Saturne succède Jupiter, qui est d'une autre couleur. Car après la putréfaction nécessaire et la conception faite au fond du vase, par la volonté de Dieu tu verras de nouveau des couleurs changeantes et une sublimation circulante. Ce régime n'est pas long, il ne dure pas plus de trois semaines. Pendant ce temps apparaîtront toutes les couleurs imaginables, dont on ne peut donner aucune raison certaine. Les pluies, au long de ces jours, se multiplieront; et à la fin, après tout cela, une blancheur très belle à voir, en forme de stries ou de cheveux, se montrera sur les parois du vase.

II

Alors réjouis-toi, car tu as heureusement achevé le régime de Jupiter. La prudence, dans ce régime, doit être extrême. Pour que les petits des corbeaux, quand ils auront quitté leur nid, ne le regagnent pas. De même, pour ne pas puiser de l'eau avec si peu de modération que la terre qui reste en manque et soit abandonnée, sèche et inutile, au fond du vase. Troisièmement, pour ne pas arroser ta terre excessivement, au point de la suffoquer. Toutes ces erreurs, tu les éviteras avec un bon régime de chaleur extérieure.
*

CHAPITRE 27

Du régime de la Lune

I

Le régime de Jupiter étant totalement terminé, sur la fin du quatrième mois tu verras apparaître le signe de la Lune croissante; et cela, sache-le, parce que le régime de Jupiter a été entièrement consacré à nettoyer le laiton. L'esprit qui nettoie est très blanc dans sa nature, mais le corps qu'il doit nettoyer est d'un noir extrêmement noir. Pendant ce transit du noir vers la blancheur, on distingue toutes les couleurs intermédiaires; et quand elles disparaissent tout devient blanc, un blanc qui ne jaillit pas parfait dès le premier jour, mais qui le devient graduellement, passant du blanc au très blanc.

II

Et sache que dans ce régime tout devient, à la vue, aussi liquide que le vif-argent, et c'est ce qu'on appelle la sigillation de la mère à l'intérieur du ventre de l'enfant qu'elle a engendré; on verra dans ce régime des couleurs variées, belles, momentanées et disparaissant rapidement, mais plus proches du blanc que du noir, de même que dans le régime de Jupiter elles participaient plus du noir que du blanc. Et sache que le régime de la Lune sera achevé en trois semaines.

III

Mais avant qu'il finisse, le composé revêtira mille formes. Car les fleuves croissant avant toutes coagulation, il se liquéfiera et se coagulera cent fois par jour; quelquefois il ressemblera à des yeux de poisson, parfois il imitera la forme d'un arbre d'argent très fin avec des rameaux et des feuilles. En un mot, tu seras en chaque moment stupéfié d'admiration par ce que tu verras.

IV

Et finalement tu auras des grains très blancs, aussi fin que des atomes de Soleil, et plus beaux qu'aucun il humain n'en a jamais vu. Rendons des grâces éternelles à notre Dieu qui a produit cet oeuvre. En effet c'est la vraie et parfaite teinture au blanc, quoique du premier ordre seulement et, en conséquence, de médiocre vertu par rapport à la vertu admirable qu'elle acquerra par la répétition de la préparation.
*
CHAPITRE 28

Du régime de Venus

I

Le plus surprenant de tout, c'est que notre pierre, entièrement parfaite, s'humilie d'elle-même une fois encore, et prépare, sans qu'on y prête la main, une nouvelle volatilité. Mais si tu la retires de son vase, la même pierre, enfermée dans un autre, se refroidit, et c'est en vain que tu tenterais de la porter plus loin. Je ne peux pas, et aucun philosophe ancien ne le peut, en donner de raison démonstrative, sinon que telle est la volonté de Dieu.

II

Du moins dans ce régime prends garde à ton feu, parce que la loi de la pierre parfaite est qu'elle soit fusible: c'est pourquoi, si tu pousses un peu trop le feu, la matière se vitrifiera et se collera, fondue, aux parois du vase, et tu ne pourras plus progresser. Et c'est là la vitrification contre laquelle les philosophes prennent tant de précautions, et qui, avant et après que l'oeuvre blanc est parfait, arrive ordinairement aux imprudents: on court ce risque depuis le milieu du régime de la Lune jusqu'au septième ou au dixième jour du régime de Vénus.

