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VON SUCHTEN Second Traité de l'Antimoine vulgaire.




SECOND TRAITÉ DE L’ANTIMOINE VULGAIRE


Alexander von Suchten


1575

(Version française, suivie du fac-similé d'une édition allemande de 1613)


Dédié à l’honorable Johan Baptista, de Seebach

Très Honoré Seigneur, suite à vos pressantes demandes, je ne peux que vous satisfaire, considérant que vous entretenez  grande convoitise et amour pour apprendre les mystères de la Nature, qui en nos périodes a été connue de peu de gens et profondément cachée dans les ténèbres. Bien que beaucoup en ait été écrit par les anciens, car leurs livres en font mention, bien qu’ils aient été écrits dans le style hermétique, et ne sont d’aucun intérêt excepté pour ceux qui ont étudié dans les écoles hermétiques ou ont été choisis par Dieu pour connaître de tels mystères.

Par conséquent ces secrets, qui vous tourmentent, gisent au fond un puits profond, fermés de robustes verrous, que nul homme n’a ouvert à moins qu’il n’en ait reçu la clef des mains de l’esprit de vérité.

Je ne mentionnerai point l’Antimoine magique des anciens philosophes, car les hommes en comprendraient peu ou rien, mais je parlerai de l’Antimoine vulgaire, duquel vous désirez seulement être instruit et que je suis désireux de vous enseigner 1° Ce qu’il est, 2° De quelles parties il est composé, 3° En quoi il doit être à nouveau dissout. Dans cet écrit vous devez me comprendre littéralement, et je n’utiliserai aucune métaphore, allégories ou similitudes, mais décrirait seulement l’Antimoine de manière simple, afin que vous ne soyez pas déçu dans les opérations, qui s’effectue en accord avec le sens littéral, et vous obtiendrez ainsi ce que j’écris. Ainsi vous pourrez juger si dans l’Antimoine vulgaire sont ou ne sont pas les arcanes, dont les Mages et Paracelse ont écrit.

L’Antimoine, lorsqu’il vient des mines n’est pas aussi pur qu’il devrait, car il est mêlé de pierre provenant de la minière, et je n’en ai jamais vu de pur provenant des mines.

Par conséquent avant que d’être utilisé, il doit être purgé. Cette purgation s’effectue par la digestion. La digestion est un feu sulfureux, le meilleur soufre est le soufre métallique, bien que les Artistes le purge avec un feu végétal, qui est le tartre, cependant cette digestion n’est point Naturelle.

Mais la raison pour laquelle le tartre sépare le régule des scories, est dû au fait que le soufre de l’Antimoine est plus végétal que métallique. Mais vous devez le purger avec le soufre qui provient de l’argent vif, et non par des sels. Car ce soufre métallique dans le vif argent antimonial en argent vif, puis ensuite de ce vif argent,  se fait  l’or pur. Maintenant ce soufre métallique qui purge l’Antimoine, se trouve uniquement en Mars, et nulle part ailleurs, et cette purgation se fait de cette manière : Prenez 4 onces de Mars (j’utilise des clous qui ne sont ni gros, ni épais), mettez-les dans un fort creuset, mettez dans un fourneau à vent, et laissez les jusqu’à ce que vous aperceviez qu’ils se ramollissent, jetez alors 8 onces d’Antimoine dans le creuset, et faites un fort feu, laissez Mars bien fondre dans l’Antimoine, puis jetez une poignée de salpêtre, laissez fondre dans le creuset qui doit être de taille suffisante afin que la matière ne déborde, laissez jusqu’à ce que tout soit en belle fonte. Puis versez dans un cornet à régule, le régule descendra au fond. Lorsque la matière est refroidie, prenez la et séparer le régule des scories qui ressemble à de la marcassite, en le frappant. Gardez les scories, jusqu’à ce que vous appreniez leur utilité, car un secret est caché en elles, dont je ne parlerai point à présent.

Mettez ce régule dans un creuset et faites-le fondre à nouveau, et lorsqu’il sera en fusion, jetez-y une once et demie d’Antimoine, et laissez bien fondre ensemble, puis mettez-y autant de salpêtre que vous y avez mis précédemment, laissez fondre, jetez dans un cornet à régule, séparez le régule des scories : ce régule est plus net et plus clair que le premier. Les scories peuvent être jetées car elles sont de nulle valeur.

Faites fondre ce régule pour la troisième fois, puis lorsqu’il sera bien fondu ajoutez-y une cuillerée de salpêtre, lorsqu’il sera fondu comme une huile sur le métal, ce qui requiert un fort feu, car sinon il demeure coagulé à la surface, jetez dans le cornet et séparez le régule des scories : ce régule est encore plus pur que le précédent ; quant au scories elles ne sont d’aucune utilité.

Fondez ce régule une quatrième fois, lorsqu’il est fondu et brille comme de l’argent, ajoutez-y du salpêtre, et laissez réagir, puis jetez dans le cornet et séparez le régule des scories. Si les scories sont de couleur jaune doré, alors ce sera bien ; le régule quant à lui est blanc comme l’argent et sera marqué d’une étoile à sa surface. Ce roi, si vous avez travaillé correctement, aura le poids de quatre onces, et ce travail peut être accompli en deux heures.

Dans la préparation de l’Antimoine vulgaire, vous devez observer ceci : qu’est ce qui sépare l’Antimoine de ses fèces ? Vous ne devez pas penser que c’est le salpêtre qui effectue le travail, mais vous devez savoir que l’Antimoine a extrait l’âme de Mars, qui est sont meilleur soufre, et l’a réduite en Mercure. Ce Mercure n’est autre chose que du feu, et effectue les opérations du feu, à savoir digérer le Mercure cru de l’Antimoine, et sépare le métal du minéral. Vous devez aussi noter que le Mercure de Mars est caché dans l’Antimoine purgé, dans la blancheur du Mercure antimonial ; car la blancheur argentine, que vous voyez en ce Régule, n’est point son soufre, mais son argent vif, en lequel est caché le Mercure de Mars, qui n’est autre chose que de l’or. Ce Mercure de Mars n’est rien d’autre qu’un esprit ou un air dans ledit Mercure d’Antimoine, qui demeure dans l’argent vif de l’Antimoine, jusqu’à ce qu’il soit reconverti de nouveau en corps, qui est l’or, et se sépare alors de lui-même du Mercure d’Antimoine.

Maintenant si vous comprenez quelle sorte de feu a purgé l’Antimoine vulgaire, il vous faudra comprendre aussi, ce qu’est le feu, qui purge et digère l’Antimoine Magique, où demeure le véritable or philosophique, que nous appelons or potable, qui à la fin se sépare aussi du Mercure des philosophes, de même que l’or se sépare de l’argent vif de l’Antimoine.

