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ATWOOD Les Six Clefs d'Eudoxe.



Mary Anne Atwood (1817-1910)


LES SIX CLEFS D'EUDOXE

Mary Anne Atwood



LES SIX CLEFS D’EUDOXE

OUVRANT LA PLUS SECRÈTE DES PHILOSOPHIES

extraites de

LA RECHERCHE SUGGESTIVE DU MYSTÈRE HERMÉTIQUE

De

Mary Anne ATWOOD



De la Première Clef

1. La Première Clef est celle qui ouvre les sombres prisons dans lesquelles le soufre est enfermé : c’est elle qui sait extraire la semence du corps et composer la Pierre des Philosophes par la conjonction de l’esprit et du corps — du soufre et du mercure.

2. Hermès a manifestement révélé l’opération de cette Première Clef par ces mots : Dans les cavernes des métaux est cachée la Pierre, laquelle est vénérable, éclatante en couleurs, la sublimité de l’entendement et une mer ouverte.

3. Cette Pierre a un brillant éclat : elle contient un esprit d’une sublime singularité ; c’est la mer des Sages dans laquelle ils pêchent leur mystérieux poisson.

4. Les opérations des trois Oeuvres ont beaucoup d’analogies entre elles, et les Philosophes en parlent à dessein en termes équivoques pour que finalement ceux qui n’ont pas les yeux d’un lynx s’égarent et se perdent dans ce labyrinthe duquel il est très difficile de sortir. En effet quand on s’imagine qu’ils parlent d’une Oeuvre, ils en traitent souvent d’une autre.

5. Par conséquent prenez bien garde ici à ne pas être trompé, car s’il est vrai que c’est en chaque Oeuvre que le Sage Artiste doit dissoudre le corps par l’esprit, couper la tête du corbeau, blanchir le noir et vivifier le blanc, c’est cependant à proprement parler, dans la première opération que le Sage Artiste doit couper la tête au dragon noir et au corbeau.

6. De cela Hermès dit : Ce qui est né du corbeau est le commencement de l’Art. Considérez que c’est par la séparation de la vapeur noire, infecte et puante du noir le plus noir, que notre Pierre astrale, blanche et resplendissante est  formée, laquelle Pierre contient en ses veines le sang du pélican. C’est à cette première purification de la Pierre et à cette blancheur éclatante que le travail de la Première Clef s’achève.


De la Seconde Clef

1. La Seconde Clef dissout le composé de la Pierre, et commence la séparation des éléments de manière philosophique : cette séparation des éléments ne peut se faire sans élever les parties subtiles et pures au-dessus des parties épaisses et terrestres.

2. Celui qui sait sublimer la Pierre philosophiquement, mérite à juste titre le nom de Philosophe car il connaît le feu des Sages qui est le seul agent capable d’effectuer cette sublimation. Aucun Philosophe n’a jamais ouvertement révélé ce feu secret et ce puissant agent qui effectue toutes les merveilles de l’Art : et celui qui ne l’entendra pas et ne saura pas le reconnaître par les caractères qui le décrivent, devra s’arrêter ici et prier Dieu de l’éclairer, car la connaissance de ce grand secret est plutôt un don du Ciel qu’une lumière acquise par la puissance du raisonnement ; qu’il lise néanmoins les écrits des Philosophes, qu’il les médite, et par-dessus tout qu’il prie : il n’y a aucune difficulté qui ne puisse à la fin être vaincue par le travail, la méditation et la prière.

3. La conversion des éléments et l’extraction des principes sont impossibles sans la sublimation de la Pierre ; et cette conversion qui transforme la terre en eau, l’eau en air, et l’air en feu, est la seule voie par laquelle notre Mercure peut être préparé.

4. Appliquez-vous donc à connaître ce feu secret qui dissout la Pierre naturellement et sans violence, et qui la fait dissoudre en eau dans la grande mer des Sages par la distillation qui en est faite au moyen des rayons du Soleil et de la Lune.

5. C’est ainsi que la Pierre qui, selon Hermès, est la vigne des Sages, devient leur vin, lequel par les opérations de l’Art produit leur eau de vie rectifiée et leur vinaigre le plus aigre. Les éléments de la Pierre ne peuvent être dissous sans cette nature toute divine, et une parfaite dissolution ne peut non plus en être faite avant une digestion et une putréfaction proportionnée à laquelle la Seconde Clef du Premier Oeuvre se termine.