III

Il faut donc très peu augmenter le feu, pour que le composé ne se vitrifie pas, c'est-à-dire qu'il ne se liquifie passivement, comme du verre; tandis qu'avec une douce chaleur il se liquéfiera de lui-même, s'enflera, et par la volonté de Dieu sera doté d'un esprit qui s'envolera et apportera avec lui la pierre; et il donnera de nouvelles couleurs, d'abord le vert de Vénus, qui durera assez longtemps, ne disparaissant totalement qu'au bout de vingt jours; ensuite viendront le bleu, et une couleur livide, puis, sur la fin du régime de Vénus, un pourpre pâle et terne.

IV

Prends garde, au cours de cette opération, à ne pas trop irriter l'esprit, parce qu'il est plus corporel qu'avant, et si tu le laisses s'envoler vers le haut du vase, il redescendra difficilement de lui-même; il faut observer la même précaution dans le régime de la Lune. Lorsque l'esprit commencera à s'épaissir, alors on le traitera avec délicatesse, sans violence, de peur que, si'il s'enfuit vers le haut du vase, tout ce qui est au fond ne soit brûlé, ou du moins ne se vitrifie, ce qui détruirait l'oeuvre.

V

Lorsque tu auras vu la verdeur, sache qu'il y a en elle vertu germinative. Alors méfie-toi qu'une chaleur excessive ne fasse dégénérer ce vert en noir, et régis le feu avec prudence. Ce régime sera achevé après quarante jours.
*
CHAPITRE 29

Du régime de Mars

I

Le régime de Vénus est terminé, dont la couleur était surtout verte, et rougeoyant un peu d'un pourpre obscur, parfois livide; pendant ce temps ont poussé sur l'arbre philosophique des branches de diverses couleurs, avec des rameaux et des feuilles; vient ensuite le régime de Mars, qui montre le plus souvent une couleur jaunâtre, un jaune dilué de brun, et qui exhibe glorieusement les couleurs éphémères de l'Iris et du Paon.

II

Alors l'état du composé dévient plus sec, et la matière y prend des formes variées et fantomatiques. C 'e st la couleur d' Hyacinthe qui apparaît le plus souvent, avec une pointe d'orange. C'est ici que la mère scellée dans le ventre de son enfant surgit et se purifie, et cette pureté où baigne le composé est telle qu'elle en chasse la pourriture. Mais les couleurs qui servent de base à tout ce régime sont ternes; il y a cependant, de temps en temps, de fort agréables à voir.

III

Sache que notre terre vierge subit son dernier labourage, pour voir semer et mûrir en elle le fruit du Soleil; continue donc la juste chaleur, et tu seras assuré de voir, vers le trentième jour de ce régime, apparaître une couleur citrine qui, deux semaines après sa première manifestation, imprégnera presque tout le composé.
*
CHAPITRE 30

De régime du Soleil

I

Tu approches maintenant la fin de ton oeuvre, et tu as presque achevé ton travail. Déjà tout paraît comme l'or le plus pur, et le lait de la Vierge, avec lequel tu imbibes cette matière, jaunit de plus en plus. Rends à Dieu, donateur de tous les biens, des grâces éternelles, pour avoir mené l'oeuvre jusqu'ici, et prie-le de diriger ton jugement, de peur que ton zèle ne te fasse gâcher l'oeuvre si près de la perfection.