Il est donc nécessaire que vous regardiez la Nature, de quelle manière elle travaille, alors vous trouverez, ce qu’est la Nature, et qu’elle n’est pas seulement dans les métaux vulgaires, mais aussi en toute chose, et principalement dans les métaux philosophiques qui sont connu du Mage.

Les chimistes purgent l’Antimoine par le fer, lorsqu’ils l’ont purgé, ils ne savent pas ce qu’ils ont accompli, ni ne comprennent l’opération de la Nature, ni ne comprennent ce qu’est ici la Nature, et n’ont pas l’esprit disposé à l’apprendre.

Ayant séparé le pur Antimoine de ses souillures minérales, vous devez savoir qu’en cet Antimoine il y a déjà un excrément, qui n’est rien d’autre qu’un soufre infect, ce soufre étant séparé, l’Antimoine est alors ramené à sa matière primordiale, qui n’est rien d’autre qu’un feu, et ce feu est l’argent vif, et de cet argent vif se fait les plus grand secrets de toute la Nature. Ici Platon nous recommande d’être silencieux. Voyez Nicolas Allobroe, il est aisé de séparer le soufre de l’Antimoine purgé, mais ici un grand savoir est caché, et je montrerai ce qu’il est nécessaire de savoir pour ce travail, pour le reste j’hésite pour certaines raisons.

Pour qu’une chose qui est morte, puisse être ramenée de nouveau à la vie, et pour que ce qui cause la mort soit séparer de la vie, cette chose doit contenir deux vertus pour vivifier et séparer ; et ces deux doivent être un en vertu mais deux en nombre. Car tous les mystères proviennent d’une seule fontaine, et issue d’une seule essence, sont disposées par la volonté de Dieu. Cette volonté Divine est ce qui spécifie toute créature, une Entité qui ne peut être appréhendée par aucun sens, de même que Dieu ne peut être appréhendé.

Maintenant l’Argent vif est mort en l’Antimoine, il doit être revivifié, et remis en l’état où il était avant d’être tué, état en lequel la vie était abondante et indestructible. Rien de ce qui est mort, ne peut être ressuscité à la vie, qui écrit ou enseigne autre chose, n’est point un philosophe ; la vie qui s’était enfuie, si elle est revivifiée, est un ferment des choses vivantes, par lequel il est rendu vivant, et cette chose est son accroissement est sa magique multiplication. D’où il découle que dans les choses vives, il y a quelque chose, possédant une qualité transmutatoire pour la qualité de la chose qui est élevé, car la volonté de Dieu que toute chose meure, est spécifique aux créatures, afin qu’après la mort elles puissent se multiplier indéfiniment.

En allant plus loin, cette chose vivante sert notre œuvre, et pour cette opération par laquelle les métaux imparfaits sont transmués en or, elle doit aussi avoir le spécifique, et aucun Art ne peut l’effectuer sans Régénération, ce que prétendent pourtant quelques chimistes fous. Car s’il n’y avait point de spécificateur là, comment pourrait-il être transmuté ? et de là aucune semence ne pourrait pousser ou s’accroître, car se serait contraire à la Nature.

Par conséquent les choses vivantes doivent être de la Nature de l’eau, comme on peut le voir, quand une semence est enfouie dans le sol, elle est revivifiée par l’eau, ce qui revient à dire qu’ici la semence est une eau morte, que l’autre eau ou humidité revivifie, et c’est le ferment de l’eau qui donne à l’eau sa Nature spécifique, et par conséquent, d’une semence naît un nombre infini de semence.

Pour comprendre ceci en notre œuvre actuelle : l’argent vif de l’Antimoine, de saturne, de Jupiter est mort, et ne peut jamais être revivifié si ce n’est par l’argent vif vulgaire. De cette manière s’effectue la corruption, la régénération, et la multiplication des formes métalliques.

On peut ici se demander que puisque l’eau multiplie la semence dans la terre, et la transmue en multiples semences, si l’argent vif multiplié des métaux peut être de nouveau remis en métal avec le Mercure vulgaire. Je réponds que cela est impossible avec les métaux communs, mais avec les métaux philosophiques, cela s’effectue aisément. Car notre Mercure donne son spécifique, et le reçoit de nouveau grâce à l’Art, ce qui veut dire qu’il redevient de nouveau or et argent, tel qu’il était premièrement. Mais pourquoi cela ne peut-il être avec les métaux vulgaires ? Il y a plusieurs raisons pour cela, que je tairais ici.

Maintenant si le Mercure de l’Antimoine doit être aiguisé par l’argent vif, ce qui ne peut être effectué sans mélange, car nous voyons que son régule ne se mélange point avec l’argent vif vulgaire, par la raison que le soufre qui est dans le régule, lequel est aussi métallique, n’a point d’affinité avec l’argent vif vulgaire et empêche le mélange ; par conséquent il faut utiliser un médiateur entre l’argent vif vulgaire et le Mercure de l’Antimoine, et ce dit médiateur doit avoir des qualités séparatrices qui ne sont point dans l’argent vif vulgaire, car il n’y a point de spécifique en lui, et la qualité séparative est ce spécifique par lequel le Mercure est coagulé. Dieu a créé l’argent vif dans la volonté, et en aucune autre chose : Il y a donc l’argent vif vulgaire, et celui des philosophes. Ces deux sont disponibles pour la volonté de l’homme, pour amener en eux ce spécifique, dont il a besoin, alors que la qualité séparative est un spécifique du Mercure, il doit être connu, en quelle sorte de Mercure il réside, mais on trouve par la connaissance que donne l’expérience qu’il n’est en aucun autre Mercure que dans celui de la Lune.

Par conséquent prenez une once de la plus pure Lune qu’il soit, du Régule mentionné ci-dessus une demi-once, attendez que la lune soit bien en fusion et brillante dans le creuset, après quoi ajoutez le régule, ils se fondront promptement ensemble et ressembleront à de l’argent vif vulgaire, coulez dans une lingotière, et vous aurez ainsi une masse de la couleur de Saturne. Cette masse métallique doit être finement pulvérisée, et il est aisé de la mettre en poudre : prenez alors du plus pur argent vif cinq onces, mettez dans une fiole, et après y avoir introduit l’argent vif, mettez-y la poudre, laissez au bain-marie durant un jour et une nuit, alors la poudre aura pénétré dans le vif argent vulgaire, mélangez les bien. La poudre ayant été incorporée dans l’argent vif vulgaire, versé le mélange sur un marbre et amalgamez-le bien, il devient un amalgame rouge.