De la Troisième Clef

1. La Troisième Clef se compose à elle seule d’une plus longue série d’opérations que tout le reste rassemblé. Les Philosophes en ont très peu parlé car ils considéraient que la perfection de notre mercure en dépendait ; même les plus sincères, comme Artéphius, le Trévisan ou Flamel, ont passé sous silence la préparation de notre mercure, et il en sera difficile d’en trouver un seul qui ne l’ait déguisé pour voiler la plus longue et la plus importante des opérations de notre pratique. Ayant à dessein de vous aider en cet endroit du chemin où vous devez aller, et où sans lumière, il est impossible d’y reconnaître sa route, je m’étendrai plus que d’autres ne l’ont jamais fait sur cette Troisième Clef ou du moins, je suivrai dans l’ordre ce qu’ils ont traité si confusément, car sans l’inspiration du Ciel ou sans l’aide d’un ami sincère, on demeure fatalement dans ce labyrinthe en restant incapable d’y trouver une issue heureuse.

2. Je suis sûre que vous, les véritables Fils de Science, vous recevrez avec grande satisfaction les explications de ces mystères cachés qui concernent la séparation et la purification des principes de notre mercure qui est obtenu, d’une part par la parfaite dissolution et glorification du corps d’où il est né, et d’autre part par l’intime union de l’âme et de son corps où l’esprit est le seul lien qui réalise cette conjonction.

3. C’est le propos et le point essentiel des opérations de cette Clef, qui s’achèvent à la génération d’une nouvelle substance infiniment plus noble que la première.

4. Après que le Sage Artiste ait fait jaillir une source d’eau vive de la pierre, qu’il ait pressé la vigne des Philosophes et qu’il ait fait leur vin, il doit considérer dans cette substance homogène qui apparaît sous forme aqueuse, trois substances différentes et trois principes naturels des corps — le sel, le soufre et le mercure — qui sont l’esprit, l’âme et le corps ; et bien qu’ils apparaissent purs et parfaitement unis, l’Artiste a cependant grand besoin de chacun d’eux parce que, quand par distillation nous tirons l’eau qui est l’âme et l’esprit, le corps demeure au fond du vaisseau comme une terre morte, noire et crasse mais qui néanmoins ne doit pas être dédaignée car en notre sujet il n’y a rien qui ne soit bon.

5. Le Philosophe Jean Pontanus assure que toutes les superfluités de la Pierre sont converties en véritable essence, et que celui qui prétend séparer quoique ce soit de notre sujet ne connaît rien à la Philosophie, car tout ce qui y est superflu, sale et crasse — en fait tout le composé — est rendu parfait par l’action de notre feu.

6. Ce conseil ouvre les yeux de ceux qui, pour faire une exacte purification des éléments et des principes, se persuadent qu’ils doivent seulement prendre le subtil et rejeter l’épais. Mais Hermès dit que son pouvoir n’est pas parfait si le subtil n’est pas converti en terre ; aucun Fils de Science ne doit ignorer que le feu et le soufre sont cachés dans le ventre de la terre et qu’ils doivent laver parfaitement cette dernière avec son esprit pour en extraire le sel fixe qui est le sang de notre Pierre. Voilà le mystère essentiel de l’opération qui ne se termine qu’après une digestion convenable et une lente distillation.

7. Vous savez que rien n’est plus opposé que le feu et l’eau ; pourtant le Sage Artiste doit établir la paix entre les ennemis qui au fond, s’aiment avec véhémence. Le Cosmopolite en donne la manière en quelques mots : Toute chose doit donc en étant purgée, réconcilier le feu et l’eau qui deviendront facilement amis dans leur terre qui s’élève avec eux. Soyez alors attentif à ce point ; abreuvez souvent la terre de son eau et vous trouverez ce que vous cherchez. Le corps ne doit-il pas être dissous par l’eau, et la terre pénétrée par son humidité pour être rendus propre à la génération ? D’après les Philosophes, l’esprit est Ève et le corps est Adam ; ils doivent être conjoints pour la propagation de leur espèce. Hermès dit la même chose en d’autres termes: « L’eau est la nature la plus forte qui surmonte et excite la nature fixe du corps et qui s’en réjouit ».