II

Considère donc que tu as attendu près de sept mois, et qu'il serait fou de tout réduire à néant en une seule petite heure. Plus tu approches de la perfection, plus tu dois être prudent. Et si tu as procédé avec les précautions nécessaires, voici les signes que tu remarqueras: Tout d'abord tu observeras sur le corps une sorte de sueur citrine, puis des vapeurs citrines qui, le corps s'affaissant, se teinteront de violet, avec de temps en temps un pourpre obscur. Après une attente de quatorze ou quinze jours dans ce régime du Soleil, tu verras ta matière, dans sa plus grande partie, devenir humide et pesante, ce qui ne l'empêchera pas d'être tout emportée dans le ventre du vent. Enfin, vers le vingt-sixième jour de ce régime, elle commencera à se déssecher; alors elle se liquéfiera de nouveau, cent fois par jour, jusqu'à ce qu'elle commence à devenir granuleuse; et elle paraîtra complètement dissociée en petits grains; puis elle se concentrera de nouveau, et revêtira de jour en jour des formes fantomatiques, toujours renouvelées. Cela durera deux semaines environ.

III

Mais finalement par la volonté de Dieu, ta matière irradiera une lumière que tu peux difficilement concevoir. Attends-toi alors à la fin prochaine, que tu verras au bout de trois jours, quand la matière formera des grains comme des atomes de Soleil, et d'une couleur si intensément rouge qu'à côté du rouge le plus éclatant elle paraîtra noircir comme un sang très pur coagulé; et jamais tu n'aurais cru que l'art pût créer une merveille semblable à cet élixir. Si extraordinaire est cette créature qu'elle n'a pas pareille dans la nature tout entière, et qu'il ne s'y trouve même rien qui lui ressemble.
*
CHAPITRE 31

La fermentation de la pierre

I

Souviens-toi que tu as déjà trouvé un soufre rouge incombustible, qui ne peut être poussé plus loin par lui-même avec quelque feu que ce soit; et fais très attention, j'ai omis de le dire dans le chapitre précédent, dans le régime du Soleil citrin, avant la venue du fils surnaturel vêtu de pourpre tyrienne, à ne pas vitrifier ta matière par une ignition trop violente; parce qu'alors elle deviendrait insoluble, et, par conséquent, ne se congèlerait pas en atomes très beaux et très rouges. Sois donc très prudent, pour ne pas te priver par ta faute d'un tel trésor.

II

Ne crois cependant voir ici la fin de tes travaux; il te faut continuer encore pour avoir, à partir de ce soufre, et après un nouveau tour de roue, l'Élixir. Prends donc trois parts de Soleil très pur et une part de ce soufre igné (tu peux prendre quatre parts de Soleil et une de soufre, mais la première proportion est meilleure). Fais fondre le Soleil dans un creuset propre et, quand il est fondu, introduis ton soufre, mais avec précaution, de peur qu'il ne soit gâté par la fumée des charbons.

III

Fais en sorte que tout soit en bonne fusion, puis verse-le dans une lingotière, et tu obtiendras une masse friable, d'un très beau rouge, très intense, mais à peine translucide. Prends une part de cette masse réduite en poudre fine, deux parts de ton Mercure Philosophique, mélange-les bien et mets-les dans un verre, puis régis le feu comme avant; et en deux mois tu verras passer tous les régimes dont j'ai parlé, dans l'ordre. C'est la vraie fermentation, que tu peux recommencer, si tu le juges à propos.
*

CHAPITRE 32

L'imbibition de la Pierre

I

Je sais que beaucoup d'auteurs, à propos de cet oeuvre, prennent la fermentation pour l'agent intérieur invisible qu'ils appellent ferment, dont la vertu fugitive épaissit les esprits tenus sans qu'il soit nécessaire d'agir; et quant à notre procédé de la fermentation, ils l'appellent la cibation avec du pain et du lait; tel est le sentement de Ripley.

II

Mais je n'ai pas accoutumé de citer les autres, ni de jurer leurs écrits, et sur un sujet que je connais aussi bien qu'eux j'ai gardé ma liberté d'opinion.

III

Il existe donc une autre opération par laquelle la pierre s'accroît, plus en qualité qu'en quantité. Il s'agit de prendre ton soufre parfait, soit blanc, soit rouge, et d'ajouter à trois parts de ce soufre une quatrième part d'eau; et, après un peu de noirceur et une cuisson de six ou sept jours, cette eau que tu viendras d'ajouter s'épaissira, comme ton soufre.