Mettez cet amalgame dans une écuelle en bois, et versez de l’eau dessus, broyez-le avec un pilon, alors l’eau devient noire, enlevez cette eau et en remettez de nouvelle, broyez jusqu’à ce que l’eau devienne noire, enlevez l’eau et remettez de la nouvelle ; ces laveures doivent être continuées jusqu’à ce que l’amalgame demeure blanc. La noirceur qui est enlevé de l’amalgame, se rassemble en poudre noire au fond de l’eau, vous garderez cette poudre et jetterez l’eau. Mettez l’amalgame à nouveau dans une fiole, et laissez-le une nuit au bain, retirez-le de la fiole, et lavez-le de nouveau, il donnera une nouvelle noirceur qui devra être mise avec l’autre. Continuez ces laveures jusqu’à ce qu’il ne vienne plus aucune noirceur. Vos pouvez aussi broyer l’amalgame avec du sel pur et blanc, alors la noirceur s’en ira plus rapidement.

L’amalgame étant purifié de nouveau, mettez-le dans une fiole au bain durant la nuit, puis lavez-le de nouveau. Recommencez ce travail jusqu’à ce que l’amalgame ne donne plus aucune noirceur au cours des laveures, il sera alors net, pur et blanc.

Observez que plus l’amalgame donne de noirceur, plus il y a de Mercure de l’Antimoine qui est dissout. Aussitôt qu’il n’apparaît plus de noirceur dans les lotions, distillez dans une retorte de verre, le Mercure vif Lunaire passera, et si vous avez opéré correctement, alors votre Lune demeurera dans la retorte pure et blanche. Mais s’il y a encore une couleur Saturnienne dans la Lune, c’est alors un signe qu’elle contient encore de l’Antimoine, par conséquent, elle doit être lavée aussi souvent et aussi longtemps, jusqu’à ce que la noirceur disparaisse. Avant la distillation, le ballon récepteur doit être rempli d’eau froide, vous trouverez alors un pur argent vif, qui est trois en un, à savoir : l’argent vif vulgaire, l’argent vif de l’Antimoine, et le Mercure de Mars. Et vous devez savoir ceci, que le Mercure de Mars ne transmue pas les deux autres en sa Nature, comme les autres métaux font ; la raison en est que le Mercure de Mars n’est ni universellement, ni radicalement uni aux deux autres, mais se sépare lui-même des deux autres comme nous le verrons bientôt.

Pour cette raison cet argent vif n’est point appelé Mercure de Mars, mais Mercure d’Antimoine, car l’Antimoine est plein de Mercure. Mais l’argent vif de Mars, qui réside caché dans le Mercure de l’Antimoine, est un or volatil. Mais pour que vous ne croyez pas uniquement cela, mais que vous le voyez aussi de vos yeux, prenez un peu de cet amalgame pur et lavé, et en faite visiblement évaporer l’argent vif de la Lune, alors l’or volatil demeure, car le Mercure de Mars allié au Mercure de la Lune, a teint la Lune en la couleur du meilleur or, mais parce que cet or n’est pas fixe, le feu fait évaporer la teinture de la Lune. Ici il doit être bien observé, que l’or volatil teint seulement la Lune en Soleil, mais non en un Soleil fixe. Ceux qui comprennent  la raison de ceci, aucune sophistication de l’Alchimie ne leur sera cachée, lorsqu’ils voudront teindre la Lune en Soleil. Car ils comprennent entièrement que le Mercure donne la teinture, mais étant transmuté en métal, il perd sa qualité tingente, et devient aussi fixe, il est alors un métal, car les métaux ne sont rien d’autre qu’un Mercure fixe et coagulé. Mais ce travail par lequel le Mercure de Mars teint la Lune, est un travail manuel subtil ; celui qui effectuera ce travail doit être un grand expert dans le maniement du feu.  Par conséquent vous devez avoir un très grand soin en ceci, je l’ai souvent effectué et l’ai parfois manqué.

Maintenant, comment le Mercure de Mars se fixe t-il en or corporel, et le Mercure de l’Antimoine avant tout autre métal est transmuté en leurs Natures, je ne vous le cacherai pas. Car chacun peut voir en ce travail, ce que sont les métaux, et celui dont les cinq sens ne sont pas déjà occultés (je parle ici de la véritable coagulation et non de celle qui est sophistique), sera capable de concevoir qu’il est impossible de faire du Soleil à partir de Vénus, ou de faire de la Lune à partir de Saturne ou Jupiter. Alors il s’apercevra aussi que le Mercure vulgaire ne sera pas coagulé artificiellement, excepté l’argent vif des métaux, qui a déjà été coagulé, mais seulement par le Mercure de Mars. Car en le Mercure de Mars on trouve la Nature de la dernière fixation, et non pas en Saturne, Jupiter et Vénus. Par conséquent l’homme ne possède pas le pouvoir de leur accorder ce que Dieu et la Nature leur ont refusé.

Cela ne me gêne aucunement que les Chimistes aient écrit à ce sujet quantité de volumes, ce que les Auteurs Alchimiques ont prétendu et dit à propos des transmutations est d’une autre sorte, par conséquent de cette sophistication, je peux écrire et dire comme Paracelse, que ceux qui prennent l’Alchimie à la lettre, sont comme ceux qui battent de la paille qui ne contient pas de grains.

Maintenant vous devez observer que le Mercure mentionné ci-dessus, qui est distillé de la Lune, pénètre les métaux et sépare les éléments des métaux, qui sont leur Mercure et Soufre, ce que le Mercure vulgaire ne fait point, à moins qu’il ne soit vivifié et aiguisé par le Mercure de l’Antimoine, et transmuté en son être et sa Nature, par cette opération comme nous vous l’avons dit.

Vous devez aussi observer que chaque métal à sa propre Nature, et que chaque dissolution se fait de manière différente des autres. Je peux tirer le Mercure de Saturne en une heure, mais de Vénus je peu à peine le faire en deux mois, par conséquent la pratique est d’une grande importance.