8. En effet, ces deux substances qui sont de même nature mais de genres différents, s’élèvent insensiblement ensemble en ne laissant que peu de fèces au fond du vaisseau ; ainsi l’âme, l’esprit et le corps, après une parfaite purification, apparaissent enfin inséparablement unis sous une plus noble et plus parfaite forme qu’ils n’avaient auparavant ; ils sont alors aussi différents de leur première forme liquide que peut l’être l’alcool de vin exactement et parfaitement rectifié et activé par son sel, de la substance du vin dont il a été tiré ; cette comparaison convient parfaitement et donne en plus aux Fils de Science, une connaissance précise des opérations de la Troisième Clef.

9. Notre Eau est une source vivante qui jaillit de la pierre par un miracle naturel de notre Philosophie. En tout premier lieu, est l’eau tirée de cette Pierre. C’est Hermès qui a prononcé cette grande vérité. Plus loin il reconnaît que cette eau est la base de notre Art.

10. Les Philosophes lui donnent plusieurs noms : quelquefois ils l’appellent vin, d’autres fois eau de vie ou vinaigre ou encore huile selon les degrés de préparation ou les divers effets qu’elle peut produire.

11. Toutefois je vous dis qu’elle est appelée à juste titre le vinaigre des Sages, et que dans la distillation de cette divine liqueur, il arrive la même chose que dans celle du vinaigre vulgaire ; vous pouvez donc en tirer des enseignements : l’eau et le phlegme montent en premier, la substance huileuse en laquelle consiste l’efficacité de l’eau vient en dernier, etc.

12. Il est par conséquent nécessaire de dissoudre complètement le corps pour en extraire toute son humidité qui contient le précieux ferment — le soufre — ce baume de la Nature et ce merveilleux onguent sans lequel vous ne pourriez jamais espérer voir en votre vaisseau cette noirceur tant espérée de tous les Philosophes. Réduisez alors tout le composé en eau et faite une parfaite union du volatil et du fixe ; il y a un principe du Senior qui mérite toute l’attention et qui dit que la vapeur la plus haute doit être réduite en la plus basse ; car l’eau divine est ce qui descend du Ciel et ramène l’âme à son corps qui finit par revivre.

13. Le baume de vie est caché dans ces fèces impures que vous devez laver avec cette eau céleste jusqu’à ce que vous en ayez ôté toute la noirceur, et alors votre eau sera animée avec cette essence ardente qui produit toutes les merveilles de notre Art.

14. Mais par la suite, pour que vous ne soyez point trompés par les termes relatifs au composé, je vous dirai que les Philosophes ont deux sortes de composés. Le premier est le composé de Nature dont j’ai parlé dans la Première Clef ; c’est la Nature qui le réalise de façon incompréhensible pour l’Artiste qui ne fait rien de plus qu’aider la Nature par le concours de choses extérieures avec lesquelles elle manifeste et produit cet admirable composé.

15. Le second est le composé de l’Art ; c’est le Sage qui l’élabore par la secrète union du fixe et du volatil intimement unis avec beaucoup de prudence, ce qui ne peut être réalisé sans les lumières d’une profonde philosophie.

16. Le composé de l’Art n’est pas tout à fait le même dans le Second que dans le Troisième Oeuvre bien que ce soit toujours l’artiste qui le fasse. Geber le définit comme un mélange d’argent-vif et de soufre, ce qui revient à dire du volatil et du fixe, qui en agissant l’un sur l’autre, sont volatilisés et fixés réciproquement en parfaite fixité. Considérez l’exemple de la Nature : vous verriez que la terre ne produirait jamais de fruits si elle n’était pénétrée par son humidité, et que cette humidité demeurerait toujours stérile si elle n’était retenue et fixée par la sécheresse de la terre.

17. Ainsi dans l’art, vous ne pouvez avoir aucun succès si dans le Premier Oeuvre, vous ne purifiez pas le serpent né du limon de la terre et si vous ne blanchissez pas ces fèces puantes et noires pour en séparer le soufre blanc qui est le sel armoniac des Sages et leur chaste Diane qui se lave dans son bain ; en somme tous ces mystères ne sont que l’extraction du sel fixe de notre composé en lequel consiste toute l’énergie de notre Mercure.

18. L’eau qui monte par distillation entraîne avec elle une partie de ce sel ardent de sorte que l’affusion de l’eau sur le corps, réitérée plusieurs fois, imprègne, engraisse et fertilise notre mercure et le rend apte à la fixation, ce qui est la fin du Second Oeuvre.