IV

Ajoute alors une quatrième part d'eau, non par rapport à tout le composé, qui en a déjà coagulé une quatrième part lors-de la première imbibition, mais par rapport à la première quantité de soufre que tu as employée. Lorsqu'elle est desséchée, ajoute encore une quatrième part, que tu coaguleras avec le feu requis; mets alors deux parts d'eau par rapport aux trois parts de ton soufre que tu as prises et pesées avant la première imbibition; fais imbiber et congeler trois fois dans cette proportion.

V

Enfin, pour la septième imbibition, prends cinq parts d'eau par rapport au soufre employé initialement; mets-les dans ton vase et scelle celui-ci; et avec un feu pareil au premier fais en sorte que l'ensemble du composé passe par tous les régimes que nous avons décrits, ce qui durera un mois au plus. Alors tu auras la vraie pierre du troisième ordre, dont une seule part projetée sur dix mille les teindra parfaitement.
*

CHAPITRE 33

La multiplication de la Pierre

I

Pour ce faire, il suffit de prendre la pierre parfaite et d'en joindre une part avec trois parts, ou quatre au plus, du Mercure du premier oeuvre, puis de régir le feu convenablement pendant sept jours, le vase étant strictement fermé: tous les régimes passeront, pour ton plus grand plaisir, et la pierre obtiendra une vertu mille fois plus grande qu'avant sa multiplication.

II

Et si tu tentes encore une fois l'opération, tu parcourras en trois jours tous les régimes, et la médecine aura pour teindre une force mille fois plus grande encore.

III

Et si tu désires encore recommencer, il te suffira d'un jour naturel pour faire passer l'oeuvre par tous les régimes avec leurs couleurs; une seule heure même suffirait, si tu tentais une fois de plus l'expérience: mais alors tu ne serais plus capable de connaître la vertu de ta pierre; et si jamais tu recommences une cinquième fois la multiplication, cette vertu serait telle que l'esprit ne la saurait concevoir. Souviens-toi donc de rendre éternellement grâce à Dieu, car tu as en ta possession le trésor de la nature tout entier.
*

CHAPITRE 34

De la manier de réaliser la projection

I

Prends de ta pierre parfaite comme il a été dit, soit de la blanche, soit de la rouge, et pour la qualité de médecine, prends quatre parts de chacun des deux luminaires; fais-les fondre dans un creuset propre, et mets-y de ta pierre, selon l'espèce du luminaire fondu, blanche ou rouge; puis fais couler le mélange dans un cornet, et tu obtiendras une masse très friable; prends une part de cette mixture et dix parts de Mercure bien purifié; fais chauffer le Mercure jusqu'à ce qu'il commence à pétiller; mets alors avec lui ta mixture, qui le pénétrera en un clin d'oeil; fais-le fondre sur un feu plus vif, et tout le mélange formera une médecine d'un ordre inférieur.

II

Prends alors une part de cette matière et projette-la sur n'importe quel métal fondu et purgé, en aussi grande quantité que ta pierre le pourra teindre; et tu obtiendras de l'or ou de l'argent plus pur que la nature n'en saura jamais donner. Il est cependant préférable de faire la projection par degrés, jusqu'à ce qui'il n'y ait plus de teinture; parce qu'en projetant une si petite quantité de pierre sur une telle masse de métal, à moins qu'in ne s'agisse de Mercure, il se fait une déperdition considérable de médecine, à cause des scories qui adhèrent aux métaux impurs. C'est pourquoi plus les métaux sont purgés avant la projection mieux on réussit le travail sur le feu.
*

CHAPITRE 35

Des multiples usages de cet Art

I

Celui qui possède parfaitement cet art, grâce à la bénédiction de Dieu, que peut-il souhaiter en ce monde sinon de pouvoir, à l'abri de toutes les tromperies et méchancetés des hommes, servir Dieu sans distraction? Quelle vanité serait-ce de chercher un rayonnement vulgaire par une magnificence tout extérieure! D'ailleurs ce n'est pas ce qui tient à coeur à ceux qui possèdent cette science, ils le méprisent plutôt et le négligent.