Je dois montrer ici la manière de pratiquer avec le Mercure de Vénus, pour la raison et le lieu que vous puissiez trouver l’or, qui vient de Mars et demeure emprisonné dans le Mercure de Vénus, c’est de cela dont j’ai fait mention. Cet Or n’est rien d’autre qu’un esprit mercuriel, qui est en Mars comme l’âme est en l’homme. Mais parce que cet Or n’est plus corporel, comme il l’était auparavant en Mars, mais que par l’esprit mercuriel de l’Antimoine il est devenu esprit, il ne peut être rendu corporel à nouveau sauf par l’esprit salin de Vénus. Cet esprit n’est point le Mercure de Vénus, ni son soufre, mais un médiateur entre les deux. Lorsque ce médiateur est extrait de Vénus, alors les parties, qui sont le Mercure et le soufre se séparent. Le Mercure de Vénus réside dans le Mercure de l’Antimoine, mais le soufre en est extrait en forme de terre sulfureuse grise ressemblant à des cendres.

Prenez deux livres du meilleur Vitriol de Hongrie, dissolvez-le en eau commune, mettez-le dans un fort pot sur le feu, et jetez dedans une demi-poignée de lamines de fer, laissez bouillir ensemble un demi quart d’heure, puis ajoutez dedans le Mercure qui est distillé de la Lune, alors Vénus que le fer a extrait grâce à ce vif argent,  s’amalgamera d’elle-même, lavez bien cet amalgame et enlevez-en toutes les lamines de Mars. Cet amalgame ayant été rendu très propre, laissez-le alors sécher, puis étant sec mettez-le dans une fiole, puis le mettez au bain-marie, laissez-le une semaine, alors l’amalgame deviendra gris noir, retirez-le alors et lavez-le bien, comme on lave les amalgames, dans une écuelle en bois. Mettez à part la poudre que vous enlevez par lavage à part. Remettez de nouveau l’amalgame dans le bain durant une semaine, et au bout de ce temps lavez-le à nouveau comme précédemment. Cette opération doit être effectuée trois fois ; mais si votre intention est de dissoudre entièrement Vénus en Mercure et soufre, l’opération doit être réitérée plus souvent, jusqu’à ce que l’amalgame devienne pur argent vif, ce qui n’est pas une rapide opération.

Lorsque cet amalgame sera passé trois fois par le bain-marie, et lavé trois fois, alors distillez-en l’argent vif de Vénus, comme vous l’avez précédemment fait avec la Lune. C’est ce qu’on appelle le Mercure de Vénus, car ce n’est plus du Mercure vulgaire, ni du Mercure d’Antimoine, car grâce au Mercure de Vénus, il est fermenté et transmuté en Mercure de Vénus. Ce Mercure de Vénus est un merveilleux Mercure, comme on peut le voir lorsqu’on l’utilise dans des opérations chimiques. Le précipité qui se fait de ce Mercure est d’une beauté transcendante, merveilleux à la vue des chimistes, mais aussi beau soit-il, il est un violent poison en médecine, faites-y bien attention, ne soyez donc pas déçu de sa beauté.

Dans ce Mercure de Vénus réside le Soleil de Mars, dont j’ai souvent fais mention, bien que caché, il désire la frigidité de la Lune, par laquelle il doit être coagulé, avec une coagulation fixe et perpétuelle du Soleil, et la manière de faire cette coagulation s’effectue ainsi.

Prenez deux part de fine Lune, en laquelle il n’y ait point d’or, et quatre parts de ce Mercure de Vénus, faites-en un amalgame. Et afin que vous puissiez faire aisément cet amalgame, dissolvez la Lune dans l’eau-forte commune, et précipitez-la avec Vénus, comme on fait ordinairement, alors la Lune tombe au fond, et est une belle poudre subtile qui s’amalgame aisément sur le marbre avec le Mercure de Vénus. Cet amalgame doit être lavé jusqu’à blancheur parfaite, puis mis en une fiole, et mis au bain-marie bouillant durant vingt quatre heures ; il devient alors noir comme du charbon ; retirez-le,  broyez le sur le marbre, et lavez-le bien. Cette noirceur est l’âme de Mars, qui est retirée de l’esprit de l’Antimoine et se coagule en Or dans cette opération. Cet Or contient encore des fèces de soufre, qui les séparent du Mercure de Vénus par cette coagulation. Car le Mercure de Vénus est toujours vert dans les superficies, cette verdeur est coagulée avec le Soleil (certain dise la Lune) et est séparée de l’argent vif, et réduite en un corps. Ainsi trouve t-on l’esprit de Mars, ainsi nous voyons ce qu’il a été et ce qu’il deviendra.

Celui maintenant qui s’occupe à travailler, en tire les conclusions, de combien de Mercure y a t-il dans une livre de Mars, autant d’or il trouvera et non point plus. Il trouvera également que le prix de la dépense est supérieur à celui de l’or obtenu. L’argent vif qui est dans les autres métaux, ne peuvent être coagulé en or, mais demeurent continuellement vifs, pour la raison que nous avons décrite ci-avant. Ainsi l’argent vif vulgaire est aiguisé par le Mercure de l’Antimoine qui est retiré du Mercure de tous les autres métaux imparfaits, et ils le transmutent en leur propre Nature. Comment cela se fit-il avec Vénus, j’ai trouvé bon de le dire ici à cause du Soleil de Mars, qui est utilisé en ce travail pour nettoyer l’Antimoine. Vous avez aussi entendu comment cet or est retiré à nouveau, et fait visible à la vue, autrement vous n’accorderiez aucun crédit à la purgation de l’Antimoine s’effectue par le Soleil de Mars.

Maintenant je parlerais des médicaments qui se tirent de l’Antimoine vulgaire, puis en conclusion je vous découvrirai par affection fraternelle, ce que l’on peut encore faire avec ce Régule d’Antimoine. Car j’ose affirmer hardiment cette vérité, car je la connais parfaitement, et en écrirais en forme d’avertissement, de façon que si Dieu vous en accorde la grâce, vous puissiez comprendre, ce qui en a déçu tant, dont des gens très instruits, et les a captivé jusqu’au jour de leur mort.

Maintenant de la seconde partie de l’Antimoine, qui est son soufre, vous devez observer que c’est une onctuosité qui est comparable au feu qui est cachée dans le charbon. Par conséquent, prenez la noirceur que vous avez retiré du lavage de l’amalgame de la Lune et de l’Antimoine, séchez-la au Soleil, ou autrement par une douce chaleur, alors elle devient  une poudre de couleur Saturnienne, sur laquelle adhère encore un peu de Mercure vulgaire, qui est resté avec elle au cours du lavage. Maintenant vous pouvez étendre cette poudre dans un foyer clos, de la même manière qu’un charbonnier fait du charbon de bois, alors la poudre deviendra noire comme du charbon pulvérisé. Mais au cas où vous ne pourriez faire cela, ce n’est point de grande importance. Prenez la poudre de couleur Saturnienne, mettez-la dans un pot, et mettez au feu, sans que le pot soit rougeoyant, ni à l’intérieur, ni à l’extérieur, alors le Mercure s’envole, la poudre est enflammée par la chaleur et ne brûle point comme le soufre le fait avec une flamme, mais comme un charbon rougeoyant qui ne fait aucune flamme. Ayant ainsi rougeoyé, il demeure une poudre dans le pot, qui peut être réduite en régule. Pesez cette poudre et vous verrez combien d’Antimoine est dissout en ces parties, et si vous pouvez convertir cette poudre en poudre noire en évaporant le Mercure, alors vous pourrez connaître combien d’Antimoine est transformé en Mercure antimonial, et combien de soufre brûlant était dans ce vif argent, alors vous aurez la connaissance parfaite de l’Antimoine : c’est-à-dire de son vif argent et de son soufre.