19. On ne peut guère mieux expliquer cette vérité que par ces paroles d’Hermès : Lorsque je vis que l’eau devenait graduellement plus épaisse et dure, je me réjouis car je savais avec certitude que je trouverai ce que je cherchais. Ce n’est pas sans raison que les Philosophes donnent à cette liqueur visqueuse le nom d’eau pontique. Son exubérante ponticité est vraiment le caractère marquant de sa vertu ; et plus vous la rectifierez et la travaillerez et plus elle acquerra de vertu. On l’a appelée eau de vie car elle donne vie aux métaux ; mais elle est à juste titre nommée la grande Lunaria à cause de l’éclat avec lequel elle brille.

20. Puisque je ne m’adresse qu’à vous, vous les vrais disciples d’Hermès, je vous révélerai un secret que vous ne trouverez jamais intégralement dans les livres des Philosophes. Quelques-uns disent que de la liqueur, ils font deux mercures — l’un blanc et l’autre rouge ; Flamel dit que l’on doit surtout utiliser le mercure citrin pour faire l’imbibition du rouge, en faisant remarquer au fils de l’Art de ne point être trompés par ce point comme il le fût lui-même jusqu’à ce que le Juif lui révèle la vérité.

21. D’autres ont enseigné que le mercure blanc était le bain de la Lune et que le mercure rouge était celui du Soleil. Mais aucun d’entre eux n’a voulu clairement indiquer aux Fils de Science par quels moyens ils pourraient obtenir ces deux mercures. Si vous me saisissez, ce point est déjà clair pour vous.

22. La Lunaria est le mercure blanc ; le vinaigre le plus aigre est le mercure rouge ; mais le mieux pour distinguer ces deux mercures est que vous les nourrissiez avec la chair de leur propre espèce — le sang des innocents dont la gorge a été tranchée ; cela signifie que les esprits des corps sont le bain dans lequel le Soleil et la Lune vont se laver.

23. Rendez-vous compte que j‘ai étalé devant vous un grand mystère ; les Philosophes qui en ont parlé, sont passés sur ce point bien discrètement. Le Cosmopolite l’a mentionné avec esprit par une ingénieuse allégorie en parlant de la purification du Mercure : Ce sera fait, dit-il, si vous donnez à notre vieil homme de l’or et de l’argent à avaler et qu’il doit dévorer, et alors il en mourra et devra être brûlé. Il finit la description de tout le magistère en ces termes : Que ses cendres soient éparpillées dans l’eau que vous ferez bouillir suffisamment longtemps, et vous aurez une médecine pour la guérison de la lèpre. Vous ne devez pas ignorer que le vieil homme est notre mercure ; ce nom en vérité lui convient bien car il est la matière première de tous les métaux. Il est leur eau comme le même auteur se plait à le dire et pour lequel il donne aussi le nom d’acier et d’aimant naturel ; en ajoutant pour mieux confirmer ce que je suis en train de vous dévoiler, que si l’or s’allie onze fois à lui, il émet sa semence et se trouve presque débilité jusqu’à la mort ; alors le chalybs (acier, aimant) conçoit et engendre un fils plus glorieux que le père.

24. Contemplez ce grand mystère que je vous révèle sans énigme ; c’est le secret des deux mercures qui contiennent les deux teintures. Gardez-les séparément, et ne confondez pas leur espèce de crainte qu’ils n’engendrent un monstrueux lignage.

25. Je vous parle non seulement plus intelligiblement que tous les autres Philosophes ne l’ont fait avant moi, mais en plus je vous révèle le point capital de la pratique ; si vous méditez cela et vous appliquez à bien le comprendre, et si surtout vous travaillez selon les éclaircissements que je vous ai donnés, vous obtiendrez ce que vous cherchez.

26. Et si vous ne parvenez pas à ces connaissances par la voie que je vous ai indiquée, je suis fort assuré que vous réaliserez difficilement vos projets par la seule lecture des Philosophes. Cependant ne désespérez pas — recherchez la source de la liqueur des Sages qui contient tout ce qui est nécessaire à l’ouvrage ; elle est cachée sous la Pierre — frappez-la avec le rouge du feu magique et une fontaine claire en sortira ; alors faites comme je vous ai appris : préparez le bain du Roi avec le sang des innocents et vous aurez le mercure animé des Sages, qui ne perd jamais sa vertu si vous le gardez dans un vaisseau bien fermé.