II

Au bienheureux que Dieu a gratifié de ce talent sont promis d'autres plaisirs bien plus désirables que l'admiration populaire. Premièrement, s'il vivait mille ans, et qu'il eût chaque jour un millier d'hommes à nourrir, il ne manquerait de rien, parce qu'il pourrait multiplier la pierre à son gré, tant en qualité qu'en quantité. De telle sorte que cet homme, s'il était un Adepte, pourrait s'il le désirait convertir tous les métaux imparfaits du monde en or ou en argent véritable. En second lieu, il pourra par le même art fabriquer des pierres précieuses et des gemmes plus belles que toutes celles qui se pourraient sans cet art trouver dans la nature. Troisièmement, et enfin, il possède une médecine universelle, capable aussi bien de prolonger la vie que de guérir toutes les maladies. De manière qu'un seul Adepte, s'il l'est vraiment, est en état de rendre la santé à tous les malades du monde entier.

III

Il faut donc louer sans cesse le Roi éternel, immortel et seul tout-puissant pour ses dons ineffables et ses trésors inestimables.

IV

Et je conseille à celui qui jouit de ce talent de s'en servir pour l'honneur de Dieu et l'utilité de son prochain, afin de ne pas paraître ingrat envers le Créateur qui lui a confié ce don précieux, ni se voir condamné au dernier jour.

V

Cet oeuvre a été commencée en 1645 et achevée par moi qui ai dévoilé et dévoile ces arcanes, sans chercher de louanges, mais souhaitant venir en aide comme un ami, un frère, à ceux qui s'intéressent sincèrement à cet art caché. Je signe du nom d'EYRENEE PHILALETHE, Anglais de naissance, habitant de l'Univers.
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TABLE
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Préface de l'auteur
Chapitre 1: De la nécessité du Mercure des Sages pour l'oeuvre de l'Elixir
Chapitre 2: Des principes qui composent le Mercure des Sages
Chapitre 3: De l'Acier des Sages
Chapitre 4: De l'Aimant des Sages
Chapitre 5: Le Chaos des Sages
Chapitre 6: L'Air des Sages
Chapitre 7: De la première Opération de la Préparation du Mercure Philosophique par les Aigles volantes
Chapitre 8: Du travail et de l'ennui de la première préparation
Chapitre 9: Le pouvoir de notre Mercure sur tous les Métaux
Chapitre 10: Du soufre qui se trouve dans le Mercure Philosophique
Chapitre 11: De l'invention du parfait Magistère
Chapitre 12: De la manière de réaliser le parfait Magistère en général
Chapitre 13: De lemploi d'un soufre mûr dans loeuvre de l'Elixir
Chapitre 14: Des circonstances qui se produisent et qui sont requises pour l'oeuvre en général
Chapitre 15: De la purgation accidentelle du Mercure et de l'Or
Chapitre 16: De l'Amalgame du Mercure et de l'Or et du poids convenable de l'un et de l'autre
Chapitre 17: Des proportions du vaisseau, de sa forme, de sa matière, et la manière de le boucher
Chapitre 18: De l'Athanor ou fourneau philosophique
Chapitre 19: Du progrès de l'oeuvre pendant les quarante premiers jours
Chapitre 20: De l'arrivée de la noirceur dans l'oeuvre du Soleil et de la Lune
Chapitre 21: De la combustion des fleurs et du moyen de léviter
Chapitre 22: Le régime de Saturne, ce qu'il est, et pourquoi il est ainsi nommé
Chapitre 23: Des différents régimes de cette oeuvre
Chapitre 24: Du premier régime de l'oeuvre, qui est celui de Mercure
Chapitre 25: Du second régime de l'oeuvre, qui est celui de Saturne
Chapitre 26: Du régime de Jupiter
Chapitre 27: Du régime de la Lune
Chapitre 28: Du régime de Vénus
Chapitre 29: Du régime de Mars
Chapitre 30: Le régime du Soleil
Chapitre 31: La Fermentation de la Pierre
Chapitre 32: Llmbibition de la Pierre
Chapitre 33: La Multiplication de la Pierre
Chapitre 34: De la manière de réaliser la projection
Chapitre 35: Des multiples usages de cet art
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