J’en ai assez dit, et cela doit suffire, ce qu’est l’Antimoine, comment l’Antimoine vulgaire est préparé, fermenté et aiguisé afin qu’il puisse dissoudre aussi les autres métaux et ceci en fonction de leur Nature. 

Les conditions opératoires pour le cuivre ont été suffisamment démontrée par le moyen de l’exemple, mais comment le Mercure des autres métaux peut être tiré par le Mercure d’Antimoine, je le recommande à votre dextérité et à votre connaissance du feu, car il n’était point de mon intention de révéler toute chose. Vous savez que plusieurs ont préparé l’Antimoine pour la médecine de différentes manières, mais je n’ai jamais vu aucun homme qui ait pris note de ces mystères médicaux. Ces pauvres hommes imaginent, que tout ce qui a été écrit sur l’Antimoine, a été écrit à propos de l’Antimoine vulgaire, ce qui si on l’examine n’est point vrai, par conséquent nous devons admettre que l’Antimoine médical est quelque chose de fort différent. Car pour les philosophes l’Antimoine est leur Mercure, et en lui sont contenus toutes les médecines, et par conséquent il est appelé Quintessence.

La Quintessence médicinale, n’est point contenue dans l’Antimoine vulgaire, il contient seulement l’élément de l’eau, dont l’essence est une médecine contre toutes les maladies qui proviennent du feu microcosmique.

Maintenant les médecines de cet Antimoine ne sont point dans son Mercure mais dans son feu, dont j’ai parlé plus avant, que vous pouvez comprendre de cette manière : Il y a un feu dans le bois, que nous utilisons pour la cuisine, pour cuire nos repas ; l’Antimoine est un feu aussi avec lequel nous préparons notre médecine, laquelle médecine reçoit par l’essence de ses Eléments, et à travers la même essence la chaleur élémentaire dans nos maladies. De même, les Galéniques entreprennent d’expulser la chaleur par la bourse et la chicorée, et tous les simples refroidissant, qui ne sont point capable le travail voulu, et la chaleur de la maladie disparaît d’elle-même naturellement. La vertu de cette médecine n’est point seulement dans l’Antimoine vulgaire, mais en toutes sortes de choses, dont la mère est l’Elément de l’eau. Par conséquent la médecine est aussi peu attachée à cet Antimoine, que le cuisinier l’est au bois de hêtre, ou au bois de chauffage, pour cuire ses viandes.

Par conséquent cette médecine essentielle est aussi présente dans d’autres choses que dans l’Antimoine, dans la voie Hermétique on l’appelle Or ou Soleil. Mais la médecine qui est préparée à partir de ce feu d’Antimoine, il ne peut rien être dit ici, elle est connue de Dieu et de ceux à qui Dieu le révèle, les Sages l’appellent le Mercure des philosophes, c’est une essence qui peut se transmuer en la Nature de n’importe lequel des éléments. Car il est connu que cet Antimoine purge fortement par le haut et par le bas, cela n’est pas fait par l’essence, mais par le corps qui adhère à l’essence. Celui qui pourra séparer l’essence du corps, il aura mis le doigt sur la chose et il aura une telle médecine qu’elle ne purgera ni par le haut, ni par le bas, mais effectuera le travail sans purgation, et alors par une forte calcination, l’esprit du sel, qui est la cause de la fusion métallique, en est extrait, et ne cause plus de diarrhées ni de vomissements, mais ne travaille que par les sueurs. Mais ce n’est pas encore la médecine, car l’Antimoine calciné, qui est un poison, comme tous les autres métaux fortement calcinés le sont, et pris à l’intérieur comme Vénus, Saturne, Jupiter, Mars, ou digérés en soufre métallique, qui est rouge sang et fixe au feu, ne n’est point ce que l’artiste recherche, par conséquent tout est perdu quoique l’on entreprenne avec lui dans la voie de la médecine, à moins que l’essence soi séparée des ses corps et soit administrée au patient de manière convenable à la maladie.

Il y a encore quelques secrets qui sont dans ledit régule, et je dois vous en dire les merveilles ; celui qui n’en a point fait l’essai, le croira avec peine. Dieu ne fera pas que ces choses deviennent communes, ni qu’elles soient publiées, spécialement en ces temps troublés, où l’honneur et l’ignominie, la vertu et le vice, le mensonge et la vérité sont confondus sans distinction.

Nous ne recherchons pas maintenant la vérité, mais seulement la nôtre qui est la raison pour laquelle nos sens sont perturbés en enviant et haïssant les-uns les autres, ce qui cause la destruction de notre royaume et que nous causons par nous-même. Je vous mets seulement en garde sur ce que je vais maintenant vous découvrir, et que vous devrez comprendre en dehors de mes écrits, car je vous le dis, tout ne peut être dit par écrit, à cause des fous et des sophistes qui se persuadent eux-mêmes qu’ils ont été élus au conseil de Jupiter.

Vous pourrez noter en cela de la sincérité de mes dispositions envers vous, je souhaite de tout mon cœur, que vous en sachiez autant que j’en ai appris par l’expérience, et j’espère que le temps produira cet effet, car en ce moment je ne puis vous l’enseigner, mais vos propres expériences pourront témoigner de mes intentions.

Sachez que je puis être aussi bon que mes mots, sachez aussi, que ce régule a déçu les meilleurs philosophes chimistes modernes. Car c’est un minéral si étrange, comme il n’y en a nul autre au monde, qu’il transformera en âne l’homme le meilleur en la matière, comme il m’est arrivé, et comme je l’ai vu, et qui est arrivé à mon compagnon. Dans mon traité des mystères de l’Antimoine, qu’à cette heure personne ne comprendra, j’ai mentionné qu’on pouvait faire un métal avec lui.