27. Hermès dit qu’il y a tellement de sympathie entre les corps purifiés et les esprits, qu’ils ne se quitteront jamais plus une fois qu’ils auront été rassemblés : car cette union ressemble à celle de l’âme et du corps glorifié dont la foi nous assure qu’il n’y aura jamais plus de séparation ou de mort, car les esprits désirent être dans des corps purifiés, et y étant, ils les animent et demeurent en eux.

28. Par cela vous pouvez mesurer le mérite de cette précieuse liqueur à laquelle les Philosophes ont donné plus de mille noms différents mais qui est finalement le grand alkaest qui dissout radicalement les métaux — une véritable eau permanente qui après les avoir radicalement dissout, est indissociablement unie à eux en augmentant leur poids et leur teinture.


De la Quatrième Clef.

La Quatrième Clef de l’Art est l’entrée du Deuxième Oeuvre (et une partielle réitération et développement de l’Oeuvre précédent) : c’est elle qui change notre eau en terre ; il n’y a que cette eau au monde qui par simple ébullition peut être convertie en terre, parce que le mercure des Sages porte en son centre son propre soufre qui le coagule. La terrification de l’esprit est la seule opération de cet Oeuvre. Faîtes tout bouillir avec patience, et si vous avez bien opéré, vous apercevrez vite les signes de cette coagulation, et s’ils n’apparaissaient pas en leur temps c’est qu’ils n’apparaîtront jamais, car ce serait un signe indubitable que vous avez failli dans quelque chose d’essentiel lors des opérations précédentes, car pour corporifier l’esprit qui est notre mercure, vous devez déjà avoir convenablement dissout le corps dans lequel le soufre qui coagule le mercure est enfermé. Alors Hermès certifie que notre eau mercurielle obtiendra toutes les vertus que les Philosophes lui attribuent si elle est transformée en terre — une terre admirable pour sa fertilité — la Terre Promise des Sages, ces Sages qui connaissent le moyen de faire tomber sur elle la rosée du Ciel pour lui faire produire des fruits de prix inestimable. Cultivez donc avec diligence cette précieuse terre, arrosez-la souvent avec sa propre humidité, séchez-la aussi souvent, et vous augmenterez autant sa vertu que son poids et sa fertilité.


De la Cinquième Clef.

La Cinquième Clef inclut la fermentation de la Pierre avec le corps parfait pour en faire la médecine du troisième ordre. Je ne dirai rien de particulier de cette opération du Troisième Oeuvre, sinon que le corps parfait est un levain nécessaire à notre pâte et que l’esprit doit faire l’union de la pâte avec le levain de la même manière que l’eau humidifie la farine et dissout le levain pour composer une pâte fermentée convenable à la fabrication du pain. Cette comparaison convient très bien ; Hermès la fit en premier en disant que puisqu’une pâte ne pouvait pas fermenter sans ferment alors, quand vous aurez sublimé, purifié et séparé les immondices des fèces et que vous voudrez faire la conjonction, ajoutez-y un ferment et réduisez l’eau en terre et ainsi la pâte deviendra elle-même un ferment ; ce qui répète l’enseignement du travail entier et montre comment toute la pâte devient levain par l’action du ferment qui lui a été ajouté ; ainsi tout le composé philosophique devient par l’action du ferment, un levain propre à fermenter une nouvelle matière et à multiplier le ferment jusqu’à l’infini. Si vous observez bien comment est fait le pain, vous trouverez aussi les proportions que vous garderez pour les matières qui composent la pâte philosophale. Les boulangers ne mettent-ils pas plus de farine que de levain et plus d’eau que de levain et de farine ? Les lois de la Nature sont les règles que vous devez suivre dans la pratique de notre magistère. Je vous ai donné sur le principal point toutes les instructions qui vous sont nécessaires, alors il est superflu de vous en dire plus, particulièrement sur les dernières opérations à propos desquelles les Adeptes ont été moins réservés que sur les premières qui sont les bases de l’Art.