Concernant ce particulier, je ne m’en suis point préoccupé sur le moment, et recherchait uniquement ce qui pourrait être une médecine. Maintenant sachez que tout métal peut être fait à partir de ce Régule, tel que Saturne, Jupiter, Vénus, la Lune et le Soleil, et que ceux que l’on fait doivent être à la vue, dans la fusion, le martelage, la coupellation avec l’Antimoine, aussi bon que les métaux naturels.

Le plomb que l’on en fait sur tous les examens montre seulement une dureté légèrement supérieure à celle d’un plomb naturel. Mais le plomb qui est fait à partir de l’Antimoine cru non lavé, n’est point de cette dureté.

L’Etain fait par l’Antimoine est très beau, et soutient le contact avant la coagulation aussi bien que l’argent le plus fin. Il reçoit instantanément la Nature de Jupiter, et se transforme rapidement en étain. Il en est de même de Vénus : car aussitôt que le parfum de Vénus est généré, il pénètre le Régule et adopte la Nature de Vénus. Cette opération s’effectue si soudainement que j’en fût fort étonné, je peu transformer une once de régule en Vénus avant que vous puissiez gober un œuf. 

Mars et l’Antimoine sont d’un même tempérament, par conséquent  l’Antimoine devient rapidement du Mars et le Mars de l’Antimoine peut-être aisément fait ; il en est de même de saturne, Jupiter, Vénus, qui peuvent être réduits en Antimoine, cependant la voie la plus rapide est de le faire avec Mars. J’ai fait à partir de ce régule les quatre métaux, les deux autres, l’or et l’argent je l’ai vu faire par des amis intimes.

La Lune de l’Antimoine est belle, fusible, malléable, comme tout autre argent Naturel, et peut être mélangée au plomb, et ne perd rien sur la coupelle. J’ai pensé pendant bien longtemps que c’était le meilleur argent, mais mon ami me fit remarquer  qu’il était plus pesant que l’autre argent, que je ne le pensais. Je pris cet argent et essayais de le dissoudre dans l’eau forte faite de vitriol et de salpêtre, mais il n’y eut point de dissolution, je le mis alors dans l’eau royale et il s’y dissolvit tout à fait, alors je pensais qu’il deviendrait Or se je le réduisais, je trouvais une poudre blanche comme pour l’étain que l’on calcine dans l’eau forte, quand je réduisit cette poudre, elle se transforma en verre laiteux ; je trouvais alors que c’était de très bon argent. Mais cette preuve ne ma suffisait pas, j’espérais mieux. Je pris quatre onces de cet argent, et l’amalgamai avec du Mercure vulgaire,  et le laissai ainsi un mois dans un bain tiède, il devint noir à la surface, et était raisonnablement dur, je le pris et le cassais avec un marteau, étant mis en morceaux, je le broyais en poudre, et en le broyant continuellement il redevint de nouveau un amalgame comme précédemment, ce qui me remplit de joie. J’en enlevais le Mercure par la retorte, et retrouvais ma Lune. J’amalgamai cette Lune une seconde fois, mais non pas avec du Mercure vulgaire, mais avec le Mercure antimonial, dont j’ai parlé ci-devant. Je mis cet amalgame comme le premier au bain durant trois jour et trois nuits au bain, je trouvais alors que l’amalgame devenait de plus en plus mou, au bout de huit jours il était dans le vase semblable a du plomb liquide, et par conséquent je le gardai au feu durant un mois. Puis, je le retirai et le distillai dans une retorte, l’argent et l’Antimoine vinrent ensembles, étant devenu du Mercure. Je trouvai ainsi que la Lune faite à partir du Régule, n’était autre chose qu’un Mercure coagulé, qui dans l’espèce métallique n’est point ferme, mais devient noir, et devient un Mercure, ce qui à de quoi tourmenter n’importe quel chimiste.

Maintenant nous en arrivons à l’or et ce qu’il m’est arrivé avec lui est merveille à entendre. Lorsque je montrai à mon compagnon qui était persuadé qu’il avait gagné le prix, ce que sa Lune était, il ne voulu pas me croire. Il prit lui-même le travail en main, et trouva finalement la vérité, commençant à douter de l’or. Et aussi il dit, bien que j’en fis de nombreux essais je ne vous confierai rien, mais prenez une demi-once d’or et faites en l’essai comme vous voulez de la manière que les orfèvres le font, et que ce soit bon or.

Aussi je pris l’or, et l’amenai chez l’orfèvre et lui demandai qu’elle sorte d’or cela était, il répondit qu’il s’agissait de bon or, et qu’il pouvait passer pour de l’or, aussi bien dans la pierre de touche qu’au son du marteau.

Néanmoins je pris l’or et y ajoutais deux onces d’argent, le graduai et le séparai par l’eau forte, l’argent se dissolvit et l’or tomba au fond, cette épreuve était donc correcte. Je mélangeai la poudre d’or avec de l’Antimoine cru, en fit un régule, le fondit dans un creuset, et y jetai du salpêtre, enlevai l’Antimoine de l’or et le coupellai avec du plomb. Cette épreuve fut aussi concluante. Dans cet Or coupellé je le mélangeai une seconde fois avec de l’Antimoine et du soufre, je pris le régule et me rendis chez l’orfèvre avant de souffler car j’avais besoin d’une forge. Cette épreuve montra aussi que l’or était bon, ce dont tout chimiste aurait lieu de se réjouir.

Mais parce que l’argent m’avait tant déçu, je n’osais pas croire en cet Or, je l’ai donc laminé, puis amalgamé avec mon vif argent d’Antimoine. Je le mis ensuite dans un bain tiède en digestion, et observai que l’amalgame ne durcissait pas, mais demeurait mou, j’en fus étonné, et le laissai là durant quatre semaines, et trouvai l’amalgame plus mou que la première fois. Puis je le mis dans un creuset sur un feu modéré, faisant en sorte que le creuset soit chaud mais non pas incandescent, et soudain l’argent vif s’envola de l’or, et je ne puis le voir, mais je supposai que le Mercure s’était transformé ou coagulé en or, mais lorsque je pesai l’Or, je ne trouvai deux dragme d’une demi-once au départ, et pensai que par conséquent deux drachmes s’en étaient allés et qu’il ne restait que deux drachmes. J’essayai ces deux drachmes encore avec le Mercure d’Antimoine comme je fis précédemment, et à la fin lorsque je fis évaporer l’argent vif, alors je trouvai de nouveau mes deux drachmes, j’en fus très content et espérai que mon compagnon me laisserait en posséder un peu, et formai des rêves de montagnes d’or dans mon esprit, et apportai de bonnes nouvelles à mon compagnon.  Mais il n’en fut point content, mais en fus presque effrayé. Eh bien dit-il j’ai eu beaucoup de problème et de travail avec cet or, et ai dépensé plus pour l’avoir que je n’ose le dire ; je ne dois pas désirer ce qui ne peut être. Mais ceci n’est-il point une belle sophistication, si les alchimistes avides devaient connaître le secret de cet or, qui va et vient, trompe l’un aujourd’hui et l’autre demain. L'or qui restait ne provenait pas du régule, mais est une addition à l’or Naturel. Car je ne puis coaguler le régule en or, à moins que du bon or ne soit ajouté à cet or et le maintienne dans l’épreuve, mais point pour l’autre ; je ne connais pas le moyen de le pousser plus avant, et je comprends maintenant très clairement pourquoi il ne peut l’être, ce que j’ai espéré et recherché très longtemps. Aussi mon compagnon perdit-il son courage, et je fus effrayé par l’ouvrage, rappelez-vous du soufre de l’Antimoine, qui coagule son Mercure, il n’est pas uni radicalement avec lui, par conséquent il ne réside point avec lui ; si vous aussi deviez en faire l’essai, ce régule ne sera ni du plomb, de l’étain, du cuivre, ni du fer, mais redeviendra de nouveau du Mercure, que personne ne pourra coaguler en bon métal, comme certains spéculent et supposent qu’il soit possible, mais s’ils avaient le Mercure de Saturne, du Soleil ou de la Lune leur art ne serai point vain. 

Mais ceci est un espoir de fou de la part de ceux qui ne sont point expérimentés en Alchimie, tiennent leur savoir seulement des livres, et de oui-dires, et font leurs propres conclusions, mais quand ils en viennent au feu ils s’aperçoivent de leur folie. Dites-moi quand une chose morte redevient vivante, où s’arrête la Nature ? dans la mort ou dans la vie ? Qui a t-il eu en premier ? la mort ou la vie ? Si toute chose doit être ramenée à un principe unique et immuable, qui donc par conséquent les recherche dans les métaux vivants ? Mais je n’ai point besoin de vous parler de cette manière, ni de parler de vous, mais de parler des Alchimistes pour lesquels on doit prier Dieu, afin qu’il les délivre d’une telle folie.

De cette manière nous avons conféré plus ensemble, et parce que je n’ai jamais été si perplexe pour suivre l’alchimie à la lettre comme une bible, ne sachant pas quel esprit me guidait, je doutais plus que je ne le croyais. Par conséquent je considérais les raisons, par lesquelles les premiers philosophes décrivirent l’Alchimie et en conférais grandement avec mon compagnon, qui était grandement expérimenté et au fait de Vulcain, de notre Antimoine, Saturne, Vénus, Mars, Soleil et Lune, en lesquels tout est trouvé vrai ce que le chimiste attribue à l’art Alchimique, et j’ai bon espoir d’abandonner cette chimère, et de prendre en considération les métaux philosophiques.

Maintenant vous concernant mon très cher ami, il y a encore une chose, qui demeure ici, que je ne vous cacherai point mais vais vous révéler.

Les Chimistes tel Rhasis, Petrus Bonus de Ferrara, Bernard le Trévisan, l’auteur du Dialogue et bien d’autres encore, lorsqu’ils cherchèrent dans ces métaux imparfaits et en furent bien au fait, ils signifièrent qu’il était pratiquement impossible de faire artificiellement de l’or, si ce n’est à partir de l’argent vif coagulé et fixé par son propre soufre intrinsèque. Ils comprirent aussi très bien par toutes leurs opérations que le Mercure ne pouvait point être fixé en soleil, à moins d’être dissout, et introduit dans le Mercure.

Ils eurent cette opinion du fait qu’ils virent comment la Nature de l’argent vif de Saturne, Jupiter, Vénus, ne pouvaient fixer le soufre extérieur, qui était accroché à eux, et ne pouvait non plus y être amené par l’Art. Alors ils pensèrent qu’on devait prendre un vif argent qui est au paravent une parfaite fixation, et que ce vif argent doit être mêlé avec l’argent vif vulgaire ou autre métal, de façon que tous deux ne forment plus qu’un seul individu. Mais comme ce mélange ne pouvait se faire avec le Soleil commun, ils considérèrent le Soleil de Mars, et entreprirent de le mêler avec l’Antimoine vulgaire, de façon à ce qu’ils soient fait inséparables et que l’or demeure toujours avec le Mercure, et le Mercure avec l’or, ce qui est fait lorsque l’or est coagulé de nouveau avec l’argent vif et fixé.

En cette pratique chacun avait sa propre manière, en fonction de leur conception et y dépensèrent beaucoup de temps. Mais je sais en plus que chacun d’eux moururent avant que de pouvoir parvenir à la fin de leur spéculation, ce qui fit le sage Hermès Trismégiste appeler l’Alchimie une maîtresse éternelle en écrivant à propos d’elle : La chimie est courtisée par beaucoup, et est chaste, elle a beaucoup de serviteurs familiers, qui gardent leur maîtresse avec une vigilance perpétuelle, et en son nom la sauve et la garde du commerce d’amoureux importuns, et n’a donc jamais été touchée par aucun. La vanité, l’adresse, la déception, la sophistique, l’envie, la fausse confiance, le mensonge, la folie, la pauvreté, le désespoir, la fuite, l’exil, et la mendicité sont les serviteurs de la chimie, qui dissimulent leur maîtresse, de façon à la garder sauve et inviolée, et se prostituent eux-même aux amoureux avides, voluptueux et dévergondés. Jusqu’ici que celui qui ne croira pas cet homme honnête, le mette à l’épreuve et satisfasse ses chimères, comme j’ai fait ainsi que tant d’autres. Ce que je vous ai dit ici, je le fais grâce à ma propre connaissance. Celui qui est incliné à passer du temps et de l’argent le trouvera aussi. Ainsi se termine ce que je vous ai promis d’écrire au sujet de l’Antimoine, et ce que les anciens ont recherché et trouvé dans ce Mercure d’Antimoine, et que je vous ai enseigné fidèlement, à partir de quoi vous pourrez juger si ce minéral est ou non connu de moi. Ceux qui se glorifient de pouvoir sortir le Mercure des métaux sans vif argent, donnent à comprendre qu’ils ne sont point philosophes, car ils ne connaissent point la signification de corruption, régénération, et multiplication des choses naturelles. Et s’ils considèrent avec attention leurs travaux, ils devront constater leur déception. Que les vaniteux restent vaniteux, ne croyez plus en ces choses, alors vous verrez avec vos yeux et vous souviendrez pour toujours, ce que la Nature peut faire, et vous vous sortirez aisément vous-même de ce Labyrinthe. Enfin, je vous en conjure, ne prenez pas mal le fait que ce soit si long en ce traité. Les conditions qui sont les miennes actuellement ne me laissent pas le loisir d’écrire à ce sujet, et j’ai couché ceci hâtivement sur le papier. Quand j’aurai plus de temps j’entreprendrai d’autres écrits plus importants que j’ai maintenu secrets jusqu’à présent.