De la Sixième Clef

La Sixième Clef enseigne la multiplication de la Pierre par réitération d’une même opération qui consiste seulement à ouvrir et fermer, à dissoudre et coaguler, à imbiber et sécher pour que de cette manière les vertus de la Pierre puissent être indéfiniment accrues. Comme mon dessein n’est pas de décrire entièrement l’application des trois médecines, mais seulement de vous instruire sur les plus importantes opérations de la préparation du mercure passées ordinairement sous silence par les Philosophes pour cacher les mystères aux profanes, mystères seulement réservés aux Sages, je ne m’attarderai pas plus sur le sujet, et je ne vous dirai rien de plus sur la projection de la médecine parce que le succès que vous attendez ne dépend pas de cela. Je ne vous ai donné beaucoup d’instructions que sur la Troisième Clef parce que celle-ci renferme une longue série d’opérations qui, quoique simples et naturelles, demandent autant la bonne compréhension des lois de la Nature et des qualités de notre matière, que la parfaite connaissance de la chimie et des divers degrés de chaleur qui conviennent à ces opérations. Je vous ai conduit par le droit chemin sans errements et si vous considérez bien la route que je vous ai indiquée, je suis sûre que vous irez droit au but sans vous égarer. Appréciez avec gratitude mon désir de vous épargner les mille labeurs et les mille ennuis que j’ai moi-même subis lors de ce pénible voyage, par défaut d’une assistance pareille à celle que je vous donne de bon coeur et avec ma tendre affection pour tous les véritables Fils de Science. Je serais affligée, si comme moi, après avoir connu la vraie matière, vous passiez quinze années entières de travail, d’étude et de méditation sans pouvoir extraire de notre Pierre le précieux jus qu’elle renferme en son sein et tout cela, parce que je ne connaissais pas le feu secret des Sages qui fait couler de cette plante (sèche et flétrie en apparence) une eau qui ne mouille pas les mains et qui, par l’union magique de l’eau sèche de la mer des Sages, est dissoute en eau visqueuse — en liqueur mercurielle qui est le commencement, la base et la clef de notre Art : Convertissez, séparez, et purifiez les éléments comme je vous l’ai enseigné, et vous posséderez le véritable mercure des Philosophes, lequel vous donnera le soufre fixe et la Médecine Universelle. Cependant je vous ferai encore remarquer que même après être parvenu à la connaissance du feu secret des Sages, vous ne parviendrez pas malgré tout à vos fins, dès la première tentative. J’ai erré plusieurs années sur le chemin restant à faire pour atteindre la mystérieuse fontaine où le Roi se baigne, où il retrouve sa jeunesse et où il reprend une nouvelle vie exempte de toute infirmité. Vous devez aussi savoir comment purifier, guérir et animer le bain royal ; c’est pour vous aider dans cette voie secrète que je me suis étendue sur la Troisième Clef où toutes ces opérations sont décrites. Je souhaite de tout coeur que les enseignements que je vous ai donnés, vous rendront capables d’aller directement au but. Cependant souvenez-vous, vous les fils de la Philosophie, que la connaissance de notre Magistère vient plutôt de l’inspiration du Ciel que des lumières que nous pouvons acquérir par nous-mêmes. Cette vérité est reconnue par tous les Artistes, et c’est pour cette forte raison qu’il ne suffit pas de travailler ; priez quotidiennement, lisez de bons livres et méditez nuit et jour sur les opérations de la Nature et sur ce qu’elle est capable de faire lorsqu’elle est assistée par le concours de l’Art, et grâce à cela vous réussirez sûrement dans votre entreprise. C’est tout ce que j’ai maintenant à vous dire. Je ne voulais pas vous faire un aussi long discours que paraissait demander le sujet ; d’ailleurs je ne vous ai dit que l’essentiel nécessaire à notre Art ; alors si vous connaissez la pierre qui est la seule matière de notre Pierre et si vous avez la compréhension de notre feu qui est à la fois secret et naturel, vous avez les Clefs de l’Art et vous pouvez calciner notre Pierre, non pas par une vulgaire calcination faite par la violence du feu, mais par une calcination philosophique qui est toute naturelle. Aussi observez bien avec les Philosophes les plus éclairés, qu’il y a une différence entre la calcination vulgaire qui est faite par la violence du feu, et la calcination naturelle ; alors que la première détruit le corps et consume la majeure partie de son humide radical, la seconde non seulement préserve l’humidité du corps en le calcinant mais encore l’augmente considérablement. L’expérience vous donnera la connaissance par la pratique de cette grande vérité, car vous découvrirez effectivement que cette calcination philosophique qui sublime et distille la Pierre en la calcinant, augmente grandement son humidité ; la raison en est que l’esprit igné du feu naturel est corporifié dans les substances qui lui sont analogues. Notre pierre est un feu astral qui sympathise avec le feu naturel comme une véritable salamandre qui naît, se nourrit et s’accroît dans le feu élémentaire qui lui est géométriquement proportionné.


FIN