Le dieu éternel et omnipotent illumine les bien pensant, de son esprit sain, et les délivre avec bonté des liens de la profonde obscurité et de la folie stérile des supposés chimistes, et les libère les esprits étroits. Amen.

Fin du Second Traité de l'Antimoine vulgaire.


Additions

Comment faire le sel d’Antimoine.

Prenez du bon Antimoine de Hongrie, pulvérisez-le en poudre impalpable, et calcinez-le sur un feu de charbon, en remuent en permanence, jusqu’à ce qu’il soit blanc et ne fume plus, et qu’il puisse endurer une chaleur raisonnable. Mettez-le ensuite dans un creuset au feu, et faites-le fondre pour qu’il devienne un verre transparent jaune.

Ce verre doit être pulvérisé, mis dans une fiole, et l’on verse dessus de bon vinaigre distillé, et laissez-le ainsi au bain chaud, le vinaigre extrait la teinture de l’Antimoine et se teint fortement. Cette teinture d’Antimoine est ensuite préparée, et peut être utilisée avec succès en la médecine, et il a été fait mention de ceci dans le Char Triomphal de l’Antimoine de Basile Valentin. Et j’y renvoie le lecteur. Toute la teinture étant extraite, et le vinaigre ne se teignant plus, séchez bien la poudre restante, qui paraît noire, broyez avec elle du soufre jaune commun en même quantité, mettez-le tout dans un creuset bien luté, et laissez-le à chaleur modérée, jusqu’à ce que le soufre soit brûlé, puis broyez la matière restante finement, et mettez dessus du vinaigre distillé, extrayez le sel, et dulcifié l’acidité en le distillant souvent, et clarifié le par l’esprit de vin, afin que le sel devienne clair et blanc. Si vous avez bien procédé en cet œuvre, vous avez alors un très parfait et efficace sel d’Antimoine. Cependant il y a un autre moyen de faire le sel d’Antimoine, que l’on trouvera décrit ailleurs.


L’usage du sel d’Antimoine.

Ce sel d’Antimoine est une opération magnifique, car administré à quantité égale, il fait presque toutes les choses que fait le sel de l’Or. Il purge tout le corps de l’homme, nettoie le sang, consume les mauvais phlegmes, qui traversent et parcourent les blessures ouvertes, il guérit les maladies vénériennes, si l’on en prend quatre grains dans de l’eau distillée faite avec de la sarsparilla, et le malade doit transpirer. Utilisez cela tous les jours jusqu’à amélioration. On effectue l’eau pour, prenez du Lignum Guaiatum râpé finement, imbibez avec de l’esprit de vin et mettez dans une fiole, fermez bien, et mettez à chaleur douce plusieurs jours, ceci étant fait ajoutez une quantité raisonnable de fumiforie ou d’eau scabieuse, laissez cela digérer ensemble au bain durant une quinzaine de jours, puis distillez et recevez la liqueur à part de l’huile, gardez les deux séparément dans un flacon de verre.

Cette eau peut être utilisée avec le sel d’Antimoine. Elle est aussi utilisée avec succès dans beaucoup d’autres maladies desquelles il sera parlé en un autre endroit, et un médecin peut aisément deviner, que la compréhension des vertus cachées dans le Lignum Guaiatum, qui effectue son œuvre dans les maladies. Il y a une autre manière de distiller l’eau et l’huile du Lignum Gaiatum, mais en faire la description ici est sans intérêt.

Le sel d’Antimoine guérit la lèpre et les autres maladies, qui prennent racines dans le corps de l’homme. Il guérit aussi la goûte, la faiblesse des membres, conforte le cœur et fortifie le corps de l’homme, administré dans une cuillère d’esprit de vin ou d’eau teintée, restaure la force en l’homme, et ouvre les impostumes (càd les abcès - note de L.A.T.) qui sont ouvert vers l’intérieur du corps. Il nettoie toutes les blessures et les ulcères si l’on en met à l’intérieur, et est appliqué en emplâtre.

Dissout dans du bon vinaigre distillé et appliqué, il atténue les douleurs en peu de temps des blessures incurables, et de manière admirable, si on le prend avec le l’eau d’absinthe ou de carduz, il guérit les fièvres chroniques, qui sont profondément établies et ne peuvent êtres arrêtées, et guérit particulièrement les fièvres quartes. Pris dans de l’eau d’absinthe ou de menthe, il donne la bonne digestion et renforce la mémoire si on l’administre dans les véhicules convenables.

Ce sel est aussi utilisé en Alchimie pour la transmutation des métaux inférieurs, si vous lui ajoutez l’onctuosité des rayons du Soleil, lorsque le panthéon chimique présume conduire ce char comme l’ont décrit les poètes chimiques. Car la glorieuse invention des poètes, qui établirent les Dieux aux cieux célestes, ne sont rien d’autre que présentation parabolique des Art les plus secrets de la chimie, par exemple lorsque Apollon tue le serpent Python, ou l’adultère de Mars et Vénus. Et je pense et suis persuadé que les fictions poétiques ont toujours caché les opérations chimiques. Lorsque les poètes parlent des amours et des liaisons des Dieux et Déesses, et y introduisent de nombreuses métamorphoses et transformations, nous ne devons comprendre la fiction littéralement, car nous ignorerions la sage antiquité, qui était alors très sage et comprenait les philosophes, et ne pas croire comme certains le prétendent qu’ils avaient des pensées mauvaises, mais qu’ils ont caché les opérations chimiques sous de telles allégories et expressions mystiques.


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(Fin de la version française)


Complément

Explication du Second Traité de l'Antimoine vulgaire
(Edition allemande)






































































GEORGE RIPLEY - Rouleau alchimique (Bodleian Library - University of Oxford) - 15ème siècle






GEORGE RIPLEY - Rouleau alchimique (Beinecke Library - Yale University) - 15ème siècle





GEORGE RIPLEY - Rouleau alchimique (Huntington Library) - 15ème siècle






GEORGE RIPLEY - Rouleau alchimique (The Getty Research Institute)